En 1831. Troisième retour de Frédéric Soulié en Ariège. « Je fus appelé par quelques affaires de famille dans le Midi de la France »

En septembre 1831, Frédéric Soulié retourne en Ariège pour la troisième et dernière fois. Frédéric Soulié évoque longuement ce séjour ariégeois de 1831 dans Deux séjours. Province, Paris. Il y révèle, sous le couvert d’un ton léger, nombre de secrets de son cœur.

Après avoir voyagé en dormeuse 1Dormeuse : voiture de voyage dans laquelle on pouvait s’étendre pour dormir. de Paris à Toulouse – « nous avions parcouru en soixante-six heures, du lundi minuit au jeudi six heures, les cent-quatre-vingts lieues qui séparent Paris de Toulouse » -, averti de ce que son notaire est absent pour une semaine, Frédéric Soulié se rend dans la Montagne Noire au château de Montfillon. Puis il retourne à Toulouse et, poursuivant son voyage, non sans noter au passage qu’il lui faudra écrire un jour « l’histoire complète » de Toulouse 2Frédéric Soulié a effectivement écrit cette histoire dans son cycle de romans historiques languedociens : Le Vicomte de Béziers (1834) ; Le Comte de Toulouse (1835) ; Romans historiques du Languedoc (1836) ; Sathaniel (1837). , il monte dans le Courrier de Pamiers :

« Toulouse, noble et savante ville, si riche en souvenirs de toute sorte, qu’il ne faut pas moins qu’une histoire complète pour les raconter. Or, ceci n’étant point une histoire, je me hâte de quitter Toulouse dans mon récit, comme je m’empresse de la quitter dans mon voyage. Je me rendis à l’hôtel de la poste, et je pris une place dans une voiture qui s’appelle le Courrier, et qui devait me mener à Pamiers. » 3Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 105.

Le jour n’est point encore levé. Tandis que la voiture chemine dans la nuit, l’écrivain se remémore la carte du territoire qu’il traverse ; il égrène les noms des bourgades correspondantes ; bien que nuitamment ces bourgades lui demeurent invisibles, leurs noms lui représentent les lieux, les pierres, les hommes, qui ont fait l’histoire de ce pays ; de sentiment géographique en vision flamboyante de l’histoire, il se trouve saisi par le besoin d’en être ; revendiquant soudain son identité d’Ariégeois, il formule « le désir d’écrire quelques pages de l’histoire de mon pays ».

« Dans ces quelques lieues, je retrouvai tant de grands souvenirs historiques […], que je m’étonnai que cette noble province du Languedoc n’eût pas son histoire à elle seule, histoire pleine de noms illustres, de passions brûlantes et de luttes terribles pour toutes sortes de libertés. Ce fut en Languedoc que furent vaincus tous les schismes religieux qui ont ensanglanté la France ; en Languedoc que périrent les dernières franchises municipales de nos provinces.

Nous traversâmes Auterive, siège d’un comtonat, titre éteint comme celui de vidame ; nous rencontrâmes bientôt le Secourieu, la magnifique propriété du maréchal Clauzel, qui, avant d’être la demeure d’un homme de guerre, avait été l’asile du père Vannière, et dont les ombrages, à un siècle de distance, ont entendu discuter des plans de batailles, et réciter les vers paisibles du Praedium rusticum 4Dans son Praedium rusticum, le père Jacques Vanière (1664-1739), jésuite, chante en vers latins, à la façon de Virgile, les travaux et les plaisirs de la campagne. . Plus loin encore, Boulbonne dont les moines avaient, au XIIIe siècle, organisé une poste aux chevaux pour le service de leur table. Les voitures de poste qui alimentent de frais la gastronomie parisienne ne sont donc qu’un souvenir et non pas un progrès : puis nous passâmes à Saverdun, la seule ville de France qui réclame l’honneur d’avoir donné un pape à la chrétienté 5Il s’agit de Jacques de Novelles, dit Jacques Fournier, originaire de Saverdun (Ariège), devenu pape sous le nom de Benoît XII.  ; et enfin, nous abordâmes Pamiers dont le saint Antonin est aussi fameux et aussi douteux que le saint Denis des Parisiens.

