Christine Belcikowski

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Rejoindre les morts...

Rédigé par Belcikowski Christine 2 commentaires

Virginia Woolf, dans Les Vagues, parle de « rejoindre les morts ». « Rejoindre les morts... », ces mots passent et repassent dans sa pensée, dit-elle, comme une nageoire, celle que l’on aperçoit parfois depuis la plage par un jour d’été, ou celle que l’on croit voir monter dans la profondeur sombre quand on nage autour du rocher qui pointe, là-bas, à la sortie de la baie.

Rejoindre les morts ?

Arrivée à l’âge où je nage moins souvent qu’autrefois parce que je trouve l’eau de plus en plus froide, je songe de mon côté à Orphée, Énée, Dante, et autres nageurs de première force, qui ont osé se risquer dans le sillage de la nageoire et atteindre de la sorte, enfer ou autre, aux bords mystérieux. Point toutefois pour y rejoindre les morts, mais pour les visiter, là-bas, au-delà du rocher qui pointe à la sortie de la baie ; et pour ensuite les quitter, revenir. Il y faut des vertus que le nageur du dimanche n'a pas.

Revenir ? Qu’est-ce que revenir ? Revient-on jamais ?

D’un bord l’autre, je détesterais d’avoir à quitter des vivants ou à quitter des morts. N'y perdrait-on pas chaque fois une part de soi ? Mais j’aime à flâner dans l’entre-deux-mondes du vieux cimetière de notre petite ville. Je n’ai dans ce lieu paisible personne à rejoindre ni à quitter. J’y circule l’âme légère. Les noms qu’on voit sur les tombes ne sont pas ceux des miens. Je connais ces noms seulement pour les avoir rencontrés lors de longues recherches dans les registres paroissiaux. Ils me font signe de loin. Nous partageons là une sorte d’amitié secrète. Dans le même temps, mes petites filles jouent à cache-cache entre les tombes. Sur la place, à deux pas du vieux cimetière, d’autres gens espèrent, comme dit le comique, le retour du bal et de la grand'bande, à savoir, deux musettes, et parfois Fagotin et les marionnettes. « Ils ne savent ni lire ni nager », disait déjà Platon de la fête ordinaire. Moi, je n’espère rien, sinon de conserver, avant le retour de la nageoire, la liberté de tutoyer, d'un monde l'autre, le silence des ombres.

2 commentaires

#1  - Autissier a dit :

mais si il faut toujours espérer, de conserver le plus d'acquits possible, surtout sa liberté de penser, de chanter, de vivre !!! et bien sûr nous rejoindrons ceux qui nous ont précédés - amitiés - Colette

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#2  - Belcikowski Christine a dit :

Bonsoir, Colette,
Ne croyez pas que ce texte est sombre, ni triste. Mon univers est ainsi, peuplé de figures présentes ou passées.

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