Talismans

Talismans, les mots,
ô portes invisibles
qui ouvrez
à la terre, à l’eau,
à l’air, au feu,
l’espace et le temps
de la rêverie,
où se présenter vifs,
mais sans la matière,
et comme malgré eux
malgré nous !

Talismans, les mots,
ô lanternes magiques,
qui abritez le bleu du ciel,
le vert de l’herbe,
et l’argent turbulent des rivières,
et le rougeoiement des braises dans la cheminée,
et le noir de la nuit sans étoiles,
et la senteur aussi des sous-bois,
et le bruit de la clé qui tourne dans la serrure,
et le goût de la pomme qu’Ève un jour a croquée,
et la douceur du sable fin,
dont on fait son lit à la plage,
qui s’écoule comme farine dans la main,
sans qu’on puisse jamais en compter les grains…

Talismans, les mots,
ô magie de la discordia concors,
sentir fait penser,
ô magie de la concordia discors,
penser fait sentir,
ô magie de la rêverie !

Talismans, les mots !
votre lampe jamais ne deviendra obscure. 1Marsile Ficin. Sonnet 5. In Les trois Livres de la Vie. 1489.

References   [ + ]

1. Marsile Ficin. Sonnet 5. In Les trois Livres de la Vie. 1489.

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