Quelques remarques à propos de quatre versions du deuxième chapitre de la Genèse

1. Quatre versions du deuxième chapitre de la Genèse

Pour la curiosité et, plus encore, l’intérêt de la comparaison, voici quatre versions du même deuxième chapitre de la Genèse :

— Genèse, chapitre 2, bilingue hébreu-français, dans la traduction du Rabbinat, publiée en 1899 (Pentateuque et premiers prophètes) et 1906 (derniers prophètes et hagiographes) à partir du travail entrepris sous la direction du grand rabbin de France Zadoc Kahn par de nombreux hébraïsants, dont Lazare Isidor ou Mayer Lambert.

— Genèse, chapitre 2, dans la traduction alternative à partir de l’hébreu, proposée par André Chouraqui

— Genèse, chapitre 2, bilingue grec ancien-français, dite de la Septante

— Genèse, chapitre 2, dans la Bible de Jérusalem.

L’élaboration du récit biblique de la Genèse s’est faite au sein la communauté juive de l’époque perse. Ce récit, tel qu’on le trouve formulé dans l’hébreu de la Torah, résulte de la compilation d’un ensemble de textes écrits entre le VIIIe et le IIe siècle av. J.-C., textes dits texte massorétiques, ou hérités de la tradition. La traduction française que le Rabbinat propose à la fin du XIXe siècle souffre de sa déliaison avec le substrat hébreu. André Chouraqui revient dans sa traduction, en amont des traductions grecques et romaines, au sol natif du récit biblique. Le caractère « brut » de cette traduction a de quoi surprendre. Mais elle rend au récit son caractère violemment premier.

La Bible dite de la Septante est une traduction de la Bible hébraïque en grec de l’époque hellénistique. Démétrios de Phalère, fondateur de la bibliothèque d’Alexandrie, aurait conseillé à Ptolémée II de faire traduire en grec tous les livres des Juifs afin de mieux connaître les peuples qu’il gouvernait. Soixante-dix savants juifs, d’après l’historien Flavius Josèphe, auraient collaboré à cette entreprise : d’où le nom de Septante.

La Bible dite de Jérusalem a été élaborée, dans sa traduction, de 1948 à 1955 sous la direction de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem.

2. Genèse. Chapitre 2.

Les quatre versions de chaque verset se trouvent ici comparées sous l’auspice des étiquettes suivantes :

R. : Bible du Rabbinat
C. : Bible Chouraqui
S. : Bible des Septante
J. : Bible de Jérusalem

N.d. R. Je n’ai pas reproduit les trois premiers versets, car ils se bornent à rappeler la teneur du chapitre précédent.

4.

  • R. Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés; à l’époque où l’Éternel Dieu fit une terre et un ciel.
  • C. Voilà les enfantements des ciels et de la terre en leur création, au jour de faire IHVH Adonaï Elohîms terre et ciels.
  • S. Voilà le livre de la naissance du ciel et de la terre, telle qu’elle s’accomplit, le jour où le Seigneur Dieu acheva de créer le ciel et la terre,
  • J. Telle fut l’histoire du ciel et de la terre, quand ils furent créés Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel.

5.

  • R. Or, aucun produit des champs ne paraissait encore sur la terre, et aucune herbe des champs ne poussait encore ; car l’Éternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et d’homme, il n’y en avait point pour cultiver la terre.
  • C. Tout buisson du champ n’était pas encore en terre, toute herbe du champ n’avait pas encore germé : oui, IHVH Adonaï Elohîms n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et de glébeux, point, pour servir la glèbe.
  • S. Et toute la verdure des champs avant qu’elle naquît de la terre, et toute plante herbacée avant qu’elle eût germé ; car Dieu n’arrosait point encore la terre, comme aussi il n’y avait point d’homme pour la travailler.
  • J. il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol.

6.

  • R. Seulement une fontaine jaillissait du sol, et abreuvait toute la face de la terre.
  • C. Mais une vapeur monte de la terre, elle abreuve toutes les faces de la glèbe.
  • S. Mais une exhalaison s’élevait de la terre et humectait toute la surface du sol.
  • J. Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol.

