Le capharnaüm du docteur Faust, ou la chambre de Gérard de Nerval à la clinique du docteur Blanche

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Ci-dessus : Charles-Léopold Grevenbroeck (?–1758). Passy et Chaillot vus de Grenelle en 1743.

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Ci-dessus : au centre de l’image, au premier plan, l’hôtel de Saissac, dit après 1783 hôtel de Lamballe.

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Ci-dessus : Nicolas Jean Baptiste Raguenet (1715 – 17–04–1793). Le Quai et le Village de Passy, vus de la rive gauche en 1757. De gauche à droite : château de Passy ou de Boulainvilliers ; hôtel de Saissac, dit à partir de 1783 hôtel de Lamballe ; derrière l’hôtel de Saissac, les deux pavillons de l’hôtel de Valentinois ; couvents des Bonshommes et de la Visitation ; à l’horizon à droite, la butte Montmartre.

I. La clinique du docteur Blanche et la chambre de Gérard de Nerval à Passy

Edifié au XVIIe siècle, l’hôtel particulier qui devient en 1783 propriété de la princesse de Lamballe, a appartenu successivement à Jean de Paci ; Guillaume Fusée, procureur au Parlement ; Claude de la Bistrade ; François de Turményes ; Claude Chahu, conseiller du roi ; François Berthelot, financier ; Antonin Nompar de Caumont, duc de Lauzun ; Mme de Saissac ; Marie Charles Louis d’Albert, duc de Chevreuse ; Louis Joseph Charles Amable d’Albert, duc de Luynes. En 1784, le duc de Luynes vend le château à Marie-Thérèse-Louise de Savoie Carignan, princesse de Lamballe. La princesse est assassinée en 1792 ; mis en vente au titre ds biens nationaux, l’hôtel particulier est acquis en 1797 par le banquier Charles Joseph Baguenault de Puchesse. En 1846, les héritiers du banquier louent l’hôtel et son parc au célèbre aliéniste Esprit Sylvestre Blanche (1796-1852), puis à Antoine Emile Blanche (1820-1893), fils et successeur de ce dernier. En 1872, l’hôtel est vendu au docteur André Isidore Meuriot (1841-1901), aliéniste, collègue et successeur d’Emile Blanche. En 1922, Henri Meuriot, fils d’André Isidore Meuriot, aliéniste lui aussi, vend l’hôtel au pilote de guerre et diplomate André de Limur, et une partie du parc à la ville de Paris qui ouvre là une voie nouvelle, nommée avenue de Lamballe. Constatant que l’hôtel est très délabré, André de Limur et son épouse américaine le font alors raser et reconstruire à l’identique.

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Ci-dessus : vue depuis la rue Berton, façade sur cour de l’ancienne clinique du docteur Blanche, aujourd’hui résidence de l’ambassadeur de Turquie. L’entrée de la clinique se faisait autrefois au nº 17 de la rue Berton ; l’entrée de l’ambassade se fait aujourd’hui au nº 16 de l’avenue de Lamballe.

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En 1954, la propriété se trouve rachetée par la Turquie, qui en a fait depuis lors son ambassade à Paris.

Hospitalisé en 1841 à la Folie Cendrin, clinique créée par Esprit Blanche à Montmartre, Gérard de Nerval l’est une fois encore en 1852-1853, mais cette fois à Passy, dans la clinique nouvellement ouverte par Esprit et Emile Blanche dans l’ancien hôtel particulier de la princesse de Lamballe. D’autres illustres patients fréquenteront cette clinique au cours du siècle, dont Charles Gounod en 1857 et Guy de Maupassant en 1892-1893.

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« Ma chambre est à l’extrémité d’un corridor habité d’un côté par les fous, et de l’autre par les domestiques de la maison. Elle a seule le privilège d’une fenêtre, percée du côté de la cour, plantée d’arbres, qui sert de promenoir pendant la journée. Mes regards s’arrêtent avec plaisir sur un noyer touffu et sur deux mûriers de la Chine. Au-dessus, l’on aperçoit vaguement une rue assez fréquentée, à travers des treillages peints en vert. Au couchant, l’horizon s’élargit ; c’est comme un hameau aux fenêtres revêtues de verdure ou embarrassées de cages, de loques qui sèchent, et d’où l’on voit sortir par instant quelque profil de jeune ou vieille ménagère, quelque tête rose d’enfant. On crie, on chante, on rit aux éclats ; c’est gai ou triste à entendre, selon les heures et selon les impressions.

J’ai trouvé là tous les débris de mes diverses fortunes, les restes confus de plusieurs mobiliers dispersés ou revendus depuis vingt ans. C’est un capharnaüm comme celui du docteur Faust. Une table antique à trépied aux têtes d’aigles, une console soutenue par un sphinx ailé, une commode du dix-septième siècle, une bibliothèque du dix-huitième, un lit du même temps, dont le baldaquin, à ciel ovale, est revêtu de lampas 1Lampas : étoffe originaire de Chine ou de Perse, mise à la mode au temps de Louis XV, assemblant des fils de soie, et souvent d’or et d’argent, dont les motifs sont en relief. rouge (mais on n’a pu dresser ce dernier) ; une étagère rustique chargée de faïences et de porcelaines de Sèvres, assez endommagées la plupart ; un narguilé rapporté de Constantinople, une grande coupe d’albâtre, un vase de cristal ; des panneaux de boiseries provenant de la démolition d’une vieille maison que j’avais habitée sur l’emplacement du Louvre 2Il s’agit du petit pied-à-terre que Théophile Gautier louait impasse du Doyenné pour recevoir ses amis et ses amies, qu’il partageait avec Gérard de Nerval, et que celui-ci décrit dans Les petits Châteaux de Bohème. 1853. Cf. La dormeuse blogue 3 : Nerval à sa fenêtre ou le paysage de l’impasse du Doyenné ; Arsène Houssaye – « Voici comment nous vécûmes ensemble : Camille Rogier, Gérard de Nerval, Théo et moi »., et couverts de peintures mythologiques exécutées par des amis aujourd’hui célèbres ; deux grandes toiles dans le goût de Prudhon, représentant la Muse de l’histoire et celle de la comédie. Je me suis plu pendant quelques jours à ranger tout cela, à créer dans la mansarde étroite un ensemble bizarre qui tient du palais et de la chaumière, et qui résume assez bien mon existence errante. J’ai suspendu au-dessus de mon lit mes vêtements arabes, mes deux cachemires industrieusement reprisés, une gourde de pèlerin, un carnier de chasse. Au-dessus de la bibliothèque s’étale un vaste plan du Caire ; une console de bambou, dressée à mon chevet, supporte un plateau de l’Inde vernissé où je puis disposer mes ustensiles de toilette. J’ai retrouvé avec joie ces humbles restes de mes années alternatives de fortune et de misère, où se rattachaient tous les souvenirs de ma vie. On avait seulement mis à part un petit tableau sur cuivre, dans le goût du Corrège, représentant Vénus et l’Amour, des trumeaux de chasseresses et de satyres et une flèche que j’avais conservée en mémoire des compagnies de l’arc du Valois, dont j’avais fait partie dans ma jeunesse : les armes étaient vendues depuis les lois nouvelles. En somme, je retrouvais là à peu près tout ce que j’avais possédé en dernier lieu. Mes livres, amas bizarre de la science de tous les temps, histoire, voyages, religions, cabale, astrologie à réjouir les ombres de Pic de la Mirandole, du sage Meursius et de Nicolas de Cusa, — la tour de Babel en deux cents volumes, — on m’avait laissé tout cela ! Il y avait de quoi rendre fou un sage ; tâchons qu’il y ait aussi de quoi rendre sage un fou. » 3Gérard de Nerval. Aurélia, II, VI.

