Loin du café Corazza. Fabre d'Églantine et Louis Pierre Dufourny. Fin de partie

Rédigé par Christine Belcikowski Aucun commentaire
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De gauche à droite : Georges Jacques Danton (1759-5 avril 1794), député de la Seine, ministre de la Justice du 10 août au 9 octobre 1792, membre du Comité de salut public du 6 avril au 10 juillet 1793  ; Marie Jean Hérault de Séchelles (1759-5 avril 1794), député de la Seine-et-Oise, membre du Comité de salut public du 11 juillet 1793 au 29 décembre 1793 ; Camille Desmoulins (1760-5 avril 1794), député de la Seine, journaliste.

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De gauche à droite : Jean François Delacroix (1753-5 avril 1794), député de l'Eure-et-Loir, représentant en mission en Belgique ; Pierre Nicolas Philippeaux (1754-5 avril 1794), député de l'Oise, représentant en mission en Vendée.

31 mars 1794. Au club des Jacobins

Le 28 mars, Louis Pierre Dufourny a été démis par le Comité de salut public de sa fonction de procureur-syndic du Département. Le soir du 31 mars 1794, quoi qu'il en soit, il se rend comme d'habitude au club des Jacobins.

Ce 31 mars 1794, au club des Jacobins, on annonce que Jean François de Lacroix, ou Delacroix, dit Lacroix d’Eure-et-Loir ; Georges Jacques Danton ; Marie Jean Hérault de Séchelles ; Camille Desmoulins ; et Pierre Nicolas Philippeaux ont été décrétés d'accusation et arrêtés dans la nuit du 29 au 30 mars. (1)

Informé de ce que — hormis Jean Julien, dit Julien de Toulouse ; Pierre Vincent Benoît, dit Benoît d'Angers ; et Jean Pierre de Batz ; contumaces tous trois — Fabre d'Églantine, Joseph Delaunay d'Angers, François Chabot, Claude Basire, René d'Espagnac, André Marie Gusmann, Emmanuel Frey et Junius Frey, beaux-frères de François Chabot, Jean Frédéric Diederichsen, secrétaire des frères Frey, seront présentés au Tribunal criminel révolutionnaire en même temps que Danton et les autres prévenus du 30 mars, et en même temps aussi que Louis Marie Lulier, mis en cause comme suspect de complicité avec Pierre Vincent Benoît et Jean Pierre de Batz, Louis Pierre Dufourny « mendie » alors la faculté de déposer dans cette affaire, en tant qu'assigné à la défense de son ancien compagnon du café Corazza, ainsi qu'à celle de son collègue Lulier. Le mot « mendier » est de Robespierre. La requête de Dufourny reste vaine.

1er avril 1794. Au Tribunal criminel révolutionnaire

Le 1er avril 1794, lors de l'interrogatoire, de pure forme, qui précède le procès, Fabre d'Églantine déclare avoir pour conseil, commis d'office, inconnu de tous les historiographes, le « citoyen Bentroüe ». Celui-ci restera muet lors du procès, faute d'avoir été invité à parler.

Six mois plus tard, le 7 octobre 1794, lors du procès de Fouquier-Tinville, dans lequel il intervient au titre de témoin à charge, Louis Pierre Dufourny dénoncera plus spécialement l'injustice du sort fait à Fabre d'Églantine et à Lulier lors de leur procès d'avril 1794 :

« Dans l'affaire de Danton, Camille Desmoulins, etc., affaire ridiculement et méchamment accrochée à celle de Fabre d'Églantine, Chabot et autres, et plus encore à celle de l'infortuné Lullier, je fus assigné pour déclarer sur d'Églantine ; je fus écarté. On ne voulait dans cette affaire que des témoins à mort. Ce fut en vain que Lulier me demanda pour défenseur officieux : il ne lui en fut point accordé. Ce fut en vain que je demandai à être entendu dans sa cause comme témoin. Ce fut inutilement que j'en écrivis à Fouquier et au président : je fus retenu, pendant les trois jours des débats, dans la salle des témoins » (2), i.e. au premier étage du « bâtiment neuf » de la Conciergerie.

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Vue du Palais de Justice de Paris au XVIIIe siècle, reproduite par G. Lenotre in Mémoires et souvenirs sur la Révolution et l'Empire. Le Tribunal révolutionnaire (1793-1795), 10e édition, Librairie académique Perrin et Cie, 1908, p. 4.

