Le canal du moulin – 2. Du pont de Raillette au moulin

A partir du pont de Raillette, le canal du moulin prend le nom de Béal. Sur le sens et l’étymologie du mot béal, voyez l’article besal du Dictionnaire étymologique de l’occitan de Robert A. Geuljans. L’usage du mot béal, passé le pont de Raillette, indique que le cours du canal entre ici dans le champ de proximité du moulin. L’eau chemine d’abord dans un étroit défilé, entre deux rangées de maisons très anciennes. Les façades se reflètent dans ce puits d’ombre comme dans un miroir au mercure.
 
Prise depuis le pont de Raillette, la photo reproduite ci-dessus montre au-delà des vieilles maisons, dans une trouée lumineuse, la partie verte du béal.    

 

 

Pour rejoindre la lumière au loin, il faut faire quelques pas au-delà du pont de Raillette, et, contournant une maison à colombages, l’une des plus anciennes de Mirepoix, prendre à gauche la rue du Béal, anciennement nommée rue du Bord de l’eau. Il s’agit là encore d’une rue étroite, bordée de petites maisons très anciennes,  d’aspect modeste et parfois délabré.   

 

 

On retrouve l’air et la lumière lorsque, après avoir cheminé un moment à l’ombre des façades, on arrive à l’intersection de la rue du Béal et de la rue Vigarozy. Celle-ci franchit le béal via une passerelle métallique. Depuis cette première passerelle, si l’on regarde en direction du pont de Raillette, on aperçoit au-dessus de l’eau de curieuses vérandas qui sont autant de jardins suspendus. En haut de la rue Vigarozy, par-dessus les toits, on reconnaît la flèche de la cathédrale. 

 

 

Après la première passerelle, le béal coule maintenant au pied de vieux murs qui bordent des jardins. La présence d’un tuyau plongé dans l’eau indique que le béal sert encore à l’arrosage des potagers. L’eau est aujourd’hui chargé de limon, apporté par les pluies des jours précédents. La rive droite est désormais bordée de platanes. Un peu plus loin, sur la rive gauche, on aperçoit la ferronnerie, toujours en activité. Le ferronnier fournit, entre autres, les enseignes "à l’ancienne" qui signalent les principales boutiques de Mirepoix.  

 

 

 

La rue du Béal continue à courir au bord des platanes. Elle longe sur sa droite de vieux jardins, qui regardent, sur l’arrière, du côté de l’Hers, situé en contrebas dans la plaine. Entre les platanes, on distingue déà la seconde passerelle. On approche ici du moulin.

 

 

La seconde passerelle se trouve à l’intersection de la rue du Béal et de la rue Delcassé, autrefois nommée rue des Moulins. Au fond de la rue Delcassé, on aperçoit l’entrée du  couvert Saint-Antoine. Du côté amont de la passerelle, on revoit la longue ligne des platanes. Du côté aval de la passerelle, l’édifice à demi caché par les branches, c’est le moulin. 

 

 

 

Le moulin, posé sur le béal, voisine, de l’autre côté de la chaussée, avec une maison de maître – le maître du moulin sans doute, comme on parle ailleurs du maître de forges. Couronnées du même fronton triangulaire, lui-même ponctué en son centre du même oeil-de-boeuf, les façades des deux bâtisses font montre d’une belle symétrie.

 

 

Le fronton triangulaire et l’ordonnance toute classique des façades donnent à penser que ces bâtisses, en leur prime état, datent du XVIIe siècle.

 

 

 

Au pied du moulin, un passage garni d’une balustrade permet d’accéder à la porte principale du bâtiment et de circuler au sec d’une rive à l’autre du béal. Dans la courbe élégante imprimée à ce passage, on distingue au ras de l’eau la bouche, assortie d’une herse, par où l’eau s’engouffre avant de poursuivre son chemin, et au-dessus de cette bouche le système mécanique qui permettait jadis de contrôler l’écluse.   

 

 

Un dernier coup d’oeil à la façade du moulin, à la serrure de la grande porte, puis à la passerelle située à la hauteur de la rue Delcassé. Vue du moulin, la passerelle est plus belle.

La rue du Béal continue maintenant en descente au bord de la façade latérale du moulin.

 

Le bâtiment, tout en longueur, présente de ce côté-ci un aspect sévère, typique de l’architecture des anciennes fabriques. 

 

 

La rue du Béal se termine au foulon, aujourd’hui abandonné. Autrefois industrieux, dédié à la meunerie, au foulonnage, à la tannerie, le quartier du Béal a perdu ses activités anciennes. On n’y cultive plus que l’art des jardins.

Depuis le petit pont du Foulon, l’on aperçoit l’eau du béal qui continue son chemin, entre deux rives escarpées, sur la pente qui descend vers l’Hers.

 

 

Signée d’une main ingénue, une pancarte fixe ici le souvenir de l’ancien foulon. Pour retourner vers le centre de Mirepoix, après cette pancarte, il faut franchir le pont du Foulon et prendre sous les platanes le cours Maréchal de Mirepoix. On se retrouve en quelques pas à la porte d’Aval.

 

Prochain épisode : Le canal du moulin – 3. Vers l’embouchure.

 

Une réflexion au sujet de « Le canal du moulin – 2. Du pont de Raillette au moulin »

  1. Martine Rouche

    Prochain épisode … J’adore ! Tu nous invites à refaire tes promenades, à vraiment regarder Mirepoix, et en plus tu crées un suspens ! Quelle aventure !
    Parmi les légendes qui courent localement, il est celle des pierres tombales qui serviraient d’assises aux passerelles du Béal. J’ai profité d’une période d’assèchement complet (pour nettoyage, me semble-t-il) pour faire des photos. Ce sont de vieilles pierres, il est vrai, mais des marches d’escalier, non des dalles prises à des tombes.

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