La chambre dont Gérard de Nerval parle ici, est celle qu’il a occupée du 27 août 1853 au 19 octobre 1854 à Passy, dans la clinique d’Emile Blanche. Nerval y a écrit Aurélia, texte dans lequel il entreprend, dit-il, de « transcrire les impressions d’une longue maladie qui s’est passée tout entière dans mon esprit ». A l’aube du 26 janvier 1855, on trouve le poète pendu à une grille de la rue de la Vieille-Lanterne, rue située aux abords immédiats du Châtelet.

II. Le capharnaüm du docteur Faust

J’ai déjà évoqué cette chambre de Nerval dans plusieurs articles précédents, Maison du docteur Blanche versus Rue de la Vieille-Lanterne, Quand Eugène Delacroix visite Gérard de Nerval à la clinique du docteur Blanche, Inventaires – Nerval, Spinoza ; mais j’ai eu envie de l’évoquer ici une fois encore, car elle fournit au lecteur une sorte d’image vive de l’homme Nerval, si attachant.

1. « Le privilège d’une fenêtre »

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Ci-dessus : sans date, anciennes vues de la clinique du docteur Blanche côté cour.

« Ma chambre est à l’extrémité d’un corridor habité d’un côté par les fous, et de l’autre par les domestiques de la maison. Elle a seule le privilège d’une fenêtre, percée du côté de la cour, plantée d’arbres, qui sert de promenoir pendant la journée. Mes regards s’arrêtent avec plaisir sur un noyer touffu et sur deux mûriers de la Chine. Au-dessus, l’on aperçoit vaguement une rue assez fréquentée, à travers des treillages peints en vert. »

Nerval donne à voir ici, comme en caméra subjective et de façon puissamment symbolique, le chemin qu’il parcourt au sein de la « maison des fous » pour gagner sa propre chambre de « fou ». Confinés dans des chambres borgnes de part et d’autre d’un même corridor, fous et domestiques se trouvent logés à la clinique du docteur Blanche comme prisonniers et gardiens dans une prison. Au bout du corridor, une seule fenêtre s’ouvre, qui est celle de l’évasion scopique.

Nerval jouit seul de cette seule fenêtre, privilège qui, du côté des fous, dont il ne dénie pas qu’il relève lui aussi, puisqu’il le rappelle plus loin – « tâchons qu’il y ait aussi de quoi rendre sage un fou » – le désigne à la fois comme un fou plus chanceux que les autre et comme le fou reconnu par le docteur Blanche pour sa qualité d’écrivain et de poète. C’est d’ailleurs au titre d’une telle reconnaissance que Nerval retrouve là, rapportés sur ordre du médecin et rassemblés dans sa chambre, « tous les débris de ses diverses fortunes, les restes confus de plusieurs mobiliers dispersés ou revendus depuis vingt ans ».

De la fenêtre d’une telle chambre, adossé aux « débris », aux « restes confus » de sa vie passée, Nerval déploie le regard de l’homme qui s’évade et qui revient de la sorte au libre de la vie présente, au simple du monde tel qu’il va. Caressant au passage le « touffu » des arbres, son regard franchit les limites du parc, matérialisées par « des treillages peints en vert » ; et, cependant qu’il s’évade vers d’autres verdures, ce regard livre l’évadé à la poésie des « impressions ».

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Ci-dessus : Eugène Atget. Vue de la rue Berton en 1913. A gauche sur l’image, mur du parc de la clinique du docteur Blanche. A droite, au nº 24, après la pierre cornière, la maison que Balzac a habitée de 1840 à 1847 et qui est aujourd’hui transformée en musée.

Mes regards s’arrêtent avec plaisir sur un noyer touffu et sur deux mûriers de la Chine. Au-dessus, l’on aperçoit vaguement une rue assez fréquentée, à travers des treillages peints en vert. Au couchant, l’horizon s’élargit ; c’est comme un hameau aux fenêtres revêtues de verdure ou embarrassées de cages, de loques qui sèchent, et d’où l’on voit sortir par instant quelque profil de jeune ou vieille ménagère, quelque tête rose d’enfant. On crie, on chante, on rit aux éclats ; c’est gai ou triste à entendre, selon les heures et selon les impressions. »

La fenêtre au bord de laquelle Nerval se tient, donne sur la pittoresque rue Berton. Il s’agit d’une vieille rue pavée qui, d’abord très étroite, s’élargit ensuite « au couchant ». Elle abrite là, comme dans « un hameau », une population modeste qui a conservé les moeurs simples des paysans, vignerons et carriers de l’ancien village de Passy : « On crie, on chante, on rit aux éclats ; c’est gai ou triste à entendre, selon les heures et selon les impressions. »

Dans le « On crie, on chante, on rit aux éclats », par la grâce de l’entendre qui supplée au vague du voir, l’On qui note que « c’est gai ou triste à entendre », se trouve et se sent naturellement compris. Du « mes regards s’arrêtent avec plaisir » au « l’on aperçoit vaguement », puis au « c’est gai ou triste à entendre », l’écriture du texte indique qu’échappant à la clôture du Moi, Nerval trouve à rejoindre là le On de la condition commune et le C’est, qui dit ici, façon Rousseau dans les Rêveries, le sentiment tout pur de l’existence.

Dans le On de la condition commune, Nerval distingue « quelque profil de jeune ou vieille ménagère, quelque tête rose d’enfant », soit autant de figures d’un passé dont il a rêvé qu’il revienne toute sa vie durant, celui de Marie Antoinette Laurent, sa mère, celui de Marie Marguerite Victoire Boucher, sa grand-mère, et celui de Gérard Labrunie, l’enfant qu’il a été, qui aimé sa mère et sa grand-mère et qui les perdues toutes deux.

Marie Antoinette Laurent, sa mère, qui avait suivi Étienne Labrunie, son mari, médecin militaire à l’armée du Rhin, est morte en 1810 à Głogów, Silésie. Marie-Antoinette Laurent avait en 1810 vingt-cinq ans ; Gérard Labrunie, son fils, dit plus tard Gérard de Nerval, deux ans seulement.

Marie Marguerite Victoire Boucher, grand mère maternelle du petit Gérard Labrunie, qui, à Mortefontaine en Valois, « un hameau aux fenêtres revêtues de verdure », avait pris soin de l’enfant jusqu’en 1814, est morte en 1828 à l’âge de soixante-et-onze ans.

Orphelin de sa mère et de sa grand-mêre, Gérard de Nerval évoque dans Sylvie leurs figures jumelles sous les traits de « la fée des légendes, éternellement jeune ».

Après avoir célébré ces trilles chevrotants que font valoir si bien les voix jeunes, quand elles imitent par un frisson modulé la voix tremblante des aïeules » 4Gérard de Nerval. Sylvie, II. Adrienne. 1853., le narrateur, qui s’est rendu avec son amoureuse chez la vieille tante de cette dernière, s’arrête sur un médaillon qui subsiste du mariage de ladite tante. On l’y voit « attrayante, maligne, élancée dans son corsage ouvert à échelle de rubans, agaçant de sa mine retroussée un oiseau posé sur son doigt. C’était pourtant la même bonne vieille qui cuisinait en ce moment, courbée sur le feu de l’âtre. Cela me fit penser aux fées des Funambules qui cachent, sous leur masque ridé, un visage attrayant, qu’elles révèlent au dénouement, lorsque apparaît le temple de l’Amour et son soleil tournant qui rayonne de feux magiques. « O bonne tante, m’écriai-je, que vous étiez jolie ! − Et moi donc ? » dit Sylvie, qui était parvenue à ouvrir le fameux tiroir. Elle y avait trouvé une grande robe en taffetas flambé, qui criait du froissement de ses plis. « Je veux essayer si cela m’ira, dit-elle. Ah ! je vais avoir l’air d’une vieille fée ! »
— « La fée des légendes éternellement jeune !…» dis-je en moi-même… » 5Ibidem, VI. Othys..