7.

  • R. L’Éternel Dieu façonna l’homme, poussière détachée du sol, fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant.
  • C. IHVH Adonaï Elohîms forme le glébeux ­Adâm, poussière de la glèbe Adama. Il insuffle en ses narines haleine de vie : et c’est le glébeux, un être vivant.
  • S. Pour faire l’homme, Dieu pétrit une masse d’argile extraite de la terre, et sur sa face, il souffla un souffle de vie, et l’homme devint une âme vivante.
  • J. Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant.

8.

  • R. L’Éternel Dieu planta un jardin en Éden, vers l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait façonné.
  • C. IHVH Adonaï Elohîms plante un jardin en Éden au levant. Il met là le glébeux qu’il avait formé.
  • S. Or, Dieu avait créé un paradis dans Éden, à l’orient ; et il y plaça l’homme qu’il venait de former.
  • J. Yahvé Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé.

9.

  • R. L’Éternel Dieu fit surgir du sol toute espèce d’arbres, beaux à voir et propres à la nourriture; et l’arbre de vie au milieu du jardin, avec l’arbre de la science du bien et du mal.
  • C. IHVH Adonaï Elohîms fait germer de la glèbe tout arbre convoitable pour la vue et bon à manger, l’arbre de la vie, au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
  • S. Dieu aussi avait fait germer de la terre tout arbre à l’aspect magnifique et aux fruits délicieux, et, au milieu du paradis, l’arbre de vie avec l’arbre de la science du bien et du mal.
  • J. Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

10.

  • R. Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin ; de là il se divisait et formait quatre bras.
  • C. Un fleuve sort de l’Éden pour abreuver le jardin. De là, il se sépare : il est en quatre têtes.
  • S. Pour arroser le paradis, un fleuve jaillissait d’Éden, d’où il sortait divisé en quatre bras.
  • J. Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras.
  • 11.

    • R. Le nom du premier: Pichon; c’est celui qui coule tout autour du pays de Havila, où se trouve l’or.
    • C. Nom de l’un, Pishôn, qui contourne toute la terre de Havila,
      là où est l’or.
    • S. Le nom de l’un est Phison, celui qui entoure la terre d’Évilat, d’où vient l’or.
    • J. Le premier s’appelle le Pishôn : il contourne tout le pays de Havila, où il y a l’or ;

    12.

    • R. L’or de ce pays-là est bon ; là aussi le bdellium et la pierre de chôham.
    • C. L’or de cette terre est bien et là se trouvent le bdellium et la pierre d’onyx.
    • S. On sait que l’or de cette terre est excellent ; la aussi sont l’anthrax et la pierre verte.
    • J. l’or de ce pays est pur et là se trouvent le bdellium et la pierre de cornaline.

    13.

    • R. Le nom du deuxième fleuve : Ghihôn ; c’est lui qui coule tout autour du pays de Kouch.
    • C. Nom du deuxième fleuve: Guihôn, qui contourne toute la terre de Koush.
    • S. Le nom du second fleuve est Gehon ; c’est celui qui entoure la terre d’Éthiopie.
    • J. Le deuxième fleuve s’appelle le Gihôn : il contourne tout le pays de Kush.

    14.

    • R. Le nom du troisième fleuve : Hiddékel; c’est celui qui coule à l’orient d’Assur ; et le quatrième fleuve était l’Euphrate.
    • C. Nom du troisième fleuve : Hidèqèl, qui va au levant d’Ashour. Le quatrième fleuve est le Perat.
    • S. Le troisième fleuve est le Tigre ; c’est celui qui coule en face des Assyriens. Le quatrième fleuve est l’Euphrate.
    • J. Le troisième fleuve s’appelle le Tigre : il coule à l’orient d’Assur. Le quatrième fleuve est l’Euphrate.

    15.

    • R. L’Éternel Dieu prit donc l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le soigner.
    • C. IHVH Adonaï Elohîms prend le glébeux et le pose au jardin d’Éden, pour le servir et pour le garder.
    • S. Le Seigneur prit l’homme qu’il avait formé, et il le plaça dans le paradis de délices, pour y travailler et le garder.
    • J. Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder.

