Autour des Pénitents noirs de Toulouse

 

Ci-dessus : dans les années 1960, déposition du portail de la chapelle des Pénitents noirs, lors de la démolition de cette dernière, à Toulouse, dans les années 1960.

La chapelle toulousaine des Pénitents noirs a été démolie dans les années 1960. Elle se trouvait au n°3 de la rue Saint Jérôme. Le portail de cette chapelle orne désormais l’entrée du musée des Augustins, rue de Metz.

 

 

Ci-dessus : détails du portail de l’ancienne chapelle des Pénitents noirs, aujourd’hui portail du musée des Augustins, rue de Metz.

Je me suis rendue tout exprès au musée des Augustins, dimanche dernier, pour y revoir les tableaux de Nicolas Tournier signalés comme venant des saisies révolutionnaires opérée en 1794 dans les églises de Toulouse. Il s’agit du Christ descendu de la croix, saisi dans la chapelle du Saint Sépulcre de la cathédrale Saint Etienne, du Christ porté au tombeau, saisi dans la chapelle des Pénitents noirs, et de la Bataille des Roches rouges, dite aussi Bataille du pont de Milvius, tableau monumental commandé par les Pénitents noirs, resté inachevé à la mort de l’artiste, saisi également en 1794.

L’église des Pénitents noirs de Toulouse abritait avant 1794 un ensemble de peintures de Nicolas Tournier, peintre né en 1590 à Montbéliard, installé d’abord à Rome, puis à Toulouse à partir de 1632, dans la maison de Pierre Affre, où il meurt en 1639.

 

Ci-dessus : Nicolas Tournier, Le Christ porté au tombeau, entre 1632 et 1635, musée des Augustins.

 

Ci-dessus : Nicolas Tournier, Le Portement de la croix, entre 1632 et 1635, galerie Mark Weiss, Londres ; revendiqué par l’Etat français.

Le maître autel de l’église des Pénitents noirs était surmonté d’une suite de trois tableaux : à gauche, le Portement de la croix, au centre le Christ en croix, à droite, le Christ porté au tombeau. Disparu du musée des Augustins depuis 1818, le Portement de la croix est réapparu lors de deux foires à Maastricht, puis en novembre 2011 dans une vente à la galerie Weiss à Paris. Le Christ en croix qui se trouve aujourd’hui au musée du Louvre, n’est pas celui de la chapelle des Pénitents noirs ; il a été saisi à l’église des Minimes. Axel Hémery, conservateur du musée des Augustins, auteur de la rétrospective Nicolas Tournier organisée par ses soins en 2001, indique que « le Christ porté au tombeau entourait, avec son pendant le Portement de croix, le Christ en croix qui ornait le maître-autel de l’église. […] Les trois tableaux représentaient des scènes à trois personnages, donc des compositions différentes des autres scènes de la Passion traitées par Tournier » 1Cf. La Tribune de l’Art : Imbroglio autour d’un Portement de Croix par Nicolas Tournier, 7 novembre 2011.. Seul des trois tableaux considérés, le Christ porté au tombeau demeure conservé au musée des Augustins.

 

Ci-dessus : Nicolas Tournier, Christ en croix provenant de l’église toulousaine des Minimes, aujourd’hui conservé au musée du Louvre.

 

Ci-dessus : Nicolas Tournier,le Christ descendu de la croix, saisi en 1794 à la chapelle du Saint Sépulcre de la cathédrale Saint Etienne, conservé au musée des Augustins.

 

Ci-dessus : Nicolas Tournier, La Bataille des Roches rouges, circa 1638, saisi en 1794, conservé au musée des Augustins.

Des autres tableaux de Nicolas Tournier conservés au musée des Augustins, dont trois ne sont pas exposés 2Il s’agit d’un Saint Paul, d’une Vierge à l’Enfant, et d’un Soldat. Cf. Catalogue du musée des Augustins, Rechercher : Nicolas Tournier., celui qui représente le Christ descendu de la croix provient de la chapelle du Saint Sépulcre de la cathédrale Saint Etienne, et celui qui dépeint la Bataille des Roches rouges, ou la Bataille du pont de Milvius, – bataille à l’issue de laquelle, rendant grâce à Dieu de la victoire obtenue le 28 octobre 312 contre Maxence, l’empereur Constantin a voulu que le monde romain devienne chrétien -, provient d’une commande des Pénitents noirs. L’artiste est mort avant l’achèvement de l’oeuvre.

