Christine Belcikowski

Publications 4

Les images médiévales

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

Des images médiévales, Jean-Claude Schmitt, historien, directeur d'études émérite à l'École des hautes études en sciences sociales, dit « qu'elles ont une valeur épiphanique : même les plus modestes d’entre elles sont des manières d’apparition, comme si le ciel s’ouvrait pour les donner à voir », et, dans le cas des images de culte ou de dévotion, « à vénérer ». Il consacre un bel article à ce type d'images dans le Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre (1). Ci-dessous quelques extraits de l'article en question, choisis relativement aux sculptures qui ornent la maison des consuls à Mirepoix. Allez voir sur place !

mirepoix_consuls.jpg

Les plans de l'image

[Les images médiévales] « s’inscrivent sur la surface de la page – dans le cas d’un manuscrit – ou du tableau, en une superposition de plans depuis l’arrière vers l’avant. Le spectateur n’y « entre » pas, c’est l’image qui semble venir vers lui. La disposition et la taille des personnages et des objets n’y sont pas soumises aux règles de la perspective. »

Images et arts de la mémoire

« [Jean-Philippe Antoine, philosophe, professeur d'esthétique et critique d'art], propose de rapprocher les images médiévales des artes memoriae. L’« art de la mémoire » consiste, premièrement, à associer mentalement chacune des idées dont on veut se souvenir à une « image » qui soit suffisamment frappante, voire scandaleuse, pour qu’on puise la retenir aisément ; deuxièmement, à placer toutes ces images dans un « théâtre » de la mémoire, un espace construit et ordonné dont il suffira ensuite de parcourir les différents lieux pour retrouver les images qui leur ont été affectées, et à travers elles les idées dont on aura besoin. »

À quoi servent les images ?

« L’image est un grand moyen d’expression idéologique, ce qui vaut pour le pouvoir ecclésiastique comme pour les pouvoirs séculiers. Cette fonction se trouve concentrée dans les débuts de l’art du portrait, qui bénéficie pour commencer aux souverains. Le portrait glorifie leur personne et leur pouvoir, enracine leur effigie dans le mémoire des hommes par-delà la mort, les hisse sur un pied d’égalité avec les saints qui seuls jusqu’alors, bénéficiaient d’une image individualisante. Il est remarquable que le visage soit, dans tous les cas, privilégié. C’est par lui et surtout par le regard que s’instaure un échange avec le spectateur du portrait.

Mais, à l’inverse du portrait, le masque se porte sur le visage, métamorphosant l’individu en un animal ou un être diabolique dont l’intrusion rituelle représente une rupture temporaire de l’ordre social. Le carnaval ou le charivari, mais aussi les gargouilles dont sont hérissés les murs extérieurs des cathédrales, témoignent à leur manière de l’extension considérable du monde médiéval des images. »

La musique des images

Il n’est pas nécessaire que les images représentent des musiciens, des chantres, ou des instruments de musique. Par l’alternance des couleurs vives, par le rythme de leur succession, par les formes contournées des personnages et des motifs végétaux, les images médiévales résonnent par elles-mêmes, par leurs seules caractéristiques formelles, à l’unisson des chants, des sonneries de cloches, et des accords instrumentaux qui animent toute la vie sociale et notamment rituelle de ces époques. Le rapprochement entre image et musique doit se faire au plan formel avant même d’évoquer l’iconographie explicite.

-----

1. Jean-Claude Schmitt. « Les images médiévales ». In Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre. BUCEMA. Hors-série nº 2. 2008.

Les commentaires sont fermés.

Fil RSS des commentaires de cet article