Mais le narrateur par la suite, se souvient lui seul de la fée des légendes, et quand il croit l’avoir reconnue au théâtre sous les traits d’une actrice prénommée Aurélie, Sylvie, son ancienne amoureuse, n’en a cure :

« J’ai conduit Sylvie au spectacle, et je lui ai demandé si elle ne trouvait pas que l’actrice ressemblait à une personne qu’elle avait connue déjà. — A qui donc ? − Vous souvenez-vous […] ?
Elle partit d’un grand éclat de rire en disant : — Quelle idée ! » 6Ibid.

2. »Les restes confus de plusieurs mobiliers dispersés ou revendus depuis vingt ans »

« J’ai trouvé là tous les débris de mes diverses fortunes, les restes confus de plusieurs mobiliers dispersés ou revendus depuis vingt ans. C’est un capharnaüm comme celui du docteur Faust. Une table antique à trépied aux têtes d’aigles, une console soutenue par un sphinx ailé, une commode du dix-septième siècle, une bibliothèque du dix-huitième, un lit du même temps, dont le baldaquin, à ciel ovale, est revêtu de lampas rouge (mais on n’a pu dresser ce dernier) ; une étagère rustique chargée de faïences et de porcelaines de Sèvres, assez endommagées la plupart ; un narguilé rapporté de Constantinople, une grande coupe d’albâtre, un vase de cristal ; des panneaux de boiseries provenant de la démolition d’une vieille maison que j’avais habitée sur l’emplacement du Louvre, et couverts de peintures mythologiques exécutées par des amis aujourd’hui célèbres ; deux grandes toiles dans le goût de Prudhon, représentant la Muse de l’histoire et celle de la comédie. »

Des « restes confus de plusieurs mobiliers dispersés ou revendus depuis vingt ans » qui meublent en 1853-1854 la chambre de Gérard de Nerval à la clinique du docteur Blanche, on sait qu’ils viennent pour l’essentiel de la maison nº 3 de l’impasse du Doyenné, où le poète a vécu en 1835-1836, ainsi que du voyage entrepris par Nerval en Orient de décembre 1842 à la fin de l’année 1843.

Gérard de Nerval évoque dans Les petits Châteaux de Bohème les souvenirs à la fois drôles et tendres qu’il garde de l’impasse du Doyenné. En 1835, Théophile Gautier louait dans une vieille maison située au nº 3 de l’impasse du Doyenné un « petit pied-à-terre » qu’il partageait avec Gérard de Nerval et autres amis 7Cf. La dormeuse blogue 3 : Nerval à sa fenêtre ou le paysage de l’impasse du Doyenné ; Arsène Houssaye – « Voici comment nous vécûmes ensemble : Camille Rogier, Gérard de Nerval, Théo et moi »..

« Le vieux salon du doyen, aux quatre portes à deux battants, au plafond historié de rocailles et de guivres, restauré par les soins de tant de peintres, nos amis, qui sont depuis devenus célèbres, retentissait de nos rimes galantes, traversées souvent par les rires joyeux ou les folles chansons des Cydalises. Le bon Rogier souriait dans sa barbe, du haut d’une échelle, où il peignait sur un des trois dessus de glace un Neptune, — qui lui ressemblait ! Puis les deux battants d’une porte s’ouvraient avec fracas : c’était Théophile. On s’empressait de lui offrir un fauteuil Louis XIII, et il lisait, à son tour, ses premiers vers, — pendant que Cydalise Ière, ou Lorry, ou Victorine, se balançaient nonchalamment dans le hamac de Sarah la blonde, tendu à travers l’immense salon. Quelqu’un de nous se levait parfois, et rêvait à des vers nouveaux en contemplant, des fenêtres, les façades sculptées de la galerie du Musée, égayée de ce côté par les arbres du manège. » 8Ibidem, p. 8.

« Comme il était impossible de dormir dans ces vieilles maisons, à cause des suites chorégraphiques de nos soupers, — munis du silence complaisant des autorités voisines, — nous invitions tous les locataires distingués de l’impasse, et nous avions une collection d’attachés d’ambassades, en habits bleus à boutons d’or, de jeunes conseillers d’État, de référendaires en herbe, dont la nichée d’hommes déjà sérieux, mais encore aimables, se développait dans ce pâté de maisons, en vue des Tuileries et des ministères voisins. Ils n’étaient reçus qu’à condition d’amener des femmes du monde, protégées, si elles y tenaient, par des dominos et des loups. Les propriétaires et les concierges étaient seuls condamnés à un sommeil troublé — par les accords d’un orchestre de guinguette choisi à dessein, et par les bonds éperdus d’un galop monstre, qui, de la salle aux escaliers et des escaliers à l’impasse, allait aboutir nécessairement à une petite place entourée d’arbres, — où un cabaret s’était abrité sous les ruines imposantes de la chapelle du Doyenné. » 9Gérard de Nervail. Les petits Châteaux de Bohème. Premier château. La reine de Saba, pp. 16-17.

Le 28 novembre 1835, la bande du Doyenné donne un grand bal costumé pour fêter les six mois du Monde dramatique, revue créée et dirigée par Gérard de Nerval, et la sortie du Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier. En août 1836, le propriétaire de la maison, que le galop de la bohème insupporte, congédie la joyeuse bande et fait badigeonner à la détrempe toutes les peintures sur bois laissées dans le grand salon :

« L’affreux propriétaire, qui demeurait au rez-de-chaussée, mais sur la tête duquel nous dansions trop souvent, après deux ans de souffrances, qui l’avaient conduit à nous donner congé a fait couvrir depuis toutes ces peintures d’une couche à la détrempe, parce qu’il prétendait que les nudités l’empêchaient de louer à des bourgeois. — Je bénis le sentiment d’économie qui l’a porté à ne pas employer la peinture à l’huile », dit Gérard de Nerval, qui circa 1852, date à laquelle le quartier du Doyenné, et avec lui la maison nº 3 de l’impasse du Doyenné, ont été rasés pour cause de vétusté et d’insalubtité extrêmes, « s’est trouvé, un jour encore, assez riche pour enlever aux démolisseurs et racheter deux lots de boiseries du salon, peintes par ses amis. J’ai, précise Nerval, les deux dessus de porte de Nanteuil 10Célestin Nanteuil (1813-1873), illustrateur, lithographe ; directeur des Beaux-Arts à Paris, puis conservateur du musée de Dijon., le Watteau de Vattier 11Biographie non documentée, y compris sur le site data.bnf.fr., signé ; les deux panneaux longs de Corot 12Jean Baptiste Camille Corot (1796-1875), peintre et graveur., représentant deux Paysages de Provence ; le Moine rouge, de Châtillon 13François Joseph Auguste de Châtillon (1808-1881), peintre, sculpteur et poète., lisant la Bible sur la hanche cambrée d’une femme nue, qui dort ; les Bacchantes, de Chassériau 14Théodore Chassériau (1819-1856), peintre d’histoire, portraits, paysages ; dessinateur ; craveur pratiquant l’eau-forte et le vernis mou., qui tiennent des tigres en laisse comme des chiens ; les deux trumeaux de Rogier 15Camille Rogier (1810-1896), commissaire du gouvernement près les compagnies maritimes pour le service postal ; grand voyageur, collectionneur ; peintre, graveur et lithographe ; nommé chevalier de la légion d’honneur en 1869, élu membre de l’Académie de Marseille en 1870., où la Cydalise, en costume régence, en robe de taffetas feuille morte, – triste présage – sourit, de ses yeux chinois, en respirant une rose, en face du portrait en pied de Théophile, vêtu à l’espagnole.

