Frédéric Soulié. Le Magnétiseur. Aux sources d’un roman familial

Le magnétiseur est un personnage récurrent dans l’œuvre du second romantisme, et plus particulièrement dans la littérature fantastique du XIXe siècle. Il constitue un avatar inquiétant de Franz Anton Mesmer (1734 1815), célèbre médecin viennois qui a exercé en France entre 1778 et 1785, connu un immense succès avec la cure dite « du baquet », fondé en 1784 la Société de l’Harmonie universelle, publié en 1779 son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, et initié ainsi une longue période de controverse scientifique concernant la théorie du fluxus et de l’influxus universels.

« Je crois, écrit Mesmer, qu’au moyen d’un milieu qui ne peut être qu’un fluide très subtil, il existe entre tous les corps qui se meuvent dans l’espace, une action réciproque, la plus profonde et la plus générale de toutes les actions de la nature ; que cette action constitue l’influence ou le magnétisme universel de tous les êtres entre eux. » 1Société de l’Harmonie d’Ostende. Système raisonné du Magnétisme universel. D’après les Principes de M. Mesmer, p. 110. Chez Gastelier Libraire. Paris. 1786.

L’action du thérapeute, telle que la conçoit Mesmer, consiste en une remise en circulation du fluide à l’intérieur de l’organisme, donc en un réveil des forces salutaires du patient. La cure se passe en musique de manière à accentuer cette circulation.

Le thérapeute a en la personne du magnétiseur, dans la littérature frénétique ou romantique, son double sombre. Le magnétiseur use ici de l’influence réciproque des corps à des fins suspectes, diversement intéressées, le plus souvent sexuelles. Il confère de la sorte aux scènes dans lesquelles il intervient un intérêt dont la nature va sans dire. Charles Nodier en 1818 dans Jean Sbogar, Balzac en 1822 dans Le Centenaire ou Les Deux Beringheld, Frédéric Soulié en 1834 dans Le Magnétiseur, Gérard de Nerval en 1840 dans Le Magnétiseur (texte resté à l’état d’ébauche, aujourd’hui perdu), George Sand en 1843 dans Consuelo et dans La Comtesse de Rudolstadt, Alexandre Dumas en 1846 dans Joseph Balsamo, Théophile Gautier en 1854 dans Gemma (livret de ballet), et tant d’autres dont la liste serait ici fastidieuse, n’ont pas manqué d’exploiter cette épice, pour l’aura de mystère et, le cas échéant, pour la suggestion libidineuse.

Frédéric Soulié, qui a connu le magnétiseur David Ferdinand Koreff à Paris dans les années 1830 et qui a entendu son « oncle » Bertrand Clauzel parler de certaines séances magnétiques organisées au château du Secourieu par la famille Rességuier 2Le château du Secourieu était avant la Révolution propriété de la famille Rességuier, dont Jean de Rességuier III, seigneur du Secourieu, président du parlement de Toulouse, cousin de Monseigneur de Cambon, dernier évêque de Mirepoix ; ami par ailleurs de la présidente du Bourg et du conseiller Mathias du Bourg, son fils, qui, en leur hôtel toulousain de la place Sainte-Scarbes ou dans leur château de Rochemontès, reçurent Anton Mesmer en 1786. Cf. Clément Tournier, Le mesmérisme à Toulouse ; suivi de Lettres inédites sur le XVIIIe siècle d’après les archives de l’Hôtel du Bourg, Imprimerie Saint-Cyprien, Toulouse, 1911. Jean de Rességuier et Louis Emmanuel Élisabeth de Rességuier, son fils, ont été eux-mêmes adeptes des séances de magnétisme animal. dans les années 1780, raconte dans Le Magnétiseur une histoire d’amour et de paternité trahie dans laquelle interviennent tour à tour deux magnétiseurs, le savant docteur Lussay, plus thérapeute que magnétiseur, et le méchant baron de Prémitz, double noir du précédent.

La scène qui suit se passe en 1787, au début du roman. Charlotte Diane de l’Étang, la très jeune, très belle et très capricieuse duchesse d’Avarenne, questionne ici Honorine, sa femme de chambre, à propos d’un « homme en velours noir » aperçu au pied du château :

« La belle duchesse alla vers la croisée qu’Honorine venait d’ouvrir, se pencha sur le balcon avec un long bâillement et se mit à regarder dans l’immense cour d’honneur qui précédait le château de Lagarde. Une douzaine de personnes descendaient le perron qui menait au rez-de-chaussée.
— Quel est cet homme en velours noir, auquel parle mon père ?
— Madame, c’est le docteur Lussay.

— Ça, un docteur ? il n’a pas trente ans !
— On dit pourtant que c’est un très savant médecin ; et puis un homme terrible, madame. » 3Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 2. Librairie Nouvelle. Paris. 1856.

En 1787, le docteur Lussay a usé de son pouvoir de magnétiseur pour séduire et épouser Louise, la prétendue du meunier Jean d’Aspert. Cédant alors aux avances de la duchesse d’Avarenne, Jean d’Aspert devient un temps l’amant de cette dernière. Engagé plus tard dans l’armée révolutionnaire, il y fait rapidement carrière. Devenu en 1798 général dans l’armée d’Italie, il retrouve à Rome la duchesse d’Avarenne, qui a émigré. Apprenant qu’elle a un fils, né de leurs amours, et qu’elle le fait élever ailleurs sous le nom du prince qui était en 1787 son amant en titre, Jean d’Aspert tente d’obtenir de la duchesse qu’elle lui rende ce fils jamais vu. En vain. Il parvient toutefois à faire enlever l’enfant dans une Rome soulevée par l’émeute. Afin de brouiller les pistes et par là de prévenir les possibles manigances de la duchesse d’Avarenne, il a indiqué à ses hommes que l’enfant à enlever se nomme Charles Dumont et qu’il s’agit là du fils d’un soldat du bataillon tué quelques heures plus tôt par les émeutiers. Le vrai Charles Dumont aurait été tué en même temps que son père, d’après les informations dont dispose seul Jean d’Aspert.

Longtemps maintenu éloigné de son fils par ses activités militaires, Jean d’Aspert se contente par la suite de savoir que celui-ci est correctement élevé ailleurs sous le nom toujours de Charles Dumont. Un jour toutefois, il apprend que le vrai Charles Dumont n’est pas mort. Une question le taraude désormais : quel enfant a-t-on enlevé en 1798 ? L’enfant qu’on élève sous le nom de Charles Dumont est-il le sien, ou celui du soldat tué à Rome ? Jean d’Aspert veille à financer les études de Charles Dumont, mais renonce à rappeler auprès de lui ce fils incertain.

En 1815, Jean d’Aspert, qui loge dans son hôtel particulier de la rue Saint Honoré le docteur Lussay, devenu aux armées chirurgien en chef et baron, ainsi que Louise Lussay, épouse de ce dernier, et Henriette leur fille, reçoit fréquemment la visite d’un jeune magnétiseur, déjà fort couru, nommé Prémitz.

« On annonça bientôt monsieur le baron de Prémitz, et un homme de trente ans se présenta. Ce baron de Prémitz était un Allemand venu à la suite des armées étrangères ; il se disait natif de Prague et descendant de ce grand comte Prémitz, fondateur de la ville, et dont on garde précieusement un soulier dans le vieux château royal. Il était d’une taille élevée, forte plutôt par la vigueur de sa structure que par l’embonpoint ; ses cheveux étaient d’un blond charmant ; ses traits, purement dessinés, avaient dans leur ensemble un caractère de douceur, lorsqu’il tenait les yeux baissés ; mais lorsqu’il les relevait, la lumière fauve qui s’échappait de sa large prunelle grise semblait éclairer ce visage d’un nouveau jour, le montrer sous un autre aspect ; et il prenait alors cette expression inquisitoriale et dominatrice qui épouvante les faibles, et qui va jusqu’à importuner les hommes les plus décidés, qui s’en débarrassent souvent par une querelle. Henriette, en voyant entrer monsieur Rhodon de Prémitz, devint glacée, et n’eut pas la force de se lever. […].

L’impression singulière que Rhodon fit, à la première vue, sur la jeune fille, s’expliqua d’abord dans son cœur par la crainte d’aimer ce nouveau venu. En effet, Henriette, qui ne pouvait le voir sans être troublée, Henriette demeura assez tranquille sur le sentiment qu’elle éprouvait, croyant avoir rencontré l’homme qu’elle devait aimer et ne s’étonnant ni ne s’affligeant, à dire vrai, d’être prise d’amour à l’âge qui, dans tous les romans, est annoncé pour être celui où l’on aime. » 4Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p.87.

Un soir, alors qu’elle veille sa mère malade, tandis son père discute avec Prémitz au salon, car on vient d’annoncer la nouvelle du débarquement de Napoléon, Henriette se sent prise d’un malaise étrange… Elle sonne, mais personne ne vient, car « tous les domestiques étaient descendus et s’occupaient de la grande nouvelle. »

« C’était un horrible cauchemar, un sommeil lourd, mais agité, contre lequel elle combattait ; puis il lui paraissait qu’on parlait à côté d’elle, qu’on l’enlevait, qu’on l’emportait. Elle fit un effort, elle ouvrit les yeux ; une lampe de nuit brûlait seule dans sa tour de porcelaine ; mais à sa pâle lueur elle crut voir un homme devant elle, un homme debout, qui, lui posant une main sur le front et l’autre sur le cœur, lui dit d’une voix sombre, mais irrésistible :
— Dormez.
Henriette retomba sur son fauteuil et dormit.
Il était minuit quand Lussay rentra. Henriette dormait encore. Madame de Lussay, éveillée depuis quelque temps, l’avait en vain appelée. Lussay éveilla sa fille ; mais le sommeil résista longtemps avant de la quitter. Son père, en voyant le désordre de ses vêtements, l’interrogea. Elle chercha ses souvenirs et se rappela tout ce qui lui était arrivé jusqu’à l’instant où elle avait sonné. Lussay crut avoir trouvé la cause de cet état. Il jugea que sa fille épouvantée avait eu une attaque de nerfs ; il lui ordonna le repos, lui prescrivit quelques calmants, la renvoya dans sa chambre, et lui même s’endormit tranquille, après avoir juré à sa femme qu’il ne parlerait plus devant sa fille de magnétisme, et qu’il ne la rendrait plus témoin d’expériences qui la troublaient si vivement. » 5Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 126.

