A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°113 à 127

 

Ci-dessus : détail du plan 3 du compoix de 1766.
A l’ouest : promenade de la porte d’Amont (aujourd’hui cours Louis Pons-Tande) ; au nord : rue de la Place neuve ou rue de la porte d’Amont (aujourd’hui rue des Pénitents blancs) ; à l’est : rue du faubourg d’Amont (aujourd’hui rue Victor Hugo) ; au sud : promenade de la Roque (aujourd’hui cours Chabaud) ; d’ouest en est, entre les deux moulons : rue du Coin de Cambajou (aujourd’hui rue du Gouverneur Laprade).

 

Ci-dessus : vues depuis la rue Victor Hugo (autrefois rue du faubourg d’Amont), façades arrière des maisons édifiées sur les parcelles n°113, 114, 115 du plan 3 du compoix de 1766.

Les façades principales des maisons que l’on voit ci-dessus à partir de la rue Victor Hugo, donnent sur la rue des Pénitents blancs (autrefois rue de la Place neuve). La maison la plus haute se trouve bâtie sur les anciennes parcelles n°114 et 115 du plan 3 du compoix de 1766.

 

Ce mur délimitait jadis, rue du faubourg d’Amont (aujourd’hui rue Victor Hugo), le bord est du grand jardin de Guillaume Sabatier, vitrier. Il y ainsi dans Mirepoix nombre de beaux murs anciens qui courent au bord des jardins. A quoi ressemblent ces jardins qu’on ne voit pas ? Le mystère ajoute ici au charme de la promenade.

 

Ci-dessus, de gauche à droite, rue Victor Hugo (autrefois rue du faubourg d’Amont) : mur de l’ancien jardin de Guillaume Sabatier, vitrier ; aujourd’hui réaménagée, ancienne décharge 1Décharge : bâtisse dans laquelle on entrepose tout ce qui est en surplus ou inutile dans la maison principale. du même Guillaume Sabatier (n°114).

 

Ci-dessus : ancienne maison de Jean Gaubert (n°113), hôte.

Jean Gaubert tenait là, au n°113 du plan 3 du compoix de 1766, un établissement bien placé, susceptible d’accueillir aux parages de la porte d’Amont à la fois les voyageurs qui arrivaient de Carcassonne et ceux qui arrivaient de Limoux. Le confort toutefois n’était pas celui d’aujourd’hui, puisque puisqu’il fallait, pour user des latrines, se rendre au n°115 de la même rue de la Place neuve, soit deux maisons plus loin.

 

La façade principale de l’ancienne maison Gaubert affiche encore la section et le numéro (section C n°272) dont elle a relevé à partir de 1791, dans le nouveau découpage urbain mis en oeuvre par la municipalité révolutionnaire 2Cf. La dormeuse blogue 3 : Quelques reliques du Mirepoix de la Révolution..

 

Ci-dessus : sur fond de carte actuel, vue du découpage urbain de 1791. La promenade Saint Antoine (aujourd’hui cours du Colonel Petitpied) n’ouvrait pas alors sur la rue du faubourg d’Amont, prolongée de la rue du grand faubourg Saint Jammes, à l’est, mais donnait seulement sur la promenade d’Amont (aujourd’hui cours Louis Pons-Tande) au sud. D’où l’avancée, visuellement curieuse pour nous, de la section B dans la section A. Un cartouche témoin de cette avancée, marqué « Section B n°124, subsiste rue Victor Hugo, peu avant le carrefour du cours du Colonel Petitpied 3Cf. Ibidem..

 

La haute maison dont on voit depuis la rue Victor Hugo la façade arrière, et rue de la porte d’Amont la belle façade principale, n’existait pas en 1766. Elle a remplacé, au XIXe siècle sans doute, la maison de Guillaume Sabatier (n°114) et celle qui servait de cave et de latrine à Jean Gaubert (n°115).

 

Comme indiqué par la présence de la porte cochère, le propriétaire de cette belle demeure avait au XIXe siècle un équipage. Qui était-ce ? Je ne le sais pas.

