En 1831. Troisième retour de Frédéric Soulié en Ariège. « Je t’avais bien promis que tu me verrais ! »

Après l’étape de Mirepoix, Frédéric Soulié et la jeune Pauline repartent à cheval en direction de Lavelanet. Ils sont accompagnés cette fois d’un personnage grotesque, M. Remy Dallois, à qui, exerçant ici l’œil du caricaturiste, l’écrivain impute un air de déjà vu sur les boulevards parisiens. Il s’agit d’un  » petit monsieur à gants jaunes, en bottes vernies, le lorgnon dans l’oeil, une cravache à la main « , monté sur « un cheval de labour qu’il s’était procuré pour faire son voyage ». Frédéric Soulié dans la suite du récit le nomme familièrement M. Remy, du nom de celui que l’on se remet trop bien et qui ne vaut, comme on le verra, qu’à sa place.

« J’étais à peu près sûr, dit l’écrivain, d’avoir rencontré ce visage-là fumant des cigares sur les boulevards de Paris. Il me semblait avoir accroché plus d’une fois la boucle monstrueuse qui couvrait sa joue gauche en s’échappant de son chapeau à petits bords. » 1Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 267.

La présence de cet improbable gandin, égaré au pays des Hommes et du Fer comme d’autres le seraient au pays des Houyhnhnms 2Cf. Jonathan Swift. Les Voyages de Gulliver, 1735., confère au récit un caractère passagèrement drôlatique. A peine Frédéric Soulié vient-il de quitter Mirepoix et ses « drames inconnus », que, changeant aussitôt de registre, il déploie les fastes littéraires du gab 3Gab, occitan : plaisanterie ; raillerie ; tromperie. à l’encontre du ridicule Parisien.

Conformément aux principes de l’esthétique romantique, tels que définis en 1827 par Victor Hugo dans la préface de Cromwell, Frédéric Soulié a voulu qu’ici le grotesque succédât un moment au tragique, afin de ménager, à l’orée de la dernière étape du récit, « un temps d’arrêt, un terme de comparaison, un point de départ d’où l’on s’élève ensuite derechef vers le beau avec une perception plus fraîche et plus excitée » 4Victor Hugo. Préface de Cromwell, p. 203. Introduction, texte et notes par Maurice Souriau. Société française d’imprimerie et de librairie. Paris. 1897.. C’est là un trait typique de l’écriture du drame ou du feuilleton romantique. Frédéric Soulié, on le sait, était dramaturge, et simultanément feuilletonniste.

De façon plus essentielle, Frédéric Soulié use ici du grotesque pour relancer, colorée tour à tour de « l’imagination du midi » et de « l’imagination du nord », la question de son identité ariégeoise.

« C’est lui, dit Victor Hugo à propos du genre grotesque, qui, colorant tour à tour le même drame de l’imagination du midi et de l’imagination du nord, fait gambader Sganarelle autour de don Juan et ramper Méphistophélès autour de Faust. » 5Ibidem, p. 201.

L’entrée en scène du grotesque M. Remy modifie dans le récit la posture de Frédéric Soulié. Jouant ici avec la bipolarité du schème Nord/Midi, l’écrivain se place relativement à M. Remy dans la disposition en vis à vis des contraires, par là dans le cadre d’une postulation identitaire enfin assumée.

De Parisien qu’il était lorsqu’il arrive en Ariège, disant l’étonnement qu’il éprouve à « l’aspect de la contrée qu’il traverse » et « au contact des hommes qu’il rencontre », Frédéric Soulié, face au « petit monsieur aux manières fashionables », à la « voix grasseyante et criarde », à la « longue lorgnerie plus que parisienne » exercée dans la direction de la jolie Pauline, – en somme la figure renaissante du mounfort 6Mounfort, occitan, se dit par ironie de toute personne qui se comporte à la façon des soldats de Simon de Montfort, qui ont conquis le Languedoc et fait injure à sa vieille civilisation. -, Frédéric Soulié donc se campe dans le rôle du natif, de l’Ariégeois. Plus loin dans le récit, faisant sonner haut et fort cette ascendance ariégeoise, lui qui a été carbonaro du temps de sa jeunesse parisienne, se réclamera plus radicalement encore de l’engeance de Jean d’Abail, le rebelle, l’insoumis.

Tout cela se passe alors que les trois cavaliers ont dépassé Saint-Quentin et qu’un « orage épouvantable » menace…

« Nous avions dépassé Saint Quentin où se fabrique la moitié des clous qui se plantent dans le Languedoc, et nous commencions à pénétrer dans ce qu’on appelle la montagne lorsque la nuit nous gagna tout à fait. Peu d’instants après, des nuages épais s’amoncelèrent au-dessus de nos têtes, et nous promirent un orage épouvantable. A partir de ce moment, Pauline et moi, nous nous abandonnâmes à l’instinct de nos chevaux, et les laissâmes choisir le chemin qu’ils voulaient prendre et que nous ne voyions plus… » 7Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 269.