Quelque temps plus tard, Henriette se trouve enceinte. Madame Lussay est morte. Henriette ne sait qui est le père de son enfant : « Je n’ai pas eu d’amant et je suis mère ! ». Elle doit endurer seule sa grossesse et sa maternité. Bouleversé par la triste condition de la jeune femme, Jean d’Aspert l’épouse. Le couple s’installe à la campagne, où Jean d’Aspert a acquis un vaste domaine et une forge. Quelque temps plus tard, Jean d’Aspert, qui a du mal à gérer la forge, cède aux instances d’Henriette et engage comme régisseur Charles Dumont, son fils supposé. Celui-ci fait merveille dans sa nouvelle fonction. Henriette doit bientôt se défendre d’admettre qu’elle aime Charles et que Charles l’aime aussi. Tous deux succombent un soir à la tentation. Ils décident alors de ne plus se revoir. Charles quitte le domaine et, cherchant à mourir, s’implique dans une conspiration qu’il sait folle. Il est arrêté, condamné à mort. Jean d’Aspert se rend chez la duchesse et la somme d’user de son influence en faveur de leur fils. C’est alors que la véritable identité et la noirceur des projets de Rhodon de Prémitz se découvrent… Le roman, d’une certaine façon, finit bien.

« Telle est l’action très dramatique de ce roman, dont le principal défaut », observe toutefois Pierre Augustin Eusèbe Girault de Saint Fargeau dans sa Revue des Romans, « est l’absence la plus complète d’un but moral et d’une pensée philosophique » 6Pierre Augustin Eusèbe Girault de Saint-Fargeau (1799-1855). « Soulié ». In Revue des romans – Recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers. Contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénoûment de chaque roman. Volume 2. Page 308. Librairie de Firmin Didot Frères. Paris. 1839.. L’observation de Pierre Augustin Eusèbe Girault de Saint-Fargeau est juste, même si elle témoigne chez le critique d’une réprobation haute et claire. Frédéric Soulié, en effet, n’assigne au roman aucune fonction morale, il ne se réclame d’aucune philosophie, d’aucune théorie ni d’aucun système. Il se plaît en revanche à révéler, dans chacun de ses romans, les noirs secrets d’un « drame inconnu » dont tout indique, au moins au regard du biographe, qu’il s’agit là, chaque fois, d’une variante fantasmée de son propre drame. L’écrivain poursuit ainsi sous le couvert de la fiction un travail d’anamnèse qui ne se dit pas, mais qui mobilise sans doute dans l’obscurité de son pas quelque chose de la vérité recherchée concernant le drame familial dont l’enfant Melchior Frédéric Soulié a été dans les années 1800 à la fois la victime et l’enjeu.

On ne rappellera pas ici les détails de ce drame, mais seulement la question qu’il pose. Il y a un secret dans l’histoire du couple que forment du 8 Pluviôse an VI (samedi 27 janvier 1798) au 5 nivôse an IX (26 décembre 1800) François Melchior Soulié et Jeanne Marie Baillé, les parents de Frédéric Soulié. Que s’est-il passé entre les deux époux ? Des diverses hypothèses, parfois très crues, qui viennent à l’esprit concernant une telle question, on ne peut légitimement rien conclure. Frédéric Soulié lui-même n’y est point parvenu. Mais il s’y essaie sans cesse. Son œuvre romanesque tourne en conséquence toute entière autour de cette question dérangeante, et justement autour des hypothèses les plus crues. Elle doit à ce questionnement souterrain sa fertilité narrative, et, si frappante, sa cruauté aussi. De la surprise de l’amour au viol, l’écrivain associe chaque fois le sexe à la violence, à la sidération et à l’effroi.

Jean d’Aspert, par exemple, rencontre ici la duchesse d’Avarenne pour la première fois. La scène se passe en 1787 :

« Elle ramena sa robe sur son cou, mais tout lentement, comme si elle ne le faisait qu’à regret ; et le regard de Jean, dispersé sur ses belles épaules et sur ce sein d’ivoire, se resserrant peu à peu avec le cercle de damas qui vint se nouer au cou, ce regard se concentra sur le visage de la duchesse, puis sur ses yeux ; et lui, dominé par une admiration qui le brûlait, elle par un triomphe qui la flattait à son insu, tous deux se regardèrent longtemps ; et les rayons de leurs yeux, en glissant l’un à travers l’autre, comme ceux de la lumière, se confondaient comme eux, s’échauffaient et s’animaient jusqu’à les brûler. […]. Jean trouvait la duchesse belle à l’adorer ou à la violer… » 7Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 42-44.

Henriette Lussay, autre exemple, se trouve un soir de 1815 en tête à tête avec son présumé beau fils, Charles Dumont, pour la première fois :

« Puis il chercha ses lèvres. Henriette s’abandonna un moment… Alors, troublée jusqu’à l’âme, elle roidit ses bras contre la poitrine de Charles pour sortir du lien qui l’enchaînait à lui ; mais elle ne put se détacher de ce baiser… ses forces s’y perdirent, ses bras tombèrent comme morts. Charles l’enleva hors de la clarté du salon. Henriette pencha sa tête sur son épaule, comme une fleur brisée et défaillante, et sa voix mourante murmura ces mots sourds et entrecoupés lorsqu’ils passèrent la porte du boudoir :
— Oh ! c’est la mort ! Charles, c’est la mort !
Mais il ne l’entendit pas ! ou, s’il l’eût entendue, eût-il cru à cette parole ? et, lors même qu’il eût pu croire, qu’importait ? n’y a-t-il pas un moment dans l’amour où rien n’est un obstacle ? Est-ce que la mort est un effroi qui ait jamais arrêté une passion ?
Puis, un moment après, ils étaient dans la même position qu’en entrant dans le salon : lui, à genoux devant elle ; elle, assise dans le fauteuil, le corps droit, l’œil fixe, les mains dans les mains de Charles, qu’elle ne sentait pas.
A quoi pensait elle ? … ou même pensait elle ? Avait-elle idée de ce qui s’était passé ? … Était-ce peur, remords ? …

Charles la regardait sans oser lui parler.
Un bruit soudain résonna à cet instant au-dessus de leurs têtes : c’étaient des coups répétés frappés avec une canne sur le plancher. À ce bruit, Henriette se leva ; son visage sembla s’éclairer d’un horrible souvenir, elle poussa un cri sourd et déchiré, et, baissant ses yeux hagards sur le front de Charles, elle lui dit :
— Entends-tu ? … C’est ton père. » 8Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 284-285.

Jean d’Aspert auprès de la duchesse d’Avarenne, Henriette Lussay auprès de Charles Dumont, cèdent à une attraction dont ils ne peuvent se défendre, bien que tous deux la sachent socialement dangereuse, et Henriette Lussay, moralement coupable. Les sens ont ici leurs raisons que la raison ne connaît pas. Point n’y faut de magnétiseur.

« Combien n’y a-t-il pas de gens, que de femmes surtout, raille sombrement l’écrivain, qui diront que cette Henriette est une dévergondée dont une femme honnête ne doit pas savoir l’infâme conduite ? » 9Ibidem, p. 287.

Usant ici de la diatribe de façon qui peut paraître cynique, Frédéric invoque le primat de la nature sur la morale, et oppose l’immédiate vérité des corps aux froides raisons de la société bourgeoise.

Il y a au vrai une prévalence de l’attraction des corps, poursuit l’écrivain, dont la société tente de se défendre en lui opposant « des lois, basées sur de justes idées d’ordre et d’intérêt général, qui font de l’adultère et de l’inceste de si grands crimes, quoique la nature humaine puisse les répudier. En effet, qu’importent l’inceste et l’adultère à la nature ? Dira-t-on qu’ils sont crimes pour d’autres raisons que pour des raisons sociales ? Mais l’alliance des parents offense-t-elle autre chose que des mœurs écrites ? […]. Qu’est-ce que l’adultère ? n’est-ce pas parce qu’il est un vol qu’on en fait un déshonneur ? Tuez l’hérédité des noms et des biens ; faites qu’on ne reçoive de son père ni un nom à part, ni une fortune, et l’adultère, qui ne porte plus préjudice à personne, n’est plus un crime, il n’est plus une honte. Que pourrait on conclure de ceci ? c’est que ce sont les lois, ou plutôt les nécessités sociales qui font la morale… » 10Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 305.

Observant que là où il y a une prévalence de l’attraction des corps, il y a plus originairement encore, comme dans la tragédie antique, une sorte de fatum, l’écrivain tient que nul n’a le droit de reprocher à ses personnages des conduites qu’ils ne sont pas libres de prévenir, d’empêcher, ni de désirer. C’est en l’occurrence le cas d’Henriette qu’il défend. Récusant ici que « cette Henriette soit une dévergondée dont une femme honnête ne doit pas savoir l’infâme conduite », il insiste au contraire sur l’honnêteté de son héroïne. Henriette, qui se trouve en proie à d’affreux remords, rompt au lendemain de l’épisode fatal tout commerce avec Charles Dumont. L’honnêteté d’un tel geste vaut à la jeune femme, au moins au regard de l’écrivain, pleine absolution.

Frédéric Soulié, dont l’écriture s’enflamme ici de façon singulière, conclut sa plaidoirie par une apostrophe destinée sur le mode de la sainte colère à toutes celles qui, plutôt que d’assumer la catastrophe de l’amour qui flambe impromptu, pratiquent le calcul dissimulé des plaisirs. Il s’agit selon lui du « plus grand nombre des femmes ». L’écrivain accable ici celles qui constituent, il le sait, la majeure partie de son lectorat. Il se montre là, dans son intention romanesque, moins soucieux de plaire que de châtier, par là de venger l’honneur refusé à « son Henriette », comme ailleurs à d’autres amoureuses véritables.

