Pages arrachées à l’histoire de la famille Fraxine de Pamiers

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Compoix de 1766, plan 3 nº 230.

1. A Mirepoix, la maison de Louis Bernard Fraxine

En 1766, rue Courlanel (ensuite rue des Pénitents bleus ; aujourd’hui rue du Maréchal Clauzel), la maison que l’on voit ci-dessus (plan 3 n° 230) appartient à Louis Bernard Fraxine, ou de Fraxine, prêtre et prébendier du chapitre de Mirepoix. Elle jouxte sur son flanc est la maison presbytérale (plan 3 n° 227) et sur son flanc ouest la maison d’éducation de jeunes filles, dite maison des Nouvelles Catholiques (plan 3 n° 231). Elle fait face à la maison de Louis Cairol (plan 3 n° 211), chanoine du même chapitre, et à la chapelle des Pénitents bleus (plan 3 n° 212).

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Compoix de 1766, volume 2, page 215. Cf. A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°215 à 231.

En 1791, l’ancienne maison de Louis Bernard Fraxine a pour adresse « nouveau style » : Section A nº 33. Alors occupée par Jean Pierre Mailhol, curé assermenté, beau-frère d’Etienne Rouger, notaire bien connu sur la place de Mirepoix, Mailhol, elle est acquise cette année-là par Pierre Avignon, notaire. En 1800, l’ancienne maison de Louis Bernard Fraxine (Section A nº 33) est occupée Par Pierre Avignon, notaire ; en 1827, par Prosper Avignon , notaire… La croix, au-dessus de la porte de la maison, donne à penser que, au cours du XIXe siècle, celle-ci a pu être aussi une maison d’oeuvre.

2. Louis Bernard Fraxine

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Ci-dessus : 30 mai 1715. Acte de baptême de Louis BernardFraxine. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse du Camp. Document 1NUM7/5MI544 (1711-1722). Vue 112.

Né à Pamiers le 30 mai 1715, Louis Bernard Fraxine est l’un des fils de Bernard de Fraxine, conseiller au présidial et au sénéchal de Pamiers, et de dame Anne Angélique de Murasson, issue d’une famille de parlementaires toulousains, originaire de Montauban.

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Ci-dessus : Ordre général et définitif de tous les créanciers des ci-devant soi-disans Jésuites, tant en France que dans les colonies, p. 150, chez Pierre Guillaume Simon, Imprimeur du Parlement, Paris, 1772.

En 1762, Louis Bernard Fraxine touche en qualité d’héritier de la Dame de Murasson, sa mère, une rente constituée au profit de ladite Dame par les recteur et syndic du collège de la ville de Carcassonne.

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Ci-dessus : 27 octobre 1718. Acte de baptême de Jean François Fraxine. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse du Camp. Document 1NUM7/5MI544 (1711-1722). Vue 232.

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Né le 27 octobre 1718, Jean François Fraxine, prêtre, docteur en théologie, frère puîné de Louis Bernard Fraxine, est en 1762 doyen du chapitre de Pamiers. Il bénéficie, quant à lui, de trois rentes, constituées à son profit par le recteur et le syndic du collège de Carcassonne. En 1769, il donne une somme de 3000 livres à sa nièce, Marie de Calages, lors du mariage de cette dernière avec Noble Jean Louis de Pagès, seigneur de Bannières, avocat au parlement de Toulouse 1MM. Orliac, Legrand et Pasquier. Inventaire sommaire des archives antérieures à 1790. Ariège. Archives civiles, tome 1, p. 54. Edouard Privat, Toulouse, 1894..

3. A Pamiers, la famille Fraxine

A côté des Fraxine de Pamiers, il a existé une famille Fraxine, ou de Fraxine, à Toulouse, famille qui a donné à la ville plusieurs capitouls, hommes d’église et hommes de loi :

  • Bertrand de Fraxine, prêtre, précepteur du Thor (Boulbonne) en 1244 ; président d’un établissement de bains, situé au port de la Dalbade (allant de la route hors des murs de la ville jusqu’à la Garonne) en 1246 et précepteur de l’hôpital Saint Jean de Toulouse de 1246 à 1248 ; commandeur de la Serres (dans la juridiction de Lavelanet) en 1248 ; etc./li>
  • Jean de Fraxine, prêtre, commandeur de Combarenches (en Périgord) en 1337
  • Guillaume Pierre de Fraxine, capitoul en 1473 et en 1483-1484
  • Jean de Fraxine, capitoul en 1590
  • Pierre Fraxine, bourgeois, capitoul en 1591 et en 1609
  • Pierre de Fraxine, docteur, avocat en la Cour, capitoul en 1610
  • François de Fraxine, docteur, avocat en la Cour, capitoul en 1642 ; chargé en 1648 du classement des archives de la ville de Toulouse, marié à Marie de Lopes, descendante d’une riche famille marrane de Toulouse.

Pierre Louis de Fraxine, fils du précédent, est déclaré noble, en vertu du capitoulat par jugement souverain, rendu le 4 janvier 1669.

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Ci-dessus, de gauche à droite : à Toulouse, nºˢ 2 et 4 rue Pharaon.

Jean Fraxine, marchand, en 1574, et, peu après, Pierre de Fraxine, son fils, docteur et avocat en la cour, capitoul en 1609-1610, marié à Marie de Forelz, résidaient au n° 2 de la rue Pharaon. De 1626 à 1645, le capitoul Pierre de Fraxine a été propriétaire du n° 4 de la même rue.

On ne sait pas si la famille Fraxine de Pamiers est parente de celle de Toulouse. Cela n’est pas impossible, mais on manque de preuves. Le nom de Fraxine apparaît en 1295 dans l’histoire de Pamiers. « Fraxine, porte-enseigne d’Adam de Mérolle, se rend au château de Pamiers et notifie à Noble Jean de Rougemont, qui le commandait au nom de l’abbé Saisset, les lettres du roi ordonnant de livrer au comte de Foix le château et la ville » 2Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 1, p. 41. Toulouse. Edouard Privat. 1884.. En 1416, Pierre de Fraxine est procureur de la communauté 3Ibidem. p. 206.. Le 2 septembre 1429, le même Pierre de Fraxine reçoit d’Elzier Rigaud, chevalier, seigneur de Trémoulet et de Ludiès, l’hommage d’un épervier pour le fief de Ludiès. F. de Fraxine est en 1509 secrétaire du conseil de la communauté 4Ibid. p. 370.. L’historien Jules de Lahondès, qui descend lui-même de la famille Fraxine de Pamiers, note qu’à partir du XVIIe siècle, celle-ci a donné à sa ville plusieurs consuls 5Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 2, p. 481. :

  • N… Fraxine en 1638, 1643, 1648
  • Gaspard de Fraxine en 1663, 1666
  • Jean de Fraxine en 1675, 1692, 1697, 1712
  • Bernard Fraxine en 1721, 1723
  • Alexandre de Fraxine en 1737, 1738, et de 1742 à 1749
  • Jean Pierre Palmade de Fraxine en 1778.

