La Fourmi et le Sorite

Entends, fourmi,
entends le rire énorme de la mer
qui joue à faire valser
le sable du rivage,
tandis que toi, fourmi,
tu perds ton temps à calculer
combien il faut de grains
pour faire un tas de sable !

Entends, fourmi,
entends le rire énorme de la mer
qui joue à balayer
le grain qui manque,
ce grain de plus
qui ferait de ta plage,
pourquoi pas ?
paradis des châteaux en Espagne.

Regarde, fourmi,
regarde plutôt
là-bas, plus loin,
plus loin, plus loin,
s’il ne lève pas,
au-delà de l’horizon,
un monde nouveau
dont l’ombre déjà
s’allonge sur les eaux
et se perd en écume
dans la course des lames.

Un jour viendra peut-être,
écoute-moi, fourmi,
où grain de sable et tas,
tas et non-tas,
quantité versus qualité
seront, comme des poissons volants,
solubles dans l’air ;
et – rire de la mer ! –
des dents menaceront alors
à la bouche des poules.

N.d.R. Σωρóς (sôros), en grec ancien, signifie « tas ». On nomme Sorite le paradoxe du grain de sable et du tas, formulé pour la première fois par Eubulide, membre de l’école de Mégare, au IVe siècle avant J.-C.

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