« Eh ! la la, ne condamnez pas si vite cette femme d’être femme. Vous, qui prétendez que votre défaite ne vient que d’un dévouement absolu à l’amour de votre amant, et qui, sur cette donnée, prenez ensuite en toute sûreté de conscience les plaisirs de l’amour, tant qu’il dure, je vous estime moins que mon Henriette. Celle là ne se dit pas : « Maintenant que c’est fini, maintenant que je suis coupable par une raison sublime et délicate, à moi les bénéfices grossiers de ma faute ; il n’en sera ni plus ni moins ». Oh non ! elle a eu des sens, mais elle a eu un cœur, une raison, une conscience, plus haut placés que les vôtres. Dès que sa volonté lui revient, elle lui revient honnête, pure ; elle ne comprend pas qu’il faille continuer une faute parce qu’elle a été faite ; elle a un véritable remords. » 11Ibidem, p. 287.

Aux amoureuses véritables, quant à elles, l’écrivain dédie cet hommage bouleversé :

« Il faut que je me mette à genoux et que je demande pardon. Pardon à celles qui aiment assez pour tout sacrifier à leur amour, fortune, position, respect du monde, famille ; celles là ont compris l’amour comme le seul bien de la terre. » 12Ibid., p. 298.

Frédéric Soulié, dans Le Magnétiseur, condense et déplace, conformément à son habitude, un fonds de souvenirs issu de son enfance ariégeoise. Il compose le personnage de Diane de l’Étang, duchesse d’Avarenne, à partir de nombre de traits de caractère ou de situation empruntés à diverses figures aristocratiques du temps. Il emprunte probablement le nom de l’Étang à la seigneurie de l’Estaing ou l’Estang, située près de Moussoulens, dans l’Aude. Pierre de Lestang, qui tient cette seigneurie au XVIIe siècle, a pour frère Vitalis de Lestang, évêque de Carcassonne, et pour épouse une Dame de Lestang, réputée particulièrement hautaine et procédurière. Au XVIIIe siècle, la seigneurie est vendue à Pierre du Pac, ou Dupac, de l’ancienne famille des Marsoliès.

L’intrigue du Magnétiseur commence au château de Lagarde, dont Frédéric Soulié précise, d’un trait narquois, que celui ci se situe, non point en Ariège, mais « en Auvergne » 13A partir du XVIe siècle, la maison de Lévis Mirepoix a eu pour siège de sa seigneurie le château de Lagarde, situé aux environs de Mirepoix. ! Âgée de vingt ans, la belle Diane de l’Étang, incarne avec sa morgue seigneuriale les façons que la Révolution a fait payer aux ci-devant, et que les Ariégeois, quant à eux, n’ont jamais pardonnées aux seigneurs de Mirepoix.

Frédéric Soulié prête à la belle duchesse un mari fort vilain. Il semble vouloir broder ainsi une sorte de variation sur le thème de la Belle et la Bête. Mais il silhouette le personnage de Diane de l’Étang d’une façon qu’on attend moins : « elle avait désiré l’union qu’elle avait contractée parce que son mari était un grand seigneur, et que le nom de l’Étang s’alliait bien à celui d’Avarenne ; mais elle ne demandait aucune reconnaissance pour s’être livrée, belle et blanche, à un bossu noir et sale […], et puis, si libertin ! […]. Elle ouvrait son salon aux plus puissants noms de France, son boudoir aux plus experts en galanterie, son lit aux plus jeunes et aux plus beaux » 14Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 8.. Point de Belle sacrifiée ici. Il s’agit d’une « Messaline », remarque Frédéric Soulié.

Cette Messaline a un oncle évêque, qui entreprend un jour de la chapitrer.

« Oh ! qu’il reste à prêcher ses ouailles de Clermont, monsieur l’évêque auvergnat ! » 15Ibidem, p. 15., s’est impatientée la jeune femme.
— Ma nièce, votre conduite scandalise les honnêtes gens et brave le ciel.
— Je me soucie peu du ciel et des honnêtes gens.
— Ce qu’on dit de vous passe toute croyance.

— Quoi ! on dit que j’ai un amant ? Deux ? Trois ? Dix ? eh bien, c’est vrai ! ça m’amuse ; ça ne vous regarde pas ; et si on me dit quelque chose, j’en aurai cent.
— Ah ! ma nièce, voilà donc ce que vous ont appris les philosophes !
— Les philosophes sont des gens d’esprit, les dévots des imbéciles ; il n’y a plus que les brutes qui jeûnent, fassent carême et se passent de quelque chose.
— Mais savez-vous quels noms vous méritent vos façons d’agir ?
— Quoi ! on m’appellera athée ? c’est à la mode ; catin ? ne l’est pas qui veut ; d’ailleurs il y a longtemps qu’on m’a dit tout cela.

— Et cela ne vous a pas fait honte ?
— Honte ! je n’ai pas le temps.
— Ah ! ma nièce, je me retire ; vous êtes descendue plus bas que je ne pensais.
— Bonjour, mon oncle ; mes respects à vos ouailles.
Puis le saint évêque, le cœur navré, s’en va épouvanté, abasourdi, sans avoir pu trouver un joint où percer cette cuirasse d’impudence et arriver au cœur. » 16Ibid. p. 15 sqq.

« C’était un singulier esprit, observe Frédéric Soulié, que celui de mademoiselle Charlotte Diane de l’Étang, devenue, par mariage, duchesse d’Avarenne. La morgue nobiliaire la plus insolente, le philosophisme le plus silencieux, se confondaient en elle, et même s’y fondaient de manière à composer un caractère déjà bien rare à l’époque où elle en faisait scandale, et qui, pour nous, doit prendre date dans le romanesque des temps passés. Madame d’Avarenne avait deux prétentions qu’elle seule ne trouvait pas contradictoires : la première était d’être d’une maison qui ne s’était jamais salie par une mésalliance ; la seconde, celle de ne pas avoir de préjugés. » 17Ibidem, p. 5.

On n’imaginera pas un instant que cette « Messaline » puisse figurer, en son château de Lagarde, Auvergne, Alexandrine Marie de Montboissier de Beaufort Canillac en son château de Lagarde, Ariège, épouse de Charles Philibert Marie Gaston de Lévis, dernier seigneur de Mirepoix. Certes âgée en 1787 de vingt trois ans à peine, Alexandrine de Montboissier, qui n’a au demeurant point d’oncle évêque, est alors la digne mère de trois enfants déjà. Frédéric Soulié fait toutefois de sa Messaline la fille d’un vieil aristocrate dont l’histoire ressemble à celle de Louis François Marie Gaston de Lévis, seigneur de Mirepoix, beau-père justement d’Alexandrine de Monboissier. En 1789, Louis François Marie Gaston de Lévis a émigré à Rome. Il poussera ensuite jusqu’à Venise, où il meurt en 1800. On ne sache pas toutefois que sa belle-fille ni aucune de ses propres filles l’aient suivi à Rome. Ses filles ont émigré en Angleterre ou en Espagne ; sa belle-fille, à Coblence.

Dans Le Magnétiseur en revanche, Diane de l’Étang partage en 1798 l’exil romain de son père. Alors qu’un jour, place Navone, elle se trouve prise à partie par une foule hostile, elle affiche une attitude à la bravade qui signe le personnage :

« Un matin, au coin de la place Navone, à deux pas du Panthéon, un groupe d’hommes et de femmes parlaient tumultueusement du bonheur d’être libres. Un orateur monté sur une borne débitait en prose un pamphlet révolutionnaire […]. Au-dessus de lui était incrustée, à l’angle du mur, une madone à laquelle on avait mis sur l’oreille une énorme cocarde tricolore. L’enfant Dieu, qu’elle tenait sur ses genoux, en avait une de pareille dimension, et il n’était pas jusqu’à la figure symbolique du Saint-Esprit, qui planait sur ce groupe religieux, dont on n’eût décoré la tête emplumée d’une cocarde imperceptible. Au moment où l’orateur venait de montrer à ses auditeurs que la liberté du peuple n’était autre chose que l’esclavage des grands, une femme passe devant cette petite assemblée, la considère un moment, et continue son chemin après avoir laissé percer un geste de dégoût et de colère.
— Sainte Marie ! s’écrie un des attroupés, cette femme a passé devant la madone sans saluer la cocarde tricolore !
— C’est une femme noble, une aristocrate ! répondent les premiers qui entendent cette remarque.
— Elle nous brave.
— Elle nous insulte.
— Elle nous a regardés par-dessus l’épaule.
— Elle a montré la madone d’un geste de mépris.
— Elle a murmuré entre ses dents.
— Elle nous a traités de canailles.
— Elle nous a appelés misérables.
— Elle nous a menacés.
— Voilà les gens qui nous feraient tous pendre, s’ils reprenaient le pouvoir.

— Et qui l’ont déjà fait.
— Et nous le souffrirons !
— Non !
— Non !
— Non !
— Vengeance !
— Oui, vengeance !
— Mort aux aristocrates !
— Au Tibre l’aristocrate !
— Au Tibre la robe de soie !
— Au Tibre la mantille de dentelle !
— Au Tibre le chapeau de velours ! » 18Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 48 sqq.

À son retour de Rome, toujours dans Le Magnétiseur, Diane de l’Étang réintègre son château, et elle affiche dans le gouvernement de ce dernier mutatis mutandis la même morgue seigneuriale que Louise de Roquelaure, un demi-siècle plus tôt, dans l’affaire des honorifiques. 19On désigne sous le nom d’affaire des honorifiques le long conflit que Madame de Roquelaure, régente de la seigneurie de Mirepoix, entretient au XVIIe siècle avec Monseigneur de Nogaret, évêque de Mirepoix, à propos des préséances dues aux seigneurs de Mirepoix au sein de la cathédrale.

