On a vidé le Béal !

 

Le spectacle du Béal 1)Dénomination occitane du canal du moulin, spécialement utilisée à Mirepoix pour désigner la partie du canal qui va du pont de Raillette au pont du Foulon. asséché vaut le coup d’oeil. Il ne reste qu’un lit de boue, épaisse, gluante, truffée de détritus. J’y ai même vu une béquille, abandonnée sans doute par un paralytique miraculé, comme dans les films de Buñuel.

Il se passe des choses étonnantes au bord du Béal…

Les marronniers ne s’émeuvent pas des miracles. Ils mûrissent patiemment la rondeur de leurs fruits. Point d’eau ici pour réfléchir leur gloire rousse, mais plus forestier, plus jungly, le jeu des ombres. 

 

 

Dans la jungle des (petites) villes, il y a des indiens qui bombent des messages sur les murs, comme d’autres décochent des flèches dans le tronc des arbres. On dirait ici qu’après avoir bombé ce message sibyllin, l’indien a franchi la passerelle et laissé le vieux monde derrière lui, ou alors qu’il s’est embarqué sur le río. On ne saura jamais ce que disait le message. Le vieux monde a sans doute rattrapé l’indien, et de toute façon dans le río, il n’y a plus d’eau.   

 

Au bord du Béal asséché, on découvre de petits aménagements méconnus car habituellement recouverts par les eaux. Témoin ici, sous la rive, une petite bouche latérale, destinée sans doute au contrôle de l’étiage du canal. 

Il manque au bord du Béal une signalétique qui permettrait aux curieux de mieux comprendre le plan et le mode de fonctionnement de cet ouvrage. Je ne connais pas non plus de document qui relate l’histoire du Béal ni celle des activités qui prospéraient jadis sur ces rives. Que sont les foulonniers, les tanneurs, les ferronniers devenus ?

 

 

Le seul bâtiment industriel qui subsiste au bord du Béal est aujourd’hui désaffecté et fendu par une grande crevasse. 

 

 

La vidange du Béal découvre ici la grille qui filtre le flux venu du pont de Raillette, et la vanne qui permettait jadis de régler le débit de l’eau nécessaire à l’activité du moulin d’embas. L’eau qui passe aujourd’hui à la fois par la grille et par la vanne continue son chemin sous le moulin. Elle ressort en contrebas au niveau du pont du Foulon.

Située au pied du moulin, la passerelle munie d’un bastingage métallique donne accès à la machinerie anciennement utilisée pour l’ouverture et la fermeture de la vanne.

 

 

Actuellement, la vanne demeure toujours ouverte. Il semble très improbable que la belle machinerie qui la commande marche encore. Revêtu d’un voile de sédiments grisâtres, qui n’ont hélas rien de coralien, l’ensemble du système figure les restes mélancoliques d’une moderne Atlantide. 

 

 

Quelques marches s’ouvrent en amont de la passerelle. Contrairement à ce que dit la légende locale, elles ne mènent nulle part ailleurs que dans le lit du Béal. Elles permettent d’y descendre, sans doute pour accéder à la vanne ou au filtre, sans avoir à sauter depuis la rive, qui, relativement à l’étiage ordinaire, s’élève partout en surplomb.  

 

 

Le muret qui court sous l’autre rive du Béal, à gauche de la vanne sur l’image, délimite une sorte de goulotte latérale, utile là encore à l’ajustement du débit de l’eau. 

La vidange du Béal révèle au promeneur la complexité du système mis en oeuvre dans le cadre de l’activité essentielle qui fut jadis celle du moulin. La promenade est certes plus belle lorsque le Béal berce sous l’ombrage son eau verte. Mais la promenade au bord du Béal à sec a pour elle le mérite d’aiguiser la curiosité concernant la nature et le fonctionnement passé de l’ouvrage. Une signalétique de type patrimonial répondrait utilement à la dite curiosité et rendrait la promenade du Béal encore plus attractive en toute saison.  