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Plan du Palais de Justice (locaux du Parlement) en 1789, reproduit par G. Lenotre in Mémoires et souvenirs sur la Révolution et l'Empire. Le Tribunal révolutionnaire (1793-1795), pp. 8-9. Ce plan se trouve ici augmenté (en rouge) d'indications relatives à la nouvelle distribution des locaux, telle qu'établie par Antoine Quentin Fouquier-Tinville à partir du 10 mars 1793.
1. Chapelle des Procureurs ; 2. Porte des Pairs ; 3. Parquet des huissiers ; 5. Coin du roi ou Grand'Chambre, puis Salle de la Liberté ; 6. Cheminée, détruite en 1793 ; 7. Buvette des magistrats de la Grand'Chambre, puis Cabinet de l'accusateur public ; 8. Couloir ; 9. Cabinet du Premier Président, puis Cabinet du président du Tribunal criminel ; 10. Escalier desservant l'étage supérieur du bâtiment ; 11. Vestibule de la Tournelle ; 12. Salle Saint Louis, puis Salle de l'Égalité ; 13. La petite Tournelle ; 14. Tour Bonbec, jadis salle de Torture, devenue buvette publique du Parlement ; 15. Escalier de la Tour Bonbec, descendant à la Conciergerie et montant à l'étage supérieur ; 16. Greffe de la Tournelle ; 17. Tribunal de la Connétable ; 18. Perron de 4 ou 5 marches descendant à la Galerie des Prisonniers ; 19. Grand degré de la Chambre des Requêtes ; 20. Escalier descendant à la Conciergerie (escalier de la Chapelle ; 21. Escalier desservant l'étage supérieur du Bâtiment vieux ; 22. Passage de plain-pied, emplacement de l'escalier improprement appelé plus tard escalier de la reine.
En 1793, la buvette du Tribunal criminel révolutionnaire se tient à l'étage du « Bâtiment neuf », au-dessus de la Chambre du Conseil, dans trois pièces prenant jour sur le préau de la Conciergerie. Contre la buvette, au même étage, se trouve la Chambre de délibération des jurés. Le parquet de l'accusateur public occupe le reste de l'étage. Des fenêtres de l'étage du « Bâtiment neuf », les jurés peuvent voir les prisonniers déambuler dans le préau, ou voir passer les condamnés qu'on emmène dans la Galerie des Prisonniers vers la cour de Mai où les attendent les charrettes de la guillotine.

2 avril 1794. 1. Au Tribunal criminel révolutionnaire

Concernant les séances du procès de Danton, Fabre d'Églantine, etc., on dispose de deux sources, qui demeurent chacune lacunaires. Il s'agit du Moniteur ou la Gazette universelle, et des Notes prises par le juré François Jean Baptiste Topino-Lebrun (1764-30 janvier 1801, guillotiné), peintre, protégé de Jacques Louis David.

On sait ainsi que « Fabre d'Églantine occupe parmi les accusés une place distinguée, le fauteuil, et qu'il paraît être dans un grand état de souffrance » (3).

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Procès de Danton et consorts. À droite sur l'image, signalé par une flèche, Fabre d'Églantine, assis.

On sait aussi que la journée du 2 avril se trouve consacrée, le matin, à la lecture du rapport établi et présenté par Jean Pierre André Amar concernant l'affaire du faux perpétré dans le cadre de la liquidation de la Compagnie des Indes (4) ; et, l'après-midi, du rapport établi et présenté par Saint-Just concernant l'affaire de « conspiration ourdie contre le peuple français, en favorisant dans la République le plan de corruption des citoyens, de subversion des pouvoirs et de l'esprit public, et en tentant d'ébranler ou altérer la forme du gouvernement français » (5). Le rapport d'Amar sert d'acte d’accusation contre Delaunay, Julien, Chabot, Basire et Fabre d'Églantine ; celui de Saint-Just, d'acte d'accusation contre Danton, Desmoulins, Fabre d'Églantine encore, Hérault de Séchelles, Delacroix, Philippeaux, le général Westermann, et Louis Marie Lulier.

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Physionotrace de François Joseph Westermann (1751-5 avril 1794, guillotiné), général de brigade, dit « le boucher de la Vendée », ancien subordonné de Dumouriez, arrêté une première fois et libéré en avril 1793, puis arrêté à nouveau en janvier 1794 et déféré devant le Tribunal criminel le 2 avril, sur ordre de Georges Couthon.

Rapport sur la conjuration ourdie pour obtenir un changement de dynastie ; et contre Fabre d'Églantine, Danton, Philippeaux, Delacroix et Camille Desmoulins [extraits plus spécialement relatifs à l'action de Fabre d'Églantine et de Danton]

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Louis Antoine Léon de Saint-Just (1767-28 juillet 1794, guillotiné).

À propos des factions et de Fabre d'Églantine

Il y eut une faction en 1790 pour mettre la couronne sur la tête de d'Orléans, il y en eut une pour la maintenir sur la tête des Bourbons ; il y eut une autre faction pour mettre sur le trône de la France la maison de Hanovre : ces factions furent renversées le 10 août avec la royauté. La terreur força à dissimuler plus profondément tous les conjurés secrets en faveur de la monarchie ; alors toutes les factions prirent le masque du parti républicain. Ces partis divers qui avaient chacun un but politique, se confondaient dans la haine du parti républicain. Les périls unirent les premiers ; ils finirent par combattre tous ensemble. L'étranger favorisa ces diverses factions ; il leur donna des armes dans la Vendée : avec elles il incendia les arsenaux, par elles il disloqua l'empire et le fit tendre au fédéralisme, pour en réunir les débris sous le régime monarchique ; par elle il soutint Dumouriez ; par elle il a tout tenté pour vous détruire et pour renverser votre gouvernement, vous amollir et vous renouveler. L'étranger employa ces factions à tous les crimes par lesquels il prétendit à relever le trône ; ou à nous empêcher de constituer la République.

II y eut un autre parti qui se joua et fut de tous les autres, qui tantôt voulut usurper, tantôt fut royaliste, tantôt voulut des richesses, tantôt songea à se ménager une grande autorité quelque régime qu'il survînt, tantôt servit l'étranger : ce parti, comme tous les autres, dénué de courage, conduisit la révolution comme une intrigue de théâtre.