Peut-être fut-ce à ce voyage fait dans le silence de la nuit, que je dus le désir d’écrire quelques pages de l’histoire de mon pays ; en effet, dans cette route de quelques lieues, on ne rencontre pas une pierre qui ne dise un combat, pas un nom qui ne soit l’écho d’un grand événement. Dans la ville où je me rendais, dans la petite cité de Mirepoix, le nom du seigneur qui l’a dominée jusqu’au jour où toutes les dominations seigneuriales cessèrent, ce nom est un grand souvenir, ce nom me rappelait deux immenses révolutions, l’une, à l’origine de sa puissance, l’autre, à sa chute. Ce fut la guerre des Albigeois qui, au XIIIe siècle imposa le sire de Lévis à notre cité, et ce fut la révolution de 89 qui l’en délivra. Le premier de cette famille fut sénéchal du comte de Montfort, et conquit, dans la fameuse croisade du nord de la France contre le midi, le titre du maréchal de la Foi, qu’il légua à sa descendance ; le dernier de cette descendance fut le père de Mme de Polastron 6Marie Vincentine de Lévis Mirepoix (1754-1835), veuve de Jean Jacques Joseph de Polastron de la Hillère, marquis de Grapiac, mort en émigration (Espagne) en 1795. , cette amie de Charles X, qui près de mourir, obtint, dit-on, de lui le serment de rétablir le trône des Bourbons sur ses antiques bases, serment, dont on suppose que l’influence ne fut pas étrangère aux ordonnances de 1830.

Cependant le jour était presque venu ; nous étions arrivés à Pamiers… » 7Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 113.

À Pamiers, Frédéric Soulié fait halte à l’auberge et, avant de ressortir, il prête l’oreille aux diverses anecdotes rapportées par l’un de ses compagnons de voyage. Celles-ci ont trait d’abord au Pamiers de l’an II, plus particulièrement à Vadier, né à Pamiers, député de l’Ariège à la Convention, surnommé « le grand inquisiteur » en raison de la vindicte qu’il a nourrie à l’encontre de nombreux Appaméens. Puis, les anecdotes roulent sur une série de personnages pittoresques que Frédéric connaît depuis l’enfance, dont le curé Em… et M. Saint-S…

Outre qu’il révèle chez le désormais très parisien Frédéric Soulié une singulière fidélité au souvenir des contes qu’on lui faisait dans l’enfance, l’intérêt que l’écrivain porte encore à la confrontation du curé Em… avec l’évêque de Mirepoix témoigne du fonds de révolte qui pousse chez lui depuis toujours l’ironiste, le libre penseur, à se ranger, dans ses drames comme dans ses romans, du côté des faibles contre les puissants, des humbles contre les superbes.

« Nous courions avec rapidité sur cette route qui me menait à la maison paternelle », observe en chemin Frédéric Soulié. L’allusion à la « maison paternelle » indique que l’écrivain a prévu de prolonger son voyage jusqu’à Lavelanet, ville natale de son père et résidence de sa parentèle. L’écrivain chemine toutefois en direction d’une maison dans laquelle ni son père ni lui-même ne sont plus retournés, semble-t-il, depuis 1808 pour son père, ou depuis 1820 pour lui-même.

Avant de gagner Lavelanet, Frédéric Soulié compte faire halte à Mirepoix, dans la maison de sa sœur, du côté pont sur l’Hers, non point dans la maison maternelle, 35 rue Courlanel, où demeure seulement sa tante Agnès, sœur de sa mère, qui a vécu dans la maison aux côtés de cette dernière, qui a connu Melchior Frédéric tout enfant et qui a été témoin du drame de 1804. La tante Agnès, en 1831, a toutefois soixante-quinze ans, et elle partage désormais la maison avec un « neveu », non nommé 8Il s’agit de Louis François Melchior Gorguos, né en 1823, fils aîné d’Antoinette Françoise Fanny Soulié, sœur de Frédéric Soulié. . Devenu étranger à cette maison, où, morte le 27 septembre 1827, sa mère n’est plus, où lui-même n’est pas revenu depuis 1815 ou 1820, et où personne, semble-t-il, ne se souvient seulement qu’il y a vécu, Frédéric Soulié chemine ainsi au-devant d’une situation d’étrangeté radicale : étranger aux deux maisons de l’enfance, par là au vif de son enfance même, il ne peut que l’être à Lavelanet, à Mirepoix, à l’Ariège toute entière. Il n’attend point de cette dernière qu’elle lui soit patrie ni matrie. Il roule vers des lieux d’où les siens sont partis, vers la tombe d’une mère qui ne l’a pas élevé, vers la maison d’une sœur auprès de qui il n’a pas vécu et qu’il n’a somme toute pratiquement pas connue.

« Sorti de mon pays à l’âge où commencent les souvenirs, je n’avais guère à m’occuper des personnes que j’allais voir. Ce n’étaient pas d’anciens amis à retrouver ; c’étaient des connaissances à faire, et après la maison de ma sœur où je devais descendre, le seul endroit où mon cœur m’ordonnât d’aller, était la tombe de ma mère. Je dois donc le dire, j’éprouvai peu de ces émotions qui tourmentent l’esprit de ceux qui regagnent leur pays natal. J’y allais comme étranger, serais reçu comme étranger. » 9Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 111.