 

Propriétaire de la maison, avec ciel ouvert et jardin, située sur la parcelle n°117, Jacques Chabaud, cordier, fils de François Chabaud, cordier, appartient à la famille qui donnera à Mirepoix trois médecins remarquables, Etienne Jean Aimé Chabaud (1795-1862) d’abord, puis Charles Louis Eustache Chabaud (1825-1883), son fils, puis Jean Joseph Jacques Etienne Chabaud (1858-1938). Le cours Chabaud (ancienne promenade de la porte de la Roque) porte le nom de Charles Louis Eustache Chabaud, en mémoire des services rendus aux pauvres et aux malades du choléra.

 

La maison (n°118) située à l’angle de la rue de la porte Neuve (aujourd’hui rue des Pénitents blancs) et de la promenade d’Amont (aujourd’hui cours Louis Pons-Tande) appartenait en 1766 à Joseph Alibert, serrurier ; les deux maisons adjacentes, respectivement à Pierre Auger (n°119), maître d’hôtel à l’évêché, et à Jean Lestrade (n°120), orfèvre. Les orfèvres ont connu à Mirepoix leur âge d’or sous l’épiscopat de Philippe de Lévis. Le musée Dupuy, à Toulouse, conserve les chefs d’oeuvre signés par la dynastie des Samson Ganholet. Jean Lestrade constitue probablement à Mirepoix l’un des derniers représentants d’un art que la Révolution a ruiné.

 

Au-delà des maisons de Pierre Auger et de Jean Lestrade, les autres maisons du moulon situées au bord de l’actuel cours Louis Pons-Tande sont toutes postérieures à 1766. Elles ont été édifiées à l’endroit de ce qui fut autrefois, au sud du moulon considéré, le grand jardin de Guillaume Sabatier, vitrier.

 

Ci-dessus : vue de la rue du Gouverneur Laprade (autrefois rue du Coin de Cambajou), depuis le carrefour de la rue Victor Hugo (autrefois rue du faubourg d’Amont) ; à droite, maisons édifiées à l’emplacement qui fut jadis celui du jardin de Guillaume Sabatier, vitrier ; à gauche, aspect actuel de l’ancienne maison des soeurs Cabannes (n°122), qui occupait la totalité de la rue, à l’exception de l’angle de la promenade d’Amont, tenu par par Charles Chabaud (n°124), cordier, troisième consul, frère de Jacques Chabaud, précédemment nommé.

 

Ci-dessus : maison des soeurs Cabannes (n°122), rue du Coin de Cambajou (aujourd’hui rue du Gouverneur Laprade) ; même maison faisant coin avec la rue du faubourg d’Amont (aujourd’hui rue Victor Hugo). C’est un entrepreneur des années 1960 qui a cimenté la façade façon pierre.

 

Ci-dessus : rue Victor Hugo (autrefois rue du faubourg d’Amont), façades des anciennes maisons de Jean Pierre Sicré, dit Larideu, maître tailleur pour hommes, et de Paul Sourri, cordonnier. A noter que dans le Mirepoix de 1766, la plupart des cordonniers de Mirepoix tiennent boutique, non loin de là, sous le couvert de la porte de la Roque. Paul Sourri ne s’écarte guère ici du site principal de sa corporation.

 

Ci-dessus : rue Victor Hugo (autrefois rue du faubourg d’Amont), façade latérale de la maison édifiée après 1766, sans doute avant la Révolution, à l’endroit des anciens jardins de Jeanne Marie Bounhol (n°126) et de celui de Jacques Arnaud (N°127), bourgeois, ainsi que de l’aire attachée au jardin de ce dernier. Les fenêtres cintrées que l’on remarque sur une partie de la façade latérale sont typiques du XVIIIe siècle, ici finissant.

 

Ci-dessus : depuis la rue Victor Hugo (autrefois rue du faubourg d’Amont), vue du clocher de la cathédrale Saint Maurice par-dessus le mur de la propriété, sise sur les anciennes parcelles n°126 et 127 du plan 3 du compoix de 1766.