On sait par le compoix mirapicien de 1766 que Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud de Caudeval, écuyer, anciennement capitoul à Toulouse, tient à cette date, outre le château de Caudeval, la maison forte, ou la « tour de la douairière », qui se situe, rue Courlanel, juste en face de la maison Baillé et de la maison Clauzel. Ladite maison forte appartenait au XVIIe siècle à Louise de Roquelaure, régente de la seigneurie de Mirepoix de 1637 à 1650, qui entretenait là une garnison. Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud épouse en 1775 Rose de Champflour, vingt ans, originaire de Saint-Domingue, descendante d’une grande famille d’Auvergne qui a donné à l’Église de France deux évêques, dont Jean Baptiste de Champflour, évêque de Mirepoix de 1737 à 1768, qui s’est soucié ici d’assurer l’avenir de sa jeune nièce, orpheline de père :

« Le 4 février 1766, en présence de Noble Etienne de Montfaucon capitaine des grenadiers royaux, mariage de Noble Messire Jean Clement de Rouvairollis de Rigaud, 33 ans, baron de Caudeval L’Asbessedes [La Bessède], avec demoiselle Rose de Champflour, 21 ans, fille de feu Noble Gerard de Champflour, commandant des mulâtres de l’Artibonite, Isle de Saint Domingue, et de demoiselle Marguerite Dulinoc de Balmont… » 20Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1754-1767). Document 1NUM/3E125/2. Vue 239.

Rose de Champflour, en 1766, a ainsi changé de monde et d’état. Quels pouvaient être à la fin de cette année là les sentiments de cette jeune femme transplantée de l’outre-mer à la province languedocienne, mariée en février, mère en décembre, et qui ne voyagera plus jamais, sinon d’une maison l’autre, i.e. de la « tour » de la rue Courlanel, en la petite ville, au château de Caudeval, situé à trois lieues de la « tour » ?

Habituée au brillant très « parisien » de la société du XVIIIe siècle à Saint-Domingue, elle a pu regretter de ne point vivre ensuite dans la capitale, mais en « la petite ville » dont se gausse Dorine dans le Tartuffe : « D’abord chez le beau monde on vous fera venir ; Vous irez visiter, pour votre bienvenue, Madame la baillive et Madame l’élue, Qui d’un siège pliant vous feront honorer. Là, dans le carnaval, vous pourrez espérer Le bal et la grand’bande, à savoir, deux musettes, Et parfois Fagotin et les marionnettes… » Certes Rose de Champflour a pu jouir alors de la verte campagne de Caudeval 21Le château de Caudeval se situe à trois lieues de Mirepoix. Avant d’appartenir à Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud, il a été la propriété de Jean d’Aulon, écuyer de Jeanne d’Arc et conseiller du Roi, puis de la famille du baron Labat d’Antignac, puis de la famille de Rochechouart.. Mais que vaut le cantou à Caudeval quand on a connu l’océan, les navires, et l’éternel été de l’outre-mer ?

Rien n’indique toutefois que Rose de Champflour, mère au fil du temps de dix enfants, ait pu être le genre de Messaline que Frédéric Soulié, dans Le Magnétiseur, nomme Diane de l’Étang. Il semble que Frédéric Soulié, qui a vécu rue Courlanel ses quatre premières années seulement, élabore le personnage de Diane de l’Étang à partir du mouvement de curiosité et des fantasmes suscités quarante ans plus tôt en « la petite ville » par l’allure et les manières de « l’oiseau des îles », bref à partir d’une légende qui, une fois constituée dans l’imaginaire collectif et relayée aux cuisines par le on dit du vieux Mirepoix, se trouve réactivée en 1804 par l’arrivée de Marie Henriette Adam, fraîche épousée de Bertrand Clauzel ; rumeur relancée par Blanche Castel, mère de Bertrand Clauzel, qui réprouvait le choix d’une bru trop jeune, venue d’ailleurs, et qui poursuivait cette dernière d’incessants soupçons.

Il se peut aussi que Frédéric Soulié écrivain ait emprunté à Frédéric Soulié enfant l’imagination de la maison d’en face et qu’il se soit souvenu, comme en rêve, de la « tour », si sombre qu’on eût dit de ces forteresses des romans gothiques dans lesquelles on enferme les belles pour les punir d’avoir désiré l’amour. Marcel Proust fantasmera de la sorte le personnage de la duchesse de Guermantes à partir des plaques de sa lanterne magique, qui racontent l’histoire de Golo et de Geneviève de Brabant, puis à partir du vitrail de Gilbert le Mauvais, qui prolonge ladite histoire à l’église Saint Hilaire. Le fantasme est chaque fois celui d’une jeune femme bien mariée selon le nom, mais mal mariée selon le restant, et qui demande à d’autres amours de faire son bonheur.

Rien des mœurs de Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud n’a été retenu par la chronique du vieux Mirepoix. On sait en revanche par le certificat de résidence établi le 3 avril 1793 à la demande du « citoyen Jean Clément Rouvairollis Caudeval » que celui ci répondait alors au signalement suivant : « 60 ans, 5 pieds 6 pouces et demi, cheveux châtain, sourcils châtain, yeux gris, nez bien fait, bouche moyenne, menton rond, front grand, visage ovale, chez lui depuis 40 ans ». Certes Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud ne tenait pas à proprement parler du « bossu noir et sale » que Frédéric Soulié figure, sous le nom de duc d’Avarenne, dans Le Magnétiseur.

Frédéric Soulié ne représente-t-il pas plutôt sous ce nom la figure composée, façon Arcimboldo, de deux des hommes de sa prime enfance, Maurice Vincent Baillé, son oncle, « cinq pieds deux pouces, boiteux, bouche grande », qui partageait à Mirepoix le séjour de la maison Baillé ; et François Melchior Soulié, son père, « cinq pieds trois pouces, cheveux et sourcils noirs, les yeux noirs, nez relevé, menton aplati, bouche grande », qui vient à l’automne 1804 l’enlever pour toujours à Jeanne Marie Baillé, sa mère ?

Il se peut bien, en tout cas, que Frédéric Soulié prête à sa Diane de l’Étang la morgue seigneuriale que Rose de Champflour, d’après les contemporains, affichait de façon notoire et qu’elle tenait probablement, avant son arrivée à Mirepoix, de son origine caraïbe. Des Blancs de Saint-Domingue, spécialement quand ils se réclamaient d’ancêtres venus d’Europe, l’historien Dantès Louis Bellegarde rapporte que « le sentiment de leur supériorité les gonflait d’une vanité insupportable. […] Ils se croyaient d’une essence supérieure et traitaient les habitants en véritable peuple conquis. » 22Dantès Louis Bellegarde (Port-au-Prince, 1877-Port-au-Prince, 1966), enseignant, écrivain, essayiste, historien et diplomate haïtien. Pages d’histoire, p. 26. Bibliothèque de la Société d’Histoire d’Haïti. Port-au-Prince. Imprimerie Chéraquit. Cf. Bibliothèque numérique des Caraïbes : http://dloc.com/UF00074089/00001

Le personnage de Jean d’Aspert semble, lui, par effet de paronymie, inspiré des trois célèbres frères Espert : Jean Marc Espert de Bulach ; Jean Baptiste Espert de Latour ; Pierre Espert de Sibra. Le personnage doit cependant l’essentiel de son caractère, comme on le verra plus bas, à Bertrand Clauzel. De façon plus dissimulée, il emprunte très probablement aussi certains traits à François Melchior Soulié, époux malheureux de Jeanne Marie Baillé et père de l’écrivain.

Natifs de Lagarde, Ariège, dont l’un d’entre eux plus tard sera maire, issus d’une famille d’agriculteurs, tôt engagés dans l’armée révolutionnaire, les frères Espert parviennent tous trois au grade de maréchal de camp, ou général de brigade, et ils se trouvent par la suite décorés d’ordres divers. Ils acquièrent alors le château de Sibra 23Le château de Sibra était avant la Révolution propriété de la maison de Saint-George., situé sur le territoire de la commune de Lagarde, Ariège.

Jean Baptiste Espert de Latour s’est particulièrement distingué dans les opérations de la guerre d’Italie. Le 26 pluviôse an VI, il est nommé commandant de la province d’Umbria, en Romagne ; puis, le 6 germinal an VII, commandant de la place de Florence ; enfin, le 10 ventôse an X, commandant de la place de Bologne.

« Trois frères du nom d’Espert, dit Frédéric Soulié dans Le Département de l’Arriège, partis volontaires en 92, deviennent tous trois généraux, et l’un d’eux, nommé gouverneur de Rome, y sauva de la fureur populaire le duc de Lévis, son ancien seigneur, et sa fille… » 24Frédéric Soulié, « Le Département de l’Arriège ». In Musée des Familles, 1835.

L’écrivain prend ici d’évidentes libertés avec l’histoire. Ce n’est pas Jean Baptiste Espert de Latour qui a été en 1798 gouverneur de Rome, mais Louis Alexandre Berthier. Et Jean Baptiste Espert de Latour n’aurait pu en aucune façon sauver à Rome « le duc de Lévis, son ancien seigneur, et sa fille », car, comme indiqué plus haut, Louis François Marie Gaston de Lévis, marquis de Léran et de Mirepoix, a émigré seul à Rome à la fin de l’année 1789, et il avait après 1795 quitté Rome pour Venise, où il meurt en 1800.

Mais, comme Jean d’Abail, qui était un « ancien serviteur d’une des familles les plus nobles du pays, et qui, à l’époque de la terreur, avait pris sous sa protection ceux qu’il avait servis autrefois », le Jean d’Aspert du Magnétiseur, alias Jean Baptiste Espert de Latour, alias Louis Alexandre Berthier, doit incarner dans le cadre du roman, en vertu des fantasmes de Melchior Frédéric Soulié, la figure de la noblesse d’en bas, la noblesse d’abail, qui sauve la noblesse d’en haut, la noblesse d’amount.