On voit ici comment, tandis que la voiture continue à cheminer dans la nuit, Frédéric Soulié roule d’un moment à l’autre des pensées contraires. Soulevé d’abord par le désir de perpétuer le souvenir de l’épopée ariégeoise, autrement dit par « le désir d’écrire quelques pages de l’histoire de mon pays », lequel désir est ici proprement un désir d’Ariège, l’écrivain se trouve ensuite détourné du possible désir de cette mienne histoire, de ce mien pays, par le souvenir de la tombe maternelle. D’où finalement le déni de ce désir d’Ariège : « J’y allais comme étranger, serais reçu comme étranger ». Les mots de Frédéric Soulié indiquent pourtant qu’il y a eu pour lui un mien pays au temps lointain de sa prime enfance. Mais sorti de ce mien pays « à l’âge où commencent les souvenirs », l’écrivain ne saurait ni en recouvrer la mémoire qu’il n’a pas, ni en rouvrir le chemin, aujourd’hui barré par la tombe. Il tentera donc après son séjour en Ariège de lire l’histoire de ce pays comme le palimpseste de son histoire à lui. Il déploiera ainsi, dans le cycle de ses romans languedociens, sous le récit de l’histoire l’énigme du roman familial, et sous la geste des héros languedociens la quête désespérée du pays mien.

Profitant de cette étape à Pamiers, Frédéric Soulié, pour des raisons qui touchent, dit-il, à ses « affaires de famille », entreprend de se rendre à cheval dans un hameau nommé Ja…, situé à l’écart de Mirepoix.

« Je demeurai tout un jour dans cette ville de Pamiers, que mes compagnons de voyage quittèrent quelques heures après, et que je quittai moi-même le lendemain. Au lieu de suivre la route qui devait me mener directement à Mirepoix, je fus obligé, dans l’intérêt de mes affaires, de me rendre dans un petit village où demeurait une personne de ma famille. Force me fut de prendre un cheval de louage pour arriver au hameau où j’avais affaire. » 10Ibidem, p. 121.

Sur les « affaires de famille » qui motivent le séjour ariégeois de 1831 et la visite à Ja…, Frédéric Soulié se montre plutôt disert, sans toutefois rien dire du drame familial survenu quarante ans plus tôt ni de la raison pour laquelle, aujourd’hui, il fait figure de « revenant. »

« C’était une affaire de famille qui m’appelait dans le Midi ; il s’agissait de ne pas manger en procès un assez mince héritage partagé entre une infinité de cousins. Pour cela, il fallait voir tous ces cousins ; pour cela, il fallait les voir séparément ; le seul moyen de les accorder était de les empêcher de se rencontrer. Je tâchai d’y parvenir. »

Monté sur une rosse étique, équipé en outre d’un seul éperon – à utiliser exclusivement sur le flanc gauche ! -, qu’on bien voulu lui louer en même temps que le cheval, la selle et la bride, Frédéric Soulié tente donc de gagner par « des chemins de traverse » le village de Ja… Quelque temps plus tard…

« Je saluai le premier manant qui se trouva sur ma route, et je lui demandai, en français, l’heure qu’il était. Comme tous les autres, le drôle me regarda en clignant des yeux, et me répondit en patois :

Tout dreit, tout dreit. (Tout droit, tout droit.)

Quoique je fusse assuré que mon paysan m’avait compris, et que c’était simplement par haine pour la langue française qu’il m’avait répondu de travers, je m’adressai de nouveau à lui, mais cette fois en lui parlant patois, et je lui dis que ce n’était point le chemin, mais l’heure que je lui demandais. Mon nouveau langage sembla l’étonner et le disposer favorablement ; mais une mauvaise plaisanterie lui vint aux lèvres, et nul Gascon n’a jamais résisté au désir de dire une mauvaise plaisanterie.

— Vous me demandez l’heure, me dit-il ; il est l’heure où les mal montés la demandent.

Puis il s’éloigna en ricanant, et en méditant sans doute sur le moyen de faire de cette rencontre une histoire bien longue et dans laquelle il aurait montré beaucoup d’esprit. Je continuai ma route, et bientôt je me vis obligé de faire par nécessité ce que j’avais essayé comme moyen d’observation. Je commençais à me perdre dans les indications qu’on m’avait données, et bientôt je fus surpris par un orage devant lequel ma monture s’arrêta tout net. J’eus beau la tourmenter de l’éperon gauche, tout ce que je pus obtenir d’elle, ce fut de la faire tourner une douzaine de fois avec une rapidité qui m’eût beaucoup avancé dans ma route si elle l’eût employée à aller en avant, mais qui n’eut d’autre résultat que de m’étourdir et me désorienter tout à fait. Aussi, quand la pluie eut cessé et que ma bête reprit sa marche, je ne savais plus trop si je retournais sur mes pas ou si je continuais ma route. Je voulus m’en assurer en interrogeant un paysan que j’aperçus à quelque distance sur la porte de sa maison ; j’étais trempé jusqu’aux os, et je me dirigeai vers lui. Il m’attendit patiemment jusqu’à ce que je fusse assez près pour l’entendre, puis il me dit avec cet exécrable ricanement qui semble un trait caractéristique du pays :

— Eh ! monsieur, est-ce que vous avez besoin d’une brosse ?