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Fabre d'Églantine ca 1793, château de Versailles.

Fabre d'Églantine fut à la tête de ce parti ; il n'y fut point seul ; il fut le cardinal de Retz d'aujourd'hui : panégyriste de d'Orléans, il a été jusqu'au moment de sa détention, et même depuis, le continuateur de toutes les factions ; il usa de toutes les intrigues des autres pour intriguer par elles, les dénonçant pour ne point partager leurs périls et leurs imprudences : les servant lorsqu'il était sûr de ne se point compromettre ; laborieux, parlant toujours aux autres le langage qui était dans leur cœur, avec un front péniblement sincère, et les conduisant par leur propre penchant, cherchant soigneusement tout ce qui se passait pour savoir où trouver un fripon pour instrument de ses desseins, et connaître tous les yeux ouverts sur l'intérêt de la patrie ; pour les éviter ou les tromper. Il peignit faussement Marat sous quelques-unes de ses propres couleurs, pour s'attirer une estime secrète ; il joua sur les esprits et sur les cœurs, sur les préjugés et les passions, comme un compositeur de musique sur les notes d'un instrument.

Fabre fut royaliste de tous temps dans le fond de son cœur ; il dissimula comme les autres, parce qu'il était lâche.

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Jacques Pierre Brissot (1754-31 octobre 1793, guillotiné), député de la Seine, chef de file des Girondins.

Ce fut dans la journée du 10 août 1792 [prise des Tuileries, déchéance de Louis XVI, renversement de la monarchie] que les chefs des différents partis royalistes se montrèrent à découvert. Pétion, Carra, Vergniaux, Brissot, s'efforcèrent d'enchaîner le torrent du parti républicain ; on les vit implorer le peuple en faveur du tyran et de sa famille. Fabre contribua à sauver Duport (6) ; il avoit eu, avant le 10 août, des intelligences avec la cour ; il se prétendait le confident de toutes les intrigues des Tuileries ; beaucoup de gens lui ont entendu dire qu'il jouait la cour et il est très vraisemblable qu'il jouait tout le monde.

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Adrien Jean François Duport (Paris, 1759-1798, Gais, Appenzell, Suisse).

Fabre ne dit presque mot pendant les dix premiers mois de la Convention ; il ménagea Dumouriez, Brissot et les Jacobins, et attendait en équilibre que la victoire se fût décidée entre le crime et la vertu.

Au mois de juin, les intrigues que la terreur du 31 mai 1793 [insurrection et arrestation des députés girondins de la Convention nationale] avait rompues, se renouèrent. Cbaque faction avait un but particulier, toutes tendaient à la destruction de la Convention et du gouvernement. Chaque faction ayant ses créatures et ses dupes, il s'ourdit une conjuration sourde et compliquée qui corrompit tellement les pouvoirs et l'esprit public, que la Convention nationale et les patriotes de bonne foi restèrent isolés.

Il y eut alors un parti chargé par l'étranger de corrompre la République, d'y lancer la guerre civile par des opinions brusquement énoncées et soutenues par la violence. [...].

Une société populaire [le club des Cordeliers], livrée à Chaumette, osa censurer votre décret sur les cultes, et loua dans une adresse l'opinion d'Hébert et de Chaumette. Fabre soutint ici ces opinions artificieuses. On attaqua l'immortalité de l'âme qui consolait Socrate mourant. On prétendait plus ; on s'efforça d'ériger l'athéisme en un culte plus intolérant que la superstition. On attaqua l'idée de la providence éternelle, qui sans doute a veillé sur nous. On aurait cru que l'on voulait bannir du monde les affections généreuses d'un peuple libre, la nature, l'humanité, l'Être Suprême, pour n'y laisser que le néant, et la tyrannie et le crime. Combien d'ennemis n'espérait-on point faire à la liberté, en lui imputant ces outrages ! Ils sont reconnus aujourd'hui traîtres à la patrie et royalistes, les auteurs de ces trames. [...].

C'est une chose remarquable, et dont la postérité aura honte, que l'étranger prît le rétablissement prétendu de la religion pour prétexte de la guerre qu'il nous fit, et s'efforça en même temps de nous donner l'athéisme.

Il y eut un autre parti chargé de corrompre les représentants du peuple, pour faciliter le scandale et la révolte aristocratique que l'on méditait ; ce fut celui de Chabot. Un autre parti, initié dans tous les autres, fut chargé d'attaquer et de détruire le gouvernement et la représentation nationale, soit par la force, soit en obtenant son renouvellement. [...].

Les mêmes hommes qui s'étaient efforcés, dès le commencement de la révolution, de la borner a un changement de dynastie, se trouvent encore à la tête de ces factions, dont le but était de vous immoler.

Quoi ! quand toute l'Europe, excepté nous qui sommes aveugles, est convaincue que Delacroix et Danton ont stipulé pour la royauté ; quoi ! quand les renseignement pris sur Fabre d'Églantine, le complice de Danton, ne laissent plus de doute sur sa trahison ; lorsque l'ambassadeur du peuple français en Suisse nous mande la consternation des émigrés depuis la mise en jugement de Fabre, l'ami de Danton, nos yeux refuseraient encore de s'ouvrir !

À propos de Fabre d'Églantine, adresse de Saint-Just à Danton

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Georges Jacques Danton.