Natif de Mirepoix, engagé lui aussi dans l’armée révolutionnaire, Bertrand Clauzel se distingue d’abord en Espagne, puis en Italie. Il est alors décrit par les autorités comme « séduisant, très joli, pense à négocier nos intérêts féminins par le canal républicain », puis plus tard comme « jeune homme élégant, avait besoin d’argent pour satisfaire ses mœurs légères » 25Cité par Marie-Antoinette Durrieu, in Bertrand Clauzel, général de Napoléon, pp. 25 26. Imprimerie Lussaud. Fontenay-le-Comte. 2012.. Le roi d’Italie, en témoignage de reconnaissance pour l’intervention française, offre au jeune chef d’état-major, négociateur de l’abdication du roi de Sardaigne, un tableau fameux, signé du peintre néerlandais Gérard Dow, ou Gérard Dou. Baptisé à tort La Femme hydropique, le tableau représente une femme dont le médecin examine les urines afin de déterminer si elle est enceinte. Ce tableau suscite à Mirepoix la perplexité de la famille de Bertrand Clauzel, avant que celui-ci ne décide d’en faire don au musée du Louvre. Familier de la famille Clauzel, Frédéric Soulié, a sûrement entendu parler de ce tableau, qui est entré dans la légende de la famille en question.

Général de brigade en 1799, Bertrand Clauzel est nommé général de division en 1802, lors de l’envoi du corps expéditionnaire à Saint-Domingue. Il se distingue encore une fois dans cette expédition difficile, finalement désastreuse pour la France. « Il resta peu de temps à l’armée d’Italie, passa en Corse et fut ensuite de l’expédition de Saint-Domingue, où il demeura des derniers » 26Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 129., dixit Frédéric Soulié dans Le Magnétiseur à propos de Jean d’Aspert.

« Je ne revins en France qu’en 1804 » 27Ibidem, p. 153., dit encore Jean d’Aspert dans le roman de Frédéric Soulié. Alors âgé de trente deux ans, Bertrand Clauzel épouse en 1804 à New York Marie Henriette Adam, rentre avec elle en France au cours de la même année, et achète près de Cintegabelle le château du Secourieu. Il reçoit en 1809 le titre de baron d’empire. Il sert encore en Dalmatie, Portugal, Espagne, remet ses armes en 1814 suite à l’abdication de l’empereur, les reprend en 1815 à la faveur des Cent Jours, puis s’exile à New York en 1816 afin d’échapper à la peine de mort prononcée contre lui par le gouvernement de Louis XVIII.

Finalement amnistié et réintégré dans ses grades et titres, il retourne en France en 1820 et s’installe dans son domaine du Secourieu. Il y mène l’existence ordinaire du grand propriétaire terrien, mais il ne fait pas montre de grand génie dans l’administration de ce domaine ni encore dans celle de ses autres biens, tels, à Capitaine (Aude), un troupeau de moutons mérinos, à Quillan (Aude), la forge à la catalane, et, à Mirepoix (Ariège), le château de Terride ainsi que le site de l’ancien couvent des Cordeliers 28Cf. Marie-Antoinette Durrieu. Bertrand Clauzel, général de Napoléon, pp. 157 165.. Il reprend les armes en 1830 afin de partir à la conquête de l’Algérie… La suite est une autre histoire qui n’intéresse pas le présent ouvrage.

Le couple constitué par Jean d’Aspert et Henriette Lussay dans Le Magnétiseur s’apparente par sa différence d’âge à celui que forment à partir de 1804 Bertrand Clauzel et Marie Henriette Adam. La tristesse dont souffre Jean d’Aspert après qu’il s’est retiré dans son domaine du Tremblay, le désintérêt qui le gagne quant à l’administration de sa forge, ressemblent fort à l’ennui qui ronge Bertrand Clauzel entre 1820 et 1830 dans son domaine du Secourieu et qui nuit à l’administration de ses diverses affaires, comme il nuit à son double romanesque, « dont les affaires allaient plus mal tous les jours, dont les produits diminuaient sensiblement, et qui n’arrivait jamais à confectionner à temps les fournitures qui lui étaient demandées » 29Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, pp. 175-176.. Marie Henriette Adam, dans une lettre adressée à son mari, se plaint au demeurant d’avoir épousé « un vieux qui a la goutte. » 30Marie-Antoinette Durrieu. Bertrand Clauzel, général de Napoléon, p. 151.

« Dès que fut tombé le tambour qui réglait le pas de la France », observe Frédéric Soulié à propos des généraux de l’empire,  » il y eut une déroute complète ; ce ne furent plus les hommes d’autrefois. […]. Cet excitant surnaturel qui les avait soutenus vingt ans, épuisé sans retour, ils s’affaissèrent dans les regrets hargneux, dans les occupations mercantiles, dans la paresse, dans l’ennui, dans le Constitutionnel ; ils sentirent leurs blessures et leurs rhumatismes : ils étaient finis.

D’Aspert fut un de ces hommes. A le voir général de la république, chargé de vouloir et de commander sous la responsabilité de sa tête, il semblait un de ces esprits puissants qui agissaient sur l’Europe. Sous l’empire, réduit à comprendre et à obéir, mais à comprendre le génie et à obéir à des ordres sublimes, il fut une de ces intelligences au corps de fer que le hasard paraissait avoir créées pour Napoléon ; mais, sous la restauration, il redevint Jean d’Aspert ; il serra ses épaulettes, pendit son épée au chevet de son lit et se fit maître de forges. Il avait acheté la forge du Tremblay et y avait amené Henriette, qu’il avait épousée à Paris. Il avait gardé cette susceptibilité d’enfance qui lui faisait détester la supériorité nobiliaire, et ce courage de soldat qui n’eût peut être pas bravé l’aspect d’un échafaud, mais qui, une épée ou un fusil à la main, ne comptait plus la mort que comme un ennemi vulgaire, cent fois rencontré et cent fois vaincu. La goutte était venue avec la non activité, et il passait souvent des mois entiers dans son fauteuil. Il n’était ni revêche ni grondeur, mais il était triste et ennuyé.

Une chose le désespérait aussi. C’était la malveillante et haineuse calomnie, qui l’avait accueilli à son retour. Pour ceux de son temps qui, étant nés pauvres, n’étaient pas devenus riches, c’était un fripon ; pour ceux qui n’étaient arrivés qu’à être greffiers ou notaires, c’était un sot ou un ignorant parvenu par l’intrigue. Il y en a qui disaient qu’il ne savait pas lire, particulièrement deux propriétaires de mérinos, qui étaient abonnés au Mercure. Ce peuple, loin de tirer vanité de ce frère devenu comte de l’empire, ne l’appelait de ce titre qu’avec dérision. Les paysans, les ouvriers seuls, dont beaucoup avaient été soldats, l’adoraient et lui savaient gré de sa bienfaisance, que les avares propriétaires du canton traitaient d’impudente ostentation. La familiarité avec laquelle il les avait accueillis avait été traduite en air d’impertinente protection, et ils préféraient aller se faire toiser d’un regard hautain par la duchesse d’Avarenne, quand elle venait à son château de l’Étang, plutôt que de se voir tendre la main au Tremblay. » 31Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 170 sqq.

Frédéric Soulié, dans Le Magnétiseur, déplace au Tremblay le château de Bertrand Clauzel, qui se trouve en réalité au Secourieu ; et par effet de condensation, il adjoint au château du Tremblay une forge, sise dit-il à Charenton, mais qui est au vrai celle de Bertrand Clauzel à Quillan, dans l’Aude 32Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 164 sqq.. Bertrand Clauzel n’a toutefois jamais habité la forge de Quillan, mais laissé la jouissance de cette dernière à M. Mallaure, son fermier. 33Cet ancien logement de M. Mallaure existe aujourd’hui encore à Quillan.

Via la relation qu’il prête dans Le Magnétiseur à Henriette Lussay et à Jean d’Aspert, Frédéric Soulié tente probablement d’imaginer celle que Jeanne Marie Baillé, sa mère, et François Melchior Soulié, son père, ont pu entretenir avant qu’ils ne se séparent. Signalant que Jean d’Aspert « a étudié chez les Jésuites de Toulouse » 34Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 29., Frédéric Soulié le rapproche par là de François Melchior Soulié, qui a été clerc tonsuré et professeur de philosophie à Toulouse avant de s’engager dans l’armée et de rejoindre ainsi la fine équipe formée alors par les frères Clauzel et par les frères de de Jeanne Marie Baillé, et de partir guerroyer en Italie. C’est en tant que membre de cette fine équipe que François Melchior Soulié fréquente, immédiatement voisines comme on sait, les deux maisons Clauzel et Baillé, puis qu’il épouse en 1798 Jeanne Marie Baillé.

Tandis que l’histoire de Diane de l’Étang illustre dans Le Magnétiseur le cas socialement minoritaire, au moins au XVIIIe siècle, de la femme, épouse et mère, qui, restée maîtresse d’elle même et de ses désirs, et trouve à faire son bonheur dans une suite d’amours parallèles, de façon impunie, l’histoire de Madame Lussay, de 1787 à 1815, demeure à l’inverse celle d’une femme dont l’époux fait sa chose, sachant qu’en l’occurrence il faut prendre le mot chose au sens propre, puisque le pouvoir de l’époux se confond ici avec celui du magnétiseur.

L’histoire d’Henriette Lussay répète sous une forme aggravée celle de Madame Lussay, sa mère. La jeune femme devient à son tour, un soir de 1815, la chose d’un magnétiseur, ici rapproché de l’incube puisque la malheureuse dormait ce soir là. L’histoire va-t-elle pouvoir changer de cours quand, après avoir accepté la main secourable de Jean d’Aspert et vécu aux côtés de cet époux sans passion des jours raisonnablement ennuyeux, Henriette Lussay rencontre l’amour, le grand amour, en la personne de Charles Dumont, son présumé beau fils ? Frédéric Soulié place la première rencontre des deux personnages sous d’étranges auspices.