Cette fois la colère me prit, et je commençais à apostropher ce misérable, lorsqu’il me ferma tranquillement sa porte au nez et me laissa sur la route sous la pluie qui recommençait.

J’avoue que j’étais furieux, et que si, dans ce moment, j’eusse pu chercher querelle à quelqu’un, je m’en serais donné la joie ; mais la route était déserte, et il me fallut bien continuer à la suivre au hasard. Je trottai ainsi, durant deux heures, et je commençais à désespérer de jamais arriver, lorsque je fis rencontre d’un colporteur. Je ne me risquai pas à lui demander mon chemin, ni l’heure qu’il était, je jugeai plus prudent d’employer vis-à-vis de lui l’argument éternellement persuasif en quelle langue qu’on le rédige, et je lui criai :

— Veux-tu gagner dix francs ?

Béléou (peut-être), me répondit-il.

— Il s’agit, lui dis-je, de me conduire à Ja…

Le colporteur écouta cette proposition avec un air fort indécis, puis après quelque hésitation il repartit :

— Je le veux bien à cause de vous.

Cette hésitation me fit soupçonner que je m’étais égaré et que je devais être bien loin du but de mon voyage ; je remerciai intérieurement le hasard de m’avoir fait rencontrer un brave homme qui, pour moi et pour mes dix francs, voulait bien se déranger de sa route pendant quelques heures. J’en étais même touché à ce point, que je lui demandai s’il était du pays, persuadé que tant de vertu ne pouvait être indigène. Il eut à peine le temps de me dire qu’il était des environs et de me proposer une paire de bretelles et un portrait d’Henri V, que j’aperçus devant moi les premières maisons d’un petit village qu’il me déclara être Ja…, puis il s’approcha de moi et me demanda les dix francs promis.

Nous avions marché à peu près cinq minutes ensemble, je trouvai la friponnerie un peu forte, et j’en fis l’observation à cet honnête homme ; il me répondit paisiblement :

— Ce n’est pas moi qui ai demandé ces dix francs, c’est vous qui me les avez offerts.

A cette excellente raison, je répondis en payant. » 11Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, pp. 164-169.

Le hameau que Frédéric Soulié nomme Ja… est probablement Jalade, aujourd’hui Gelade, lieu-dit peu distant celui de Mativet, où Jean Antoine Barthélémy Baillé avait hérité naguère de la métairie acquise jadis par son père Géraud Baillé. Par souci de discrétion sans doute, Frédéric Soulié dissimule sous le nom Ja… un lieu qu’il a connu au temps de ses enfances ariégeoises, où il s’est rendu souvent à pied depuis Mirepoix, à la fin de l’été, avec ses « marraines » ; et, ailleurs dans Deux séjours. Province, Paris, il se souvient de « ces belles figues sucrées que nous mangions ensemble », chemin faisant, « à la bastide de la Bista » 12Ibidem, pp. 169-170. Il s’agit probablement du hameau de Bize, situé sur la rive droite de l’Hers, au pied du chemin qui conduit à Mativet. .

« Enfin, j’arrivai chez l’un de mes nombreux cousins. C’était un vieillard de près de quatre-vingts ans, père d’une nombreuse famille, dont je trouvai la plus grande partie dans le vaste salon qui tenait la moitié du rez-de-chaussée de la maison. Mon vieux cousin, assis dans un fauteuil de canne, lisait un Constitutionnel qui avait vingt-cinq jours de date ; un de ses fils nettoyait un fusil de chasse ; l’aîné rendait compte à mère de la vente des moutons qu’il avait faite dans une foire voisine ; l’autre lisait son bréviaire dans un coin, et le plus jeune, étendu sur un canapé de paille, sifflait des airs de romances. Trois filles étaient assises et cousaient autour d’une table. La plus jeune pouvait avoir vingt-cinq ans, la plus âgée en avait au moins quarante. » 13Ibid., pp. 171-173.

Le tableau de famille est admirable, digne des maîtres du XVIIIe siècle dont il reprend un topos, notoirement illustré par Greuze.

Frédéric Soulié dit visiter là « l’un de ses nombreux cousins ». Jeanne Marie Baillé, mère de l’écrivain, était la dixième d’une fratrie de treize enfants, dont sept garçons. Mais compte tenu de la chronologie familiale, le mot « cousin » désigne plus probablement ici l’un des oncles de l’écrivain, et parmi ces derniers, plus probablement encore Jean Antoine Barthélémy Baillé.

