Guerres du crépuscule

Le jour descend du ciel
cependant que la nuit
tarde à quitter la terre.
Il fait jour là-haut, tout là-haut,
dans la vieille maison ;
nuit en bas.
Bleu et rose à la haute fenêtre,
je vois depuis mon lit
le jour qui point,
et sur le toit déjà la chouette s’est tue,
cependant que, plus bas,
l’ombre s’entretient, noire encore,
au cœur de la maison profonde.
Il y a ainsi chaque fois
ce tournant de l’aurore
qui veut que, d’un étage l’autre,
il fasse à heure qui change
jour en haut,
nuit en bas.
C’est là ce qu’on nommait naguère,
oh ! les mots du poète !
le crépuscule du matin.
Et le vent du matin soufflait sur les lanternes… 1Charles Baudelaire. « Le crépuscule du matin ». In Les Fleurs du Mal.
Le crépuscule du matin…
Crépuscule, du latin creper,
seulement au neutre,
qui dit l’obscur,
l’incertain, le moment
où les chances s’égalisent,
ce moment qui advient, aujourd’hui comme hier,
aux combats d’une guerre incertaine,
exaequataque sunt creperi certamina belli. 2Lucrèce. De rerum natura. Livre V, 1296 : Exaequataque sunt creperi certamina belli. Littéralement : « Et demeurent ici ex-aequo (exaequata sunt) les combats (certamina) d’une guerre incertaine (creperi belli). »

Du grand débat dont furent faites grosses guerres,
grosses guerres du crépuscule,
du matin et du soir,
l’un et l’autre, s’entend…

References   [ + ]

1. Charles Baudelaire. « Le crépuscule du matin ». In Les Fleurs du Mal.
2. Lucrèce. De rerum natura. Livre V, 1296 : Exaequataque sunt creperi certamina belli. Littéralement : « Et demeurent ici ex-aequo (exaequata sunt) les combats (certamina) d’une guerre incertaine (creperi belli). »

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