Je n’ai pas retrouvé le Siége de Lérida, de Lorentz 16Alcide Joseph Lorentz (1813-1891, peintre d’histoire, dessinateur caricaturiste, illustrateur et lithographe, qui a collaboré aux revues L’esprit follet, La mode et Le petit journal pour rire, et qui signe : « LAJ »., où l’armée française monte à l’assaut, précédée par des violons ; ni les deux petits Paysages de Rousseau 17Théodore Rousseau (1812-1867), peintre, graveur, dessinateur., qu’on aura sans doute coupés d’avance ; mais j’ai, de Lorentz, une maréchale poudrée, en uniforme Louis XV. Quant au lit renaissance, à la console médicis, aux deux buffets 18Note de Nerval : « Heureusement, Alphonse Karr possède le buffet aux trois femmes et aux trois Satyres, avec des ovales de peintures du temps sur les portes. », au Ribeira 19José de Ribera (1591-1652), ou Joseph Ribeira, dit l’Espagnolet, peintre et graveur de l’âge baroque, représentant du ténébrisme et de l’école napolitaine. 20Note de Nerval : « La mort de Saint Joseph est à Londres chez Gavarni. Il s’agit probablement d’une gravure réalisée par Johann Christoph Teucher d’après un tableau original qui appartenait au XVIIIe siècle au comte de Bruhl, premier ministre du roi de Pologne et électeur de Saxe. L’attribution du tableau à Ribera semble douteuse ; le tableau est sans doute de Stefano Torelli (1712-1784), peintre italien qui a travaillé surtout en Allemagne et en Russie. Cf. Cf. M. Huber. Catalogue raisonné du cabinet de feu Monsieur Brandes, secrétaire intime de la chancellerie royale de Hanovre. Tome 1. Les écoles d’Italie et des Pays-Bas. Ribera. Leipzig. 1793 ; data.bnf.fr : José de Ribera. La mort de Saint Joseph., aux tapisseries des quatre éléments, il y a longtemps que tout cela s’était dispersé.
– Où avez-vous perdu tant de belles choses ? me dit un jour Balzac.
– Dans les malheurs ! lui répondis-je en citant un de ses mots favoris. » 21Gérard de Nerval. Les petits châteaux de Bohème. Premier château. La rue du Doyenné, pp. 10-12.

Que reste-t-il des trésors de la maison nº 3 de l’impasse du Doyenné dans la chambre occupée par Nerval en 1853-1854 à la clinique du docteur Blanche ?

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Ci-dessus : Pierre Paul Prud’hon. Etude pour la suite Apollon et les Muses. Thalie, muse de la comédie, et Melpomène, muse du chant, de l’harmonie musicale et de la tragédie. Circa 1800.

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Ci-dessus : Pierre Paul Prud’hon. Apollon et les Muses sur le mont Parnasse. Sans date.

Parmi celles que Nerval dit avoir rachetées circa 1852, seuls subsistent « des panneaux de boiseries provenant de la démolition d’une vieille maison que j’avais habitée sur l’emplacement du Louvre 22Il s’agit ici bien sûr de la maison nº 3 de l’impasse du Doyenné, et couverts de peintures mythologiques exécutées par des amis aujourd’hui célèbres ; deux grandes toiles dans le goût de Prudhon 23Pierre Prudon, dit Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823), peintre et dessinateur préromantique., représentant la Muse de l’histoire et celle de la comédie », et le lit du XVIIIe siècle, « dont le baldaquin, à ciel ovale, est revêtu de lampas rouge (mais on n’a pu dresser ce dernier) » et qui remplace désormais dans sa chambre de malade le « lit renaissance » dans lequel le fantôme de la reine de Saba venait le visiter au temps de l’impasse du Doyenné.

« Le fantôme éclatant de la fille des Hémiarites 24La fille des Hémiarites : la reine de Saba., se souvient Nerval dans Les petits Châteaux de Bohème, tourmentait mes nuits sous les hautes colonnes de ce grand lit sculpté, acheté en Touraine, et qui n’était pas encore garni de sa brocatelle 25Brocatelle : étoffe brochée qui se distingue du brocart par des dessins plus petits, détachés en satin sur un fond sergé en coton ou en lin. rouge à ramages.
Les salamandres de François Ier me versaient leur flamme du haut des corniches, où se jouaient des amours imprudents. ELLE m’apparaissait radieuse… » 26Gérard de Nerval. Les petits Châteaux de Bohème. III. La reine de Saba, p. 19..

De la simple brocatelle qui garnira après 1836 le ciel du lit Renaissance de l’impasse du Doyenné au lampas qui, dixit le poète, garnit en 1853 le ciel du lit du XVIIIe siècle, « qu’on n’a pu dresser », on voit comment Nerval s’efforce de conjurer par le choix d’une étoffe plus riche le regret d’un temps plus heureux, le sentiment de sa jeunesse perdue. Mais « on n’a pas pu dresser dans sa chambre de malade « le ciel de lit revêtu de lampas rouge », observe-t-il au détour d’une parenthèse tristement ironique.

Je me suis plu pendant quelques jours à ranger tout cela, à créer dans la mansarde étroite un ensemble bizarre qui tient du palais et de la chaumière, et qui résume assez bien mon existence errante. J’ai suspendu au-dessus de mon lit mes vêtements arabes, mes deux cachemires industrieusement reprisés, une gourde de pèlerin, un carnier de chasse. Au-dessus de la bibliothèque s’étale un vaste plan du Caire ; une console de bambou, dressée à mon chevet, supporte un plateau de l’Inde vernissé où je puis disposer mes ustensiles de toilette. J’ai retrouvé avec joie ces humbles restes de mes années alternatives de fortune et de misère, où se rattachaient tous les souvenirs de ma vie. On avait seulement mis à part un petit tableau sur cuivre, dans le goût du Corrège, représentant Vénus et l’Amour, des trumeaux de chasseresses et de satyres et une flèche que j’avais conservée en mémoire des compagnies de l’arc du Valois, dont j’avais fait partie dans ma jeunesse : les armes étaient vendues depuis les lois nouvelles. En somme, je retrouvais là à peu près tout ce que j’avais possédé en dernier lieu. »

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Ci-dessus : Antonio da Correggio (1490–1534). Original de Venus et l’Amour découverts par un Satyre. Circa 1524-1527.