Les Fraxine de l’Ariège ont réussi dans le commerce du blé au point de constituer, au XVIIe et au XVIIIe siècle, une famille richissime. En 1668, Bernard Fraxine, qui a été bailli de Mazères pendant quarante ans, achète à Pierre d’Arnave en même temps que la seigneurie d’Ornolac, le titre de baron, le droit d’entrée aux Etats de Foix et la propriété des bains d’Ussat 6Archives dép. de l’Ariège. 4HDT/l1.. Installés à Pamiers, Jean Fraxine, Bernard Fraxine et autre Jean Fraxine, fils tous trois de Bernard Fraxine, se disputent l’héritage jusqu’en 1708. C’est Bernard Fraxine qui hérite finalement de la baronnie. Les trois frères, puis leurs enfants et petits-enfants, se marient dans la noblesse. Au cours du XVIIIe siècle, ils s’allient ainsi aux familles Serres de Lastourelles, Pontaut de Lagressel, Bellissens, Cassaignard de Saint-Amans, Murasson, Nègre d’Ables, Sers de Gensac, Lanes, Tourenc, Becq, etc. Ils accèdent dans le même temps à de hautes fonctions au présidial et au sénéchal de Pamiers.

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Ci-dessus : 8 janvier 1789. Extrait du testament mystique de Louis de Fraxine. Source : Archives dép. de l’Ariège. Documents concernant M. de Fraxine, baron d’Ornolac. 4HDT/l2.

Les hommes de cette famille se trouvent indifféremment dénommés Fraxine(s) ou de Fraxine(s). L’orthographe du nom varie dans les actes, mais les Fraxine signent signent Fraxine sans « s ». Seul Louis de Fraxine, dernier baron d’Ornolac, use résolument de la particule. Les filles de la famille, elles, sont dites le plus souvent « de Fraxine », dans une acception du « de » qui est ici plutôt de simple filiation.

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Ci-dessus : 6 février 1720. Acte de mariage du Sieur Jean Palmade, avocat en parlement, et de Demoiselle [Marie Gabrielle] de Fraxine. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse Notre Dame du Camp. Document 1NUM7/5MI544 (1711-1722). Vue 271.

La généalogie de la famille Fraxine de Pamiers demeure difficile à établir en raison du grand nombre d’enfants, de la récurrence des prénoms (Bernard, Jean, Marie, Jeanne, Magdeleine) et aussi des mariages croisés. On remarque à propos des mariage croisés que la famille Fraxine, sise « sur la place » entretient un lien de consanguinité avec la famille Palmade, ou de Palmade, sise « rue des Carmes ». A la fin des années 1670, Marguerite de Fraxine épouse Jean Palmade. Je n’ai pas trouvé la date du mariage 7Le registre paroissial manque pour les années considérées. ; mais le baptême d’un premier enfant, Magdeleine Palmade, se trouve enregistré à la date du 29 juin 1681 8Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse Notre Dame du Camp. Document 1NUM3/5MI544 (1681-1692). Vue 10.. Le 6 février 1720, soit quarante ans plus tard, Marie Gabrielle de Fraxine, baptisée le 21 décembre 1694 9Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse Notre Dame du Camp. Document 1NUM4/5MI544 (1639-1695). Vue 37., fille de Jean Fraxine du Vernet (marchand, bourgeois) et de demoiselle Suzanne de Tourenc, épouse, « avec dispense du second ou troisième degré de consanguinité », Jean Palmade, avocat en parlement, né le 14 novembre 1721 10Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse Notre Dame du Camp. Document 1NUM7/5MI544 (1711-1722). Vue 305., fils de Jean Palmade, avocat, et de demoiselle Gabrielle de Fraxine.

A partir des années 1700, le chef de file de la famille Fraxine de Pamiers est Bernard Fraxine, conseiller au présidial et à la sénéchaussée de Pamiers. De son mariage avec Angélique de Murasson naissent « 9 enfants », dixit Jules de Lahondès 11Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 2, p. 420. Toulouse. Edouard Privat. 1884.. J’en trouve 15 :

  • 24 janvier 1706. Jean de Fraxine. Parrain Jean de Murasson, conseiller au présidial de Montauban ; marraine Françoise de Nicol, épouse de Jean Fraxine.
  • 31 mai 1708. Marie de Fraxine. Parrain François Murasson, prêtre et curé de Fajac au diocèse de Mirepoix ; marraine Marie de Fraxine, veuve de M. Jean de Pontaut.
  • 25 juin 1710. Jeanne de Fraxine. Parrain Jean Nicol de Fraxine ; marraine Marie Claire de Lagressel.
  • 22 octobre 1711. Louis Fraxine. Parrain Louis de Murasson, de Montauban, remplacé par M. Sonac avocat en parlement ; marraine Anne Françoise de Fraxine, veuve de Noble Bernard Desserres.
  • 28 octobre 1712. Catherine Fraxine. Parrain Etienne Lauraset ; marraine Françon de Sarda.
  • 20 février 1714. Anne Fraxine. Parrain Augustin Fraxine ; marraine Françoise de Sarda.
  • 30 mai 1715. Louis Bernard Fraxine. Parrain Louis de Murasson, Bernardin, enfant tenu par Bernard Desserres ; marraine Anne Angélique de Fraxine, enfant tenu par Françoise de Sarda.
  • 11 juillet 1716. Marianne Fraxine. Marraine Marie Claire de Lagressel, tenant la place de Marianne de Maurasson, religieuse carmélite † 1718.
  • 23 juillet 1717. Jean Baptiste Joseph Fraxine † 1719.
  • 27 octobre 1718. Jean François Fraxine<. Cf. image supra./li>
  • 19 juillet 1720. Jean Baptiste Fraxine. Parrain Noble Jean de Pontaut de Lagressel ; marraine Anne Fraxine, soeur du baptisé.
  • 28 octobre 1721. Antoine Joseph Fraxine. Parrain Louis Bernard Fraxine, écolier ; marraine Marie Fraxine, soeur du baptisé. † 1723.
  • 21 nov 1722. Marie Claire de Fraxine. Parrain Louis de Fraxine, frère de la baptisée ; marraine Jeanne de Fraxine, soeur de la baptisée.
  • 14 juillet 1726. Marie Thérèse Fraxine †.
  • 7 ou 21 mai 1729. Autre fille, dont le prénom n’est pas indiqué. Parrain Jean François de Fraxine ; marraine Anne Toinette de Murasson, absente ; enfant tenue sur les fonts par Mademoiselle Catine de Fraxine.