 

Le XVIIIe siècle finissant a vu naître entre 1766 et 1789 de fort belles maisons. Edifiée à l’emplacement des anciens jardins de Jeanne Marie Bounhol (n°126) et de Jacques Arnaud (N°127°, bourgeois, ainsi que de l’aire associée à ce jardin, aujourd’hui siège d’un restaurant, la maison ci-dessus fait montre d’une belle envolée dans le déploiement de sa façade et dans la suspension de la terrasse qu’elle ouvre au sud sur le cours Chabaud (autrefois promenade de la Roque).

 

Ci-dessus : vue de la même maison depuis l’angle du cours Chabaud (autrefois promenade de la porte de la Roque) et du cours Louis Pons-Tande (autrefois promenade de la porte d’Amont).

 

En-deça de la belle demeure photographiée ci-dessus, toutes les maisons édifiées au bord du cours Louis Pons-Tande sont postérieures à 1766, à l’exception de celle qui s’élève à l’angle de la rue du Gouverneur Laprade (autrefois rue du Coin de Cambajou) et qui appartenait alors à Charles Chabaud, cordier.

Du n°113 au n°127, un quartier dédié sur ses bords aux métiers de service et au travail des artisans, car situé à proximité immédiate de la place et du grand couvert, où les dits métiers et travaux ont leur clientèle. La moitié de chacun des deux moulons demeure toutefois, côté sud, occupée par de vastes jardins, indices de ce que l’on se trouve ici aux marches de la ville ancienne. Au-delà s’ouvre déjà la campagne…

Liste des propriétaires des parcelles n°113 à 127 du plan 3 du compoix de 1766 :

113. Jean Gaubert, hôte : maison et autres couverts à la rue de la place neuve et porte d’amont faisant coin à celle du faubourg d’amont
114. Guillaume Sabatier, vitrier : maison ou autres couverts, cour ou ciel ouvert, jardin, à la rue de la place neuve et porte d’amont
115. Jean Gaubert, hôte : maison lui servant de cave et latrine à la rue de la place neuve et porte d’amont
116. Guillaume Amiel, marchand : maison, cour ou ciel ouvert, jardin, latrines dans le ciel ouvert de Guillaume Sabatier à la rue de la place neuve ou porte d’amont
117. Jacques Chabaud, cordier : maison, ciel ouvert, jardin à la rue de la place neuve et porte d’amont
118. Joseph Alibert, serrurier : maison à la rue de la place neuve faisant coin à la promenade de la porte d’amont
119. Pierre Auger, maître d’hôtel à l’évêché : maison à la promenade de la porte d’amont
120. Jean Lestrade, orfèvre : maison et jardin à la promenade de la porte d’amont
121. Joseph Alibert, serrurier : jardin à la promenade de la porte d’amont faisant coin à la rue du Coin de Cambajou
122. Jeanne et Jeanne Marie Cabannes, soeurs : maison, autre couvert, patu, à la rue du faubourg d’amont faisant coin avec la rue du Coin de Cambajou et avec la promenade de la porte d’amont
123. Charles Chabaud, cordier : maison à la promenade de la porte d’amont faisant coin à la rue du Coin de Cambajou
124. Jean Pierre Sicré, dit Larideu, maître tailleur pour hommes : maison à la rue du faubourg d’amont
125. Paul Sourri, cordonnier : maison et jardin à la rue du faubourg d’amont
126. Jeanne Marie Bounhol, demoiselle : jardin à la rue du faubourg d’amont, autrefois le pas de Moussu Endaure
127. Jacques Arnaud, bourgeois : rue du faubourg d’amont autrefois al sautadou.

Prochainement : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°128 à 167.

A lire aussi :
Moulons de Mirepoix 1
Moulons de Mirepoix 2

Notes   [ + ]

1. Décharge : bâtisse dans laquelle on entrepose tout ce qui est en surplus ou inutile dans la maison principale.
2. Cf. La dormeuse blogue 3 : Quelques reliques du Mirepoix de la Révolution.
3. Cf. Ibidem.
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