Racontant comment, lors de son arrivée à la clinique du docteur Blanche, il a « rangé » son « capharnaüm », Nervel constate qu’il a retrouvé là « à peu près tout ce qu’il avait possédé en dernier lieu », dans son dernier domicile, situé au nº 9 de la rue du Mail 27Comme indiqué par son nom, la rue du Mail a été construite sur l’emplacement d’un ancien mail établi le long des fossés de la ville., dans le IIe arrondissement. Nerval note aussi qu’on lui a retiré la flèche « conservée en mémoire des compagnies de l’arc du Valois, dont il avait fait partie dans sa jeunesse », et qu’on a mis sous séquestre les oeuvres qui présentaient dans sa collection une valeur marchande plus certaine, comme « le petit tableau sur cuivre, dans le goût du Corrège, représentant Vénus et l’Amour », et les « trumeaux de chasseresses et de satyres ». Le docteur Blanche se paiera d’un tel séquestre, quoique sans accord prévu à cet effet, après le suicide de son illustre patient.

Cependant qu’il dit avoir retrouvé là « à peu près tout ce qu’il avait possédé en dernier lieu », Nerval tait stoïquement le regret que lui inspire la confiscation de la flèche et la mise sous séquestre du « petit tableau sur cuivre, dans le goût du Corrège », ainsi que celle des « trumeaux de chasseresses et de satyres ».

Nerval attachait à la flèche le souvenir qui, de tous, lui tient le plus au coeur, celui de sa jeunesse valoisienne, celui du pays de sa mère et de sa grand-mère, celui d’un temps, aujourd’hui perdu, dans la profondeur duquel l’innocence d’une sorte d’âge d’or semblait devoir s’entretenir à jamais. Il évoque ce souvenir dans Sylvie, nouvelle dont l’élaboration l’a occupé dès l’année 1850 :

« Mon regard parcourait vaguement le journal que je tenais encore, et j’y lus ces deux lignes : « Fête du Bouquet provincial. − Demain, les archers de Senlis doivent rendre le bouquet à ceux de Loisy. » Ces mots, fort simples, réveillèrent en moi toute une nouvelle série d’impressions : c’était un souvenir de la province depuis longtemps oubliée, un écho lointain des fêtes naïves de la jeunesse. − Le cor et le tambour résonnaient au loin dans les hameaux et dans les bois ; les jeunes filles tressaient des guirlandes et assortissaient, en chantant, des bouquets ornés de rubans. − Un lourd chariot, traîné par des bœufs, recevait ces présents sur son passage, et nous, enfants de ces contrées, nous formions cortège avec nos arcs et nos flèches, nous décorant du titre de chevaliers, − sans savoir alors que nous ne faisions que répéter d’âge en âge une fête druidique survivant aux monarchies et aux religions nouvelles. » 28Gérard de Nerval. Sylvie. 1. Nuit perdue.

« Les armes étaient vendues depuis les lois nouvelles », remarque mystérieusement Nerval à propos de la flèche qu’on lui a confisquée. Il avait d’abord écrit, puis rayé « mes armes » 29Correction signalée dans l’édition critique des Oeuvres complètes de Nerval. Tome III, p. 1365. Pléiade. 1993.. Bien que l’usage des armes de chasse et de loisir fût devenu libre depuis la Révolution, le décret du 14 décembre 1810 et l’ordonnance du 2 décembre 1833 stipulaient que cet usage requérait le paiement d’un droit et que ces armes devaient satisfaire à des épreuves proportionnées à leur caractère, lequel ne devait jamais être le même que celui des armes de guerre. Il se peut que Nerval ne se soit jamais inquiété du paiement de quelque droit ou qu’il ait conservé une flèche ancienne, non conforme aux critères prescrits par l’ordonnance de 1833. Il se peut aussi, qu’associant implicitement sa flèche à celle de Cupidon et par suite à l’enfant désarmé qui figure sur le tableau représentant Vénus et l’Amour dans le goût du Corrège, Nerval ait rêvé un jour que l’enfant ait usé de ladite flèche à l’encontre du Satyre du tableau. Inutile de commenter ce tableau dans la perspective oedipienne qui tombe là sous le sens… Nerval lui-même, dans Promenades et souvenirs, s’est chargé de prévenir un tel exercice :

« Je n’ai jamais vu ma mère, ses portraits ont été perdus ou volés ; je sais seulement qu’elle ressemblait à une gravure du temps, d’après Prudhon ou Fragonard, qu’on appelait la Modestie. La fièvre dont elle est morte m’a saisi trois fois, à des époques qui forment dans ma vie des divisions singulières, périodiques. Toujours, à ces époques, je me suis senti l’esprit frappé des images de deuil et de désolation qui ont entouré mon berceau. Les lettres qu’écrivait ma mère des bords de la Baltique, ou des rives de la Sprée ou du Danube, m’avaient été lues tant de fois ! […].
J’avais sept ans, et je jouais, insoucieux, sur la porte de mon oncle, quand trois officiers parurent devant la maison ; l’or noirci de leurs uniformes brillait à peine sous leurs capotes de soldat. Le premier m’embrassa avec une telle effusion, que je m’écriai :
— Mon père !… tu me fais mal !
De ce jour, mon destin changea. » 30Gérard de Nerval. Promenades et souvenirs. IV. Juvenilia.

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Ci-dessus : datée de 1805, la « gravure du temps, d’après Prudhon ou Fragonard, qu’on appelait la Modestie« , est en réalité d’Achille Hubert Lefevre, graveur, d’après Lemire aîné 31Charles Lemire, dit Lemire aîné, peintre et dessinateur, professeur de dessin à l’École polytechnique, qui a exposé au Salon de 1793 à 1819..

Les souvenirs rapportés par Nerval de son voyage en Orient (1842-1843), « un narguilé de Constantinople », « mes vêtements arabes », « au-dessus de la bibliothèque un vaste plan du Caire », constituent, dans le bric-à-brac rescapé de nombreux déménagements antérieurs, les seuls témoins d’une tentative d’échappée vers l’ailleurs, qui eût permis peut-être au poète de se décharger du poids de son passé, s’il ne s’était pas chargé d’un encombrant daguerréotype 32Cf. Sur l’expérience nervalienne du daguerréotype, cf. le bel article de Paul-Louis Roubert, Nerval et l’expérience du daguerréotype, in Études photographiques. Mai 1998. qui lui vaudra « un excédent de bagage très coûteux » 33Gérard de Nerval. Lettre à son père, Malte, 8 janvier 1843. In Oeuvres complètes. Tome I, p. 1390. Pléiade. 1993. ; s’il n’avait pas été déçu par l’usage de cet appareil ; si les deux ou trois épreuves qu’il dit avoir pu obtenir ne sont, semble-t-il, jamais arrivées en France ; si l’Egypte qu’il avait rêvée à partir des livres ne l’avait pas déçu plus encore que les images tirées du daguerréotype ; s’il ne s’était pas retrouvé au Caire « suivi de son double ou génie intérieur. Le ferouër des rois. » 34Gérard de Nerval. Voyage en Orient. Carnet de notes. In Oeuvres complètes. Tome III, p. 718. Pléiade. 1993. Ferouër : Être surnaturel qui joue dans la religion avestique un rôle analogue à celui des génies chez les Romains, ou des anges gardiens dans la religion catholique. Cf également Aurélia : « Mais quel était donc cet esprit qui était moi et en dehors de moi ? Etait-ce le Double des légendes, ou ce frère mystique que les Orientaux appellent Ferouër ? In Oeuvres complètes. Tome I, p. 381. Pléiade. 1993.

Où veux-tu fuir, dit Rousseau, le fantôme est dans ton coeur. » 35Jean Jacques Rousseau. Légende de la dixième estampe de La Nouvelle Héloïse. Partie V. Lettre IX.