Né en 1750, Jean Antoine Barthélémy Baillé avait trente-neuf ans en 1789 ; il aurait eu quatre-vingt-un ans en 1831, mais il est mort le 6 septembre 1830 à Foix ; et de ses huit enfants, il ne reste plus à cette date, hormis Marguerite Georgine Baillé dont on ne sait rien, que deux survivants seulement. Jean Antoine Barthélémy Baillé a été l’un des acteurs les plus résolus de la Révolution à Mirepoix. Notaire des actes de la municipalité, il a exercé également les fonctions de procureur-syndic responsable de la vente des biens nationaux, de membre du comité permanent du district de Mirepoix, de représentant de Mirepoix à la Confédération des Pyrénées ; etc. On sait par ailleurs qu’il est monté à Paris afin d’assister à la réunion des États Généraux. Il correspond parfaitement au personnage du vieux « patriote » si remarquablement dépeint par Frédéric Soulié dans le récit de son retour en Ariège :

« Il s’empressa de me demander des nouvelles de Paris :

— 0n m’a dit que vous faisiez des pièces de théâtre, me dit-il. Avez-vous jamais travaillé pour le théâtre de Marat ?

— Le théâtre de Marat, répondis-je ; mais je crois qu’il n’existe plus.

Tant pis, reprit mon vieux cousin, c’était un charmant théâtre, et j’y allais souvent, bien qu’il fût situé rue de l’Estrapade, et que je demeurasse rue de la Loi, section des Piques.

Mon vieux cousin était venu à Paris à l’époque de la révolution ; il avait appris son Paris comme il l’avait vu, et pas une des modifications qu’y avaient apportées l’empire et la restauration n’avait pu pénétrer dans la tête du vieillard. Par une singulière distinction, il consentait bien à appeler monsieur tous les hommes qu’il n’avait pas connus autrefois, ou qui étaient nés depuis la chute de la république ; mais il nommait citoyens tous ceux à qui il avait donné autrefois cette qualification : ainsi, en me parlant littérature, il me disait quelquefois :

— Sans doute, monsieur Casimir Delavigne est un homme de talent, mais je préfère de beaucoup le citoyen Chénier.

Son vieux républicanisme lui inspirait de dire Bonaparte, comme les légitimistes se plaisent à nommer Napoléon. Il n’y avait pour lui qu’une révolution, celle de 89. Il n’appelait jamais les nobles que les aristocrates et décorait du titre de patriotes ce que nous appelons plus justement opposition. A bien considérer cet homme, qui avait près de quarante ans quand la république s’établit, et qui a encore vécu trente ans depuis qu’elle est tombée, on peut juger de quelle impression cette terrible époque dut frapper tous les esprits. Toute la vie de cet homme semblait s’être absorbée dans les souvenirs de la période révolutionnaire. Tout ce qui avait précédé ce moment avait perdu son nom dans son esprit, tout ce qui avait suivi n’avait pu en acquérir un nouveau ; ainsi, pour ne parler que des objets physiques, il semblait, pour lui, que la place de la Révolution n’eût jamais été la place Louis XV, et ne fût jamais devenue la place de la Concorde. » 14Frédéric Soulié, Deux séjours. Province, Paris, pp. 171-173.

Arrivé à l’improviste, Frédéric Soulié retrouve, au sein d’une famille dont il ne sait plus grand chose, un homme qu’il n’a peut-être jamais revu depuis 1815 ou 1820. Or il dresse de ce « vieux cousin » un portrait si manifestement instruit des plis de l’homme, que le peintre semble avoir bénéficié d’une longue fréquentation du modèle. Ce n’est pourtant pas le cas.

On supposera donc avec quelque raison que le portrait condense et déplace sous les traits de l’actuel « vieux cousin » les diverses figures du « patriote » présentes à la mémoire ou à l’imagination de Frédéric Soulié. Il y a d’abord celle du patriote, jeune encore, des années 1800-1804, incarné à la fois par Jean Antoine Barthélémy Baillé, oncle du petit Frédéric, et par François Melchior Soulié, père du même petit Frédéric ; il y a ensuite celle du vieux François Melchior Soulié, que son fils Frédéric, en 1831, fréquente toujours quotidiennement, et qui a conservé lui aussi les mœurs et les idées de 1789.