Mirabeau mort, Danton, tu conspiras avec les Lameth (7) et tu les soutins. Tu restas neutre pendant l'assemblée législative, et tu te tus dans la lutte pénible des Jacobins avec Brissot et la faction de la Gironde. Tu appuyas d'abord leur opinion sur la guerre. Pressé ensuite par les reproches des meilleurs citoyens, tu déclaras que tu observais les deux partis, et tu te renfermas dans le silence. Lié avec Brissot au Champ-de-Mars, tu partageas ensuite sa tranquillité et ses opinions liberticide : alors, livré entièrement à ce parti vainqueur, tu dis de ceux qui s'y refusaient, que, puisqu'ils restaient seuls de leur avis sur la guerre, et que, puisqu'ils se voulaient perdre, tes amis et toi deviez les abandonner à leur sort. Mais quand tu vis l'orage du 10 août se préparer, tu te retiras encore à Arcis-sur-Aube. Déserteur des périls qui entouraient la liberté, les patriotes n'espéraient plus te revoir. Cependant, pressé par la honte, par les reproches, et quand tu sus que la chute de la tyrannie était bien préparée et inévitable, tu revins à Paris, le 9 août. Tu te couchas dans cette nuit terrible. Ta section, qui t'avait nommé son président, t'attendit longtemps ; on t'arracha d'un repos honteux ; tu présidas une heure ; tu quittas le fauteuil à minuit quand le tocsin sonnait ; au même instant les satellites du tyran entrèrent et mirent la baïonnette sur le cœur de celui qui t'avait remplacé : toi, tu dormais.

Dans ce moment, que faisait Fabre, ton complice et ton ami ? Tu l'as dit toi-même : qu'il parlementait avec la Cour pour la tromper. Mais la Cour pouvait-elle se fier à Fabre, sans un gage certain de sa vénalité, et sans des actes très évidents de sa haine pour le parti populaire ? Quiconque est l'ami d'un homme qui a parlementé avec la cour, est coupable de lâcheté. L'esprit a des erreurs ; les erreurs de la conscience sont des crimes.

Mais qu'as-tu fait depuis pour nous prouver que Fabre, ton complice, et toi aviez voulu tromper la cour ? Votre conduite depuis a été celle de conjurés. [...].

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Louis Philippe Joseph d'Orléans, dit Philippe Égalité (1747-6 novemebre 1793, guillotiné), député de Paris.

Ce fut toi qui fit nommer Fabre et d'Orléans à l'assemblée électorale, où tu dis du second, que prince du sang, sa présence au milieu des représentants du peuple, leur donnerait plus d'importance aux yeux de l'Europe. Chabot vota en faveur de Fabre et d'Orléans. Tu enrichis Fabre pendant ton ministère. Fabre professait alors hautement le fédéralisme, et disait qu'on diviserait la France en quatre parties. Roland, partisan de la royauté, voulut passer la Loire pour chercher la Vendée : toi, rester à Paris où était d'Orléans, et où tu favorisais Dumouriez. [...].

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Charles François du Perrier du Mouriez, dit Dumouriez (Cambrai, 1739-1823, Turville-Park, près de Londres).

Tu envoyas Fabre en ambassade près de Dumouriez, sous prétexte, disais-tu, de le réconcilier avec Kellermann. Les traîtres n'étaient que trop unis pour notre malheur : dans toutes leurs lettres à la Convention, dans leurs discours à la barre, ils se traitaient d'amis, et tu étais le leur. Le résultat de l'ambassade de Fabre fut le salut de l'armée prussienne, à des conditions secrètes, que ta conduite expliqua depuis. Dumouriez louait Fabre-Fonds, frère de Fabre d'Églantine : peut-on douter de votre concert criminel pour renverser la République ?.

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Joseph Vincent Dominique Fabre, dit Fabre-Fonds (Carcassonne, 1752-1826, Bourges), dit aussi « Moustache », ou encore Fabre-Creux », est le frère cadet de Fabre d'Églantine. Engagé le 2 décembre 1768 au régiment Royal-Roussillon, il sert en Corse en 1768-1769, puis déserte le 20 juin 1771. Le 10 octobre 1775, il épouse Thérèse Balestra à Nice, paroisse Saint-Martin [AD06. Nice. Mariages. Paroisse Saint-Martin Saint-Augustin. 1775-1799. Vue 2]. Il doit la seconde partie de sa carrière militaire à l'influence de son frère aîné. Fait officier de cavalerie, il lève en 1792 un régiment appelé Hussards des Éclaireurs de Fabrefonds, plus connu ensuite sous le nom de 8e Régiment de Hussards. Devenu en octobre de la même année capitaine commandant de ce régiment, il se trouve affecté à l'armée de la Moselle. Nommé chef de brigade le 20 février 1793, il est promu le 6 mai 1793 général de brigade à l'armée de l'Ouest. Il se réfugie toutefois dans l'Aude après l'arrestation de son frère.
Le 13 avril 1794, soit une semaine après l'exécution de son frère, il est arrêté et incarcéré sur ordre du Comité révolutionnaire de Carcassonne. Libéré au lendemain de Thermidor, dit alors général de brigade à l'armée des Pyrénées-Orientales, il épouse le 27 octobre 1794, à Perpignan, Christine Josèphe Behr, fille de feu Jacques Joseph Behr, procureur à Strasbourg [AD66. Perpignan. Mariages. An III-An IV. Document 9NUM2E2441_2443. Vue 71]. En janvier 1796, il rejoint l’armée d’Italie. Il divorce de Christine Josèphe Behr le 7 août 1802 à Paris, puis épouse Geneviève Eulalie Varlet le 3 juillet 1806, à Paris toujours. Il finit sa carrière maréchal de camp, le 28 décembre 1812 [Bulletin des Lois, n° 163 bis, décret n° 4, p. 10]. Il meurt le 23 octobre 1826 à Bourges, dans le Cher.

