Scène du bord de la rivière

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Les petits cris des femmes lorsqu’elles entrent dans l’eau
sont aigus à ravir,
ils ressemblent à ceux des souris mignotées par la patte du chat.
les hommes, eux, ne crient pas,
ils sont forts, ils se jettent,
sans quitter lunettes ni barbe,
et ils nagent à grands coups de bras
il y a du muscle !
Et tous, pareillement, le courant les emporte,
il faut se cramponner aux pierres qui peuplent le lit de la rivière,
pour s'arracher à la force de la vérité en marche.
Elle court, elle court,
elle va plus vite qu'eux tous,
qui se cramponnent aux pierres d'attente.
Pierre d'attente aussi, le couchant
qui les incline, dans son or,
au retour à pas lents,
à la table du soir,
au sommeil délicieux,
à l'échappée des rêves.
La rivière cependant continue de courir.

Ruines au soleil couchant

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Guide éternel des égarés,
le soleil te tire vers l'Ouest.
Ne jamais revenir,
te dit la voix qui parle dans ta tête !
Les ombres débordées qui fluent derrière toi,
fantômes de ton âme et de ton corps glorieux,
font cortège à ton pas
invisiblement ralenti.
Comment faire pour rester sensible ?
Tu te souviens pourtant d'un matin qui poignait
derrière une verrière de couleurs,
d'un bouquet de pervenches qui fusait
au bord d'un mur délabré.
Où est la main de grâce qui semait d'abondance
la curiosité, l'insatiable curiosité,
sur les jours de l'enfance ?
Où est l'oiseau kolokolo
qui criait dans les branches
— Va sur les rives du grand fleuve Limpopo.
Cherche là !
Là, c'est bien loin.
Et même ici, c'est loin aussi,
loin du silence qui te vient,
comme l'eau monte dans un puits.
L'eau d'oblivion...
celle du soir qui tombe.
Tast de cette eau nous donne perdicion
Et de tous biens oblivion
.

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Pensées de la nuit

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Pensées de la nuit, le rêve est sans idées,
pensées tombées des nuages,
ou plutôt d’une main, d'une main sans personne,
qui puise dans son grand tablier
et sème par poignées dans les plis du sommeil,
comme autant de paroles gelées,
que forcément l’on n’entend pas,
ou encore comme autant de ces petits cailloux blancs,
qui poussent au cœur de la forêt
sous les pas du Petit Poucet,
à moins qu'ils ne s'égrènent ailleurs, souvenir de l'été,
— c'était bleu, c'était hier —
sur le marbre des tombes.
Pensées sans idée,
sans clé, sans jour, sans feu ni lieu,
car tu dors,
et le rêve, tel qu'il vient, sans idées
te découvre à l'instant
la forme et la matière de ton âme vive.

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Pluie tiède et barder la bécasse

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À côté de moi, une petite dame dodue, de vieux style,
demande du lard à l’étal du boucher
pour barder la bécasse.
— C’est devenu rare de nos jours
de manger de la bécasse.
Et c’est tout un art de la cuisiner !

Je rentre chez moi sous les nuages noirs, la pluie tiède.
Depuis le pont de Limoux, un chien blanc
me regarde marcher dans la rue du Gouverneur Laprade,
très blanc, comme dans les rêves.
On dirait l’Angelus Novus, qui tourne le dos à l’avenir,
aujourd’hui à l’Aude, d’où vient la pluie tiède.

Arrivée à la maison, j’ouvre la porte du jardin
et j’entends, discret,
doux comme le roucoulement d’une colombe,
l’appel du crapaud.
Crapaud cherche compagne sous les feuilles.
Signe des temps.

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