Christine Belcikowski

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Une charte de l'an 969

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

La charte reproduite ci-dessous a été enregistrée au temps du roi Lothaire. Fils de Louis IV et de Gerberge de Saxe, Lothaire a été sacré à Reims le 12 novembre 954, et il a régné jusqu'au 2 mars 986, sachant que Brunon de Cologne, son oncle, a exercé la régence jusqu'en 961.

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Ci-dessus : effigie du roi Lothaire. Source : Joseph Roman (1840-1924). Manuel de sigillographie française. 1912.

Les actes entièrement ou partiellement traduits ci-dessous sont extraits du tome decimus tertius de la Gallia christiana, in provincias ecclesiasticas distributa.

1. Faite par Loup, prieur de Saint Étienne, donation de l’alleu d'entre Ambas-aquas (entre Deux-Eaux) à l'abbé Garinus et au monastère de Saint Michel de Coxano [Saint Michel de Cuxa]

La sagesse des premiers pères et l'autorité des lois ont consacré ce que la bonté divine elle-même n’a pas infirmé mais confirmé, à savoir qu’il est juste et loisible à tous les hommes de faire de leurs biens ce qu'ils veulent, comme de vendre ou de donner, et, pour le salut de leur âme, de désirer consacrer au Dieu Saint quelque chose de leurs constructions, villes, places, pièces de champs et maisons.

Cela, enregistré dans une charte et fermement stipulé par des témoins, restera ainsi pour la postérité, fournissant là un saint exemple à suivre et un principe à appliquer en tous points.

Conséquemment, dans l'année 969 de l'Incarnation divine, comme le monde s’épuise déjà et que la charité de beaucoup d’entre nous se refroidit, moi, au nom du Christ, Loup, prieur et archidiacre du chapitre de de Saint Etienne de Toulouse, mu par le commandement divin, j'ai commencé de penser au jour de mon jugement et de quelle manière à la fin je pourrais franchir sain et sauf les affreux bas-fonds de l’Achéron et bénéficier de la joie éternelle dans l’enceinte du Paradis.

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Je fais donc cette charte en faveur de Saint Michel et de Saint Germain [première église de Cuxa], églises établies dans le couvent de Coxano [Cuxa], qui est situé dans la vallée de confluence de la rivière Litteranum [Llitera, affluent de la Têt] [et de la Têt], à la base du mont Caniconi [Canigou], [et à qui je fais don] de mes alleux qui sont dans le pagus de Toulouse, et dans le ministerium de l'Agarnagues, i.e. de Canneto et de Lucianense et de Puia (1), i.e. de cet alleu qui est au-dessous d'entre Ambas-aquas (entre Deux-Eaux), i.e. entre l'Ariège et l'Hers (Irce-alba) ; avec :

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Ci-dessus : entre Ambas-Aquas [entre les Deux Eaux], zone de confluence de l'Ariège et de l'Hers.

— cette église qui est en honneur de Sainte Marie, que moi, je tiens de Pontion et de Teudericus ;
— cette vigne qui est au-delà (de l'autre côté) de l’Hers ;
— en un autre lieu, au-delà de la rivière Ariège, cet alleu d'Ampulliaco que j'ai acquis d'Amelius Simplicius et d'Amelius Nicerius, en totalité et entièrement ;
— en un autre lieu, cet alleu qu'on appelle Teixonarias, avec cette église qui a été fondée en l'honneur de Saint Martin, que j'ai acquise de Boulbonne et de Bernardus, et de Juvolino et Eldiardo et de Mancion, en totalité et intégralement ;
— dans un autre lieu, cet alleu de Curte-vetula avec ce cammas, comprenant terres et vignes, et cette forêt de Monte-Ruco ;
— dans un autre lieu, la vigne Cudre ;
— dans un autre lieu la vigne qui fut à Mancion ;
— dans un autre lieu la vigne de Cuntevolaria ;
— dans un autre lieu, ces vignes qui sont à Faja ;
— dans un autre lieu, la moitié de cet alleu qui est dans un autre Ampulliaco, que j'ai acquise du clerc Geraldus et d'Amelius Simplicius.