Du patriote des années 1800 1804, Frédéric Soulié s’est formé sans doute une image idéalisée. La désuétude du modèle de patriote fourni plus tard par un père vieillissant ruine par effet de rétroaction la valence première de l’image rêvée. D’où la marge d’ironie que Frédéric Soulié se réserve dans le portrait du vieil oncle, et cependant la pointe d’admiration, ou de nostalgie, certes paradoxale, qui demeure latente dans l’ensemble du passage consacré au « vieux cousin » et qui luit ça-et-là dans des mots tels que « révolution », « citoyens », « patriotes », « républicanisme », « terrible époque ».

De façon plus originaire encore, il est possible que Frédéric Soulié, qui a vécu auprès de son père en enfant unique, et qui regarde son « vieux cousin » comme une sorte de patriarche à la Greuze, se soit souvenu là de son grand père Géraud Baillé, père de treize enfants, ou plutôt, puisqu’il n’a pas connu ce grand père, mort bien avant sa naissance, qu’il se soit attaché à composer ici l’image improbable d’un âge d’or relativement auquel il est né trop tard. Le patriarche constitue ainsi, à l’horizon du chemin de vie de Frédéric Soulié, la figure nostalgique d’un passé antérieur qui n’aura jamais eu de concordance, ni présente ni future, dans le champ de son passé à lui.

Dans l’une des dernières lettres de Frédéric Soulié qui nous soient parvenues, celui ci confirme à son amie Madame Guyet Desfontaines qu’il viendra assister à « sa réunion d’enfants ». Il exprime à cette occasion son regret, ambigu, de ne s’être point marié, de n’avoir pas eu d’enfants :

« J’irai voir votre jeune et joyeuse réunion quoique à vrai dire je n’y sois guère à ma place, moi pauvre vieux garçon qui parmi tous ces cris et ces rires d’enfants n’en entendrai aucun qui parle plus loin qu’à mon oreille. Je verrai les mères, dites-vous. C’est une autre dérision, car en vérité, si elles sont mères, à qui la faute. Ce n’est pas à moi et voilà de ces péchés qu’on regrette toute la vie. N’importe j’irai et j’oublierai. C’est beaucoup. » 15Cf. Harold March. Frédéric Soulié, Noveliste and Dramatist of the Romantic Period. Appendixes. Lettre n° 63, p. 362. Yale University Press. London. 1931.

À Ja…, dans la maison du « vieux cousin », Frédéric Soulié essuie plus que jamais la preuve de son étrangeté de toujours :

« Je tombai comme une bombe au milieu de cette assemblée patriarcale ; je ne m’attendais pas à un accueil bien empressé. Je me trouvais être, au même titre que toute cette famille, héritier d’un assez mince patrimoine, et je savais que, lorsque j’avais parlé de faire valoir mes droits, on s’en était beaucoup indigné. En effet, moi qui n’avais jamais habité le pays, je venais assez incongrûment mettre la main dans des biens dont on avait fait le partage sans penser à moi. Je dérangeais les calculs de tout le monde ; il paraissait souverainement injuste à mes cohéritiers qu’un étranger, qui n’avait jamais mérité par ses soins assidus la bienveillance du décédé, qui n’avait jamais entretenu ses bonnes dispositions par de fréquents envois de gibier, par des hommages de raisiné ou des cuisses d’oies confites, profitât de la fortune du parent qu’ils avaient choyé à leurs frais… » 16Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 170.

Le vieux parent dont Frédéric Soulié vient en 1831 revendiquer le co-héritage est en l’occurrence un grand-oncle nommé Jean Cairol, dit Lamarsale, propriétaire, célibataire, fils de feu Gaspard Cairol et de Marie Ferrusse, demeurant de son vivant section A n° 104, sous le Grand Couvert, mort le 3 octobre 1819, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. 17Frère d’Antoine Cairol, médecin, d’où oncle de Dorothée Cairol, la grand-mère maternelle de Frédéric Soulié, Jean Cairol, dit Lamarsale, était donc un grand-oncle de ce dernier.

Pourquoi cependant Frédéric Soulié revendique-t-il si tard l’héritage de ce vieux parent ? Douze années se sont écoulées depuis la mort de Jean Cairol Lamarsale.

Frédéric Soulié avait dix-neuf ans en 1819, date de la mort de son grand-oncle. Pris d’abord par ses activités de carbonaro, il l’a été ensuite par son métier d’auteur dramatique. Dans le même temps, puisqu’il faut bien vivre, il a multiplié les « bigarrures », non signées, dans différents journaux. C’est probablement par l’intermédiaire du Maréchal Clauzel, un an ou deux après la mort de sa mère, survenue en 1827, qu’il a eu connaissance de « l’assez mince héritage » partagé « sans lui » entre son « infinité de cousins ». Ruiné en octobre 1829 par l’échec de sa pièce Christine à Fontainebleau, il a certes besoin d’argent frais. Mais il se jette bientôt, à Paris, dans le maelström de la Révolution de Juillet.

