Souvenir de l’émigration polonaise – 1837 – Mirepoix

Pour des raisons personnelles évidentes, je m’intéresse à l’histoire de l’émigration polonaise en France. En 1836-1837, le comte Tabasz-Krosnowski publie dans l’ouvrage intitulé Almanach historique ou Souvenir de l’émigration polonaise une liste de tous les Polonais, essentiellement des membres de l’armée nationale, mais aussi des écrivains, des peintres, des sculpteurs, des musiciens, dont Chopin, qui, suite à l’annexion de la Pologne par la Russie en 1831, puis à l’occupation de la ville libre de Cracovie par les troupes de l’Empire austro-hongrois en 1836, ont choisi de s’exiler et se sont ainsi dispersés « sur tous les point du globe ». En France, ces exilés polonais ont bénéficié d’une aide à la reconversion, puis ont été invités à s’installer dans des localités spécialement désignées à cet effet par le Ministère de l’Intérieur.

Le comte Tabasz-Krosnowski signale toutefois que la liste publiée dans son ouvrage n’est pas exhaustive. « Les difficultés », dit-il, « que j’ai eu à vaincre dans l’exécution de cet ouvrage ont été nombreuses ; elles résultaient de la dispersion des exilés sur tous les points du globe, et du manque de documens officiels : il m’a donc fallu recourir aux Polonais eux-mêmes ; mais plusieurs, par des motifs personnels, n’ont pas voulu figurer sur celte liste ; d’autres ne m’ont envoyé que leurs noms et leurs adresses… » L’ouvrage, en l’état, demeure malgré tout une ressource précieuse.

J’ai lu l’ouvrage du comte Tabasz-Krosnowski et j’y ai trouvé, outre le nom de mon ancêtre Léopold Belcikowski, les noms de 9 Polonais installés à « Mirepoix, Arriège » (sic) :

Blaszkiewicz Thadée, originaire de Vilna, soldat du 12e régiment lancier
Czyzewski Maximilien, originaire d’Izbina wies (Grodno), soldat du 11e régiment des lanciers
Gdyk Basile, originaire de Radymno (Przemysl), soldat du 1er régiment de la cavalerie d’Augustow
Halas Antoine, originaire de Wisniowies (Sandomir), soldat du 4e régiment des chasseurs à pied
Jablonski Jacques
Manuel Vincent, soldat 12e régiment de ligne
Maron André, originaire de Tarnow (Galicie), soldat du 2e régiment des chasseurs àcheval
Piotrowicz Jean, originaire de Telsze (Vilna), soldat du 11e régiment des lanciers
Woda Charles, soldat du 4e régiment des chasseurs à pied

Analogies – Tour, cabane, boîte

 

 

Ci-dessus, de gauche à droite : Giorgo Chirico, La tour rouge, détail, circa 1913 ; cabanat installé au bord du Béal, à Mirepoix ; Giorgio Chirico, L’angoisse du départ, détail, circa 1913.

Comme j’avais rencontré maintes fois ces derniers temps, dans le compoix du XVIIIe siècle, le mot cabanat, je n’ai pas manqué de photographier aujourd’hui, au bord du Béal, cette version moderne du dit cabanat.

La syllable finale en -nat sonne comme un tour de verrou, ou un tour de clé.

C’est ce tour de clé syllabique qui, par effet de correspondance entre un son et une forme, m’a représenté pourquoi je trouvais à ce banal cabanat installé au bord du Béal un air de famille avec la tour rouge ou les caisses et autres boîtes qui peuplent les toiles de Chirico.

Face à la montagne, l’enfant demande : – Qu’est-ce qu’il y a derrière ? Face à un volume clos, une caisse, une boîte, l’enfant s’interroge : – Qu’est-ce qu’il y a dedans ?

Je suis comme l’enfant – sûrement pas seule de mon espèce. Je ne puis considérer la clôture sans que, ακολουθος, immédiatement et à la suite, ne me vienne le désir d’ouvrir. Il y a tout le parfum du secret dans ce moment de la curiosité suspendue.

Le byzantinisme du graffiti apposé sur le dit cabanat renforce ici, en la répliquant, l’obscurité de la promesse dont la clôture de l’édifice constitue, à elle seule, la forme causative. L’auteur du graffiti ne l’a peut-être pas fait exprès. Le hasard est un grand magicien…

A Mirepoix – Le Béal gèle

 

Ce matin, en ce beau jour d’hiver de l’an de grâce 2011, je suis allée me promener du côté du moulin d’embas, et j’ai vu le Béal gelé en surface !

Une drôle de pensée m’est venue : je serais à Versailles anno 1709, celle du Grand Hiver, où l’on enregistrait à Paris une température de -30°, et je me trouverais ici au bord du Grand Canal, pris par les glaces, …

 

… ou encore devant le bassin d’Apollon vitrifié par le grand gel.

 

– Mirepoix n’a rien de Versailles ! me direz-vous.
Mutatis mutandis, si, si, un peu… C’est là ce qui est drôle.

 

Hiver au bord du bassin d’Apollon, hiver au bord du moulin d’embas, c’est toujours l’Hiver.

Ci-dessus de haut en bas : 1. Vue prise à Mirepoix, au bord du Béal, le 23 janvier 2011 ; 2. Le Char d’Apollon, photographié par Gérard Blot pendant l’hiver 1897- 1898 lors d’une campagne de restauration de la statuaire des façades et des jardins de Versailles et de Trianon ; 3. Vue de la façade et de la machine hydraulique du moulin d’embas ; 4. L’Hiver, estampe préparatoire à la réalisation de la statue de marbre décorant le pourtour du parterre du Nord dans les jardins de Versailles ; estampe et statue réalisées en 1680 par François Girardon ; 5. Vue de l’une des deux passerelles sur le Béal.

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