D’un mot qui s’allume

D’un mot qui s’allume
sur la scène du rêve
naissent des visions,
une gare, un jardin tropical,
un navire dont les oriflammes
claquent au vent,
une église,
une femme,
un enfant.

La gare, nuit et jour, va et vient.
Les tortues
poursuivent d’autres songes
dans le jardin tropical.
Le navire roule d’un monde l’autre.
L’église n’est jamais la même,
un jour riche,
un jour pauvre.
La femme a son manteau cousu d’étoiles
et des yeux qui versent
quand elle vous regarde,
un flot de lumière.
On dit de l’enfant
qu’il est somnambule,
qu’il use ses souliers la nuit.
Au cul des basses-fosses
les prisonniers ont faim,
et dans les mines d’argent
les mineurs ont soif.
L’enfant rentre au matin,
ses souliers sont troués,
ses habits déchirés.

Le navire a sombré,
ventre plein.
Le périple va ainsi,
d’un monde l’autre,
sans rime ni retour.

Dans le manteau
cousu d’étoiles,
dans les yeux
qui versent un flot de lumière,
il y a une gare, un jardin tropical,
un navire éventré,
une église ubiquiste,
des prisonniers qui ont faim
des mineurs qui ont soif,
et l’enfant somnambule
qui hante les culs de basse fosse,
les galeries de mine
et les gouffres marins.

Atocha, c’est le mot qui s’allume.
Atocha !

2 réponses sur “D’un mot qui s’allume”

  1. J’ai cherché, en vain, la signification (l’étymologie) du mot ATOCHA … Pourquoi a-t-on donné ce nom à la plus ancienne gare de Madrid ?
    As-tu trouvé quelque chose à ce sujet ?
    Entretemps, ce texte est magnifique. Merci de me l’avoir fait partager.
    Pierre

    1. Avant la basilique Nuestra Señora d’Atocha, puis la gare d’Atocha, le quartier d’Atocha a abrité l’ermitage d’Atocha. Le mot atocha désigne en espagnol le sparte, qui est une espèce de roseau. On en déduit que, là où l’ermite a installé l’ermitage intial, il y avait jadis des roseaux. D’où Atocha : lieu (anciennement) planté de roseaux.
      Christine

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