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Ci-dessus : 7 avril 1742. Acte de décès de Bernard Fraxine. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse du Camp. Document 1NUM1/5MI545 (1739-1746). Vue 124.

Bernard Fraxine meurt le 7 avril 1742 à Pamiers.

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Ci-dessus : 13 juin 1754. Acte de décès de Dame Angélique de Murasson. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse du Camp. Document 1NUM2/5MI545 (1747-1756). Vue 248.

Dame Angélique de Murasson, épouse de Bernard Fraxine, meurt le 13 juin 1754 à Pamiers.

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Ci-dessus : 12 février 1732. Acte de mariage de Jacques Calages et d’Anne Angélique de Fraxine. Archives dép. de la Haute-Garonne. Toulouse. Paroisse Saint Etienne. 1732.

De tous les enfants survivants de Bernard Fraxine et d’Anne Angélique de Murasson, seule Anne Angélique de Fraxine se marie : le 12 février 1732, elle épouse Jacques Calages, avocat en parlement, dans la chapelle Sainte Anne de l’église Saint Jacques 12Cf. Olivier Lamarque. L’invention des reliquesde Saint Jacques le Majeur à l’église Saint Jacques de Toulouse en 1491, in Annales du Midi, revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale. Année 1999. Volume 111. Numéro 226, pp. 233-246 : « Abattue au XIXe siècle, l’église Saint Jacques faisait partie du même ensemble de construction que la cathédrale Saint-Étienne. Elle était située le long de la galerie sud du cloître qui la séparait de la cathédrale, non loin du palais archiépiscopal. La date de sa fondation reste incertaine. […]. Le nom de l’église est très rarement mentionné durant le Moyen Âge. Il semble néanmoins que l’église fut utilisée par les chanoines, en annexe de la cathédrale Saint-Étienne, mais qu’elle perdit au Moyen Âge ses fonctions liturgiques, regroupées sans doute dans cette dernière. Elle était cependant régulièrement utilisée après 1245, pour certains actes de l’Université de Toulouse. À partir du XVIe siècle, ses murs abritèrent deux confréries : celle de Saint Jacques, puis celle de Sainte Anne. Plus ou moins abandonnée par les chanoines, l’église fut en 1811 détruite avec le cloître, puis remplacée par les bâtiments de la préfecture, ainsi qu’en 1830 par l’actuelle chapelle Sainte Anne. Seuls demeurent aujourd’hui quelques fragments de mur de la façade. » de Toulouse. Le mariage est célébré par N… de Murasson, vicaire, en présence de Messire Antoine de Murasson, chanoine chancelier de l’Eglise de Toulouse, vicaire général. Hormis Louis de Fraxine, note Jules de Lahondès, « tous les autres enfants entrent dans le sacerdoce ou en religion » 13Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 2, p. 420. Toulouse. Edouard Privat. 1884..

4. A Pamiers, la famille Palmade

La généalogie de la famille Palmade est aussi compliquée à démêler que celle de la famille Fraxine. On se perd dans le foisonnement des « Jean Palmade ». Jules de Lahondès note que cette famille a donné à la ville de Pamiers, elle aussi, plusieurs consuls :

  • N… Palmade en 1654
  • Jean Palmade en 1669 et 1678
  • Autre Jean Palmade en 1695, 1701, 1710, 1725
  • Jean Pierre Palmade de Fraxine, avocat, fils de Jean Palmade, avocat, et de Marie Gabrielle de Fraxine (Cf. supra acte de mariage du Sieur Jean Palmade et de Demoiselle [Marie Gabrielle] de Fraxine.), en 1758, 1763, 1764, et 1769.

Enfants d’autre Jean Palmade :

  • 14 novembre 1721. Jean Pierre Palmade. Parrain Antonin Palmade, oncle paternel du baptisé ; marraine Marguerite de Fraxine Palmade, grand-mère paternelle du baptisé.
  • 13 nov 1722. Antonin Palmade. Parrain Antonin de Palmade, oncle paternel du baptisé ; marraine Suzanne de Tourenc de Fraxine, épouse de Jean Fraxine du Vernet, grand-mère maternelle du baptisé.
  • 22 janvier 1727. Ferréol Palmade. Parrain Ferréol Calvet, bourgeois de Foix ; marraine Marguerite Palmade, grand-mère paternelle du baptisé.
  • 17 septembre 1729. Isabeau Palmade. Parrain Jean Pierre Palmade de Fraxine, frère de la baptisée ; marraine Madame Ysabeau de Fraxine (fille de Jean de Fraxine du Vernet et de Suzanne de Tourenc), tante maternelle de la baptisée.

5. Louis de Fraxine

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Ci-dessus : acte de baptême de Louis de Fraxine. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse du Camp. Document 1NUM7/5MI544 (1711-1722). Vue 30.

Louis de Fraxine, baron d’Ornolac, avocat en parlement, fils de Bernard Fraxine et d’Angélique de Murasson, « ne se maria point, fit de la charité l’emploi constant de sa fortune et de sa vie, et il en est demeuré longtemps dans la ville le type légendaire » 14Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 2, p. 420..

Indépendamment de ses activités charitables, Louis de Fraxine se déploie dans le rôle de mécène au profit de l’église Notre Dame du Camp et de l’église du Carmel.

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Ci-dessus : vue du maître autel de l’église du Carmel.

En 1762, Louis de Fraxine offre le beau retable qui orne le maître autel de l’église du Carmel 15Ibid. p. 323..

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Ci-dessus : vue de la voûte offerte par Louis de Fraxine à l’église Notre Dame du Camp.

Dans les années 1770, Louis de Fraxine fait construire à ses frais par le plâtrier Gélis, de Carcassonne, la voûte de Notre Dame du Camp. « La voûte d’effondra quand elle était déjà à moitié bâtie, mais elle fut reprise aussitôt, et terminée en 1773. Le travail coûta 6000 livres. » 16Ibid. p. 397. A propos du Carmel, voir La dormeuse blogue : Visite à la chapelle du Carmel de Pamiers ; La dormeuse blogue 2 : Au Carmel de Pamiers..