    16.

    • R. L’Éternel Dieu donna un ordre à l’homme, en disant: « Tous les arbres du jardin, tu peux t’en nourrir ;
    • C. IHVH Adonaï Elohîms ordonne au glébeux pour dire: « De tout arbre du jardin, tu mangeras, tu mangeras,
    • S. Le Seigneur fit ensuite un précepte à Adam, disant : Tu te nourriras de tous les arbres du paradis.
    • J. Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : Tu peux manger de tous les arbres du jardin.

    17.

    • R. Mais l’arbre de la science du bien et du mal, tu n’en mangeras point: car du jour où tu en mangeras, tu dois mourir ! »
    • C. mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, oui, du jour où tu en mangeras, tu mourras, tu mourras. »
    • S. Mais de l’arbre de la science du bien et du mal, gardez-vous d’en manger, car, le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort.
    • J. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort.

    18.

    • R. L’Éternel Dieu dit: « Il n’est pas bon que l’homme soit isolé; je lui ferai une aide digne de lui. »
    • C. IHVH Adonaï Elohîms dit : « Il n’est pas bien pour le glébeux d’être seul ! Je ferai pour lui une aide contre lui. »
    • S. Puis le Seigneur dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; créons-lui un aide semblable à lui.
    • J. Yahvé Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie.

    19.

    • R. L’Éternel Dieu avait formé de matière terrestre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel. Il les amena devant l’homme pour qu’il avisât à les nommer ; et telle chaque espèce animée serait nommée par l’homme, tel serait son nom.
    • C. IHVH Adonaï Elohîms forme de la glèbe tout animal du champ, tout volatile des ciels, il les fait venir vers le glébeux pour voir ce qu’il leur criera. Tout ce que le glébeux crie à l’être vivant, c’est son nom.
    • S. Or, Dieu avait aussi formé de la terre toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les avait conduits devant Adam pour qu’il sût comment il les nommerait, car tout nom qu’Adam donna à chaque âme vivante devint, en effet, son nom.
    • J. Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné.

    20.

    • R. L’homme imposa des noms à tous les animaux qui paissent, aux oiseaux du ciel, à toutes les bêtes sauvages; mais pour lui-même, il ne trouva pas de compagne qui lui fût assortie.
    • C. Le glébeux crie des noms pour toute bête, pour tout volatile des ciels, pour tout animal du champ. Mais au glébeux, il n’avait pas trouvé d’aide contre lui.
    • S. Adam donna des noms à tous les bestiaux, et à tous les oiseaux du ciel, et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne se trouvait pas pour Adam d’aide semblable à lui.
    • J. L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages, mais, pour un homme, il ne trouva pas l’aide qui lui fût assortie.

    21.

    • R. L’Éternel Dieu fit peser une torpeur sur l’Homme, qui s’endormit; il prit une de ses côtes, et forma un tissu de chair à la place.
    • C. IHVH Adonaï Elohîms fait tomber une torpeur sur le glébeux. Le glébeux sommeille. IHVH Adonaï Elohîms prend une de ses côtes, et ferme la chair dessous.
    • S. Alors Dieu fit tomber Adam en extase et l’endormit ; puis il prit une de ses côtes, qu’il remplaça par de la chair.
    • J. Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place.

    22.

    • R. L’Éternel Dieu organisa en une femme la côte qu’il avait prise à l’homme, et il la présenta à l’homme.
    • C. IHVH Adonaï Elohîms bâtit la côte, qu’il avait prise du glébeux, en femme. Il la fait venir vers le glébeux.
    • S. Et de cette côte qu’il avait prise à Adam, il forma une femme et il la conduisit a Adam.
    • J. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme.

    23.