 

A lire aussi :

Le canal du moulin – 1. Du Countirou au pont de Raillette
Le canal du moulin – 2. Du pont de Raillette au moulin
Le canal du moulin – 3. Vers l’embouchure

 

 

 

Notes   [ + ]

1. Dénomination occitane du canal du moulin, spécialement utilisée à Mirepoix pour désigner la partie du canal qui va du pont de Raillette au pont du Foulon.

5 réflexions sur « On a vidé le Béal ! »

  1. Martine Rouche

    « Une signalétique de type patrimonial « … Pour mille raisons que tu connais, je souhaite très simplement et très sincèrement que ce souhait soit entendu.

    As-tu vu les marches en pierre qui soutiennent la passerelle la plus proche du pont de Raillette ? Une petite légende locale prétend (quand l’eau empêche de vérifier …) que ce sont des pierres tombales, mais las, ce [ne] sont [que] des marches !

    Encore une belle promenade originale en ta compagnie, avec ce titre qui nous alerte … On a volé La Joconde, ou la cuisse de Jupiter ! On a marché sur la lune, ou dans le Béal à sec !

  2. A M dambies

    Encore une histoire de Béal, il y en a un aussi à Bélesta, on y rève de promenades au couchant au pied des jardinets fleuris du plus vieux quartier de Bélesta jusqu’à la vanne de la chaussée de l’Hers, il faut se battre pour le maintenir en vie! on avait même envisagé de le recouvrir. Que d’ingratitude pour le travail des anciens, cela interessera peut-être les archéologues du 25 ou 26 ème siècle!

  3. samdeparla

    le canal était vidé tous les ans pour nettoyer les berges et draguer la vase. Les petites vannes adjacentes permettent d’irriguer les jardins potagers ,lavoirs, bassins prives, avec un petit réseau hydraulique aussi charmant qu’ingènieux. Certains jardins étaient alimentés par des roues à godets. Il y avait une barque plate pour les ouvriers de la minoterie chargée de la tache du dragage. Le minotier régulait le niveau pour son besoin à partir de la vanne de la chaussée de Robinson .A trois kilomètres en amont, la retenue d’eau crée par la chaussée de Robinson autorisait la baignade et les jeux. C’était un lieu incontournable l’été, la guinguette « chez Meumeu » aménagée avec une piste de danse, pédalos, plongeoir…

  4. Martine Rouche

     » Toutefois, nous n’avions d’autre moyen de transport que des vélos valétudinaires et la perspective de gagner ces lieux éloignés et inhospitaliers sous un soleil de plomb, les jambes piquées jusqu’au sang par les genêts épineux, nous attirait beaucoup moins que les ondines de Robinson-Plage (*). Sans compter les vipères dont de pseudo-experts en herpétologie nous signalaient l’omniprésence et les dangers, pourtant ô combien subjectifs, qu’elles faisaient courir aux promeneurs imprudents. Tant et si bien que le temps passait sans que nous nous décidions à agir.

    (*) Robinson-Plage était la plage en vogue à l’époque [an de grâce 1956], sur la rive gauche de l’Hers, à l’est de Mirepoix, près de la route de Limoux, dépendant du domaine de la Grande Borde.

    Histoire d’une révolte avortée, René Pennabayre, extrait, in Bulletin des Amis de Vals.

  5. samdeparla

    Nous y allions avec tout ce qui peut rouler, les grands vélos protégeant les petits des voitures rapides sur la route droite de Limoux. Il y eut une triste fin quand le fermier en refusa l’accès.
    C’est une promenade pour la dormeuse qui pourrait nous ramener des photos du lieu : les remous de la chaussée recouverte de belles mousses. Le bassin sombre sous les gras platanes de l’embouchure du canal. La vanne que le maitre de l’eau faisait cliqueter avec une énorme manivelle.
    Si le fermier autorise un reporter exceptionnel?
    Attention aux chiens !

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