Tu es, Danton, l’ami de Fabre, tu l’as défendu, tu n’es pas homme à te compromettre, tu n’as donc pu que te défendre toi même dans ton complice. Tu abandonnas le parti républicain au commencement de notre session, et depuis, as-tu fait autre chose que nuancer d’hypocrisie les délibérations ? Fabre et toi fûtes les apologistes de d’Orléans, que vous vous efforçâtes de faire passer pour un homme simple et très malheureux : vous répétâtes souvent ce propos. Vous étiez sur la Montagne le point de contact et de répercussion de la conjuration de Dumouriez, Brissot et d’Orléans. [...]..

Danton, tu fus donc le complice de Mirabeau, de d’Orléans, de Dumouriez, de Brissot. Des lettres de l’ambassadeur d’Espagne à Venise, au duc d’Alendia, disent qu’on te soupçonnait à Paris d’avoir eu des conférences au Temple avec la reine. L’étranger est toujours très instruit sur les crimes commis en sa faveur. Ce fait est connu de Lulier, et peut s’éclaircir dans la procédure. [...].

Si Fabre est innocent, si d’Orléans, si Dumouriez fut innocent, tu l’es sans doute. J’en ai trop dit : tu répondras à la justice.

Achevons de peindre ces hommes qui n’osant se déclarer, ont conspiré sous la poussière. Ils eurent les qualités des conspirateurs de tous les temps ; ils se louaient mutuellement, et disaient l’un de l’autre tout ce qui pouvait tromper les jugements.

Les amis du profond Brissot avaient dit longtemps de lui qu’il était un inconséquent, un étourdi même. Fabre disait de Danton qu’il était insouciant, que son tempérament l’entraînait à la campagne, aux bains, aux choses innocentes.

Danton disait de Fabre que sa tête était un imbroglio, un répertoire de choses comiques, et le présentait comme ridicule, parce que ce n’était qu’à ce prix qu’il pouvait ne point passer pour un traître, par le simple aperçu de sa manière tortueuse de se conduire. [...].

Que dirai-je de ceux qui se prétendirent exclusivement les vieux Cordeliers ? Ils étaient précisément Danton, Fabre, Desmoulins, et le ministre [Roland de la Platière], auteur des rapports sur Paris, où Danton, Fabre, Camille et Philippeaux sont loués, où tout est dirigé dans leur sens et dans le sens d’Hébert.

Camille Desmoulins, qui fut d’abord dupe et finit par être complice, fut, comme Philippeaux, un instrument de Fabre et de Danton. On racontait comme une preuve de la bonhomie de Fabre, que celui-ci se trouvant chez Desmoulins au moment où il lisait à quelqu’un l’écrit dans lequel il demandait un comité de clémence pour l’aristocratie, et appelait la Convention la cour de Tibère, Fabre se mit à pleurer. Le crocodile pleure aussi.

Avez-vous remarqué que tous ceux qui ont été loués dans l’Angleterre, ont ici trahi leur patrie ? Fabre, plus d’une fois, provoqua l’agrandissement des pouvoirs du Comité de salut public, soit par lui-même, soit par ses amis ; nous frémîmes souvent d’un piège si méchant. Fabre espérait que nous succomberions sous le fardeau de tant d’affaires, il s’en vantait : mais le génie de la Liberté a vaincu pour nous.

Celui qui parmi nous accepta toujours avec le plus de joie le pouvoir, fut Hérault de Séchelles, le complice de Fabre et de l’étranger. Tout se lie, après que Fabre eut tout fait pour nous donner une juridiction dans le dédale de laquelle il espérait nous perdre, alors il fit attaquer les opérations du gouvernement. Alors Hérault, qui s’était placé à la tête des affaires diplomatiques, mit tout en usage pour éventer les projets du gouvernement. Par lui les délibérations les plus secrètes du Comité sur les affaires étrangères, étaient communiquées aux gouvernements ennemis. [...].

L’établissement de la Constitution fut demandé par Danton, l’ami de Fabre. En même temps Philippeaux, ou plutôt Fabre, dont le style, l’hypocrisie, les insinuations sont reconnues facilement dans les écrits du premier, en même temps Philippeaux attaqua le gouvernement comme associé à la trahison.

Cette révolte a été fomentée par ceux-là mêmes qui rédigèrent une adresse en faveur de Philippeaux. Ils sont arrêtés : le tribunal révolutionnaire va instruire cette affaire. Revenons à notre sujet. On peut se souvenir que Fabre, en ce temps-là, ne quittait point Camille ni Philippeaux. Fabre, en même temps qu’il dirigeait ces deux personnages, était partout. Il était sans cesse au comité de sûreté générale ; il était dans les groupes, à la police, à la Commune, aux Jacobins, aux Cordeliers, il se multipliait, et dictait divers écrits, il se glissait auprès des patriotes, et il est prouvé que cet homme qui s’était efforcé d’accroître l’autorité du comité, le sapait dans chacun de ses membres.