    • R. Et l’homme dit: « Celle-ci, pour le coup, est un membre extrait de mes membres et une chair de ma chair ; celle-ci sera nommée Icha, parce qu’elle a été prise de Ich. » 1L’hébreu utilise la même racine pour désigner « Ich », homme, et « Icha », femme.
    • C. Le glébeux dit : « Celle-ci, cette fois, c’est l’os de mes os, la chair de ma chair, à celle-ci il sera crié femme, Isha ­: oui, de l’homme, Ish, celle-ci est prise. »
    • S. Et Adam dit : Ceci maintenant est un os de mes os et une chair de ma chair. Celle-ci sera appelée femme, parce qu’elle a été prise de la chair même de l’homme.
    • J. Alors celui-ci s’écria : Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l’homme, celle-ci !

    24.

    • R. C’est pourquoi l’homme abandonne son père et sa mère; il s’unit à sa femme, et ils deviennent une seule chair.
    • C. Sur quoi l’homme abandonne son père et sa mère : il colle à sa femme et ils sont une seule chair.
    • S. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il restera fortement attaché à sa femme, et ils seront deux en une seule chair.
    • J. C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.

    25.

    • R. Or ils étaient tous deux nus, l’homme et sa femme, et ils n’en éprouvaient point de honte.
    • C. Les deux sont nus, le glébeux et sa femme : ils n’en blêmissent pas. »
    • S. Ils étaient nus tous deux : Adam et sa femme ; et ils n’en avaient point honte.
    • J. Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre.

    3. Remarques

    Indépendamment des variables de style, ou de l’incertitude des dénominations relatives à la région de l’Éden, nombre des traductions reproduites ci-dessus semblent à première vue équivalentes. On relève toutefois dans le détail de ces traductions quelques différences singulières.

    Là où, au verset 4, la Bible hébraïque et la Septante parlent de naissance et d’enfantements, la Bible de Jérusalem parle d’histoire. On se trouve là reconduit à la source de la distinction que l’exégèse juive ménagera par la suite entre l’ίστορία (historia), ou l’histoire des faits, telle qu’on l’entend depuis l’antiquité gréco-romaine, et le תולָדות (toledot), ou l’histoire des engendrements des mortels, telle qu’on la trouve dans les listes généalogiques bibliques.

    Là où, au verset 5, la Septante et la Bible de Jérusalem parlent de l’homme (ἄνθρωπος), occultant ainsi dans la langue la pure matérialité de sa façon argileuse, la Bible d’André Chouraqui, qui désigne l’homme sous le nom de glébeux, conserve, au plus près de l’étymon hébraïque, le lien d’origine qu’Adam, le glébeux, la statue d’argile, conserve avec Adamah, la terre.

    Là où, au verset 7, Bible du Rabbinat, Bible d’André Chouraqui et Bible de Jérusalem racontent comment Dieu fit d’Adam, le glébeux, un être vivant, tout uniment vivant, à partir de son argile première, la Septante, empruntant ici à la tradition grecque la distinction entre σωμα (soma, corps de glaise, corps mortel) et ψυχὴ (psyché, âme immortelle), dit que Dieu fit à l’homme, insufflée dans un corps de glaise, temporairement liée à ce dernier, mais vouée à s’en délier, une âme vivante, i.e. une âme immortelle : καὶ ἐγένετο ὁ ἄνθρωπος εἰς ψυχὴν ζῶσαν, « et l’homme devint une âme vivante ». Il s’en suit au verset 17 que, même si toutes les versions de la Bible s’accordent à augurer que, le jour où il mangera les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, l’homme issu de la glaise en mourra, la Septante indique, elle, qu’alors déliée de toute mortalité, l’âme demeurera. Le Christianisme par la suite fera fruit de cette immortalité de la ψυχὴν grecque

    Là où, au verset 18, Bible du Rabbinat, Bible d’André Chouraqui et Bible de Jérusalem observent que Dieu se soucie de donner à l’homme, ou au glébeux, « une aide digne de lui », laissant ainsi augurer en français qu’il s’agit là d’une aide du genre féminin, la Septante marque clairement dans le grec, par l’usage du terme βοηθὸν (l’aidant), le caractère essentialiter non genré d’une telle aide : ποιήσωμεν αὐτῷ βοηθὸν κατ αὐτόν. L’homme, ou le glébeux, a besoin d’être aidé par quelqu’un qui est αὐτόν, même que lui. L’aide ici précède le genre et prime sur lui.