Montagne, orage, nuit révèlent ici la vérité des êtres. Restés enfants de Pyrène, autrement dit toujours doués du naturel des natifs, la jeune fille et l’écrivain « s’abandonnent à l’instinct des chevaux », laissant ainsi la nature en confiance les guider dans le sens du vif. « Plus que parisien », d’où étranger au simple bon sens, M. Remy se veut quant à lui, de façon grotesquement cartésienne, comme maître et possesseur de la nature :

« M. Remy avait la prétention de mener le sien [le cheval], il en résultait entre eux des luttes dans lesquelles le cavalier était toujours obligé de céder, mais qui le mirent de fort mauvaise humeur. Cependant nous avancions toujours, et la route devenait de plus en plus obscure. Bientôt la voix altérée de M. Remy nous apprit qu’il commençait à s’alarmer sérieusement, non seulement de l’obscurité, mais encore de la route qu’il suivait, et peut-être aussi de ce que nous étions. » 8Ibidem, p. 270.

Outre qu’il traduit l’horreur de la nature, propre à l’hyper-parisien, le malaise de M. Remy accuse, par effet de contraste, le plaisir non dissimulé qu’inspire à Frédéric Soulié le sentiment de faire peur, ou plutôt le sentiment que son naturel fait peur, parce que le naturel ariégeois est  » sauvage et solitaire » comme l’orage, la montagne, la nuit :

« Lorsqu’il [M. Remy] se trouva, au milieu de la nuit, dans une route sauvage et solitaire, tantôt enfermée entre deux hautes roches, au sommet desquelles le ciel et les nuages semblaient toucher ; tantôt grimpant difficilement sur le flanc de la montagne et suspendue au-dessus d’un abîme, une véritable peur le saisit tandis que la jeune fille qui était près de moi, habituée qu’elle était à ces scènes, n’en éprouvait pas la moindre émotion. M. Remy, avant de nous demander où nous le conduisions, s’informa de l’endroit où nous nous trouvions… »

La question de M. Remy, dans la gradation du malaise qu’elle exprime, participe d’une étrange surdétermination du récit. Tout se passe en effet au « tournant de la route » comme si, lisant dans les pensées de M. Remy lorsque celui-ci « s’informe de l’endroit où nous nous trouvions », Frédéric Soulié faisait surgir impromptu le chêne de Jean d’Abail 9Là où les archives parlent de Guillaume Sibra, dit Jean Dabail, Frédéric Soulié parle, lui, de Jean d’Abail, suggérant ainsi l’appartenance de ce dernier à une sorte de noblesse d’abail, d’aval, ou noblesse d’en bas. A noter que l’occitan confond le  » v  » et le  » b « . afin de signifier au piteux mirliflore le caractère menaçant de l’endroit vers lequel celui-ci redoute de se trouver conduit. On sait que la justice royale aimait jadis à se rendre sous un chêne… On sait également que Frédéric Soulié gardait de son enfance à Mirepoix le souvenir du chêne de la rue du Pont, arbre majestueux, vieux de huit-cents ans, dit-on.

« Par malheur pour lui, la question [de « l’endroit où nous nous trouvions »] n’arriva pas à propos. Nous étions au tournant d’une route, et à l’angle de ce tournant s’élevait un arbre colossal dont les rameaux couvraient le chemin d’un côté à l’autre. Pauline répondit à M. Rémy que nous étions au chêne de Jean d’Abail. 10A propos de Jean Dabail, ou Jean d’Abail, cf. Christine Belcikowski. Les chemins de Jean d’Abail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française. Editions L’Harmattan. 2014.

Ce nom était un fâcheux hasard pour notre jeune homme. Il demanda encore ce que c’était que le chêne de Jean d’Abail, et l’histoire de l’homme qui lui avait donné ce nom… » 11Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 271.

Frédéric Soulié rend compte de ce « fâcheux hasard » avec une ironie appuyée. L’ironie s’aiguise encore davantage dans le récit consacré aux exploits de Jean d’Abail.

« Jean d’Abail était un montagnard, ancien serviteur d’une des familles les plus nobles du pays, et qui, à l’époque de la terreur, prit sous sa protection ceux qu’il avait servis autrefois. Seul, il avait établi, dans le département de l’Ariège, une dictature d’assassinats qui plus d’une fois fit reculer les persécuteurs de la noblesse. Il arriva un moment où les juges révolutionnaires tremblèrent devant leurs devoirs, par la seule volonté de cet homme ; ou, s’ils les accomplissaient, c’était à condition de ne pas sortir, le jour, de la ville où ils exerçaient leur charge, et, durant la nuit, de la maison où ils se tenaient enfermés. Dès que l’un d’eux osait franchir ces barrières, son cadavre, trouvé le lendemain dans un chemin, attestait que Jean d’Abail avait tenu sa promesse ; car il s’était vanté de punir quiconque rendrait un jugement inique. » 12Ibidem, p. 272.