Après le dîner, entre Jean d’Aspert et M. Lussay, la conversation, qui a trait ce soir-là aux suites de la Révolution, a peu à peu tourné à l’aigre. Henriette, sur le point de se coucher, se trouve en proie à une vague inquiétude. Autant citer ici longuement. L’épisode, dans son onirisme, est superbe :

« Un soir, c’était déjà dans le mois de septembre, le vent des équinoxes soufflait avec violence et s’engouffrait dans la vallée du Tremblay ; il était dix heures ; la soirée avait fini de bonne heure, car on avait causé au lieu de jouer ; chacun s’était retiré dans sa chambre ; le général [Jean d’Aspert], très souffrant et privé de sommeil depuis quelques jours, avait pris un grain d’opium pour se faire dormir. […]. Une seule lumière veillait dans la maison : c’était la chambre d’Henriette. La conversation lui avait laissé de l’émotion. […]. On avait beaucoup parlé d’une sourde agitation qui se manifestait parmi les ouvriers et les charbonniers de la forêt. […].

Henriette, retirée chez elle, était inquiète ; elle eût désiré un événement étranger à tous ces intérêts et qui eût absorbé l’attention des autres et la sienne propre, une de ces histoires qui s’ajoutent à la pluie et au beau temps, pour éviter des conversations qui ne peuvent être que surabondamment ennuyeuses ou dangereusement intéressantes. Tout cela, et peut être aussi ce vent d’automne qui brasse le sang dans le cœur, l’avait tellement agitée, qu’elle avait ouvert sa fenêtre pour demander du calme au froid de la nuit. Le vent éparpillait ses cheveux et chassait sur la surface du lac des feuilles qui traversaient l’air comme des êtres animés. Peu à peu la pensée d’Henriette s’était absorbée dans la contemplation ; elle regardait les nuages et écoutait les plaintes du vent. Sa tête s’était appesantie ; elle sentait le sommeil la gagner, et n’avait ni la force ni la volonté d’aller l’attendre dans son lit : il lui eût fallu quitter cette place, cette harmonie sauvage, ce spectacle.

Tout à coup elle tressaille ; il lui a semblé que le pas d’un cheval a résonné à quelques pas de la maison ; elle écoute et n’entend plus rien. Le vent tourbillonnait dans la vallée, et déjà la pluie, qu’elle n’avait pas sentie, tombait froide et tamisée sur sa tête. Elle veut se retirer, lorsqu’une haleine de vent forte et continue passe dans la direction du chemin de la forêt à la maison, et apporte une seconde fois ce bruit de pas, mais distinct, pressé, sonore sur la terre durcie par les scories dont on la couvre ; c’est un voyageur : un voyageur à cette heure ne peut être qu’un charbonnier qui regagne son chaume. Mais c’est le pas actif d’un cheval vigoureux, et non point celui des misérables animaux qui portent le charbon de la forêt. Peut être est-ce un de ces hommes qui parcourent secrètement le pays pour l’insurger. Le vent passe ou roule dans une autre direction, le bruit se tait et la violence des mugissements de la forêt remplit l’air.

Henriette se décide à rentrer ; elle ferme sa fenêtre et les doubles volets qui la protègent. Elle va se coucher, elle détache sa robe ; mais l’air qui s’engouffre dans le large tuyau de la cheminée lui apporte encore le bruit de ces pas, mais plus rapprochés ; on les dirait au sommet de la montée, et véritablement ils y sont, car ils se ralentissent comme ceux d’un cheval qu’on retient prudemment. Il n’y a plus de doute que ce ne soit quelqu’un qui vienne à la forge ; elle est près de rouvrir sa croisée pour voir qui ce peut être ; mais l’orage redouble et éclate, les arbres crient ; on n’entend plus rien qu’un mugissement uniforme. C’est peut-être une illusion : que de fois le vent a apporté, durant la nuit, de pareils bruits partis de plus d’une lieue et qui semblaient résonner à quelques pas ! Elle achève de se déshabiller et s’apprête à monter dans son lit, lorsqu’un cri terrible, suivi d’un bruit sourd, domine tous les retentissements de la tempête.

— Dieu ! mon Dieu ! … c’est le voyageur qui a manqué le tournant.
Elle ouvre sa croisée ; la nuit est profonde, le bruit horrible ; on n’entend plus rien ; elle attend un nouveau cri, une plainte, mais rien ne perce l’ouragan ; elle cherche à se bien rappeler : c’était peut être le craquement d’un arbre brisé et jeté dans le lac ; de temps en temps le vent se tait, et nulle voix ne profite de ces moments de calme pour appeler ; elle referme sa croisée ; elle se couche et s’endort.

Elle dormait depuis une demi heure, lorsque les aboiements terribles des chiens de garde l’éveillent en sursaut. Pour cette fois, elle ne se trompe pas : le cheval piétine à la porte de la maison. Henriette se lève, rouvre sa fenêtre et demande timidement qui est là ; on ne répond pas. Elle tâche de découvrir la cause de ce silence, et finit par reconnaître que le cheval est seul ; sans doute le cavalier est noyé. L’idée de lui porter secours ne lui est pas plutôt venue, qu’elle pense à la mettre à exécution. Elle passe une robe, chausse ses pantoufles, jette un manteau sur ses épaules et descend pour éveiller quelqu’un. Elle était dans la salle à manger dont nous avons parlé, lorsqu’elle entend une voix qui semble s’adresser au cheval qui est à la porte ; elle ne doute pas que ce ne soit le voyageur ; elle défait de ses blanches mains les barres de fer qui défendent la porte à l’intérieur et l’ouvre aussitôt. Le vent, qui s’engouffre tout à coup dans la salle ouverte, éteint la lumière qu’elle portait, et Henriette se trouve dans l’obscurité en face d’un homme qui est appuyé sur son cheval. Henriette se sent presque peur ; cependant elle dit aussitôt :

— Qui est là ? que cherchez-vous ?
L’étranger, au lieu de répondre à la question qu’on lui faisait, dit tout haut, mais avec une expression d’étonnement :
— C’est une femme !
— Oui ! dit rapidement Henriette que cette réflexion effraie ; mais il y a du monde de levé ; je vais appeler.
— Non, dit cet homme en l’arrêtant par le bras, n’appelez-pas ; il vaut mieux que je parte, que je n’entre pas.
Et, comme il disait cela tristement, à côté du froid de la main qui la tenait, Henriette sentit couler de larges gouttes tièdes. Elle tressaillit.
— Vous veniez ici ? dit-elle. Qui êtes-vous ? que vouliez-vous ?
L’inconnu ne répondit pas encore cette fois ; il réfléchit et reprit :
— Mais peut être me trompé-je. Est ce bien ici la demeure du général d’Aspert ?
— C’est ici, dit Henriette.
— C’est ici, dit l’inconnu, qu’une fenêtre a été ouverte et fermée deux fois ?
— C’était la mienne.
— Alors, adieu, je pars. Non, je n’entrerai pas ici… c’est une maison de malheur.
— Ah ! s’écria Henriette, que toute cette nuit avait troublée et que ce singulier entretien épouvantait, pourquoi maudissez-vous cette maison ?
— Cette maison est maudite depuis longtemps, dit l’étranger ; maudite, non pour ceux qui dorment sous son toit, mais pour celui qui voudrait y entrer, malgré tant d’avertissements.
En disant ces mots, il s’élança sur son cheval. Henriette, glacée d’une terreur indicible, fit un pas pour le suivre, en lui disant :
— Qui êtes-vous, monsieur ? qui êtes-vous ? au nom du ciel !
— Prenez garde, dit l’inconnu, ne me suivez pas ; vous glisseriez dans mon sang et vous tomberiez.
Il partit au grand trot de son cheval. Henriette, demeurée immobile à sa place, l’entendit s’éloigner ; elle referma la porte, remonta chez elle à tâtons, et, après avoir rallumé sa bougie à la lampe qui veillait chez elle, elle regarda ses mains… elles étaient couvertes de sang. » 35Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 175 sqq.

L’amour, le grand amour, qui ne se sait pas encore, s’annonce criminel. « Elle regarda ses mains… elles étaient couvertes de sang ». Evidente, la référence à Lady Macbeth étonne concernant l’innocente Henriette Lussay.

Henriette, « innocente de cœur avec une honte au front, sans avoir aimé, sans avoir brûlé ni de son âme ni de ses sens, avait vingt-trois ans. On était en 1818. Elle était arrivée dans la solitude du Tremblay avec une vie entière à passer, à commencer même. » 36Ibidem, p. 173.

Sa vie, bien qu’Henriette l’ignore encore, sa vraie vie commence cette nuit là. Elle commence sous le signe panique du vent, de la pluie froide, des mugissements de la forêt, d’un cri terrible dans l’obscurité, de l’apparition d’un homme qui est appuyé sur son cheval, puis du contact d’une main d’où coulent de larges gouttes tièdes, sans que la jeune femme sache très bien, au matin, « si ce qui lui semblait s’être passé durant cette nuit était un rêve ou une réalité. » 37Ibid. p. 180.

Tout aussi évidente que la référence à Lady Macbeth, la symbolique sexuelle annonce ici la nature du crime qui, d’une certaine façon, a déjà eu lieu sur l’autre scène, celle du désir, « qui ne pense pas, mais travaille ». Cette formule du désir « qui ne pense pas, mais travaille », est empruntée à Daniel Arasse dans Histoires de peintures. Daniel Arasse en use, de façon explicitement référente à Freud et à L’Interprétation des rêves, pour dire comment s’élaborent dans le secret de l’intime les images que le peintre nous donne à voir 38Cf. Daniel Arasse. Histoires de peintures, pp. 308-312. Gallimard Folio-Essais. Paris. 2011.. Le propre de telles images c’est qu’elles montrent, comme au fond de l’eau, ce dont cependant elles ne parlent pas, le jeu compliqué des motifs et raisons qui président à leur élaboration.

« Ce qu’on ne peut pas dire, on doit le taire », observera plus tard Wittgenstein 39Ludwig Wittgenstein. Tractatus logico-philosophicus. 1921.. Eh bien, débordant ici la limite assignée par le philosophe au possible de la signification, les images de la peinture, qui montrent sans dire, et celles de la littérature, qui montrent ce qu’elles ne disent pas, présentent la remarquable propriété de taire et de ne pas taire à la fois, i.e. de montrer et de ne pas dire, simultanément. C’est cette limitrophicité du montrer et du taire qui permet à Frédéric Soulié de charger du poids d’un secret, signifié mais jamais dit, la vision à laquelle Henriette ci-dessus se trouve en proie, et plus généralement chez lui l’imagerie de son œuvre entière.