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Ci-dessus : dans la chapelle Saint Louis, tableau représentant la mort de Louis IX, Saint Louis, atteint de la peste, le 25 août 1270 au pied des remparts de Tunis.

« Louis de Fraxine fit aussi décorer dans la même église la chapelle Saint Louis, son patron » 17Ibid. p. 397.

En 178à, Louis de Fraxine obtient de la ville de Pamiers qu’elle construise un mur en pierres sèches dans l’angle formé par le Crieu en amont du pont pour défendre les terres de sa métairie de Mouchet, « en considération des services qu’il rendait à la communauté depuis quarante ans » 18Ibid. p. 410.

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« Après avoir consacré sa longue vie à l’exercice de toutes les vertus chrétiennes, Louis de Fraxine, baron d’Ornolac, donna à l’hospice de Pamiers, le 7 décembre 1787, les bains d’Ussat avec les bâtiments et les terres qui en dépendaient, à la condition que, pendant les trois mois de juillet, août et septembre, l’hôpital logerait et nourrirait seize pauvres, auxquels il fournirait gratuitement les bains et les remèdes nécessaires. Le donateur demandait que dans le choix des pauvres, qui devait être fait par les administrateurs de l’hospice et par l’évêque, ceux de Pamiers et d’Ornolac fussent préférés. » 19Ibid. p. 420.

En 1835, Régis Jean François Vaysse de Villiers évoque le succès commençant des bains d’Ussat :

Il ne sont connus que depuis les années 1850. Avant cette époque, ce n’était qu’une mare d’eau chaude où les habitans du voisinage venait se plonger en plein air. Le propriétaire du terrain, M. le baron de Fraxine, habitant de Pamiers, averti par le bruit public des nombreuses guérisons qu’opérait tous les ans cette eau thermale, se décida à y construire quelques baignoires creusées dans le sol même où elle sourd, au pied de la montagne et près de la rivière où elle va se jeter immédiatement. Aucune vue d’intérêt ne guida cet homme charitable, dont le nom, cher aux amis de l’humanité, mérite d’être conservé. Les bains et la maison qu’il fit bâtir tout exprès furent consacrés aux pauvres, qu’il y faisait même nourrir à ses frais. La confiance dans ces bains thermaux croissant rapidement, les gens riches s’y rendaient en foule ; il fallut augmenter le nombre des baignoires, qui fut porté jusqu’à douze, et agrandir le bâtiment. Tout cela se fit aux frais de M. de Fraxine, qui, pour compléter sa bonne oeuvre, légua en mourant à l’hôpital de Pamiers l’établissement thermal d’Ussat, dont l’importance s’accroît de plus en plus : depuis vingt ans surtout, il a fait des progrès considérables.

Le nombre des baignoires, toujours creusées dans le sol, au pied de la montagne le long de laquelle coule le, ruisseau thermal souterrain, s’est élevé successivement jusqu’à trente ; les bâtimens appartenant à l’établissement se sont agrandis et multipliés, de nouvelles auberges ont été bâties ; on ne pouvait loger à Ussat il y a vingt ans que de 80 à 100 étrangers, qui venaient s’y entasser dans de petites misérables chambres ; aujourd’hui, on y reçoit à l’aise 200 personnes, et tout fait présumer qu’avant dix ans les logemens y seront assez multipliés pour que ce nombre s’élève à 300. Celui des baigneurs qui fréquentent Ussat dans le cours de la saison est maintenant de 7 à 800.

Ces eaux sont d’une nature spéciale, et n’ont point d’analogues dans toute la chaîne des Pyrénées. Exemptes de tout principe sulfureux, elles ne sont que salines et gazeuses. Elles sont en outre insipides, inodores et très onctueuses au toucher. Des bulles d’acide carbonique viennent souvent crever à la surface. La température de ces bains varie de 25 à 30 degrés, (thermomètre de Réaumur.) Le plus grand nombre des baignoires est entre 27 et 29 degrés.

La double circonstance de se baigner dans la source même et d’y jouir d’une température toujours égale, ne peut qu’influer heureusement sur l’action de ces eaux et sert à en expliquer, au moins en partie les bons effets. Adaptées par une longue et heureuse expérience à toutes les irritations nerveuses, elles jouissent de la singulière propriété de calmer ces irritations sans affaiblir le corps et sans produire d’excitation comme le font en général les eaux sulfureuses » 20Régis Jean François Vaysse de Villiers. Description routière et géographique de l’empire Français. Région du Sud. Routes de Paris à Narbonne, en Espagne, etc.. Volume 17, p. 265. Chez Jules Renouard Libraire. Paris. 1835..

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Ci-dessus : vue du premier établissent thermal, aujourd’hui désaffecté, dit « Bains de Fraxine ». L’établissement a été conçu en 1837 par l’ingénieur Jules François.

« C’est au 15e siècle que se trouve attesté le premier séjour curatif, celui du seigneur de Gudanes. Les premiers aménagements seraient eux de 1730 et auraient consisté en quelques plaques de schiste ou d’ardoise destinées à compartimenter le marécage en quelques baignoires primitives. Des publications signalent la vertu des eaux en 1771 (Bécane) et en 1787 (F. Pilhes). Dans le même temps, le seigneur de Fraxine, propriétaire des terrains, aménage quelques bains très sommaires avant de les léguer à l’hôpital Notre-Dame de la Guaride de Pamiers en 1787, peu de temps avant sa mort.

L’établissement fut rattaché aux Hospices de Pamiers, qui en furent propriétaires durant deux siècles, mais les baillèrent d’abord à ferme à M. Montzout, puis à M. Roques d’Ampierre. Les aménagements étaient alors spartiates, ce qui n’empêcha pas Louis Napoléon Bonaparte de choisir le lieu pour se soigner. C’est justement sous l’Empire et au début de la Restauration qu’a été bâtie une bonne partie des bâtiments qui ont composé les thermes aux 19e et 20e siècles » 21Patrimoine. Midi-Pyrénées. Thermes Fraxine..

Le 8 janvier 1789, Louis de Fraxine rédige son dernier testament.

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Ci-dessus : extrait du testament mystique de Louis de Fraxine. Source : Archives dép. de l’Ariège. Documents concernant M. de Fraxine, baron d’Ornolac. 4HDT/l2.