L’ironie vise ici spécifiquement M. Remy, via le récit du sort fait par Jean d’Abail, durant la Terreur, aux gens de pareille espèce. Frédéric Soulié voit en M. Remy un émule des anciens « persécuteurs », depuis que ledit Remy, au cours de leur chevauchée commune, s’est ouvert à lui de la méchante affaire qui le conduit à La… :

« Il ajouta d’un ton mystérieux, qu’il y allait aussi [à La…] pour une petite affaire où, malgré ses vingt-cinq ans et ses habitudes de champagne, il avait à jouer un rôle de père noble. Il avait promis à Mme de Mauvrelier de lui ramener son fils qui venait de faire une escapade de provincial pour courir après une petite grisette sans doute fort rougeaude, et qui devait avoir de grosses mains et les pieds plats. » 13Ibid., p. 269.

On aura reconnu dans ce passage le jeune homme qui vient de « faire une escapade de provincial et de courir après une petite grisette » : c’est Julien de Mauvrelier, l’amoureux de Pauline. Et la « petite grisette sans doute fort rougeaude, qui doit avoir de grosses mains et les pieds plats », c’est Pauline elle-même, que M. Remy lorgnait tout à l’heure de façon « plus que parisienne. »

Frédéric Soulié, qui, au début du mois de septembre, a voyagé de Paris à Toulouse en compagnie de Julien de Mauvrelier, qui a recueilli les confidences du jeune homme, qui a promis de le retrouver à La…, qui a ensuite rencontré Pauline à Ja… et accepté de la chaperonner jusqu’à La… où les deux amoureux se sont donné rendez vous, Frédéric Soulié donc, qui a choisi de voler au secours de ces doux oiseaux de jeunesse et de leurs tendres amours, Frédéric Soulié, le poète à qui, enfant, l’amour a manqué, impute à M. Remy le crime de son iniquité – à ses yeux la plus ignoble des iniquités -, non point celle des juges révolutionnaires qui condamnaient les ci-devant en vertu de leur seule naissance, mais celle du petit maître, du fat, du muscadin, qui condamne, en même temps que les amoureux, la noblesse de leur sentiment, partant, la noblesse de l’amour même, noblesse dont le gandin se gausse vilainement, parce que son cœur, son triste cœur, n’est pas de qualité. Tout Frédéric Soulié, sa vision passionnée de la vie comme elle devrait être, flamboie dans le traitement réservé au personnage de M. Rémy sous le chêne de Jean d’Abail.

Jouissant de pouvoir terroriser encore davantage son vilain interlocuteur, Frédéric Soulié, qui, on l’aura compris, voue une sorte de sympathie trouble au personnage de Jean d’Abail, raconte maintenant comment celui ci fait un jour irruption sur la place de Mirepoix :

« L’acte le plus éclatant que Jean d’Abail eût accompli s’était passé au milieu de la ville de Mirepoix. Un des magistrats de cette ville avait déplu à Jean d’Abail ; celui ci le fit prévenir qu’il recevrait bientôt le châtiment de la faute qu’il avait commise. Cette menace n’avait point eu d’effet encore, lorsqu’arriva le jour du marché. Le marché se tient, à Mirepoix, sur une place qu’on appelle le Couvert : c’est un espace entouré de maisons dont le premier étage est élevé sur des arcades en bois, comme peut être le Palais Royal à Paris, si ce n’est que l’espace libre qui se trouve sous ces arcades est beaucoup plus large.

Sur l’un des côtés de cette place s’élève un petit amphithéâtre, et sur cet amphithéâtre, de vastes setiers en pierre, où se mesurent le blé et les grains qui se vendent dans le marché. Le magistrat dont nous parlons, qui était aussi propriétaire dans le pays, se trouvait occupé sur cet amphithéâtre à livrer des grains qu’il venait de vendre, lorsque la foule tumultueuse et bruyante qui occupait la place s’ouvre tout à coup en se refoulant avec épouvante sous les couverts, et une large voie se fait devant un homme qui marche seul, le fusil à la main. Un silence de terreur s’empare de toute la foule et succède à ses bruyants murmures, et Jean d’Abail s’avance seul au milieu de plusieurs milliers de personnes qui ne savaient que le regarder et trembler. Il arrive jusqu’à cet amphithéâtre où le magistrat cherchait à deviner la cause de ce mouvement, et lui crie d’une voix audacieuse :

— Je t’avais bien promis que tu me verrais !

Et tout aussitôt, avant que l’autre eût pu faire un mouvement pour fuir ou pour se défendre, Jean d’Abail l’ajuste, et le blesse mortellement d’une balle dans la poitrine.

Mais ce n’est pas l’audace de l’homme qui est le plus incroyable dans cette histoire, c’est, qu’après cet assassinat, il se retira paisiblement et à pas lents, mesurant de l’œil la foule épouvantée, et raillant par ces paroles :

— Tâchez d’être sages, leur disait il, ou j’aurai soin de vous. » 14Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 273.