Au printemps 1831 toutefois, la rédaction des Scènes de 1815 au château de S… montre que Frédéric Soulié se trouve rattrapé par le désir d’Ariège, le regret de sa mère, les souvenirs, réels ou fantasmés. Il vient de collaborer en 1830 à l’écriture d’une pièce intitulée Une Nuit du duc de Montfort. Il ne s’agit pas du Montfort de la Croisade contre les Albigeois, mais de Jean V de Montfort, duc de Bretagne (1389-1442). Qu’importe. Le nom seul de Montfort, suffit à relancer la fantasmatique ariégeoise. Le duc de Montfort, dans la pièce, soupçonne son épouse de le trahir avec un page…

Relancé par le nom de Montfort, le tourniquet à fantasmes inspire à Frédéric Soulié à la fois le souvenir de la Scène de 1815 au château de S… et le désir de voir la tombe, en quoi le regret de la mère et le secret du drame de 1804 trouvent désormais leur forme palimpseste.

D’où vient qu’entre février et septembre 1831 Frédéric Soulié envisage soudain de se mettre en route ? Quel miracle a-t-il fait que les anciennes résistances soient maintenant levées ? Quid de l’impulsion décisive ?

La réponse est dans le coup de hasard qui destine la liaison de Frédéric Soulié avec celle qui sera la femme de sa vie, Madame Bossange.

Le souci d’amour dès lors se déplace. Le transfert s’opère. Ainsi déplacé, non point neutralisé, le regret rétrocède, reconduit à l’amour, à l’imagination, à l’écriture, au droit de survivre désormais à la tombe.

Le moment de l’amour est ainsi celui à partir duquel Frédéric Soulié peut retourner en Ariège, affronter sa parentèle, et aller, sans craindre que son cœur s’y brise, sur la tombe de sa mère. C’est aussi le moment à partir duquel, retrouvant sa fierté d’écrivain, Frédéric Soulié s’impose dans le monde des lettres, publie le cycle de ses romans historiques languedociens, et triomphe avec Les Mémoires du Diable.

Cet effet de regain s’observe dès l’arrivée de Frédéric Soulié au hameau de Ja…, lorsque, débarquant à l’improviste, celui-ci s’aperçoit qu’on le sait écrivain et qu’on ne le tient pas pour « un homme sans importance » :

« Je m’aperçus que je n’étais pas un homme sans quelque importance, lorsque je vis disparaître presque tous les membres de la famille et que je pus remarquer, à leur tour, que les filles avaient remplacé par un tablier de soie noire, le tablier de cotonnade qui protégeait leur robe d’escot ; que le fils au bréviaire était allé quitter ses sabots pour mettre des souliers, et que le siffleur de romances s’était organisé autour du cou, une cravate blanche de mousseline, ornée d’une superbe rosette. […].

— On m’a dit que vous faisiez des pièces de théâtre ? 18Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 171.

Après le souper, l’écrivain se trouve invité à la veillée villageoise, sise dans une grange. Il y admire la beauté des filles et celle des chants ariégeois, qu’il redécouvre, dit-il, en les entendant « sous leur ciel, dans leur cadre et avec leur expression native » 19Ibidem, p. 177. . Les filles le regardent et demandent : « — ques aquel moussurot ?

Petit monsieur, ce mot par lequel on me désignait, ne veut point dire petit monsieur comme nous l’entendons, c’est-à-dire monsieur à la tournure maigre et stérile, il veut dire un homme qui usurpe l’habit qu’il porte ; et comme j’étais pour le moins aussi bien mis que le fils de l’ancien seigneur du village et que je n’étais probablement qu’un roturier, on m’appelait moussurot. »

Frédéric Soulié formule à cette occasion une considération acide sur l’esprit ariégeois :

« Certes, il n’existe en France aucun pays où la haine du peuple soit aussi violente que chez nous, pour l’homme du peuple qui s’est élevé au-dessus de sa condition : et ce qu’il y a peut-être de plus étonnant, c’est que cette envie, qui s’obstine à nier le bien acquis de toute fortune faite depuis peu, n’empêche pas, dans nos paysans, la haine des vieilles familles et des fortunes anciennes… »

La combativité dont fait montre ici l’écrivain s’observe également lorsque, plus tard dans la soirée, au milieu d’une veillée champêtre où l’on joue à se bombarder d’épis de maïs, Frédéric Soulié se dresse contre l’un de ses jeunes co-héritiers et cousins :

« Ces épis que dans cet état on appelle couscourets s’égarèrent peu à peu de la direction qu’on semblait vouloir leur donner ; quelques-uns m’atteignirent, et bientôt ce fut une pluie sous laquelle on m’eût peut être enterré, si j’avais laissé faire ; mais ne pouvant me défendre contre tout le monde à la fois, je choisis un ennemi ; cet ennemi fut mon malheureux cousin qui trouvait fort drôle de me laisser assiéger ; je choisis l’épi le plus lourd que je pus trouver, je le lui adressai au milieu du visage, d`une façon si vigoureuse, que le sang jaillit ; et au moment où il s’irritait et me faisait observer qu’on ne jouait pas ainsi, je lui répondis si sèchement que c’était ma manière d’avertir que ce jeu me déplaisait, qu’on le cessât tout à fait.