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Louis de Fraxine ménage dans ce testament un dernier don d’importance. Il donne et lègue à la chapelle Notre Dame de Sabart, près de Tarascon, la somme de mille deux cents livres « à l’effet d’être employée, dans l’année qui suivra son décès, à l’embellissement et décoration de la dite chapelle, non à tout autre emploi, pour rendre action de grâce à Notre Dame de la protection particulière qu’elle a bien voulu lui accorder toutes les fois qu’il s’est adressé à elle » ; et il donne et lègue la même somme à la confrérie du Saint-Sacrement. Suite à quoi, après divers legs à ses filles de service et aux enfants du Sieur de Solers, son petit-neveu, il institue pour son héritière universelle Dame Marie de Calages 22Née le 24 décembre 1732, à Caraman, Marie de Calages est l’aînée des enfants de Barthélémy de Calages et d’Angélique de Fraxine. Celle-ci est morte en couches le 24 novembre 1738 à l’âge de 31 ans. épouse de Messire de Bannières 23Jean Louis de Pagès Bannières, administrateur du comté de Caraman, en association avec Barthélémy Calages, pour le compte de la famille Riquet., sa nièce, à charge néanmoins pour elle d’exécuter à la lettre le contenu de son testament.

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Ci-dessus : 30 juin 1790. Acte de décès de Louis de Fraxine. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse du Camp. Document 1NUM7/5MI545 (1789-1793). Vue 142.

Louis de Fraxine meurt le 30 juin 1790 à Pamiers.

6. Jean Pierre Palmade de Fraxine

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Ci-dessus : 14 novembre 1721. Acte de baptême de Jean Pierre Palmade. Parrain Me Antonin Palmade, oncle paternel de l’enfant ; marraine Demoiselle Marguerite de Fraxine, grand-mère maternelle de l’enfant. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse du Camp. Document 1NUM7/5MI544 (1711-1722). Vue 305.

Baptisé le 14 novembre 1721, fils de Me Jean Palmade, avocat, et de Demoiselle Gabrielle de Fraxine, avocat comme son père, Jean Pierre Palmade, qui se fait appeler Palmade de Fraxine, connaît sous ce nom une carrière très active. Il exerce la fonction de consul en 1758, 1763, 1764, et 1769. Le 5 mai 1762, il reçoit ses lettres de provisions de l’état de secrétaire particulier civil en la sénéchaussée et siège présidial de Pamiers. En 1756, il se trouve installé dans sa charge de procureur du roi. En 1763, il est conseiller du Roi, lieutenant civil à la sénéchaussée de Pamiers, et maire de la ville. 24Concernant la carrière de Jean Pierre Palmade de Fraxine, cf. passim Ariège. Inventaire sommaire des archives civiles, tome I, série B, art. 1-191. Sénéchaussée et présidial de Pamiers (1619-1790). Registres de insinuations et des plumitifs d’audiences. Editions Edouard Privat. Toulouse. 1894.

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Ci-dessus : 1er mars 1773. Acte de mariage de Jean Pierre Palmade de Fraxine et de Dame Françoise de Calvet. Archives dép. de l’Ariège. Paroisse du Camp. Document 1NUM4/5MI545 (1768-1780). Vue 59.

Le 1er mars 1773, Jean Pierre Palmade de Fraxine, 46 ans, épouse Dame Françoise de Calvet ; soeur de Noble Jean de Calvet de Madaillan, chevalier de Saint-Louis, brigadier des gardes du corps du roi, syndic général du Pays de Foix ; tante de Noble Joseph Thibaud de Calvet de Madaillan, futur baron d’Empire, futur député de l’Ariège ; cousine de Julien Martin Thibaut de Calvet, dit le chevalier de Calvet, maréchal des logis des Gardes du Corps du Roi, chevalier de Saint-Louis ; veuve de Messire [Louis] Lafont ; alliée à Joseph Bernard Lafont de Sentenac dit « le Riche » ; marraine de Françoise Lafont, l’une des filles de Bernard Lafont de Sentenac 25Cf. Christine Belcikowski. A propos de [Charles Jean] Joseph Bernard Lafont, seigneur de Sentenac. ; lointainement alliée à Louis de Fraxine 26En 1722, Suzanne Fraxine, nièce de Bernard Fraxine, fille Jean de Fraxine du Vernet et de Suzanne de Tourenc, a épousé Ferréol Calvet, avocat en parlement.. On trouve encore dans la famille Calvet : Etienne de Calvet, conseiller du Roi, juge royal et bailli de la ville d’Auterive, seigneur de Saverdun ; N… Calvet, vicaire de l’église cathédrale de Pamiers ; Noble Julien Martin Thibaut de Calvet, dit le chevalier de Calvet, maréchal des logis des Gardes du Corps du Roi, chevalier de Saint-Louis ; Noble Jacques de Calvet, garde du corps du roi, fils de Noble Julien Martin Thibaud de Calvet et de Jeanne de Méric, habitants de Foix ; etc.

Jean Pierre Palmade doit peut-être à son alliance avec la famille Calvet, spécialement attachée au service du roi, la pente politique malheureuse sur laquelle il s’engagera par la suite.

En 1782, alors qu’attisée par Jean Antoine Vignes et Marc Guillaume Alexis Vadier, officiers municipaux, conseillers tous deux au présidial, l’agitation politique grandit à Pamiers et qu’une étrange maladie épidémique, la suette, se déclare dans la ville, Jean Pierre Palmade de Fraxine, qui jouit d’une influence considérable, parvient à maintenir le calme au sein du conseil et fait voter des mesures énergiques afin de limiter l’extension de la maladie.

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Le 6 septembre 1786, Jean Pierre Palmade de Fraxine assiste au mariage de « Monsieur Joseph Thibaut de Calvet, garde du corps du roi dans la compagnie de Noailles, fils de feu Monsieur Jean de Calvet, sous-lieutenant des gardes du roi, habitant de la ville de Foix, avec demoiselle Anne Daniel Claudine Elisabeth Barbe de Cairol de Madaillan, résidant à Pamiers, fille de Monsieur François Ignace de Cairol de Madaillan, président à mortier au conseil souverain du Roussillon, et de feue Dame Marie Louise Bore de Corberon, de la paroisse Saint Martin de Limoux… »

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En janvier 1789, l’avocat Larrue aîné, qui avait, dit-on, calomnié Vadier et tenté de tuer Jean Antoine Vignes, major de la garde nationale, se réfugie dans la maison de Jean Pierre Palmade de Fraxine afin d’échapper aux gardes nationaux qui veulent régler son compte à « l’aristocrate ».

En mai 1790, Jean Pierre Palmade de Fraxine fait partie des six commissaires nommés dans chaque section pour procéder au tirage au sort des lots du communal de la Boulbonne, que la ville a entrepris de partager à l’intention des citoyens actifs.