Telle que rapportée par Frédéric Soulié, la scène a dans son inquiétante étrangeté quelque chose d’onirique. La solitude du tireur au milieu d’une foule de « plusieurs milliers de personnes », l’automatisme de son pas, l’implacable décision de son geste, la sidération du public, la cinglante familiarité de l’avertissement final, tout concourt au déploiement d’une vision saturée de significations non dites, qui renvoie sans doute à la figure du Vengeur, si présente dans l’œuvre de Frédéric Soulié.

Frédéric Soulié rapporte la scène sur le mode de la chose vue. Il la situe « à l’époque de la terreur », c’est-à-dire entre 1792 et 1794. Il n’a pas pu au vrai assister à ladite scène, puisqu’il n’était pas encore né. La sidération dont il fait état a sans doute été celle de la foule face au geste Jean d’Abail, mais elle est aussi celle de l’enfant à qui l’on a raconté ce geste, qui s’en est souvenu la nuit, et qui s’est trouvé, dans la solitude du rêve, livré tout entier à l’emprise ambiguë de la pulsion scopique. L’inquiétante étrangeté du rêve ne vient pas du personnage de Jean d’Abail lui même, mais de l’ambiguïté du sentiment qui saisit l’enfant face au geste du tireur. C’est de l’étrangeté de ce rêve que l’écrivain plus tard se souvient, et c’est ce rêve étrange qu’il revit tout éveillé, suite à un petit rien dont il s’irrite, alors que M. Rémy, Pauline et lui même cheminent de concert sur la route de La…

Ce petit rien, c’est d’abord le brin de lorgnerie que l’hyper parisien s’autorise sur Pauline ; ce sont ensuite les mots qui font insulte à l’amour : « une escapade de provincial pour courir après une petite grisette sans doute fort rougeaude », et qui devait avoir de « grosses mains » et les « pieds plats ». Ce sont précisément ces mots et cette lorgnerie qui induisent chez Frédéric Soulié, en rapport avec l’injure faite à une femme, ici une jeune fille belle et bonne, le souvenir de l’exploit de Jean d’Abail ; d’où, plus originairement encore, le réveil du fantasme qui travaille un tel souvenir, – le fantasme du Vengeur qui passe à l’acte.

Du fantasme à la réalité, il semble en tout cas que l’écriture constitue chez Frédéric Soulié le mode sublimé de quelque passage à l’acte. Déléguant à la littérature le soin d’assumer sa propre fascination pour le crime et le suicide, l’écrivain, fort heureusement, échappe au destin de Jean d’Abail.

Frédéric Soulié signale au demeurant que le Jean d’Abail de l’an II a basculé ensuite dans la délinquance crapuleuse et que la justice a passé.

« Je m’étais bien gardé de dire à M. Rémy que Jean d’Abail, qui avait commencé par des crimes politiques, avait fini par devenir un brigand comme tous les autres et que le bourreau en avait fait justice… » 15Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 275.

L’écrivain concède ici que, pour mieux ébranler la cynique fatuité de M. Dallois, il a tu la dérive crapuleuse de son Jean d’Abail afin de sculpter le bandit en figure de la justice immanente. Mais on devine qu’il nourrit le sentiment d’une sorte de parenté de destin entre l’espèce des Jean Dabail, Ariégeois de toujours, Ariégeois de peu, et lui, Ariégeois de naissance, galérien des lettres ; entre les déserteurs, réfractaires, enfants perdus d’un siècle impitoyable, et lui, étudiant fiché par la police, poète méjugé, journaliste exploité, dramaturge victime de la cabale, scrutateur sarcastique de la comédie sociale, enfant perdu aussi.

D’où, par effet de conséquence inverse, la vengeance que l’écrivain trouve ici l’occasion d’exercer à l’encontre de M. Dallois, avatar tristement drôlatique de ces mille et un personnages nés de la Révolution, muscadins, mirliflores, petits maîtres, gandins, oublieux de l’idéal de 1789, dénués en outre de la trempe de leurs illustres prédécesseurs. Soulevé par la pulsion de vengeance, c’est ce Frédéric Soulié d’inspiration carbonariste, qui retrouve en 1831 le don d’ubiquité de Jean d’Abail et des siens en faisant réapparaître la figure du Justicier légendaire, par la seule magie de sa parole de conteur, alors que la nuit tombe sur une route d’Ariège. Frédéric Soulié, « en face de l’endroit où Jean d’Abail avait fait ses plus cruelles exécutions », use de l’art de raconter pour « exécuter » à son tour celui qui incarne à ses yeux le déshonneur de son temps. La cruauté de l’exécution est ici dans la tranquille liberté de la parole qui tue.

« Peut-être la tranquillité avec laquelle je le racontai, l’alarma-t-il plus que le fait lui-même, car il dut lui paraître étrange qu’on parlât si librement d’un homme si terrible, sans être un peu de ses amis. » 16Ibidem.