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    Ci-dessus : Adam nomme les animaux dans le jardin d’Éden. Gravure anonyme.

    Aux versets 19 et 20, toutes les version de la Bible disent que, si Dieu a invité l’homme, ou le glébeux, à cueillir et manger les fruits du jardin, il l’a chargé de « nommer tous les animaux et tous les oiseaux du ciel », partant de leur partager, par l’imposition du nom, la dignité que lui, l’homme ou le glébeux, tient du souffle de Dieu et qui est celle de tout être vivant, ou encore celle de l’âme vivante. Inutile de préciser qu’en vertu d’un tel partage, il n’est jamais question pour l’homme, ou le glébeux, de manger dans le jardin d’Éden ni les animaux ni les oiseaux du ciel !

    Le verset 20 laisse entendre que l’aide offerte par Dieu à l’homme, ou à Adam, le glébeux, vient initialement ici de l’imposition du nom à ce dernier. « Adam donna des noms à tous les bestiaux, et à tous les oiseaux du ciel, et à toutes les bêtes des champs ». Mais il demeurait lui-même sans nom, faute de l’aide essentielle et principale que constitue justement cette imposition. C’est seulement au verset 23 qu’après avoir dénommé la femme, Icha, à son tour Adam, le glébeux, recevra enfin de Icha la même dignité d’avoir nom : Ich, homme.

    adam_cote.jpg

    Ci-dessus : Nicola Pisano scolpi. Carlo Concioni Orvietano delineo. Adamo animato ed estrazione della lui costa. Bassorilievo in marmo della facciata del Duomo d’orvieti.

    Aux versets 22 et 23, la Bible du Rabbinat et celle d’André Chouraqui vont plus loin et plus profond que la Septante et la Bible de Jérusalem dans la pensée du lien que l’homme et la femme entretiennent ab origine. Il ne s’agit pas seulement ici d’un lien d’entre-appartenance costale ; אשה (Icha), la femme, n’est ni materialiter ni essentialiter l’autre de איש (Ich), l’homme ; ni même sa moitié manquante, comme veut Platon dans le Banquet : « Chacun de nous, dit le philosophe, n’est donc qu’une moitié d’homme, moitié qui a été séparée de son tout, de la même manière que l’on sépare une sole. Ces moitiés cherchent toujours leurs moitié. » 2Platon. Banquet 189 d.-193 d..

    Tirée de la côte de Ich, la femme incarne le côté Icha de Ich, tandis que l’homme, ou le glébeux, incarne le côté Ich de Icha. Le lien qui les unit est celui de la mystérieuse ambivalence de l’Un, ambivalence sous les dehors de quoi l’Un à la fois se présente et se réserve, indifféremment. Aucune autre langue que l’hébreu ne peut ainsi dire ce mystère dans les plis et replis de son étymologie.

    Ce deuxième chapitre de la Genèse éclaire par avance, d’un jour étonnant, bien des aspects de la controverse qui agite la société actuelle à propos de la nature de l’homme, du masculin et du féminin, du sexe et du genre. On gagnerait à lire ou à relire attentivement la Bible.

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    Ci-dessus : Pierre Moullart Sanson, cartographe. Table historique du premier âge du monde, tirée de la Genèse, contenant ce qui s’est passé de plus considérable pendant 1656 ans et dix jours jusqu’au Déluge. 1727.

    References

    References
    1 L’hébreu utilise la même racine pour désigner « Ich », homme, et « Icha », femme.
    2 Platon. Banquet 189 d.-193 d.

2 réponses sur “Quelques remarques à propos de quatre versions du deuxième chapitre de la Genèse”

    1. Merci Jacques.
      Demain matin, je pars en Chine pour dix jours. Ly, mon plus jeune fils, fête là-bas son mariage avec Xiao Mei, une jeune femme chinoise. Tous deux sont déjà mariés civilement. Il s’agit maintenant de la fête traditionnelle, avec tous ses rites anciens. Je suis impatiente d’assister à une telle cérémonie.
      J’emporte bien sûr de solides lectures dans ma liseuse.
      A bientôt, avec des photos.
      Amitiés,
      Christine

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