En Egypte, Gérard de Nerval a tenté d’obtenir de son daguerréotype des images des jardins, « un escalier de terrasses avec des berceaux de verdure », « des plates-bandes formant des dessins de tapis, des fleurs, des dessins en tamarins très hauts », « des bosquets ». »Je regrette de ne pouvoir t’envoyer mon épreuve daguerréotypée de ce jardin qui est à Schoubra », écrit-il dans une lettre adressée à Théophile Gautier depuis Le Caire, le 2 mai 1843 36Gérard de Nerval. Oeuvres complètes. Tome I, pp. 1395-1396. Pléiade. 1993.. Nous ne connaissons cette épreuve, si elle a existé, que par la description fournie dans cette lettre. En 1835, Impasse du Doyenné, Nerval « contemplait, des fenêtres, les façades sculptées de la galerie du Musée, égayée de ce côté par les arbres du manège », « les ruines de la chapelle, qui se découpaient si gracieusement sur le vert des arbres ». A la clinique du docteur Blanche, Nerval « arrête ses regards avec plaisir sur un noyer touffu et sur deux mûriers de la Chine ». Du Caire à la clinique du docteur Blanche, rien dans les regards n’a changé. Il y a chaque fois des fenêtres ; mais il n’y a finalement pas d’ailleurs.

Le seul ailleurs qui ait subsisté, au travers des années, dans la vie erratique de Gérard de Nerval, est peut-être celui qui se réservait dans la bibliothèque du poète.

3. « La tour de Babel en deux cents volumes »

« Mes livres, amas bizarre de la science de tous les temps, histoire, voyages, religions, cabale, astrologie à réjouir les ombres de Pic de la Mirandole, du sage Meursius et de Nicolas de Cusa, — la tour de Babel en deux cents volumes — on m’avait laissé tout cela ! Il y avait de quoi rendre fou un sage ; tâchons qu’il y ait aussi de quoi rendre sage un fou. »

L’ailleurs se tient ici dans le « bizarre », lucidement noté par Nerval. « Amas bizarre de la science de tous les temps, histoire, voyages, religions, cabale, astrologie », la bibliothèque de Nerval témoigne du goût qui, à partir des récits de son oncle Antoine Boucher ainsi que des livres d’histoire et des récits de voyage, porte le poète vers l’étrange via les oeuvres héritées de la tradition occultiste ou hermétique, dont il célèbre les Maîtres comme autant de Grands Revenants.

Giovanni Pico della Mirandola (1463-1494), en français Jean Pic de la Mirandole, est le fondateur de la kabbale chrétienne. « Dans les cafés, chez mes amis, dans les rues, raconte Nerval, je tenais de longs discours sur toute matière — de omni re scibili et quibusdam aliis 37Omni re scibili, « sur toute chose connaissable », est effectivement la devise de Pic de la Mirandole ; et quibusdam aliis, « et sur quelques autres », a été rajouté par Voltaire. à l’instar de Pic de la Mirandole. Pendant trois jours j’accumulai tous les matériaux d’un système sur les affinités de race, sur le pouvoir des Nombres, sur les Harmonies des couleurs, que je développais avec quelque éloquence et dont beaucoup de mes amis furent frappés » 38Gérard de Nerval. Manuscrits. In Oeuvres complètes. Tome III, p. 752. Pléiade. 1993..

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Johannes van Meurs ou Jean Ier de Meurs (1579-1639), dit Meursius, philologue et historien hollandais, est l’auteur d’une oeuvre savante qui va de l’édition des textes grecs à l’histoire des hommes illustres de Constantinople, du Danemark ou de la Belgique. Publié en 1625 à Leyde, son Athenae Batavae. Sive, de urbe Leidensi & Academia, virisque claris ; qui utramque ingenio suo, atque scriptis, illustrarunt Libri duo, est resté célèbre pour avoir été mis à l’index. On lui attribue des dialogues sotadiques 39Sotadique : adjectif dérivé de Sotadès, poète grec du IIIe siècle av. J.-C, célèbre pour ses poèmes satiriques obscènes. qui figurent, par exemple, en 1844 au catalogue de la vente de la bibliothèque de Monsieur de Soleinne et que le Bibliophile Jacob, rédacteur dudit catalogue, décrit ainsi :

« Aucune des pièces qui composent cette classe [des pièces libres] ne figurera dans la vente, suivant les intentions formelles des héritiers qu’un scrupule, d’ailleurs fort respectable, a portés à faire disparaître tous ces ouvrages plus ou moins impurs, plus ou moins corrupteurs. Cependant nous avons conservé Je catalogue de ces mêmes ouvrages, parce que la bibliographie doit savoir qu’ils existent, ne serait-ce que pour les recommander à l’indignation et au dégoût des hommes honnêtes. Nous ne parlons ici que de certains livres infâmes, erotiques et sotadiques, au milieu desquels ont eu le malheur de se trouver d’autres livres, presque innocents, que leur entourage indécent a compromis au point de les faire condamner au feu : ceux-ci, nous les regrettons et nous leur aurions souhaité un meilleur sort. M. de Soleinne avait rassemblé ces pièces libres, pour que rien ne manquât à sa collection dramaiique : nous les citons, pour que le catalogue soit aussi complet que la collection. Il faut ajouter que les livres de cette espèce, la plupart grossièrement et platement orduriers, deviennent tous les jours plus -rares, sans être plus recherchés : ils ne survivent guère à leur propriétaire, et ils périssent ordinairement à huis clos dans le secret de l’inventaire. » 40Bibliothèque dramatique de Monsieur de Soleinne. Catalogue rédigé par P. L. Jacob, Bibliophile. Tome III, p. 323. Administration de l’Alliance des Arts. Paris. 1844.

Gérard de Nerval, qui, de façon plaisamment ironique, parle du « sage Meursius », lisait, au vrai, ses dialogues sotadiques plutôt que ses Athenae Batavae. Homme de théâtre, auteur dramatique confirmé, il goûtait fort le mime à la manière de Sophron et y trouvait matière à nourrir sa propre fantaisie créatrice. Franz Ficker, dans son Histoire abrégée de la littérature classique ancienne, explique ce qui pouvait faire aux yeux de Gérard de Nerval le charme des dialogues sotadiques :

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Ci-dessus : relief d’argile en forme de lampe, représentant trois acteurs de mimes, dans le rôle de l’esclave, du père et du fils. Source : Article Mimus du Dictionnaire Daremberg et Saglio (1877).

« A côté de ces trois formes qu’avait affectées le drame perfectionné par l’art, les Grecs avaient encore le mime, sorte de monodrame dont le but principal était de représenter des caractères et des passions d’un bas-comique, et d’exciter la grosse gaîté des auditeurs. Aussi les auteurs de mimes étaient-ils ordinairement peu délicats sur le choix des moyens pour atteindre leur but ; et ils usaient si largement de la liberté qui leur était accordée pour l’amusement du public, que les oreilles chastes n’en étaient pas toujours édifiées, pour ne rien dire de ces mimes obscènes, sotadiques, qui n’étaient qu’un tissu de farces grossières et de dégoûtantes ordures, destiné à égayer la lie du peuple. Mais l’heureux génie et le goût délicat des Grecs surent aussi embellir ces monodrames populaires et les convertir en de petits poèmes qui mettaient sous les yeux du lecteur quelques particularités, quelques scènes intéressantes. Ils se rapprochaient de la comédie par leur sujet, qui était emprunté à la vie commune et domestique ; mais ils s’en éloignaient par le défaut d’une action complète, par le défaut de nœud, et quelques-uns même par une licence excessive ; ils visaient surtout à la fidélité et au naturel dans la peinture des mœurs et des situations, et au développement des caractères qu’ils traduisaient sur la scène. Ils n’étaient pas destinés au théâtre, mais à la lecture ou bien encore à la récitation. Le plus fameux auteur de mimes dans l’antiquité fut Sophron, de Syracuse (420), contemporain d’Euripide. » 41Franz Ficker. Histoire abrégée de la littérature classique ancienne. Trad. M. Theil. Tome I, p. 94. Paris. 1837.