Instruit de l’histoire locale et de la géographie de son Ariège natale, plus spécialement des accidents de la route qui conduit de Mirepoix à Lavelanet, Frédéric Soulié sait en 1831 que, de terreur en terreur, il mène M. Remy vers le lieu et le moment d’une scène d’épouvante finale. La nature du terrain, le cheval, la nuit, l’orage qui menace, ou Pyrène lui-même tout entier à sa proie attaché, sont ici du côté du rieur Justicier.

« Nous arrivions à un passage connu dans le pays sous le nom de l’Entonnadou (l’entonnoir). Dans cet endroit, la gorge de la montagne se resserre et ne laisse plus qu’un étroit défilé, encore ce défilé est-il divisé en deux parties, en un chemin viable, taillé sur l’un des côtés de la roche, et en un torrent qui coule à quelque quarante pieds au-dessous du chemin. Quand nous approchâmes de cet endroit, le cheval de M. Rémy, vieux serviteur des environs, quitta brusquement la route, et descendit par un petit sentier presque à pic, vers le torrent qui grondait assez violemment. Depuis de longues années, ce cheval qui parcourait sans cesse cette route, avait pris l’habitude d’aller boire dans le torrent, et sans s’inquiéter si celui qu’il portait était un montagnard accoutumé à ses allures, ou un parisien habitué à courir dans les allées régulières du bois du Boulogne, il emportait notre élégant sans que celui-ci pût le déranger un moment de la nouvelle direction qu’il avait prise. M. Rémy fut véritablement épouvanté de se voir ainsi descendre dans un ravin dont il ne pouvait juger la profondeur, et vers un torrent qui devait être dangereux ; il se mit à pousser des cris aigus, en maudissant le ciel, les hommes et son cheval. Heureusement pour lui que son trouble l’empêcha de descendre de sa monture, car s’il l’avait tenté, il eût probablement roulé jusqu’au fond du ravin, et Dieu sait comment nous l’en eussions tiré.

Nous avions beau lui crier de se laisser faire, il ne nous entendait plus, et bientôt nous ne l’entendîmes plus lui-même. C’est que son cheval était arrivé simplement à son but, et qu’au lieu de noyer son cavalier, ou de le mener dans quelque caverne de voleurs, comme celui-ci se l’imaginait, il se mit paisiblement à boire, puis se retourna, et remonta le sentier. » 17Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 276.

« Il y a des moments où la nature prend de si singulières expressions, se laisse aller à de si étranges sentiments, qu’on désespère de les faire croire » 18Ibidem, p. 277., dit Frédéric Soulié, qui, requérant le motif de la dénaturation, parle ici de M. Remy. Et l’écrivain d’ajouter, feignant ainsi de retourner au rôle du témoin de hasard pour mieux laisser à Pyrène lui-même le soin de parfaire sa vengeance : « C’est donc tout simplement comme historien d’un fait que je rapporterai…

… comme quoi M. Remy, en descendant son ravin, me promettait mille écus, six mille francs, vingt mille francs, si je voulais l’épargner ; comme quoi voyant que ses promesses n’aboutissaient à rien, il les changea en menaces, en nous disant qu’il nous livrerait aux tribunaux, et comme quoi enfin, dans un accès de rage, il brisa sa cravache sur la tête de son coursier, en lui disant :

— Misérable animal, je te traduirai en cour d’assises. »

Ainsi arriva-t-il qu’en vertu du décret de Pyrène, M. Remy, mené au Styx par son fatal coursier, s’y infligea sua sponte le châtiment suprême, – ici, le ridicule tue.

Frédéric Soulié évoque dans cet épisode un lieu connu des habitants de la région, quoique rendu aujourd’hui méconnaissable par la modernisation de la route. L’Entonnadou subsiste sous forme de toponyme ; il ne fait plus l’objet de la représentation menaçante dont Frédéric Soulié profite pour terroriser M. Remy. Devenu étranger à l’imaginaire contemporain de la route, le pas de l’Entonnadou ne fait plus l’objet d’aucune représentation tout court. Il y a donc un grand charme à se laisser étonner par la vision proprement fantastique que Frédéric Soulié peut nourrir encore d’un tel pas. Il est vrai qu’en 1831, l’écrivain cheminait dans la nuit, à cheval, et que le pas de l’Entonnadou, une fois franchi, lui ouvrait le chemin qui reconduit à Lavelanet, i.e. en 1831 à la maison Soulié. Frédéric Soulié songeait à cette ultime destination, quelques semaines plus tôt déjà lorsqu’assis à côté de Lucien de Mauvrelier, l’amoureux de Pauline, il roulait de Toulouse vers Pamiers :

« Nous courions avec rapidité sur cette route qui me menait à la maison paternelle. » 19Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 143.

