Christine Belcikowski

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Romain Rolland.« Nous allons au-devant de l’alouette »

Rédigé par Belcikowski Christine 2 commentaires

« Je passe d’abord chez ma fille, pour prendre ma petite Glodie. Nous faisons tous les jours notre promenade ensemble. C’est ma meilleure amie, ma petite brebiette, ma grenouille qui gazouille. Elle a cinq ans passés, plus éveillée qu’un rat et plus fine que moutarde. Dès qu’elle me voit, elle accourt. Elle sait que j’ai toujours ma hotte pleine d’histoires ; elle les aime autant que moi. Je la prends par la main.

— Viens, petite, nous allons au-devant de l’alouette.
— L’alouette ?
— C’est la Chandeleur. Tu ne sais pas qu’aujourd’hui elle nous revient des cieux ?
— Qu’est-ce qu’elle y a été faire ?
— Chercher pour nous le feu.
— Le feu ?
— Le feu qui fait soleil, le feu qui fait bouillir la marmite de la terre.
— Il était donc parti ?
— Mais oui, à la Toussaint. Chaque année, en novembre, il s’en va réchauffer les étoiles du ciel.
— Comment est-ce qu’il revient ?
— Les trois petits oiseaux sont allés le chercher.
— Raconte… [...].
— Raconte, père-grand, les trois petits oiseaux…
(J’aime à me faire prier.)
— Les trois petits oiseaux sont partis en voyage. Les trois hardis compères : Roitelet, Rouge-Gorge et l’amie l’Alouette. Le premier, Roitelet, toujours vif et remuant comme un petit Poucet, et fier comme Artaban, aperçoit dans les airs le beau feu, tel un grain de millet, qui roulait. Il fond sur lui, criant : « c’est moi ! je l’ai. C’est moi ! » Et les autres crient : « Moi ! Moi ! Moi ! » Mais déjà le Roitelet l’a happé au passage et descend comme un trait… « Au feu ! au feu ! il brûle ! » Telle bouillie bouillante, Roitelet le promène d’un coin de bec à l’autre ; il n’en peut plus, il bâille, et la langue lui pèle ; il le crache, il le cache sous ses petites ailes… « Ahi ! Ahi ! Au feu ! » Les petites ailes flambent… (As-tu bien remarqué ses taches de roussi et ses plumes frisées ?…) Rouge-Gorge aussitôt accourt à son secours. Il pique le grain de feu et le pose dévotement en son douillet gilet. Voilà le beau gilet qui devient rouge, rouge, et Rouge-Gorge crie : « J’en ai assez, assez ! mon habit est brûlé ! » Alors Alouette arrive, la brave petite m’amie, elle rattrape au vol la flamme qui se sauvait pour remonter au ciel, et preste, prompte, précise comme une flèche, sur la terre elle tombe, et du bec enfouit dans nos sillons glacés le beau grain de soleil qui les fait pâmer d’aise… 

J’ai fini mon histoire. Glodie caquette, à son tour. Au sortir de la ville, je l’ai mise sur mon dos, pour monter la colline... » (1)

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1. Romain Rolland. In Colas Breugnon. I. L'alouette de la Chandeleur. Librairie Ollendorff. 1919.

Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

2 commentaires

#1  - Dominique b. a dit :

Une langue et une générosité ...toute mon enfance ! Merci Christine !

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#2  - Belcikowski Christine a dit :

Oui, oui, quelle langue ! Et quelle âme !

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