Nicolas Krebs (1401-1464), plus communément appelé Nicolas de Cues, ou de Cusa, est un prélat allemand connu pour son grand savoir en matière de langues, philosophie, mathématiques, théologie, et aussi pour sa pensée audacieuse, qui fait de lui, dans La Docte Ignorance ou encore dans Le Tableau ou la Vision de Dieu, à la fois un précurseur de Descartes et un proche de la tradition kabbaliste ainsi que de la sensibilité de Maître Eckhart. C’est sans doute cette proximité-là qui explique la présence de Nicolas de Cues dans la bibliothèque de Gérard de Nerval.

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Ci-dessus : photo-composition non documentée ; source : Le site de l’histoire. Qui a détruit la bibliothèque d’Alexandrie ?

« La tour de Babel en deux cents volumes — on m’avait laissé tout cela ! » Le point d’exclamation indique ici que Nerval tout à la fois s’en étonne et s’en félicite. Il éclaire par là l’ambivalence du sens que revêt dans la pensée du poète la référence à la tour de Babel.

Symbole de la confusion des langues, la tour de Babel l’est aussi du risque de confusion mentale qui fait « l’horrible danger de certaines lectures », lectures étrangères à Voltaire et auxquelles celui-ci ne s’intéressait pas, familières en revanche à Nerval, qui, conscient, d’un tel danger comme l’indique le « on m’avait laissé tout cela ! », se plaît à l’affronter depuis sa jeunesse, de façon librement passionnée ou cliniquement déterminée, on ne sait.

Autrement considérée, la tour de Babel peut symboliser aussi la recherche de la connaissance, en tant que quête d’un Dieu, singulier ou pluriel, dont on partagerait les secrets, mais qui se dérobe et qu’il s’agit de retrouver ou de faire revenir ; ou en tant que défi lancé à un Dieu qu’il s’agit cette fois de surpasser et de renverser. L’oeuvre de Nerval hésite entre ces deux postulations contraires. Les sonnets des Chimères 42Gérard de Nerval. Sonnets des Chimères. In Les Filles du Feu. 1854.. illustrent à l’envi ce différend des contraires.

« Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ; Et comme un œil naissant couvert par ses paupières, Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres ! », observe le poète dans Vers dorés.

« Tu demandes pourquoi j’ai tant de rage au cœur Et sur un col flexible une tête indomptée ; C’est que je suis issu de la race d’Antée, Je retourne les dards contre le dieu vainqueur. Oui, je suis de ceux-là qu’inspire le Vengeur, Il m’a marqué le front de sa lèvre irritée, Sous la pâleur d’Abel, hélas ! ensanglantée, J’ai parfois de Caïn l’implacable rougeur ! » hurle Antéros, vengeur de Jéhovah, à l’encontre du « dieu vainqueur.

« Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme ! Le dieu manque à l’autel où je suis la victime… Dieu n’est pas ! Dieu n’est plus ! », s’écrie le Christ aux Oliviers à l’intention de ses amis, « qui dormaient ».

« Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours ! Le temps va ramener l’ordre des anciens jours », annonce le poète dans Delfica.

4. Nerval et le docteur Faust

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Ci-dessus : Georg Friedrich Kersting (1785–1847). Faust dans son cabinet. 1829.

Troisième traducteur français du Faust de Goethe, Gérard de Nerval est resté depuis lors le plus célèbre de ceux qui l’ont précédé et de ceux qui l’ont suivi. Agé alors de dix-neuf ans seulement, il donne sa première traduction de Faust en 1827, et celle-ci le fait entrer en fanfare dans la carrière d’auteur dramatique qu’il poursuivra toute sa vie durant. Il révise sa traduction en 1835, puis encore une fois en 1840, en y ajoutant une analyse détaillée du second Faust.

Nerval, qui a appris l’allemand de son père, a eu connaissance de la légende de Faust très tôt. Il s’y attachera par la suite jusqu’à sa mort. On retrouve le personnage de Faust, ou divers avatars de ce dernier, dans la plupart de ses pièces : Nicolas Flamel 43Cf. La dormeuse : Gérard de Nerval & la légende de Nicolas Flamel. en 1831, Léo Burckart et L’Alchimiste (en collaboration avec Alexandre Dumas) en 1839, Le Magnétiseur en 1840, La Main de Gloire en 1850.

Dans les Observations qui précèdent sa traduction de Faust de 1827, il parle déjà de Faust comme d’un double de sa propre « âme généreuse », et il nous livre ainsi, à l’âge de dix-neuf ans, une sorte d’autoportrait qui vaudra pour sa vie entière :

« Quelle âme généreuse n’a éprouvé quelque chose de cet état de l’esprit humain, qui aspire sans cesse à des révélations divines, qui tend, pour ainsi dire, toute la longueur de sa chaîne, jusqu’au moment où la froide réalité vient désenchanter l’audace de ses illusions ou de ses espérances et, comme la voix de l’Esprit, le rejeter dans son monde de poussière ?

Cette ardeur de la science et de l’immortalité, Faust la possède au plus haut degré ; elle l’élève souvent à la hauteur d’un dieu, ou de l’idée que nous nous en formons, et cependant tout en lui est naturel et supposable ; car s’il a toute la grandeur et toute la force de l’humanité, il en a aussi toute la faiblesse ; en demandant à l’enfer des secours que le ciel lui refusait, sa première pensée fut sans doute le bonheur de ses semblables, et la science universelle ; il espérait à force de bienfaits, sanctifier les trésors du démon, et à force de science, obtenir de Dieu l’absolution de son audace… » 44Goethe. Faust. Traduction en prose et en vers par Gérard de Nerval. Dondey-Dupré Père et Fils. Paris. 1828.

« En demandant à l’enfer des secours que le ciel lui refusait… », Faust pensait pouvoir faire « le bonheur de ses semblables », et atteindre à « la science universelle », et « à force de science, obtenir de Dieu l’absolution de son audace ». Il en va de même mutatis mutandis pour Nerval. En demandant aux livres des secours que le ciel, ou sa vie, lui refusait, Nerval pensait pouvoir conjurer son mal de vivre, atteindre à la science universelle et, à force de science, obtenir de Dieu ou de la vie, l’absolution de sa folie. En conséquence, comme Antéros ou Caîn se dresse contre « le dieu vainqueur », il se portraiture en docteur Faust, maître de sa folie tout autant que de son capharnaüm, contre le docteur Blanche, maître reconnu de sagesse et raison tout autant que de sa célèbre clinique. Et il ne désespère pas, non sans une sorte de jactance triste, qu’il y ait dans son capharnaüm, tout autant que dans l’existence très bourgeoise du docteur Blanche, « de quoi rendre sage un fou ». Le mot capharnaüm vient de l’hébreu כְּפַר נַחוּם, Kfar Nahum, Kfar désignant le village et Nahum la compassion, la consolation ; il désigne littéralement le « village du Consolateur » 45Wikipedia : article Capharnaüm.. Gérard de Nerval parle-t-il de la même sagesse que le docteur Blanche, et comment l’entend-il, à quelques mois de sa fin tragique ?