Le pas de l’Entonnadou revêt en conséquence pour Frédéric Soulié une signification personnelle forte, qui, pour être de l’ordre du symbolique, n’en exerce pas moins sur sa disposition morale des effets bien réels. Il s’agit d’un pas initiatique, à l’épreuve duquel on s’honore ou on se déshonore, comme ailleurs on gagne le paradis ou l’enfer. Frédéric Soulié, qui a fait ici la preuve de son pyrénéisme natif, peut retourner fièrement, honneur fait loi, au pays de ses ascendants. Magnanime, il songe un instant à « pardonner à ce monsieur [Remy] d’être resté son ennemi bien décidé ». Tout se passe à partir de l’Entonnadou comme si, affranchi de ses souvenirs mirapiciens et de sa charge de vengeance, détaché en somme du monde d’aval, l’écrivain retournait amont, à Lavelanet, comme on remonterait le cours du temps afin de revenir au commencement proprement commençant, i.e. au possible d’un bonheur hélas demeuré sans mémoire, – le possible d’avant la catastrophe.

C’est à cet instant qu’éclate soudain l’orage annoncé depuis Saint Quentin :

« Enfin l’orage qui s’était amoncelé au-dessus de nous éclata avec une violence extrême, et ce ne fut qu’après avoir subi pendant trois quarts d’heure une de ces pluies violentes, si bien nommées dans le pays  » abat-eau « , que nous arrivâmes à notre destination. » 20Ibidem, p. 279.

Eau lustrale, augure de renaissance, ou rappel menaçant du décret éternel de Pyrène – « Dans nos montagnes des Pyrénées, la vie doit être forte ou ne pas être. L’air qui descend de nos glaciers est cruel comme la loi de Lacédémone : il tue ceux qui ne sont pas nés puissants » -, on remarque que l’orage transporte dans ses flancs quelque chose encore du monde d’aval, qui se cache dans le mot « abat-eau ». Frédéric Soulié, sur le moment, ne s’y attarde pas. Mêlant au récit de la situation présente le point de vue du narrateur omniscient, il constatera a posteriori qu’ici l’attention aux signes a manqué. Il eût fallu, observe-t-il, savoir reconnaître dans l’abat-eau un intersigne, avant que M. Remy ne se fût « vengé, trop cruellement, des rires avec lesquels Pauline l’accueillit, en suscitant à Lucien des obstacles qui eurent un bien triste résultat. » 21Ibid., p. 279.

Mais armé de son pyrénéisme nouvellement reconquis, Frédéric Soulié se hâte maintenant vers La… Il va de l’avant, ou plutôt de l’amont, sans se soucier ici des intersignes.

« Je remis Pauline dans la maison de son père, qui était absent, et nous nous rendîmes avec M. Remy chez son notaire, qui était de mes amis et à qui j’avais fait demander un lit. Le bon accueil que nous y trouvâmes, l’excellent feu qui nous attendait, le succulent souper qui était préparé pour nous… » 22Ibid.

A La…, Frédéric Soulié se trouve reçu dans la maison d’un notaire, « qui était de ses amis ». Après avoir couru sur la « route qui le menait à la maison paternelle », il ne semble plus désirer de se rendre effectivement dans cette maison. Jean Pierre Soulié, son grand-père, est mort en 1803. François Melchior Soulié, son père, n’est plus retourné à Lavelanet depuis 1808, ou peut-être 1815. Lui-même, depuis cette date, n’a plus revu ses oncles et tantes. Il n’y a plus pour lui, à Lavelanet, de « maison paternelle », du moins au sens qui parle au cœur. L’écrivain tait ici la disparition de ce qui a été. Mais ce qu’il ne dit pas se découvre, comme en creux, dans les premiers mots relatant l’arrivée à Lavelanet : « Je remis Pauline dans la maison de son père, qui était absent… »

Armé toujours de son pyrénéisme retrouvé, Frédéric Soulié fait honneur au « succulent souper », et souffre non sans « rires inextinguibles » les malédictions proférées par l’impossible M. Remy à l’encontre « des hommes, du pays, des animaux », de l’oncle même « qui lui avait laissé quelques milliers d’écus de rentes ». Les signes cependant demeurent contraires. Anticipant sur la manifestation d’un nouveau signe, l’irruption du mot « coupe-gorge » au détour d’une phrase bouffonne dédiée au « succulent souper » et aux « rires inextinguibles » suscités par les malédictions de M. Remy, étonne, oblige à relire, et s’explique finalement par l’événement qui suit. Une musique « éclate », comme faisait l’orage tout à l’heure :

« Au moment où M. Remy comprenait dans ses malédictions les hommes, le pays, les animaux, et jusqu’à l’oncle qui lui avait laissé quelques milliers d’écus de rentes, dans cet infernal coupe-gorge, voilà que sous la fenêtre éclate tout d’un coup un concert de trente ou quarante clarinettes, qui font sonner aux oreilles de l’arrivant furieux, l’air patriarcal de : Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? » 23Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 280. Cet air est de Jean François Marmontel dans la pièce Lucile (1770) pour les paroles, et d’André Grétry pour la musique. Adopté comme une sorte d’hymne national sous la première et la seconde Restauration entre 1815 et 1830, il était d’usage de le jouer en présence de la famille royale. Il a par ailleurs été repris dans la Grande Armée. Après la révolution de 1830, cet air n’est plus joué autrement qu’à des fins satiriques, significatives du rejet de la monarchie et de l’Ancien Régime. Mais cet air sonne façon toute personnelle aux oreilles de Frédéric Soulié.