Le 29 janvier 1790, il prête en tant que conseiller le serment civique exigé des magistrats du nouveau régime. En 1791, il demeure lieutenant particulier civil en la sénéchaussée et siège présidial de Pamiers.

En 1790 encore, lors de l’échauffourée du 7 octobre qui oppose les partisans Jean Antoine Vignes, maire dissident, à ceux de Subra-Villeneuve, maire légitime, autrement dit, dans le style de l’époque, les « patriotes » aux « aristocrates », Jean Pierre Palmade de Fraxine, en tant que juge au sénéchal, fait appel aux gendarmes, et, décrétés d’accusation, les meneurs des patriotes sont conduits à la tour de Foix.

Toujours en 1790, d’après Gaston Arnaud, dans son Histoire de la Révolution dans le département de l’Ariège, « les prêtres et leurs partisans se rassemblaient tous les jours chez Jean Pierre Palmade de Fraxine ». Une affluence d’ennemis du peuple, dit Vadier, cité par Gaston Arnaud, se rassemblait chez Palmade par pelotons et s’y rendait par une porte dérobée. » 27Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l’Ariège, p. 268. Edouard Privat. Toulouse. 1904.

En 1791, afin d’échapper aux désordres de Pamiers, Jean Pierre Palmade de Fraxine se réfugie provisoirement à Foix.

En 1792, toujours d’après Gaston Arnaud, Jean Pierre Palmade de Fraxine entre dans la Contre-Révolution. « Palmade écrivait à son frère [Antonin Palmade, capitaine des grenadiers], chevalier de Saint-Louis, qu’il « devait suivre le généreux dévouement de la noblesse française envers son roi et que, s’il voulait avoir part à son estime et à celle de la nation, il n’avait qu’à émigrer ». Il écrivait encore « qu’il se réjouissait de ce que les Pères de la Merci allaient venir du Nord et du Midi pour la rédemption des captifs », ce que Vadier, qui eut plus tard ces lettres entre les mains, traduisait ainsi : « Les hordes prussiennes, autrichiennes et piémontaises marchant pour venger les Bourbons, d’après la coalition de Pillnitz, sont les Pères de la Merci, dont Palmade voulait parler pour exciter le généreux dévouement de son frère. » 28Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l’Ariège, p. 295.

En 1793, Jean Pierre Palmade de Fraxine fait l’objet d’une première arrestation, au titre de l’épuration des corps constitués. Il bénéficie ensuite d’un élargissement rapide, en vertu d’une mesure d’apaisement prise par le commissaire de la République, Pierre Paganel.

Le 19 nivôse an II (8 janvier 1794), inquiet du sort que l’avenir réserve à Françoise de Calvet, son épouse, Jean Pierre Palmade de Fraxine fait enregistrer à Pamiers devant notaire deux actes singuliers.

Dans le premier de ces actes, recopié du 12 mars 1777 ou antidaté, le notaire indique que « Maître Ferréol Palmade de Fraxine, bénéficier du chapitre cathédral de Pamiers, reçoit de Dame Calvet, épouse de M. Maitre Jean Pierre Palmade de Fraxine, lieutenant particulier civil de la sénéchaussée et siège présidial de Pamiers, comptant et délivré à la décharge du sieur Palmade de Fraxine, son époux, la somme de 6000 livres aux espèces de 250 louis d’or de 24 livres pièce, retirée et remboursée au vu de nous, notaire. A témoin par le dit Me Palmade, bénéficier, en paiement de pareille somme de 6000 livres qu’il lui doit par le sieur de Palmade de Fraxine, son frère, héritier de Dame Gabrielle de Fraxine, leur mère commune, et de Maître Jean Palmade avocat en parlement, leur père commun, suivant le testament de ladite dame de Fraxine du 29 décembre 1764, subscrit le même jour et ouvert le 10 mars 1769 par Maître Fourna, notaire de Pamiers pour le legs de la dite somme de 6000 livres fait au dit Maître Fraxine, bénéficier, par la dite Dame de Fraxine, sa mère, dans son dit testament pour droits paternels de laquelle sur cette dite somme ledit Maître Palmade, bénéficier, tient quitte son dit frère pour lequel la dite dame de Calvet a déclaré avoir payé de l’argent qu’elle a reçu du prix de la vente d’une métairie qu’elle consentit à M. de Montaud Brassac par acte du 3 décembre dernier, retenu par nous notaire fait et renté, en présence des Sieurs Jean Baptiste Noyès, Carcailla, Ferran, bourgeois, et du sieur Jean Monsirvent de Pamiers… »

Dans le second de ces actes, daté du 19 nivôse an II, Jean Pierre Palmade de Fraxine déclare qu’il « reconnaît de son bon gré devoir à la Citoyenne Françoise Calvet, son épouse, ci-présente et acceptante, la somme de 8000 livres que la dite Citoyenne Calvet lui remit et lui compta des deniers provenant de la vente de certains biens qu’elle fit au Citoyen Montand Brassac en l’année 1777, par acte détenu par Conféron, notaire, au moyen de quoi le dit Citoyen Palmade a affecté et hypothéqué tous et chacun de ses biens présents et à venir en faveur de la dite Citoyenne Calvet, son épouse, pour la disposition de la dite somme dépendante de ses biens libres […] Et au surplus, le dit Citoyen Palmade reconnaît encore avoir également reçu de sa dite épouse acceptante… »

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Ci-dessus : Archives dép. de l’Ariège. Condamnés et émigrés. Saisie sur les biens de la succession. 1Q1014.

Le même mois, François Darmaing, dit Dangery, fait enregistrer en faveur de son épouse un acte similaire, probablement antidaté lui aussi. Il formule à cette occasion des mots émouvants :

« Sachant à tous présents et avenir que l’an de l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus Christ mille sept cent quatre vingt deux et le huitième jour du mois de juin, nous François Darmaing considérant le néant de ce monde, l’instabilité des choses créées et la certitude de la Mort, pour éviter qu’après mon décès il ne survienne point de contestations dans ma famille au sujet de ma succession, j’ai fait mon testament clos, en la manière qu’il suit ; j’ai d’abord commencé par faire le signe de la Sainte Croix sur ma personne, j’ai recommandé mon âme à Dieu, et je l’ai supplié par le mérite infini du sang de Notre Seigneur Jésus Christ versé sur la Croix pour le Salut de tous les hommes, de me pardonner mes péchés et de me recevoir dans son Saint Paradis ; je déclare… » 29Archives dép. de l’Ariège. Condamnés et émigrés. Saisie sur les biens de la succession. 1Q1014.