Au milieu des dangers qui environnaient la patrie, on délibérait, les soirs, sur tout ce que chacun de nous avait remarqué de contraire au bien public dans la journée. Il se trouva que Fabre disait à chacun des membres du Comité du bien d’eux-mêmes, et du mal de chaque autre complice de Chabot. Il l’accusa lorsqu’il le sut accusé comme Chabot accusa ses complices. Fabre s’attachait surtout à prouver que tous les complots avaient pour but de perdre Danton. La réaction de ces intrigues aurait été de renverser le gouvernement et la représentation, de ruiner les partis opposés : et que serait-il resté ? Fabre et sa faction !

Il y a donc eu une conjuration tramée depuis plusieurs années pour absorber la Révolution Française dans un changement de dynastie. Les factions de Mirabeau, des Lameth, de Lafayette, de Brissot, de d’Orléans, de Dumouriez, de Carra, d’Hébert ; les factions de Chabot, de Fabre, de Danton, ont concouru progressivement à ce but par tous les moyens qui pourvoient empêcher la République de s’établir, et son gouvernement de s’affermir.

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De gauche à droite : Jean Paul Carra ; Jacques René Hébert.

Nous avons cru ne devoir plus temporiser avec les coupables, puisque nous avons annoncé que nous détruirions toutes les factions, elles pourraient se ranimer et prendre de nouvelles forces, l’Europe semble ne plus compter que sur elles. Il était donc instant de les détruire, afin qu’il ne restât dans la République que le peuple et vous, et le gouvernement dont vous êtes le centre inviolable.

Les jours du crime sont passés : malheur à ceux qui soutiendraient sa cause ! La politique est démasquée. Que tout ce qui fut criminel périsse. On ne fait point de républiques avec des ménagements, mais avec la rigueur farouche, la rigueur inflexible envers tous ceux qui ont trahi.

2 avril 1794. 2. Au club des Jacobins

Le 2 avril 1794, après avoir été retenu toute la journée « dans la salle des témoins » du Tribunal criminel révolutionnaire, Dufourny se présente le soir au club des Jacobins et entreprend de donner lecture de deux lettres qui lui ont été envoyées il y a peu.

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Fabrication du salpêtre en 1792, photographie anonyme d'un dessin de Jean Baptiste Lesueur, Musée Carnavalet.

Dufourny commence par remettre sur le bureau une lettre de la Société de Cognac, contenant des détails sur la manière dont les habitants de cette commune ont manifesté leur patriotisme ; ils se sont livrés sans relâche aux travaux pénibles de la fabrication du salpêtre. Le district seul a fourni huit mille combattants à la République.

Dufourny annonce ensuite qu'il a reçu une lettre d'Edmond Louis Alexis Dubois-Crancé, contenant des observations qui s'appliquent parfaitement aux circonstances actuelles. Il s'empresse donc de la faire connaître.

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Edmond Louis Alexis Dubois de Crancé, dit Dubois-Crancé, ancien mousquetaire du roi, député des Ardennes, commissaire à l’armée du Midi, puis à l'armée du Nord avec Danton. Membre du Comité de défense générale créé le 26 mars 1793, il fait voter la loi de l'amalgame, qui assure désormais aux soldats de l'armée républicaine même paye, même uniforme, même discipline et mêmes règles de recrutement et de promotion que les officiers. Nommé à l'armée des Alpes, il est accusé de modérantisme dans la direction du siège de Lyon. Décrété d'arrestation le 12 octobre 1793, il est blanchi par la Convention grâce à l'intervention de Merlin de Thionville. Envoyé ensuite en mission dans l'Ouest, il combat à Nantes, Rennes et Brest lors du printemps 1794. Mais poursuivi pour son attitude au siège de Lyon, il est exclu du club des Jacobins le 11 juillet 1794. Il choisit alors, le 25 juillet 1794, de présenter sa défense devant la Convention. Le débat se trouve repoussé au 10 thermidor (28 juillet 1794)... Il sera réintégré par les Jacobins le 2 août 1794.

Dans sa lettre, datée de Rennes, Dubois-Crancé parle d'abord des nouveaux dangers que la liberté a courus dans ces derniers temps ; il pense que ces dangers viennent de ce qu'on admet dans la Société des Jacobins des membres des autres Sociétés affiliées et les agents du Conseil exécutif. Il développe des considérations qui peuvent servir à prouver cette opinion ; il rappelle que Brissot avait choisi des agents parmi les Jacobins, et ceux qu'il avait choisis pour remplir les places étaient ses appuis et ses défenseurs ; il s'appuie d'une réflexion profonde de Robespierre, qui disait, en parlant à Servan, qu'il aimait mieux un ministre aristocrate qu'un ministre patriote.

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Joseph Marie Servan de Gerbey (1741-1808), militaire, ministre de la Guerre du 9 mai 1792 au 13 juin 1792, puis du 10 août 1792 au 3 octobre 1792. Arrêté sous la Terreur, il est libéré le 3 février 1795 et réintégré dans l'armée.

