Passer l’hiver…

Passer l’hiver…
Façon de passer,
façon de l’hiver.
Mais qu’est-ce que passer,
et qu’est-ce que l’hiver ?
Passer l’hiver…
Dormir ?
Les ours, l’hiver,
dorment dans des grottes
profondes.
Poucette, l’hiver,
dort dans une coquille de noix,
sous un pétale de rose.
Dormir…
façon de passer le fleuve,
comme font les gnous,
à la nage ?
Au-delà, du Serengeti,
l’herbe est plus verte.
Mais ici la pluie
tombe en abondance.
Nul besoin d’aller au fleuve.
Le Styx attendra.
Passer l’hiver…
Lire, écrire ?
Le mince chevalier
nommé René Descartes
qui allumait un feu de bois flotté
pour se réchauffer les mains
au bord du Danube
et qui songeait sans le dire
au goût de certain melon
venu de Turquie,
a préféré
se retirer dans son poêle.
On n’a jamais lu tous les livres,
on n’a jamais tout écrit.
Tu passeras ainsi
jour après jour
des fleuves invisibles.
Regarde chaque soir
avant de dormir
les taches du plafond !
Lis le livre de la pluie !
Ecris du doigt
sur la vitre qui ruisselle
les mots secrets, têtus,
du voyage d’hiver.
L’été, sur l’autre rive,
loin là-bas, au-delà
de l’horizon qui recule,
tient du miracle
et de l’inaccessible ailleurs.
Qu’adviendra-t-il
de qui un jour
aura passé l’hiver,
touché à l’autre rive,
dont nul ne revient
pour la raconter ?

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