Le 22 pluviôse an II (10 février 1794), les représentants du peuple près l’armée des Pyrénées-Orientales, « instruits que plusieurs individus de la commune de Pamiers, mis en arrestation, comme étant les principaux artisans des mouvements contre-révolutionnaires et salariés par la liste civile, n’ont dû leur élargissement qu’à l’intrigue et à l’or de leurs complices, informés que, depuis cette époque, ils n’ont cessé de poursuivre leurs projets et n’ont profité de leur élargissement que pour tramer de nouveaux complots contre la sûreté du peuple, arrêtent que Larrue aîné, homme de loi, Larrue cadet, homme de loi et ex-abbé, Palmade-Fraxine, ci-devant lieutenant particulier civil, François Darmaing, dit Dangery, homme de loi, Jean Pierre Jérôme Darmaing, fils du précédent, ci-devant avocat du tyran, Castel aîné, frère d’émigré, Rigal aîné, Rigal-Moignier, Monsirbent aîné, ancien greffier, Monsirbent, apothicaire, seront sur le champ mis en état d’arrestation et traduits à leurs frais au Comité de sûreté générale, à Paris, par la gendarmerie nationale… »

Dans son Histoire du tribunal revolutionnaire de Paris, H. Wallon, membre de l’Institut, évoque, d’un point de vue qui n’est pas du tout celui de Gaston Arnaud, le style du procès fait à ces dix hommes :

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Ci-dessus : vue de la prison des Carmes lors des massacres perpétrés du 2 au 6 ou 7 septembre 1792.

« Ils avaient été conduits aux Carmes, mais Vadier, à qui ces habitants de Pamiers, d’où il tirait son origine, étaient particulièrement odieux et qu’il lui était ainsi facile de tenir pour suspects, craignit qu’ils ne trouvassent quelque moyen de s’échapper s’ils n’étaient placés directement sous la garde de Fouquier-Tinville. En conséquence, il les lui signala par cette note sans date ni signature, mais qui est de sa main :

« Il existe dans la maison d’arrêt des Carmes dix contre-révolutionnaires de Pamiers, département de l’Ariège, envoyés par les représentants du peuple Milhaud et Soubrany. Les pièces matérielles de conviction doivent arriver incessamment. Il y a déjà quelque chose d’envoyé par la société populaire de Pamiers que le citoyen Vadier a fait passer au citoyen Fouquier-Tinville. Il s’agit d’éviter qu’avant l’arrivée de ces pièces ces contre-révolutionnaires ne puissent échapper par un jugement anticipé des nouvelles commissions populaires. Le nom de ces contre-révolutionnaires sont Palmade de Fraxine, Rigail frères, Monsirbent frères, Larrue frères, Darmaing, avocat du tyran, Darmaing, homme de loi, et Castel. »

Fouquier-Tinville s’empressa de le satisfaire. Le 11 germinal, les dix accusés de Pamiers étaient à la Conciergerie et subissaient un interrogatoire sommaire. Le juge se borne à demander à chacun s’il a conspiré : évidemment il n’avait pas encore la matière même d’un interrogatoire. Aussi Vadier n’avait-il garde de presser le jugement. Par un autre billet du 16, il priait Fouquier d’attendre les pièces qui allaient arriver. Le 4 prairial, les pièces sont arrivées, et Vadier les envoie à l’accusateur public :

« … Tu m’as dit avoir quelques pièces à leur charge. Tu verras qu’indépendamment de celles que je t’envoie, la société populaire nous en annonce encore de plus concluantes, si celles-ci ne suffisent point. Je t’assure, foi de républicain, qu’il n’est pas un seul de ces scélérats qui ne soit l’ennemi de son pays, de la liberté, de la Convention nationale ; je te recommande vivement cette affaire. Je sais qu’il suffit de t’indiquer des ennemis de ton pays et de la liberté publique pour être assuré de ton courage et de ton adresse dans l’investigation de leurs crimes. »

Le 7 prairial, nouvel envoi ; c’est un cahier de déclarations de témoins :

« Je pense, dit-il, que les instructions jointes aux pièces que tu as reçues suffiront pour légitimer la condamnation. Dans le cas contraire, il serait facile d’ajouter des preuves supplémentaires ; mais j’ai lieu de croire que ceci suffira. »

Et cependant on ne les juge pas encore. Qu’est-ce donc que l’on attend ? C’est que les Darmaing n’avaient contre eux que l’inimitié de Vadier ; qu’ils étaient patriotes, qu’ils auraient pu avoir le moyen de confondre les témoins avec lesquels ils n’avaient pas été confrontés. Or, la loi que l’on avait en vue depuis l’attentat d’Admiral, loi qui ne pouvait faire moins que les instructions données à la commission d’Orange, allait rendre la justice plus sommaire et mettre l’accusateur public plus à son aise en lui permettant de supprimer les témoins. N’est-ce point là la vraie raison de ce retard ? et le fils de Darmaing ne l’a-t-il point assez justement conjecturé quand, au procès de Fouquier-Tinville,il signala sa connivence avec Vadier dans cette affaire :

« Fouquier étant accusateur public seconda les vues atroces de ce représentant, et il employa jusqu’à l’adresse pour assouvir les vengeances de ce dernier, soit en supposant des noms, soit en cachant des pièces justificatives de l’innocence des accusés, soit en violant tous les décrets pour intercepter leur défense, soit en retardant leur jugement jusqu’au lendemain de la loi du 22 prairial afin de les faire périr plus sûrement. »

Pour mieux veiller au succès de la poursuite, Vadier s’était proposé d’assister au jugement. Il en fut empêché ; mais dès la veille il écrivit à l’accusateur public un nouveau billet où il insiste sur le résultat qu’il attend, rappelant les pièces qu’il a envoyées et garantissant qu’il y en a de plus fortes :

« Tout ce que je puis te dire, en vrai républicain, c’est qu’il n’en est pas un sur les dix qui ne soit l’ennemi forcené de la Révolution et n’ait employé tous les moyens pour la renverser ; et je te répète que ce serait une grande calamité publique, s’il en échappait un seul au glaive de la loi (22 prairial). »

C’est sous le bénéfice d’une pareille recommandation qu’ils comparurent. On leur adjoignit pour le jugement Pierre Jacques Perrin, dit Elzear Perrin, désigné comme un des chefs du soulèvement du Midi. Darmaing, le principal accusé, avait été donné comme maire de Pamiers, et Coffinhal l’interpellait à ce titre. Or, c’est un autre de ses frères qui avait rempli ces fonctions ; et il se récriait « qu’il n’était pas maire, que ce n’était pas lui qu’on accusoit ». « Quoi ! lui dit Coffinhal irrité, tu n’es pas véritablement le maire ? » — « Non », répond Darmaing, et il présente les pièces qui le constatent. — « Ces scélérats, reprit Coffinhal, ils voudraient nous faire croire qu’il fait nuit en plein midi ! ».