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Jean Baptiste Bouchotte (1754-1840), militaire, ministre de la Guerre du 4 avril 1793 au 20 avril 1794, proche des Hébertistes, ancien protecteur de François Nicolas Vincent. Dénoncé par François Louis Bourdon de l'Oise, Pierre Nicolas Philippeaux et Camille Desmoulins, il est arrêté le 22 juin 1794 et sera libéré le 26 octobre 1795.

Bouchotte et ses collègues, dit-ensuite Dubois-Crancé, furent appelés au ministère de la Guerre par les patriotes ; à peine furent-ils placés qu'ils choisirent des collaborateurs parmi les Cordeliers et les Jacobins. Les intrigants regardèrent alors ces deux Sociétés comme le chemin de la fortune. Les employés dans les bureaux des ministres forment un corps particulier. Les bureaux étaient fermés le soir, afin que les commis pussent venir en masse aux Jacobins et aux Cordeliers. Dubois-Crancé prouve ensuite combien l'esprit de corps est un instrument terrible entre les mains des intrigants et des ambitieux. Il déclare que permettre à des fonctionnaires publics d'avoir dans le sein des Jacobins voix délibérative, c'est anéantir la surveillance nécessaire dans un gouvernement libre ; c'est faire d'une Société le théâtre des intrigants et le forum des candidats. Il rappelle que, dans ces moments où il a été question d'exciter des troubles, les aristocrates se sont introduits dans les Sociétés populaires, et que, quand on a voulu égarer l'opinion publique, une foule d'individus, munis de diplômes, est venue, dans ces mêmes Sociétés, faire des motions, présenter des propositions insidieuses, faire naître des divisions et des agitations. Il compare ceux qui ont la vanité d'être membres de plusieurs Sociétés à la fois à ces anciens seigneurs qui se glorifiaient insolemment de porter plusieurs noms et d'être décorés d'une grande quantité de titres.

Après avoir témoigné ses craintes de voir les intrigants se coaliser pour venir influencer les délibérations d'une Société ; après avoir fait ressouvenir d'une proposition que fit Hébert aux Cordeliers de se transporter en force aux Jacobins, pour y dominer et maîtriser l'opinion des autres membres, il propose d'arrêter ce qui suit :

1° Aucun citoyen ne pourra être reçu aux Jacobins, s'il est membre d'une autre Société dans Paris, excepté d'une Société particulière de section
2° Aucun membre de Sociétés affiliées ni aucun fonctionnaire public ne pourra avoir séance ni voix délibérative dans la Société !
3° Il sera attribué une tribune particulière aux membres des Sociétés affiliées et aux membres des Jacobins suspendus de leur droit de délibération par les fonctions dont ils sont revêtus.

Ici de violents murmures interrompent la lecture. On demande de tous les côtés l'ordre du jour.

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Philippe François Joseph Le Bas (1764-28 juillet 1794, suicidé), député du Pas-de-Calais, envoyé en mission à l'armée du Nord et du Rhin, nommé le 14 septembre 1793 membre du Comité de sûreté générale, puis, le 2 juin 1794, directeur de l'école de Mars. Il se suicide le matin du 10 thermidor.

Philippe François Joseph Le Bas demande que la Société improuve les principes de l'arrêté proposé, comme capable de désunir les patriotes.

Jean Baptiste Loys (8) combat les principes de l'arrêté, en déclarant que, si la Société relègue les membres des Sociétés affiliées dans une tribune, c'est rompre les liens de la fraternité qui unissent tous les républicains français, et tendre au fédéralisme. Il fait voir aussi combien il serait dangereux d'exclure les membres de la Convention du sein de la Société.

Didier Thirion (9), député de la Moselle, appuie les principes des préopinants ; mais il demande la continuation de la lecture, afin que l'on connaisse le caractère moral et politique de Dubois-Crancé, comme l'un doit connaître celui de tous les fonctionnaires publics. Il fait sentir combien il est avantageux pour la Sociélé des Jacobins d'avoir dans son sein des membres de la Convention, afin de concerter avec eux les moyens de combattre les ennemis du peuple, et de recevoir d'eux les renseignements nécessaires sur la manière de se conduire entre les diverses factions et d'en triompher ; il appuie ses réflexions en rappelant que la faction Brissot n'a été terrassée que par l'union et l'accord parfait des Montagnards et des Jacobins.

Dufourny fait observer que les préopinants n'ont pas entendu le sens des expressions de Dubois-Crancé, et qu'il ne parle que des fonctionnaires publics, agents du Conseil exécutif. Il prétend que cette lettre ne doit être regardée que comme un considérant, qui sert d'avertissement sur les dangers dont on est environné.

