Le Bouillant et le Dormant

J’allais souvent
dans les années profondes
revoir près de la ville
et de ses rues en pente,
les eaux mystérieuses,
ici claires, mouvantes,
là-bas languides,
lourdes, lentes,
les eaux antagonistes
du Bouillant et du Dormant.
La terre cèle ici
des failles invisibles
par où s’égare et fuit,
ô vieilles vierges folles,
qui courez, souterraines,
toutes lampes éteintes !
le flux aventureux
des rivières vagabondes.
J’aimais l’effervescence du Bouillant,
qui s’adonne au soleil
comme on brûle ses vaisseaux ;
mais plus encore le calme du Dormant
qui incline le rêveur
à monter dans la barque des fantômes.
Au fait, où va la barque,
et où vont les fantômes ?
Je vais aujourd’hui rêver parfois
au bord d’une fontaine,
oubliée sous les arbres
d’un ancien couvent.
Le Dormant, c’est ici le puits,
où l’eau d’une source affleure
et ouvre comme un oeil
dans la profondeur fixe.
Les fantômes de ce puits
sont de mauvaises fées,
des enchanteresses,
qui enlèvent le rêveur,
dit-on,
au crépuscule.
Comment le rêveur pourrait-il, au vrai,
monter dans la barque des fantômes
sans tomber dans le puits ?
La vie est ainsi faite.
Quittant les charmes du Bouillant,
songe à la redevance du Dormant.

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