Visite à la chapelle du Carmel de Pamiers

La chapelle du Carmel s’élève dans une rue déserte, derrière la place du Mercadal. Hissée sur une envolée de marches, elle dresse vers le ciel une façade austère, fortement rythmée par un jeu de colonnes, inspirées de l’ordre dorique.

L’oculus situé à l’aplomb du fronton triangulaire concentre le rythme de l’ensemble, signant ainsi, à la façon d’un chrisme, la place du Christ en Gloire, ou, plus symboliquement encore, le lieu de la Transfiguration.

Le soleil paraît derrière la chapelle. La façade s’éclaire, le jeu de lignes s’avive de couleurs.

Renonçant aux séductions de l’imagerie de pierre, l’architecture, qui use ici du chromatisme en lieu et place de la figuration, délègue à la lumière le soin d’animer la géométrie des lignes, par là de rendre le système des formes simplement et naturellement parlant.

Vois quels hymnes candides !
Quelle sonorité
Nos éléments limpides
Tirent de la clarté !
1)Paul Valéry, Cantique des colonnes, in Charmes, 1922

Débutée en 1704, l’édification de la chapelle s’est poursuivie tout au long du siècle. La chapelle est dédiée à la Transfiguration. Elle fait partie de l’ensemble des bâtiments du Carmel, ordre fondé par Sainte Thérèse d’Avila en 1562 et installé à Pamiers depuis 1648.

Derrière la façade austère, on découvre une chapelle puissamment baroque, ruisselante de couleurs. Récemment rafraîchies, ces couleurs chantent, de façon tendre ou vive, et leurs voix naïvement concertantes s’allient aux accents plus profonds ou scintillants des marbres et des ors.

Bénitier en marbre : cuve et sol en marbre rouge veiné de Caunes Minervois, fût en marbre gris veiné.

L’or du XVIIIème siècle, un peu partout, étincelle. Dans une chapelle latérale, celui du tabernacle et des panneaux de bois polychrome qui l’encadrent, est si vif que, tel le soleil, il éblouit mon appareil photo.

De la porte à l’autel, la succession des plans qui s’élèvent par degrés, figure dans le champ de l’espace l’expérience intérieure qui permet d’approcher le mystère de la Transfiguration. Le dispositif ascensionnel culmine au pied de l’autel, derrière lequel se trouve installé un grand retable, lui-même surmonté d’un groupe sculpté en bois doré, représentant la Vierge Marie, penchée sur la dépouille du Christ qu’elle tient dans ses bras. Le retable encadre successivement trois tableaux. Situé sous la Piéta, le tableau central représente la Transfiguration. Il s’agit d’une copie de Raphaël par Jean-Baptiste Despax (1710-1773), maître de l’école toulousaine. A gauche du tableau central, L’Apparition du Christ à saint Jean de la Croix ; à droite, La Transverbération de sainte Thérèse d’Avila, – deux oeuvres originales de Despax. Plus difficiles d’accès, moins éclairées, je n’ai pas pu les photographier correctement.

Dernier tableau peint par Raphaël, la Transfiguration date de 1519-1520. Le tableau réunit deux scènes distinctes : en bas, la guérison d’un enfant épileptique par le Christ ; en haut, auréolé de lumière, le Christ, tel qu’après sa mort, il apparaît aux apôtres sur le mont Thabor. A ses pieds, les trois apôtres, Pierre, Paul, Jacques ; à sa droite, Moïse, reconnaissable aux tables de la loi.

De la Transfiguration peinte par Raphaël, la copie réalisée par Despax ne reproduit que la partie supérieure. Allégeant les couleurs et le climat raphaëlien, dilatant l’espace au sein duquel paraît le Christ, suggérant de manière fluide l’effet de lévitation, Despax peint ici un tableau aérien dans lequel la Transfiguration revêt un caractère suave, empreint de l’évidence mystérieuse des choses qui ne s’expliquent pas mais qui parlent au coeur.

A droite de l’autel, on remarque une fenêtre grillagée qui, lorsqu’elle est ouverte, offre aux Carmélites une vue oblique sur le retable et la Piéta. L’une de ces religieuses, qui fait office de soeur tourière, nous a demandé de prier pour sa communauté, car « nous ne sommes », dit-elle, « plus que cinq ».

Notes   [ + ]

1. Paul Valéry, Cantique des colonnes, in Charmes, 1922

4 réflexions sur « Visite à la chapelle du Carmel de Pamiers »

  1. Martine Rouche

    Quelle régularité dans le travail! C’est un régal de venir voir, en catimini, si un nouveau texte et de nouvelles photos sont proposés…
    Ces photos, justement, rendent grâce au genius loci dont nous parlions l’autre jour. J’apprécie le contraste entre la façade austère et sobre, et l’intérieur riche et foisonnant. Le tableau de Despax me semble plus accessible et intéressant que celui de Raphael, dont je comprends la signification mais qui ne me convainc pas. Décidément, moins, c’est plus….
    Ton interprétation de l’oculus me plaît, je le percevais autrement.
    La photo du bénitier est incroyablement belle.
    Quelle jolie conclusion à ce texte, quel joli remerciement à cette carmélite qui, ne pouvant « mettre un pied dehors », se réjouit de pouvoir accueillir les visiteurs et délaisser un instant la règle du silence!

  2. La dormeuse Auteur de l’article

    Bonjour Martine,

    Ce serait intéressant que nous confrontions nos interprétations à propos de l’oculus. Si tu nous en disais un peu plus ?

  3. Gironce Jacques

    la carmélite peut "mettre un pied dehors" mais elle ne l'a pas choisi.Cela s'appelle :une oblation.C'est plein de sens et c'est très beau!

  4. Martine Rouche

    […]
    Dans les ténèbres et le silence, les choses qui savent se penchent vers l'homme avec tendresse. Le silence ? La voix des cloches l'ébranle encore. Mais depuis trois jours le petit mercier cherche en vain à travers l'ombre nocturne, l'une des voix qu'il aimait, cette cloche du Carmel, qui depuis trois jours s'est tue. Le Carmel est dispersé, les carmélites errent sur les voies de l'exil. Des étrangers – qui ne sont pas d'ici – ont arraché à la petite ville un peu de sa poésie et comme un battement de son coeur.
    |…]
    Raymond Escholier, préface du recueil " Ô mon Pays ! ", de J. Gratelot Lemercier, Pamiers, 1928. Ces poésies sont dédiées " Aux Appaméens, aux Ariégeois " .

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