Là encore, Frédéric Soulié tait les émotions de son cœur. « L’arrivant furieux » mentionné dans le texte, c’est M. Remy, qui enrage :

« Dans sa rage, M. Remy avait ouvert la fenêtre et envoyait les musiciens à tous les diables, lorsque ceux-ci, s’imaginant qu’il les remerciait, et ne voulant pas borner leur hommage à un seul air, lui jouèrent immédiatement celui qu’ils savaient le mieux, et oubliant que M. Remy était carliste, ils entonnèrent la Marseillaise avec un enthousiasme qui sentait son année 1831.

Je ne sais trop où fût allée la colère de M. Remy, entre cette musique acharnée et nos rires… » 24Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 281.

Le malaise propre à l’écrivain – « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? » – perce cependant, sous le rire, dans le propos dédié à l’amour de La… pour la clarinette et au nombre des clarinettes qui « hurlent » :

« C’était une galanterie du notaire, qui avait ramassé tous les musiciens, ou, pour mieux dire, toutes les clarinettes du pays. La clarinette est un instrument adoré jusqu’au fanatisme dans le village de La… Les vieillards rendent leur dernier soupir dans une clarinette et les enfants font leurs dents de lait sur l’anche d’une clarinette. Je me trompe donc lorsque je dis qu’il y en avait trente ou quarante ; il y en avait au moins soixante qui hurlaient avec frénésie : Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? » 25Ibidem, p. 280.

Indice de la douleur que Frédéric Soulié ne dit pas, le « hurlement » des clarinettes – « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? » – semble comprendre dans son champ de malfaisance Julien de Mauvrelier, l’amoureux de Pauline, qui, comme attiré par ce champ, surgit d’on ne sait où impromptu. Frédéric Soulié prête à cette arrivée une raison naturelle, qui vise à prévenir, sur le mode de la dénégation, son propre étonnement, et, dans le cadre de cet étonnement, le possible d’une angoisse latente :

« Je ne m’étonnai point de le voir chez le notaire, puisque Mme de Mauvrelier possédait aussi des terres dans ce pays, mais il parut fort surpris de me rencontrer, et il le fut bien davantage quand je lui appris que Pauline était arrivée avec moi. » 26Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 281.

Le pressentiment de la tragédie qui vient se trouve confirmé pour le lecteur dans l’effet de prolepse narrative à la faveur duquel, retardant ainsi le moment de raconter la fin de l’histoire, Frédéric Soulié prévient de ce que ladite histoire est aujourd’hui chose faite, allée à sa fin, fin-ie. Et parlant d’une chose ainsi faite, il use ostensiblement du passé simple pour ménager dans la profondeur du récit la distance de l’irréversible :

« Je voudrais bien avoir à terminer ici ce récit déjà bien long, mais il faut que je dise à mes lecteurs ce que devinrent ce jeune homme et cette jeune fille, dont je fus le confident et dont le sort s’accomplit sous mes yeux. » 27Ibidem, p. 282.

Laissant au lecteur le soin de s’en instruire par lui-même, on ne racontera pas ici « l’incident qui doit terminer » l’histoire de Pauline et Lucien :

« L’incident même qui doit terminer cette histoire a quelque chose de si pauvre dans son principe, que nous osons à peine le raconter, et cependant il arriva comme le poignard, le poison, ou le suicide, au grand dénouement de tous nos drames, à la mort des deux héros. » 28Ibid.

L’écrivain use ici d’un redoutable oxymore : « l’incident qui doit terminer l’histoire » ne ressortit pas, même s’il y ressemble, au hasard du grain de sable, non plus qu’au battement de l’aile du papillon, qui suffit à entraîner ici une catastrophe là-bas ; il ressortit à la logique du destin, qui veut que Pauline et Lucien se donnent rendez-vous « le soir-même dans le ravin de la Roque », c’est-à-dire probablement à l’entrée de la grotte qui se trouve au bord de l’Entonnadou, du côté des rochers de la Pierre Trouée.

« À Paris », se souvient Frédéric Soulié, « c’est souvent un spectacle étrange que de voir une belle et jeune femme, bien enveloppée de dentelles, se glisser furtivement dans un bouge » pour se rendre, « au milieu des miasmes de la pauvreté », à un rendez-vous d’amour.

« Ce n’est pas un spectacle moins étrange, ajoute-t-il, que de rencontrer parmi nos roches profondes, dans les cavernes ténébreuses de nos montagnes, où les oiseaux de proie et les brigands font seuls leur repaire, à l’abri des torrents que les plus intrépides chasseurs craignent de franchir, de blanches jeunes filles que l’amour y a portées à travers des obstacles presque infranchissables, de beaux jeunes gens que l’amour y a conduits à travers des sentiers que les plus vieux pâtres ne reconnaissent pas toujours.

C’était dans une de ces cavités profondes que Pauline devait attendre Lucien. » 29Ibid., p. 283.