Dans cette même affaire, Jean-Paul Larrue ne fut pas même interrogé. Les débats étant clos, il dit aux juges : « Citoyens, je vois bien que vous êtes pénétrés de mon innocence, puisque vous ne m’avez rien reproché. » 30H. Wallon. Histoire du tribunal revolutionnaire de Paris avec le journal de ses actes, tome IV, p. 165 sqq. Hachette. 1881..

Palmade de Fraxine, Rigail frères, Monsirbent frères, Larrue frères, Darmaing, avocat du tyran, Darmaing, homme de loi, et Castel sont guillotinés le 23 prairial an II (11 juin 1794).

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Ci-dessus : vue du perron de la prison des Carmes.

« Il faut rendre à Vadier cette justice », déclare Gaston Arnaud de son côté, « c’est que la plupart de ses victimes étaient coupables ; notre étude l’a surabondamment prouvé. » 31Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l’Ariège, p. 494.

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Ci-dessus : Archives dép. de l’Ariège. Condamnés et émigrés. Saisie sur les biens de la succession. 1Q1014. A noter que le notaire a écrit « Castel » en lieu et place de « Calvet », par effet de contamination sans doute avec l’acte immédiatement précédent.

Après la mort de Jean Pierre Palmade de Fraxine, ses biens, dont sa métairie de Saint-Bauzeil, située à 8 kilomètres de Pamiers, sont mis sous séquestre. Le 21 messidor an III (9 juillet 1795), Françoise de Calvet fait valoir les actes enregistrés en sa faveur le 19 nivôse an II (8 janvier 1794). On ne sait pas si elle a obtenu gain de cause.

References   [ + ]

1. MM. Orliac, Legrand et Pasquier. Inventaire sommaire des archives antérieures à 1790. Ariège. Archives civiles, tome 1, p. 54. Edouard Privat, Toulouse, 1894.
2. Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 1, p. 41. Toulouse. Edouard Privat. 1884.
3. Ibidem. p. 206.
4. Ibid. p. 370.
5. Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 2, p. 481.
6. Archives dép. de l’Ariège. 4HDT/l1.
7. Le registre paroissial manque pour les années considérées.
8. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse Notre Dame du Camp. Document 1NUM3/5MI544 (1681-1692). Vue 10.
9. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse Notre Dame du Camp. Document 1NUM4/5MI544 (1639-1695). Vue 37.
10. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Paroisse Notre Dame du Camp. Document 1NUM7/5MI544 (1711-1722). Vue 305.
11, 13. Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 2, p. 420. Toulouse. Edouard Privat. 1884.
12. Cf. Olivier Lamarque. L’invention des reliquesde Saint Jacques le Majeur à l’église Saint Jacques de Toulouse en 1491, in Annales du Midi, revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale. Année 1999. Volume 111. Numéro 226, pp. 233-246 : « Abattue au XIXe siècle, l’église Saint Jacques faisait partie du même ensemble de construction que la cathédrale Saint-Étienne. Elle était située le long de la galerie sud du cloître qui la séparait de la cathédrale, non loin du palais archiépiscopal. La date de sa fondation reste incertaine. […]. Le nom de l’église est très rarement mentionné durant le Moyen Âge. Il semble néanmoins que l’église fut utilisée par les chanoines, en annexe de la cathédrale Saint-Étienne, mais qu’elle perdit au Moyen Âge ses fonctions liturgiques, regroupées sans doute dans cette dernière. Elle était cependant régulièrement utilisée après 1245, pour certains actes de l’Université de Toulouse. À partir du XVIe siècle, ses murs abritèrent deux confréries : celle de Saint Jacques, puis celle de Sainte Anne. Plus ou moins abandonnée par les chanoines, l’église fut en 1811 détruite avec le cloître, puis remplacée par les bâtiments de la préfecture, ainsi qu’en 1830 par l’actuelle chapelle Sainte Anne. Seuls demeurent aujourd’hui quelques fragments de mur de la façade. »
14. Jules de Lahondès. Annales de Pamiers, volume 2, p. 420.
15. Ibid. p. 323.
16. Ibid. p. 397. A propos du Carmel, voir La dormeuse blogue : Visite à la chapelle du Carmel de Pamiers ; La dormeuse blogue 2 : Au Carmel de Pamiers.
17. Ibid. p. 397.
18. Ibid. p. 410.
19. Ibid. p. 420.
20. Régis Jean François Vaysse de Villiers. Description routière et géographique de l’empire Français. Région du Sud. Routes de Paris à Narbonne, en Espagne, etc.. Volume 17, p. 265. Chez Jules Renouard Libraire. Paris. 1835.
21. Patrimoine. Midi-Pyrénées. Thermes Fraxine.
22. Née le 24 décembre 1732, à Caraman, Marie de Calages est l’aînée des enfants de Barthélémy de Calages et d’Angélique de Fraxine. Celle-ci est morte en couches le 24 novembre 1738 à l’âge de 31 ans.
23. Jean Louis de Pagès Bannières, administrateur du comté de Caraman, en association avec Barthélémy Calages, pour le compte de la famille Riquet.
24. Concernant la carrière de Jean Pierre Palmade de Fraxine, cf. passim Ariège. Inventaire sommaire des archives civiles, tome I, série B, art. 1-191. Sénéchaussée et présidial de Pamiers (1619-1790). Registres de insinuations et des plumitifs d’audiences. Editions Edouard Privat. Toulouse. 1894.
25. Cf. Christine Belcikowski. A propos de [Charles Jean] Joseph Bernard Lafont, seigneur de Sentenac.
26. En 1722, Suzanne Fraxine, nièce de Bernard Fraxine, fille Jean de Fraxine du Vernet et de Suzanne de Tourenc, a épousé Ferréol Calvet, avocat en parlement.
27. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l’Ariège, p. 268. Edouard Privat. Toulouse. 1904.
28. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l’Ariège, p. 295.
29. Archives dép. de l’Ariège. Condamnés et émigrés. Saisie sur les biens de la succession. 1Q1014.
30. H. Wallon. Histoire du tribunal revolutionnaire de Paris avec le journal de ses actes, tome IV, p. 165 sqq. Hachette. 1881.
31. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l’Ariège, p. 494.

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