A lire aussi : Dossier Nerval

References   [ + ]

1. Lampas : étoffe originaire de Chine ou de Perse, mise à la mode au temps de Louis XV, assemblant des fils de soie, et souvent d’or et d’argent, dont les motifs sont en relief.
2. Il s’agit du petit pied-à-terre que Théophile Gautier louait impasse du Doyenné pour recevoir ses amis et ses amies, qu’il partageait avec Gérard de Nerval, et que celui-ci décrit dans Les petits Châteaux de Bohème. 1853. Cf. La dormeuse blogue 3 : Nerval à sa fenêtre ou le paysage de l’impasse du Doyenné ; Arsène Houssaye – « Voici comment nous vécûmes ensemble : Camille Rogier, Gérard de Nerval, Théo et moi ».
3. Gérard de Nerval. Aurélia, II, VI.
4. Gérard de Nerval. Sylvie, II. Adrienne. 1853.
5. Ibidem, VI. Othys.
6. Ibid.
7. Cf. La dormeuse blogue 3 : Nerval à sa fenêtre ou le paysage de l’impasse du Doyenné ; Arsène Houssaye – « Voici comment nous vécûmes ensemble : Camille Rogier, Gérard de Nerval, Théo et moi ».
8. Ibidem, p. 8.
9. Gérard de Nervail. Les petits Châteaux de Bohème. Premier château. La reine de Saba, pp. 16-17.
10. Célestin Nanteuil (1813-1873), illustrateur, lithographe ; directeur des Beaux-Arts à Paris, puis conservateur du musée de Dijon.
11. Biographie non documentée, y compris sur le site data.bnf.fr.
12. Jean Baptiste Camille Corot (1796-1875), peintre et graveur.
13. François Joseph Auguste de Châtillon (1808-1881), peintre, sculpteur et poète.
14. Théodore Chassériau (1819-1856), peintre d’histoire, portraits, paysages ; dessinateur ; craveur pratiquant l’eau-forte et le vernis mou.
15. Camille Rogier (1810-1896), commissaire du gouvernement près les compagnies maritimes pour le service postal ; grand voyageur, collectionneur ; peintre, graveur et lithographe ; nommé chevalier de la légion d’honneur en 1869, élu membre de l’Académie de Marseille en 1870.
16. Alcide Joseph Lorentz (1813-1891, peintre d’histoire, dessinateur caricaturiste, illustrateur et lithographe, qui a collaboré aux revues L’esprit follet, La mode et Le petit journal pour rire, et qui signe : « LAJ ».
17. Théodore Rousseau (1812-1867), peintre, graveur, dessinateur.
18. Note de Nerval : « Heureusement, Alphonse Karr possède le buffet aux trois femmes et aux trois Satyres, avec des ovales de peintures du temps sur les portes. »
19. José de Ribera (1591-1652), ou Joseph Ribeira, dit l’Espagnolet, peintre et graveur de l’âge baroque, représentant du ténébrisme et de l’école napolitaine.
20. Note de Nerval : « La mort de Saint Joseph est à Londres chez Gavarni. Il s’agit probablement d’une gravure réalisée par Johann Christoph Teucher d’après un tableau original qui appartenait au XVIIIe siècle au comte de Bruhl, premier ministre du roi de Pologne et électeur de Saxe. L’attribution du tableau à Ribera semble douteuse ; le tableau est sans doute de Stefano Torelli (1712-1784), peintre italien qui a travaillé surtout en Allemagne et en Russie. Cf. Cf. M. Huber. Catalogue raisonné du cabinet de feu Monsieur Brandes, secrétaire intime de la chancellerie royale de Hanovre. Tome 1. Les écoles d’Italie et des Pays-Bas. Ribera. Leipzig. 1793 ; data.bnf.fr : José de Ribera. La mort de Saint Joseph.
21. Gérard de Nerval. Les petits châteaux de Bohème. Premier château. La rue du Doyenné, pp. 10-12.
22. Il s’agit ici bien sûr de la maison nº 3 de l’impasse du Doyenné
23. Pierre Prudon, dit Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823), peintre et dessinateur préromantique.
24. La fille des Hémiarites : la reine de Saba.
25. Brocatelle : étoffe brochée qui se distingue du brocart par des dessins plus petits, détachés en satin sur un fond sergé en coton ou en lin.
26. Gérard de Nerval. Les petits Châteaux de Bohème. III. La reine de Saba, p. 19.
27. Comme indiqué par son nom, la rue du Mail a été construite sur l’emplacement d’un ancien mail établi le long des fossés de la ville.
28. Gérard de Nerval. Sylvie. 1. Nuit perdue.
29. Correction signalée dans l’édition critique des Oeuvres complètes de Nerval. Tome III, p. 1365. Pléiade. 1993.
30. Gérard de Nerval. Promenades et souvenirs. IV. Juvenilia.
31. Charles Lemire, dit Lemire aîné, peintre et dessinateur, professeur de dessin à l’École polytechnique, qui a exposé au Salon de 1793 à 1819.
32. Cf. Sur l’expérience nervalienne du daguerréotype, cf. le bel article de Paul-Louis Roubert, Nerval et l’expérience du daguerréotype, in Études photographiques. Mai 1998.
33. Gérard de Nerval. Lettre à son père, Malte, 8 janvier 1843. In Oeuvres complètes. Tome I, p. 1390. Pléiade. 1993.
34. Gérard de Nerval. Voyage en Orient. Carnet de notes. In Oeuvres complètes. Tome III, p. 718. Pléiade. 1993. Ferouër : Être surnaturel qui joue dans la religion avestique un rôle analogue à celui des génies chez les Romains, ou des anges gardiens dans la religion catholique. Cf également Aurélia : « Mais quel était donc cet esprit qui était moi et en dehors de moi ? Etait-ce le Double des légendes, ou ce frère mystique que les Orientaux appellent Ferouër ? In Oeuvres complètes. Tome I, p. 381. Pléiade. 1993.
35. Jean Jacques Rousseau. Légende de la dixième estampe de La Nouvelle Héloïse. Partie V. Lettre IX.
36. Gérard de Nerval. Oeuvres complètes. Tome I, pp. 1395-1396. Pléiade. 1993.
37. Omni re scibili, « sur toute chose connaissable », est effectivement la devise de Pic de la Mirandole ; et quibusdam aliis, « et sur quelques autres », a été rajouté par Voltaire.
38. Gérard de Nerval. Manuscrits. In Oeuvres complètes. Tome III, p. 752. Pléiade. 1993.
39. Sotadique : adjectif dérivé de Sotadès, poète grec du IIIe siècle av. J.-C, célèbre pour ses poèmes satiriques obscènes.
40. Bibliothèque dramatique de Monsieur de Soleinne. Catalogue rédigé par P. L. Jacob, Bibliophile. Tome III, p. 323. Administration de l’Alliance des Arts. Paris. 1844.
41. Franz Ficker. Histoire abrégée de la littérature classique ancienne. Trad. M. Theil. Tome I, p. 94. Paris. 1837.
42. Gérard de Nerval. Sonnets des Chimères. In Les Filles du Feu. 1854.
43. Cf. La dormeuse : Gérard de Nerval & la légende de Nicolas Flamel.
44. Goethe. Faust. Traduction en prose et en vers par Gérard de Nerval. Dondey-Dupré Père et Fils. Paris. 1828.
45. Wikipedia : article Capharnaüm.

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