En quoi maintenant la vision d’Henriette Lussay est-elle criminelle ? On entre là au royaume des choses que Frédéric Soulié, l’Ariégeois tout au moins, « ne peut pas dire ». Comment le pourrait il, puisqu’avant sa propre naissance, dans la vie de Jeanne Marie Baillé, sa mère, comme plus tard dans celle d’Henriette Lussay, double romanesque possible de sa mère, il n’était pas là ? La réponse ne vaut que dans la mesure où le lecteur partage avec l’écrivain le sens du non dit.

Il semble que dans l’imaginaire de Frédéric Soulié le crime soit d’abord pour Henriette Lussay de passer du statut de vierge, rendue mère par un viol commis durant son sommeil – traité ici comme un sordide analogon de l’immaculée conception -, au statut de ménade, folle de son corps travaillé par le « vent des équinoxes » et soulevé par le bruit de pas qui annonce l’arrivée de Dionysos en cavalier inconnu. On reconnaît, sous une forme hautement dramatisée, le vieux conflit de figures qui oppose dans l’esprit du fils la maman à la putain. Mais s’il y a crime dans le cas présent, le romancier laisse entendre que la faute est à la nature, à « l’harmonie sauvage », et à l’attraction naturelle des corps, non point à la vierge, ni à la maman, ni à la putain.

Il semble que le crime soit ensuite pour Henriette Lussay, amoureuse de Charles Dumont, son beau fils, de rendre impossible à ce dernier le séjour de la maison de Jean d’Aspert, père supposé de Charles Dumont, partant, de condamner ce fils d’un père incertain à demeurer, loin du père en question, l’étranger, le fils de personne. Obligé quant à lui de trahir la paternité de l’un pour l’amour de l’autre, Charles Dumont se trouve voué par suite au conflit affectif et au trouble identitaire qui ont marqué sans doute l’enfance de Frédéric Soulié.

Frédéric Soulié se souvient probablement de ce jour de l’automne 1804 où François Melchior Soulié, son père, s’est présenté à la porte de la maison Baillé et, après avoir réclamé son fils, l’a emmené pour toujours, laissant derrière lui sa fille. Le fils en question n’avait alors pas encore quatre ans. Jean d’Aspert en tout cas, dans Le Magnétiseur, entreprend mutatis mutandis auprès de la duchesse d’Avarenne en 1798 à Rome la même démarche de François Melchior Soulié auprès de Jeanne Marie Baillé en 1804 à Mirepoix :

« — Cet enfant est mon fils et je ne l’abandonnerai pas.
— L’abandonner ! dit la duchesse avec impatience ; est-ce que vous le mettez aux Enfants trouvés ? Vous lui faites une condition meilleure, voilà tout.
— Mon fils ne doit rien devoir qu’à son père, dit le général.
— Admirable cadeau que vous lui ferez là ! […]. Voyons ; vous êtes général, je veux bien ; mais la guillotine est votre bâton de maréchal, à vous autres ; mais vous pouvez être tué tout bonnement par une balle autrichienne. Avez-vous une fortune à laisser à cet enfant ? Vous en aviez une petite, je le sais. Quelle fortune ! une fortune saisissable, qui lui sera disputée par des collatéraux. Vous n’avez pas d’or, d’argent, vous n’avez pas volé, votre parti n’est pas pillard ? vous ne devez pas l’être, vous. Que deviendrait cet enfant, si vous mouriez ?

Le général ne savait trop que répondre à tous ces raisonnements. Il n’avait pas l’habitude de discuter les sentiments honnêtes ; il agissait d’après leur impulsion, croyant tout ce qui est bien, raisonnable et même profitable. II ne se sentait pas la force de rétorquer un à un les arguments de la duchesse ; il n’y avait en son âme qu’un cri qui lui semblait une réponse péremptoire à tout. Ce cri, ce fut :

— Mais, madame, c’est mon fils, je l’aime !

La duchesse fit un geste d’impatience, et reprit :
— Vous l’aimez pour vous, c’est votre satisfaction personnelle que vous décorez du nom d’amour paternel. Eh ! mon Dieu, ne faites pas des haut le corps si convulsifs ; croyez vous que ce sentiment si pieux soit souvent autre chose qu’un égoïsme patriarcal ? C’est un sentiment de ressource pour les gens qui sont à bout de leur cœur. […].
— Eh quoi ! madame, dit il, vous parlez d’égoïsme, de sentiment personnel ! Il me semble que, si ce reproche peut s’adresser à quelqu’un, c’est à vous […].
— Sans doute, dit la duchesse ; mais moi, je ne fais pas étalage d’amour maternel ; je ne dis pas avec des poses tragiques : C’est mon fils, je veux mon fils, il me faut mon fils ! Je vous dis : Voilà ce que je veux faire pour Charles. Cela est-il meilleur que ce que vous pouvez lui offrir ? … Oui. Alors c’est moi qui l’aime le mieux. […].
— Mais, madame, en vous concédant tout ce que vous disiez tout à l’heure, c’est-à-dire tout ce qui est le vrai fond de votre discours, qu’il est bien de renier son fils, s’il doit y gagner quelque chose, il reste toujours la question de savoir s’il y gagnera ce quelque chose. […].
— Vous êtes fou, Jean, dit la duchesse en se radoucissant un peu ; ce que je vous propose est pour son bonheur.
— Bonheur ou non, reprit d’Aspert, c’est mon fils, il restera mon fils. […].
— Mais c’est le mien d’abord, monsieur, dit la duchesse avec hauteur […].
— Eh bien ! madame, nous plaiderons.
— Plaider ! dit madame d’Avarenne, y pensez-vous ? me déshonorer ?
— Vous déshonorer ! dit Jean ; comment l’entendez vous ? est-ce parce que l’on apprendra ce qui est ? Alors, pourquoi l’avez-vous fait.
La duchesse se tut […].
— Eh bien ! monsieur, puisque vous voulez votre fils, gardez-le ; mais c’est votre fils et non le mien que vous voulez, sans doute ; il serait le fils d’une vachère, que vous l’aimeriez autant que s’il était celui d’une reine.
— Assurément, dit Jean ; croyant donner par cette réponse une haute idée de ce qu’il entendait par amour paternel et dignité de citoyen.
— Eh bien ! alors, reprit madame d’Avarenne, donnez-moi votre parole d’honneur de ne lui dire jamais le nom de sa mère ; n’oubliez pas ou apprenez que depuis j’ai eu une fille de monsieur d’Avarenne, et que je dois ce mystère à son avenir, à sa réputation. Jurez-moi que Charles ignorera toujours le nom de sa mère.
— Je vous le jure, dit d’Aspert. […].
— C’est bien, c’est bien, dit la duchesse en l’interrompant avec impatience. Mais tout cela pourrait faire naître des soupçons, amener des conjectures qui peut être trouveraient à l’Étang un commentaire, suffisant pour devenir claires aux yeux de beaucoup de gens : on rapprocherait les dates et tout serait bientôt découvert. Promettez moi donc de ne pas dire sur le champ à votre fils ce qu’il est, et de ne confier votre secret à personne. […]. Quant à sa mère, elle doit être morte pour cet enfant, car il est mort pour elle. » 40Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p.76 sqq.

On notera non sans effroi qu’il y a aussi, mentionné au détour d’une phrase, un enfant mort dans Le Magnétiseur ! C’est l’enfant né du viol dont Henriette Lussay a été victime durant son sommeil. Cette figure de l’enfant né du viol est probablement essentielle dans la fantasmatique que Frédéric Soulié développe concernant les circonstances de sa propre conception.

Le long passage ci dessus comprend sans doute quelque chose des propos qui ont été échangés à l’automne 1804 lorsque François Melchior Soulié vient réclamer son fils à Jeanne Marie Baillé, rue Courlanel à Mirepoix. L’enfant était peut être présent, ou la famille et les domestiques écoutaient aux portes, et ensuite, ils ont parlé. Il demeure difficile de raccorder avec l’orgueilleuse duchesse d’Avarenne la personne de Jeanne Marie Baillé, que dans sa famille on appelait « Toutou » 41Archives dép. de l’Ariège. Rôle de la population de Mirepoix en 1793.. Mais que savons-nous de l’idée que se faisait d’elle-même Jeanne Marie Baillé, fille de Maître Géraud Baillé, notaire royal et avocat au parlement du Languedoc ?

Marthe Robert, dans son Roman des origines, origines du roman (1972), emprunte à Freud le concept de « roman familial », pour montrer d’où viennent dans les grands romans de la tradition classique les figures du « bâtard » et de « l’enfant trouvé » qui se révèle « fils de roi ».

Incertain de son statut de fils, Frédéric Soulié se plaît à mettre en scène dans chacun de ses ouvrages l’une ou l’autre de ces deux figures. Il réactive de la sorte la fable que, semblablement à nombre d’autres enfants, il a pu forger à l’âge œdipien concernant la vérité de sa filiation. Sa naissance a laissé Jeanne Marie Baillé, sa mère, infirme ; la Restauration, puis la monarchie de Juillet, ont fait de François Melchior Soulié, son père, contrôleur des contributions, un homme destitué. A défaut d’être un enfant trouvé, fils de roi, Frédéric Soulié adolescent s’est peut-être rêvé bâtard d’une duchesse et d’un général fantasmés. Frédéric Soulié, poète débutant, se fera appeler, un temps, « Frédéric Soulié de Lavelanet ». Le rêve a de l’éclat. Il console de la réalité par trop grise.