Classé parmi les peintres caravagistes, Nicolas Tournier se distingue par une puissante sobriété, qui ajoute à l’intensité religieuse de son art. Les toiles destinées à l’église des Pénitents noirs nous renseignent sur le type de piété, à la fois pénitentiel et combatif, qui a pu être celui des dit Pénitents. On retrouve le thème du Miserere et celui de la défense de la Vraie Foi dans le texte de la bulle portant indulgence plénière datée du 17 deptembre 1782, ainsi que dans celui de l’ordonnance des vicaires généraux datée du 15 avril 1790, textes réunis à la demande de la confrérie Sainte Croix des Pénitents noirs et publiés en 1790
par l’imprimerie de J.A.H.M.B. Pijon, avocat, à Toulouse. Ci-dessous quelques extraits, à titre d’exemple :

 

 

 

Ci-dessus : extraits de Ordre des prières que doit réciter la compagnie des pénitents noirs durant le cours de la procession & aux stations qu’elle doit faire à la veille de l’Invention de la Sainte-Croix, à l’occasion du Jubilé accordé par N.S.P. le pape : et de celles que les fidèles qui voudront y participer, reciteront… ainsi qu’il a été porté dans la bulle et l’ordonnance de messieurs les vicaires généraux.

Après avoir contemplé au musée des Augustins les chefs d’oeuvre de Nicolas Tournier, je me suis rendue à la petite chapelle Saint Jean Baptiste, qui se trouve rue Antonin Mercié, derrière le musée.

Concernant cette chapelle, je relève sur le site relatif à cette dernière les renseignements suivants :

La chapelle Saint-Jean-Baptiste est celle de la Confrérie toulousaine des Pénitents Gris, confrérie remontant au 11 Avril 1577. La chapelle qui servait à la Confrérie a été détruite pendant la Révolution, les confréries ayant été dissoutes par décret le 18 Août 1792. Après la tourmente révolutionnaire, le 14 Décembre 1825, la Confrérie achète au 7 rue Antonin Mercié, pour y construire un lieu de culte, un hôtel particulier ayant appartenu à Guillaume de Josse. La chapelle est bénite le 7 Août 1827. C’est une chapelle de style Empire, avec une tribune supportée par quatre colonnes de marbre cédées par la municipalité, et un portail, vestige de l’ancienne propriété. Le campanile, en façade, supporte une cloche baptisée en 1847. Le nombre de pénitents diminuant régulièrement, la Confrérie des Pénitents Gris se voit ensuite dissoute par une assemblée générale de cette association pieuse. La chapelle devient propriété du diocése de Toulouse le 18 Novembre 1852 (d’après Monseigneur Jean Gaston, La dévote compagnie des Pénitents Gris de Toulouse, édition ECHE, 1983). Depuis 2003, la messe, dans la forme extraordinaire du rite, y est célébrée par un prêtre de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, le Chanoine Tancrède Guillard. Depuis 2008, il a été nommé Vicaire de la paroisse Saint Jérôme.

Conservant ainsi un dernier souvenir des confréries d’antan, la chapelle Saint Jean Baptiste, dont le saint patron est aussi celui de l’ancienne confrérie des Pénitents noirs, abrite deux tableaux consacrés aux dits Pénitents. Accrochés très haut, éblouis par le pan de lumière qui tombe d’étroites fenêtres zénithales, ces tableaux sont très difficiles à photographier. Je rapporte cependant de ma dernière visite un méchant cliché de l’un de ces deux tableaux. Je le reproduis ci-dessous. Il ne vaut rien, mais il donne toutefois une idée de l’effet d’inquiétante étrangeté que produisaient, et servaient à produire, dans la ville les grandes processions des Pénitents, blancs, noirs ou gris…

 

Ci-dessus : procession des Pénitents à Toulouse ; chapelle Saint Jean Baptiste, rue Antonin Mercié.