Il me sembla même que j’acquis quelque estime parmi les paysans de la veillée ; les hommes me regardèrent avec un peu de haine, et conséquemment les femmes avec un peu de faveur. » 20Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 182.

On voit naître ici le personnage du Vengeur, qui sera plus tard, sous le prénom de Noël, le héros du roman intitulé Confession générale (1840-1847). On se souviendra ici que Frédéric Soulié est né le 23 décembre 1800.

Retournant vers dix heures à la maison de son oncle, l’écrivain termine la soirée autour d’une blanquette de Limoux, « le champagne de notre pays » 21Ibidem, p. 186. . Le lendemain matin, il est invité à chasser la perdrix à la tirasse, i. e. à l’aide d’un grand filet armé de plomb que l’on jette de façon à envelopper la perdrix. Pour lancer la tirasse, il faut « une force et une adresse peu communes », remarque Frédéric Soulié 22Ibid., p. 189. . Puis il rejoint ses cousins à la messe, « qui est comme une sorte de bourse, où l’on ne s’occupe durant l’office que du prix du grain, de l’augmentation des laines, de la baisse des fers » 23Ibid., pp. 189-190. . A la sortie de la messe, l’aîné de ses cousins, « qui semble être le Rothschild de cette réunion », lui propose de régler ainsi la question d’héritage : on ne changera rien au partage qui a été fait en son absence, on ne lui donnera pas de champs, dont il n’aurait que faire ; mais on lui paiera sa part en espèces. Et comme ses cohéritiers manquent de fonds, lui seul, l’aîné des cousins, paiera au nom des autres, en se garantissant par une hypothèque pour les sommes avancées.

Frédéric Soulié, par souci d’en finir, accepte le marché. Il découvrira plus tard que le cousin en question a usé des hypothèques pour déposséder les sept autres cohéritiers !

Le lendemain matin, Frédéric Soulié reprend la route en direction de Mirepoix.

References

↑ 1. Dormeuse : voiture de voyage dans laquelle on pouvait s’étendre pour dormir.
↑ 2. Frédéric Soulié a effectivement écrit cette histoire dans son cycle de romans historiques languedociens : Le Vicomte de Béziers (1834) ; Le Comte de Toulouse (1835) ; Romans historiques du Languedoc (1836) ; Sathaniel (1837).
↑ 3. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 105.
↑ 4. Dans son Praedium rusticum, le père Jacques Vanière (1664-1739), jésuite, chante en vers latins, à la façon de Virgile, les travaux et les plaisirs de la campagne.
↑ 5. Il s’agit de Jacques de Novelles, dit Jacques Fournier, originaire de Saverdun (Ariège), devenu pape sous le nom de Benoît XII.
↑ 6. Marie Vincentine de Lévis Mirepoix (1754-1835), veuve de Jean Jacques Joseph de Polastron de la Hillère, marquis de Grapiac, mort en émigration (Espagne) en 1795.
↑ 7. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 113.
↑ 8. Il s’agit de Louis François Melchior Gorguos, né en 1823, fils aîné d’Antoinette Françoise Fanny Soulié, sœur de Frédéric Soulié.
↑ 9. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 111.
↑ 10. Ibidem, p. 121.
↑ 11. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, pp. 164-169.
↑ 12. Ibidem, pp. 169-170. Il s’agit probablement du hameau de Bize, situé sur la rive droite de l’Hers, au pied du chemin qui conduit à Mativet.
↑ 13. Ibid., pp. 171-173.
↑ 14. Frédéric Soulié, Deux séjours. Province, Paris, pp. 171-173.
↑ 15. Cf. Harold March. Frédéric Soulié, Noveliste and Dramatist of the Romantic Period. Appendixes. Lettre n° 63, p. 362. Yale University Press. London. 1931.
↑ 16. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 170.
↑ 17. Frère d’Antoine Cairol, médecin, d’où oncle de Dorothée Cairol, la grand-mère maternelle de Frédéric Soulié, Jean Cairol, dit Lamarsale, était donc un grand-oncle de ce dernier.
↑ 18. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 171.
↑ 19. Ibidem, p. 177.
↑ 20. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 182.
↑ 21. Ibidem, p. 186.
↑ 22. Ibid., p. 189.
↑ 23. Ibid., pp. 189-190.

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