Moi, susdit Loup, prieur du chapitre de Saint Étienne de la ville Toulouse, concernant les lieux énumérés ci-dessus, que je suis réputé avoir et posséder en totalité et intégralement, avec droit de justice et d'enquête, de partage ou de soumission à redevances, lesquels biens consistent en églises, maisons, [cursibus : ?], terres, vignes, forêts et garrigues, arbres fruitiers, pommiers, prés, pâtures, moulins, eaux, canaux ou eaux écartées, toutes choses tant rustiques qu’urbaines, qui me viennent à l’esprit par attraction de l'écriture ou par comparaison ; je les transmets et les cède au susdit couvent de Saint Michel de Coxano, où le seigneur abbé Warinus vit avec les moines sous la règle de Saint Benoît ; pour remède de mon âme et de l'âme de monseigneur Hugo, évêque, et des âmes de mon père et de ma mère, et des âmes de tous mes ancêtres, et pour les âmes de l'ensemble des fidèles Chrétiens, puisque toutes ont part à cet acte de charité ; et la grâce nous en sera augmentée au jour du jugement, et nous mériterons d'avoir part au chœur des moines fidèles serviteurs de Dieu.

Voilà quelle est ma raison pour que cet abbé, et les autres qui seront dans le futur, continuent à vivre dans ce même lieu, et qu'ils restent attachés au susdit couvent de Saint Michel.

Et je pose, moi, l’interdit [vinculum : chaîne] suivant : que nul abbé ni moine, ni aucun comte, ni aucune puissance, ni aucun homme ni aucune femme, ne puisse là rien vendre ni aliéner, ni échanger, ni faire usage ni fonds, ni pour un saint ni pour une sainte, ni pour un homme ni pour une femme, que personne ne puisse en avoir permission ; et si un autre homme ou une autre femme, là, enfreignait cette interdiction, à Dieu ne plaise que cela se produise, que cet évêque qui sera en un autre temps à Saint Étienne dans la ville de Toulouse, ait permission de reprendre l'alleu susdit pour l'œuvre de Saint Étienne, et qu'il donne cent solidos au couvent de Saint Michel de Cuxa ; et je donne, moi, le susdit Loup, au susdit couvent de Saint Michel un casal situé sous les murs de Toulouse, qui me vient de l'alleu de mes ancêtres.

Je répète que si quelqu'un, moi ou tout autre homme ou autre personne quelle qu'elle soit, avait la présomption de braver cette charte, quiconque ferait cela encourrait immédiatement la colère divine, et serait rejeté hors des frontières de la Sainte Église, et considéré comme participant de la trahison de Judas.

Cette charte a été faite à titre de don charitable [eleemosynaria], au cinquième jour, année quinze du règne du roi Lothaire.

Signé : Loup, prieur de Saint Étienne qui a commandé qu'on écrive cette charte et qui a requis les témoins de signer.
Willabertus, diacre
Landericus
Itarius
Stephanus
Eimo, prêtre
Odo, dizenier
Elias, parophoniste [précepteur des enfants de chœur]
Rodaldus archiclave [responsable du luminaire], a confirmé
Willelmus de Leutria

Ebulus, prêtre et moine, qui a été mandé d'inscrire cette charte, avec deux ratures, sous le jour et l'année indiqués ci-dessus.

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Ci-dessus : texte original de la charte traduite supra.

2. Hugo, évêque de Toulouse, confirme l’acte de cession de l'église d'entre les Deux-Eaux à l'abbaye de Cuxa

L'an 972 de l'Incarnation de Notre Seigneur Jésu Christ, XIe des calendes de Février fer. IV, comme Garinus a ordonné à l'abbé Bernardus, prieur, de consacrer l'église qui a été fondée en l'honneur de la Sainte Vierge Marie, sur ordre de Hugo, prieur du chapitre de Toulouse, pour remède à l'âme de Loup, archidiacre et supérieur de Saint Étienne, qui a transmis cette église et autres alleux et églises au nom du Saint Dieu, et de Saint Michel archange, et de Saint Germain, confesseur de la foi chrétienne au monastère de Cuxa ;

Nous confirmons ce titre de transmission et de donation, pour que nul homme n'ose usurper ni menacer, ni faire chicane de ce lieu, ni prétendre que le gouvernement de ce lieu lui appartiendrait par droit. Et ceux qui voudraient braver cette confirmation et l'excommunication, qu’ils soient rejetés hors des frontières de la Sainte Église, ainsi que de la communauté des hommes bons, et qu'ils reçoivent la damnation avec les impies et les scélérats dans l'Enfer, s'ils ne font pas amende honorable ! Et ceux qui auront fait croître ce lieu et l'auront honoré de leurs bienfaits, qu'ils reçoivent l'héritage du royaume de Dieu, et qu'ils entendent cette voix que le Seigneur portera le jour du jugement : Venez à moi, Bénis du Père, entrez les premiers au sein du royaume qui vous a été annoncé depuis l'origine du monde.