Entrée, le soir, toute frêle, dans ce décor grandiose, la « blanche jeune fille » y « doit » attendre son « beau jeune homme » au royaume chthonien de Pyrène…

« Dans nos montagnes des Pyrénées, la vie doit être forte ou ne pas être. L’air qui descend de nos glaciers est cruel comme la loi de Lacédémone : il tue ceux qui ne sont pas nés puissants. »

Le décret de Pyrène est cruel. Il frappe, dit Frédéric Soulié, « comme le poignard, le poison, ou le suicide ». Il veut ici, comme annoncé par l’écrivain, que la « blanche jeune fille » et le « beau jeune homme » poitrinaire, et avec eux l’amour, meurent à la fleur de l’âge. En va-t-il ainsi de l’amour que, sauf à tenter de survivre aux désenchantements de ses suites, il doive mourir avant d’avoir fleuri ? François Melchior Soulié et Jeanne Marie Baillé, les parents de Frédéric Soulié, ont survécu à ces désenchantements. Mais l’écrivain donne à penser, sous les mots du drame de Pauline et Julien, qu’il y a plus d’honneur à mourir avant d’avoir désespéré de son rêve d’amour.

Tout se passe encore une fois dans le récit du séjour de Frédéric Soulié en Ariège comme si, franchissant une à une les étapes d’une libération intérieure, l’écrivain accédait au pouvoir de renaître, non plus d’un père et d’une mère, mais, amont, comme Antée, du seul décret de Pyrène, qui l’autorise, lui seul, à passer le cap de l’Entonnadou, à continuer d’écrire, à vivre bientôt avec Madame Bossange, à publier beaucoup, à connaître par la suite de grandes années de succès littéraire. A noter que Frédéric Soulié se trouve ici à une vingtaine de kilomètres de Foix, sa ville natale, dont il dit ailleurs qu’il ne l’a « jamais vue ». Symbolique de la renaissance oblige, ou ultime conjuration des fantômes, en 1831 il ne s’y rend pas.

Le décret de Pyrène est cruel. Frédéric Soulié, lorsqu’il naquit la première fois, « laissa sa mère infirme » ; lorsqu’il naît ici pour la seconde fois, il faut dans le même temps que deux oiseaux de jeunesse meurent. Pyrène, ou la montagne, i.e. le temps, la vie, veillent à l’équilibre des comptes. Il n’est pas sûr qu’après le séjour ariégeois, le dernier cette fois-là, Frédéric Soulié puisse moralement renaître sans mûrir dans le secret de l’intime le sentiment d’être là, bien vivant, au prix des âmes mortes. La suite de son œuvre montre que l’écrivain n’est pas quitte de ce prix de toujours.

References   [ + ]

1. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 267.
2. Cf. Jonathan Swift. Les Voyages de Gulliver, 1735.
3. Gab, occitan : plaisanterie ; raillerie ; tromperie.
4. Victor Hugo. Préface de Cromwell, p. 203. Introduction, texte et notes par Maurice Souriau. Société française d’imprimerie et de librairie. Paris. 1897.
5. Ibidem, p. 201.
6. Mounfort, occitan, se dit par ironie de toute personne qui se comporte à la façon des soldats de Simon de Montfort, qui ont conquis le Languedoc et fait injure à sa vieille civilisation.
7. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 269.
8. Ibidem, p. 270.
9. Là où les archives parlent de Guillaume Sibra, dit Jean Dabail, Frédéric Soulié parle, lui, de Jean d’Abail, suggérant ainsi l’appartenance de ce dernier à une sorte de noblesse d’abail, d’aval, ou noblesse d’en bas. A noter que l’occitan confond le  » v  » et le  » b « .
10. A propos de Jean Dabail, ou Jean d’Abail, cf. Christine Belcikowski. Les chemins de Jean d’Abail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française. Editions L’Harmattan. 2014.
11. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 271.
12. Ibidem, p. 272.
13. Ibid., p. 269.
14. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 273.
15. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 275.
16. Ibidem.
17. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 276.
18. Ibidem, p. 277.
19. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 143.
20. Ibidem, p. 279.
21. Ibid., p. 279.
22, 28. Ibid.
23. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 280. Cet air est de Jean François Marmontel dans la pièce Lucile (1770) pour les paroles, et d’André Grétry pour la musique. Adopté comme une sorte d’hymne national sous la première et la seconde Restauration entre 1815 et 1830, il était d’usage de le jouer en présence de la famille royale. Il a par ailleurs été repris dans la Grande Armée. Après la révolution de 1830, cet air n’est plus joué autrement qu’à des fins satiriques, significatives du rejet de la monarchie et de l’Ancien Régime. Mais cet air sonne façon toute personnelle aux oreilles de Frédéric Soulié.
24, 26. Frédéric Soulié. Deux séjours. Province, Paris, p. 281.
25. Ibidem, p. 280.
27. Ibidem, p. 282.
29. Ibid., p. 283.

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