Notes   [ + ]

1. Cf. La Tribune de l’Art : Imbroglio autour d’un Portement de Croix par Nicolas Tournier, 7 novembre 2011.
2. Il s’agit d’un Saint Paul, d’une Vierge à l’Enfant, et d’un Soldat. Cf. Catalogue du musée des Augustins, Rechercher : Nicolas Tournier.
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8 réponses à Autour des Pénitents noirs de Toulouse

  1. Françoise Brown dit :

    Intéressantes précisions sur la chapelle Saint-Jean Baptiste.

  2. Martine Rouche dit :

    Dans le volume de la Petite Bibliothèque Archivistique (publié par l’Association des Amis des Archives de la Haute-Garonne) que Bernadette Suau, conservateur général honoraire du Patrimoine, et Nicole Andrieu-Hautreux, conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Haute-Garonne, consacrent aus Confréries de pénitents à Toulouse, on apprend que  » au-dessus de la porte, il est possible de lire l’inscription gravée :  » Noire mais belle, douloureuse mais rayonnante. A Dieu très grand et très bon, Qu’en cette chapelle de la Croix, la paix fut l’oeuvre de la Croix. Sous le règne de Louis, l’armée pacificatrice érigea cette auguste façade. Pour les pénitents qui l’habitent, l’apparence est le deuil, mais c’est la Croix qui consolide les vraies joies et ici, se dressera pour l’immortalité, le temple dont la richesse est la Charité, dont toute gloire est la Croix.  » (page 53)

    Je me permets de recommander aussi :  » A Béziers, les confréries et corporations du XIIe au XIXe siècle – Les Confréries de Pénitents et la chapelle des Pénitents bleus  » , de Jean-Denis Bergasse, publié en 2000 à compte d’auteur.

  3. Gironce dit :

    Nicolas Tournier, connu.
    Mais, qui connaît Annet Auriac, dont une oeuvre est visible à Laroque.
    Et F. Saisac, à Besset ? Tous deux au 17e. S. Deux artistes probablement de notre région, dont on trouve aussi des oeuvres en Razès.
    Le savant serait bien venu !

    • La dormeuse dit :

      Je cherche en vain l’article suivant :
      Annet Auriac (1633-1708), peintre à Limoux, et le milieu artistique limouxin, de Jean-Louis H Bonnet.
      Quant à François Saisac, ou Saissac, il ne semble avoir fait l’objet d’aucune étude, hormis chez les sectateurs de Rennes-le-Château.

  4. Martine Rouche dit :

    A défaut de savant (mais, au fait, pourquoi pas vous-même, Jacques ? … ), trois petites  » mirgues  » s’efforcent d’avancer ….
    Grand bonheur de la quête !

  5. Martine Rouche dit :

     » En 1778, trente-sept pénitents noirs firent à pied le pèlerinage de Garaison. Parmi eux étaient les peintres Joseph Roques et Jacques Gamelin, qui a figuré l’arrivée, gravée à l’eau-forte par Lavalée son élève : les confrères sont revêtus de leur cagoule basse et du sac noir ceint d’une corde et d’un chapelet. En tête cinq d’entre eux portent quatre bourdons et une croix avec la couronne d’épine.  »
    Robert Mesuret, in Evocation du Vieux-Toulouse, éditions de Minuit, 1987, page 459.

  6. Martine Rouche dit :

     » Le 14 septembre 1577, le jubilé prescrit par Grégoire XIII fit voir à Toulouse un spectacle de dévotion qui ne s’y était jamais vu. Le jour de la Sainte-Croix, une troupe de vingt à trente habitants de cette ville, de toutes conditions, revêtus de sacs noirs, les pieds nus et marchant processionnellement sous un crucifix, partit grand matin de l’église des Cordeliers, pour aller visiter les stations où se gagnait le Jubilé. Cette nouveauté attira après eux un grand concours de peuple, à la réserve des petits enfants à qui ils faisaient peur.  »
    D’après Lafaille, cité par Robert Mesuret, in Evocation du Vieux-Toulouse, éditions de Minuit, 1987, page 458.

  7. Marguliew dit :

    Très intéressant et de belles photos toujours que tu trouves ou fais nous révélant des choses peu connues, de moi en tout cas ! C’est parlant et les tableaux sont forts et impressionnants !

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