Charte de donation faite le XIe des calendes de février, année XVIII du règne du roi Lothaire, fils de Louis.

3. Privilèges accordés à l'église Sainte Marie en 1035

Ainsi donc, au nom de Dieu tout-puissant, nous, évêques ci-dessous dénommés, c'est-à-dire Guifredus, archevêque du saint premier chapitre de Narbonne ; Pierre, évêque de Gérone ; Arnaldus, évêque du Comminges ; Arnaldus, évêque de Maguelonne ; Oliba, évêque d’Alfonensis ; Giffredus, évêque de Carcassonne ; Bernardus, supérieur du Couserans ; Bernardus, de Béziers ; Eribullus, d’Urgel ; Berangerius, évêque d’Elne ; Bernardus, supérieur... et Ugo, nonce du seigneur pape Nicolas (2),

cette constitution de donation qui a été faite au temps de Garinus, abbé de bonne mémoire, pour le service et l'honneur de Sainte Marie, mère de Dieu ; dont le lieu est appelé par les natifs « entre les deux eaux » (Ambas-Aquas), nous confirmons tout d'une même âme et d'une même sentence ; et, quoi que ce soit qui touche de près ou de loin à l'église dite plus haut Sainte Marie, appartient simultanément au couvent de Saint Michel archange, dit couvent de Cuxa ; et, en vertu de l'autorité pontificale, nous maintenons et confirmons la libre et perpétuelle propriété de ce lieu en faveur de l'abbé et des moines.

La limite de l'immunité de ladite église Sainte Marie commence au nord, et va par le milieu de la rivière de l'Hers jusqu'au gué Parler... avant la roche de Caveto ; et, depuis ce gué, elle se poursuit par un petit chemin jusqu'au sommet de Baissaco ; et, depuis là, elle passe par un ruisseau qui entre dans la rivière Ariège, à savoir à Negabon ; et, à partir du milieu de la rivière Ariège, elle revient vers le nord... [...].

[N.d.R. : Mais où se situait donc cette église Sainte Marie ? Comme indiqué par le latin inter ambas aquas [entre deux eaux], il s'agit probablement de l'actuelle Notre Dame de Tramesaygues, sise au lieu-dit Picarrou, à proximité de Cintegabelle. « ce latin médiéval nous fournit simplement la preuve que la forme romane de Tramesaigues a été, à un moment donné, Trambasaigas, antérieurement *Entramba- saigas, c'est-à-dire Entre-ambas-aigas, ce qui revient, en bon latin, à Inter ambas aquas et, en français de Paris, à Entre deux eaux. L'emploi de inter et de aqua dans la toponymie de la Gaule n'a pas besoin d'être commenté; celui de ambo est extrêmement rare et je n'en connais pas en dehors de la locution Inter ambas aquas. Celle-ci a été fréquemment employée dans la toponymie : on ne trouve pas moins de sept Entrambas Aguas dans les provinces de Santander, de Lugo, des Asturies et de Tolède. » (3)]

Donné au couvent nommé ci-dessus, année de l'Incarnation du Seigneur 1035, au jour 9 des calendes de juillet, année et règne du roi Henri.

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Ci-dessus : sceau du roi Henri Ier. Source : Natalis de Wailly. Éléments de paléographie, tome 2, planche B. Paris. Imprimerie royale. 1838. Né le 4 mai 1008, mort le 4 août 1060 à Vitry-aux-Loges, fils de Robert le Pieux et de Constance d'Arles, Henri Ier est roi des Francs de 1031 à 1060.

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1. Concernant les ministeria de l'Agarnagues, i.e. de Canneto et de Lucianense, etc., cf. Denis Mirouse, in Les circonscriptions intermédiaires du sud du pagus de Toulouse aux Xe et XIe siècles (ministerium, vicaria, suburbium…).

2. « Legendum si quidam non Nicolai papa, sed Benedicti », remarque l'éditeur de la Gallia christiana. En 1035, ce n'est pas « Nicolai », mais Benedictus octavus, ou Benoît VIII, qui est pape. Benoît VIII a exercé son pontificat du 21 mai 1012 au 9 avril 1024.

3. Antoine Thomas. « Le nom de lieu Tramesaigues ». Annales du Midi. Année 1904, 16-64, pp. 500-502.

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