Frédéric Soulié avait-il effectivement quelque raison de nourrir ce rêve ? Mater certa, pater incertus, disaient les Romains. François Melchior Soulié, comme on sait, remâchait douloureusement cet adage. Or, si Jeanne Marie Baillé est de façon certaine la mère de Melchior Frédéric Soulié, on sait que, comme les chroniques du temps en attestent, Bertrand Clauzel, certes lointain parent de l’écrivain, a passé pour « l’oncle » de ce dernier toute sa vie durant, qu’il a entretenu un lien fort avec son « neveu » et qu’il l’a financièrement aidé plus tard, au moment de l’achat dispendieux de sa maison de l’Abbaye-aux-Bois. On n’en déduira rien de sûr, sinon que Bertrand Clauzel, plus grand, plus fort, plus glorieux que François Melchior Soulié, a probablement fourni à l’imagination de Frédéric Soulié une figure de père idéal ; et que Marie Antoinette Adam, épouse de Bertrand Clauzel, plus jeune, plus belle, plus tendre que Jeanne Marie Baillé, mère de l’écrivain, a tout aussi probablement fourni l’imago consolante dont le futur écrivain a eu besoin pour surmonter le traumatisme de la séparation de 1804 et le souvenir ambivalent qu’il conservait d’une mère bien-aimée, mais suspecte d’infidélité, par ailleurs susceptible de se défaire d’un fils de quatre ans, sans regret apparent.

Il semble que, pour se prémunir de l’aura mortifère dont s’entoure chez lui le souvenir de la mère trop tôt quittée, abandonnée versus abandonnante, on ne sait, Frédéric Soulié ait eu besoin de dédoubler la figure de cette dernière, partant, de ménager à côté de la mère abandonnante le possible de la mère aimante ; soit, dans Le Magnétiseur, à côté de Diane de l’Étang, duchesse d’Avarenne, figure lointainement inspirée de Rose de Champflour, venue des Iles, l’innocente Henriette Lussay, double romanesque de Marie Henriette Adam, épouse de Bertrand Clauzel, venue des Iles elle aussi. L’enfant d’Henriette Lussay toutefois n’en meurt pas moins. Dans la vie de Frédéric Soulié en tout cas, Marie Henriette Adam est venue trop tard. Frédéric Soulié eût pu être son enfant. Il ne l’a pas été. Dans la vie comme dans l’œuvre de l’écrivain, le Thanatos maternel fait loi.

Il semble également que, pour se défendre de ce Thanatos, le jeune Frédéric Soulié ait choisi d’embrasser le parti du père. L’écrivain, à la faveur d’un long excursus, inclut dans Le Magnétiseur un émouvant hommage à l’homme qui l’a élevé, François Melchior Soulié, injustement destitué en 1815 pour cause de sympathies bonapartistes :

« Dans ces années, il en est une [1815] qui m’est restée dans le souvenir sous un aspect de tristesse et de désespoir. […].
J’étais bien jeune, j’étais à cet âge où l’on achève d’être enfant. […]. Je rêvais l’armée ; j’y avais un parent, une des illustrations de notre gloire, qui m’avait promis de me faire battre avant l’âge ; mais il n’y avait plus d’armée, et un arrêt de mort cherchait d’asile en asile le général Clauzel. J’aurais voulu suivre la carrière honorable de mon père ; mais les talents les plus distingués, la probité la plus irréprochable, ne l’avaient point sauvé de la destitution.
Je me rappellerai toute ma vie cette leçon du malheur qui me parut alors si irritante ; cet abandon soudain de tous nos amis, abandon venu dans le Moniteur, abandon qui n’eut ni ménagement ni nuance. Cela se passa à neuf heures du matin, dans nos bureaux ; on y saluait mon père, on lui obéissait, on l’écoutait, on le flattait ; le Courrier arrive, on y lit la nouvelle de sa destitution : en moins de rien, nous n’eûmes plus un ami, plus une connaissance ; les visiteurs disparurent et les commis devinrent presque insolents. En vérité, on peut me croire, ce ne fut pas une désertion faite à la longue, habilement ménagée pendant quelques mois ou quelques semaines ; ce furent tout simplement des gens qui prirent leurs chapeaux et s’en allèrent sans rien dire. Et le soir, le soir même, ce fut une expérience que mon père voulut me faire faire ; nous nous rendîmes sur la promenade publique : elle abondait en amis que nous recevions, qui nous recevaient, qui étaient de notre intimité comme nous de la leur ; eh bien ! ceci est textuellement vrai, quand nous parûmes dans la grande allée, le flux des promeneurs s’ouvrit devant nous. Du plus loin qu’on nous voyait, on se rabattait dans les allées latérales, on regardait, en l’air ou de côté, un nid d’oiseau ou une branche torse ; on en paraissait très occupé, on s’échauffait sur un colimaçon, le tout pour ne pas saluer un destitué. » 42Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 137.

References   [ + ]

1. Société de l’Harmonie d’Ostende. Système raisonné du Magnétisme universel. D’après les Principes de M. Mesmer, p. 110. Chez Gastelier Libraire. Paris. 1786.
2. Le château du Secourieu était avant la Révolution propriété de la famille Rességuier, dont Jean de Rességuier III, seigneur du Secourieu, président du parlement de Toulouse, cousin de Monseigneur de Cambon, dernier évêque de Mirepoix ; ami par ailleurs de la présidente du Bourg et du conseiller Mathias du Bourg, son fils, qui, en leur hôtel toulousain de la place Sainte-Scarbes ou dans leur château de Rochemontès, reçurent Anton Mesmer en 1786. Cf. Clément Tournier, Le mesmérisme à Toulouse ; suivi de Lettres inédites sur le XVIIIe siècle d’après les archives de l’Hôtel du Bourg, Imprimerie Saint-Cyprien, Toulouse, 1911. Jean de Rességuier et Louis Emmanuel Élisabeth de Rességuier, son fils, ont été eux-mêmes adeptes des séances de magnétisme animal.
3. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 2. Librairie Nouvelle. Paris. 1856.
4. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p.87.
5. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 126.
6. Pierre Augustin Eusèbe Girault de Saint-Fargeau (1799-1855). « Soulié ». In Revue des romans – Recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers. Contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénoûment de chaque roman. Volume 2. Page 308. Librairie de Firmin Didot Frères. Paris. 1839.
7. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 42-44.
8. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 284-285.
9, 11. Ibidem, p. 287.
10. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 305.
12. Ibid., p. 298.
13. A partir du XVIe siècle, la maison de Lévis Mirepoix a eu pour siège de sa seigneurie le château de Lagarde, situé aux environs de Mirepoix.
14. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 8.
15. Ibidem, p. 15.
16. Ibid. p. 15 sqq.
17. Ibidem, p. 5.
18. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 48 sqq.
19. On désigne sous le nom d’affaire des honorifiques le long conflit que Madame de Roquelaure, régente de la seigneurie de Mirepoix, entretient au XVIIe siècle avec Monseigneur de Nogaret, évêque de Mirepoix, à propos des préséances dues aux seigneurs de Mirepoix au sein de la cathédrale.
20. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1754-1767). Document 1NUM/3E125/2. Vue 239.
21. Le château de Caudeval se situe à trois lieues de Mirepoix. Avant d’appartenir à Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud, il a été la propriété de Jean d’Aulon, écuyer de Jeanne d’Arc et conseiller du Roi, puis de la famille du baron Labat d’Antignac, puis de la famille de Rochechouart.
22. Dantès Louis Bellegarde (Port-au-Prince, 1877-Port-au-Prince, 1966), enseignant, écrivain, essayiste, historien et diplomate haïtien. Pages d’histoire, p. 26. Bibliothèque de la Société d’Histoire d’Haïti. Port-au-Prince. Imprimerie Chéraquit. Cf. Bibliothèque numérique des Caraïbes : http://dloc.com/UF00074089/00001
23. Le château de Sibra était avant la Révolution propriété de la maison de Saint-George.
24. Frédéric Soulié, « Le Département de l’Arriège ». In Musée des Familles, 1835.
25. Cité par Marie-Antoinette Durrieu, in Bertrand Clauzel, général de Napoléon, pp. 25 26. Imprimerie Lussaud. Fontenay-le-Comte. 2012.
26. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 129.
27. Ibidem, p. 153.
28. Cf. Marie-Antoinette Durrieu. Bertrand Clauzel, général de Napoléon, pp. 157 165.
29. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, pp. 175-176.
30. Marie-Antoinette Durrieu. Bertrand Clauzel, général de Napoléon, p. 151.
31. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 170 sqq.
32. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 164 sqq.
33. Cet ancien logement de M. Mallaure existe aujourd’hui encore à Quillan.
34. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 29.
35. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 175 sqq.
36. Ibidem, p. 173.
37. Ibid. p. 180.
38. Cf. Daniel Arasse. Histoires de peintures, pp. 308-312. Gallimard Folio-Essais. Paris. 2011.
39. Ludwig Wittgenstein. Tractatus logico-philosophicus. 1921.
40. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p.76 sqq.
41. Archives dép. de l’Ariège. Rôle de la population de Mirepoix en 1793.
42. Frédéric Soulié. Le Magnétiseur, p. 137.

2 réponses sur “Frédéric Soulié. Le Magnétiseur. Aux sources d’un roman familial”

  1. Bonjour madame,
    Vous prenez votre temps pour écrire (Frédéric Soulié) et c’est un plaisir que de vous lire; je vous en remercie. Dans quelques jours je retournerai sur votre site. Justement pour un nom, puis-je me permettre la remarque qui suit : il s’agit d’un peintre Jacques Fournier. Qui me renvoie à un certain Benoît XII, de son vrai nom, Jacques Fournier. Auriez-vous oublié cette homonymie ?
    Avec mes respectueux hommages.
    Y. Gébelin

    1. Bonjour Monsieur,
      Excusez-moi, mais je crois que vous confondez l’un de mes articles sur Frédéric Soulié avec l’article que j’ai publié sur Jean Pierre Clausel, peintre et photographe. C’est dans cet article-ci que j’invoque le nom de Jacques Fournier, auteur de « Peintre et photographe du siècle dernier : Alexandre Jean Pierre Clausel ». Ce Jacques Fournier-là, notre contemporain, n’a rien à voir avec l’inquisiteur Jacques Fournier (circa 1285-1342) !
      Bien cordialement
      Christine Belcikowski

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