Il continue la lecture de l'arrêté, qui se termine ainsi :

4° La tribune de la Société sera ouverte à tous les membres des Sociétés affiliées, qui pourront présenter leurs idées, comme ceux de la Société même.
Sont considérés comme fonctionnaires publics les agents du Conseil exécutif, les juges, les administrateurs. »

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Marie Joseph Lequinio [de Kerblay] (Sarzeau, Morbihan, 15 mars 1755-20 août 1812, Edgefield, Caroline du Sud, États-Unis), député du Nord, puis député du Morbihan, représentant en mission dans l’Oise et l’Aisne en août 1793, où il multiplie les arrestations d'aristocrates, puis représentant en mission en Charente-Inférieure, où il s'occupe de la réorganisation des ports de La Rochelle et de Rochefort, puis de la déchristianisation, puis l'établissement d'une commission révolutionnaire à La Rochelle le 23 septembre 1793, occasion à laquelle il se distingue à l'endroit des Vendéens par des mesures de répression particulièrement violentes. Dénoncé ensuite par les habitants de Rochefort, il se cache jusqu’à l’amnistie votée par la Convention le 26 octobre 1795. Devenu un temps inspecteur forestier à Valenciennes, puis arrêté le 24 décembre 1800 en rapport avec l’attentat de Saint-Nicaise, il est nommé le 29 novembre 1801 par Napoléon, qui souhaite ainsi s'en débarrasser, vice-consul de France à Newport, USA. Marié à Jeanne Odette de Lévis Mirepoix, l'une des filles du dernier seigneur de Mirepoix, il mène avec elle aux États-Unis une vie dont on ne sait pas grand chose. Il meurt à Edgefield le 20 août 1812. Pour plus de précisions concernant la vie de Marie Joseph Lequinio [de Kerblay], cf. Christine Belcikowski, Une histoire dérangeante. Quand un buveur de sang épouse une ci-devant.

Lequinio demande le renvoi de cette pièce au Comité de salut public.

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René François Dumas, dit Dumas le rouge [à cause de la couleur de ses cheveux] (1753-28 juillet 1794, guillotiné), maire de Lons-le-Saunier du 20 mars au 13 novembre 1791, nommé vice-président du Tribunal révolutionnaire en août 1793, puis président le 8 avril 1794, trois jours après l’exécution de Danton et de Desmoulins, en remplacement de Martial Herman (1759-7 mai 1795,guillotiné), nommé alors ministre de l'Intérieur.

René François Dumas, vice-président du Tribunal révolutionnaire, dit que les principes de Dubois-Crancé tendent à la dissolution de la Société ; que, la base et le but de l'institution de la Société étant de former un faisceau de lumières et un centre de fraternité, on doit accueillir les lumières, de quelque partie de la République qu'elles viennent. C'est dans la Société des Jacobins que les fonctionnaires publics viennent apprendre les principes qui doivent diriger leur conduite et recevoir un véhicule qui les élève à la hauteur de leurs fonctions. Il déclare que l'opinion de Dubois-Crancé a été méditée avec perfidie ou dans le dernier degré d'aveuglement. Il demande l'improbation.

La Société arrête l'ordre du jour, l'improbation et l'envoi au Comité de salut public de l'opinion de Dubois-Crancé. [...].

3 avril. Au Tribunal criminel révolutionnaire

La matinée du 3 avril est consacrée à la déposition de Pierre Joseph Cambon, président de la Commission des finances de la Convention, seul et unique témoin convoqué dans l'affaire du faux commis à l'occasion de la rédaction du projet de décret relatif à la liquidation de la Compagnie des Indes, co-signataire dudit projet de décret.

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Pierre Joseph Cambon (1756-1820), négociant en toiles, député de l'Hérault, président de la Comission des finances de la Convention, membre du Comité de salut public du 6 septembre 1793 au 1er septembre 1794.

« Fabre est le premier interpellé et il réclame aussitôt communication des originaux constituant le corps du délit qui le concerne, déclarant qu'il ne répondra à aucune question avant que la représentation indispensable des pièces à conviction lui ait été accordée.

Le président refuse, alléguant à l'accusé qu'il lui suffit de reconnaître ou de désavouer les changements et altérations qui ont été constatés.

Fabre désavoue. Il ne semble pas qu'il ait eu le temps de donner lecture du Précis apologétique (10) qu'il avait pris soin de rédiger en prison, ni même qu'il ait eu seulement la force de se défendre.

D'après une note du juré François Jean Baptiste Topino-Lebrun (11), Hérault de Séchelles aurait reconnu à cette occasion « qu'ayant demandé à Basire s'il savait quelque chose de toutes ces intrigues, celui-ci lui avait répondu que sous peu cela s'éclaircirait. Il aurait ajouté que Dufourny et Lulier étaient beaucoup plus propres que lui à renseigner le Tribunal sur les sollicitations faites en faveur de la Compagnie des Indes. »

Cambon rappele qu'en représailles de la dépréciation que l'agiotage anglais faisait subir à notre papier [monnaie], on a proposé à la Convention de s'emparer des biens que les étrangers possédaient en France. Il fait observer que l'ennemi seul a profité de cette mesure, qui n'a rapporté à l'État que cinq cent mille livres, et qui nous a ôté tous nos moyens de commerce à l'extérieur. Il rappele que Hébert a fait la motion du maximum (12), Dufourny et Lulier celle sur les biens des étrangers, et que, dans l'un et l'autre cas, l'Assemblée, entraînée, a forcé la main au Comité des finances. Il ajoute que ses soupçons se sont portés sur Delaunay, qui se voyait avec Lullier pour les affaires de finance.

Dans l'après-midi du 3 avril 1794, à l'occasion de sa propre défense, Danton témoigne à décharge en faveur de Fabre d'Églantine, qui, comme Camille Desmoulins, a été son collaborateur du 10 août au 9 octobre 1792, i.e. du temps où lui, Danton, était ministre de la Justice. On relève ainsi passim dans le feu de son discours diverses mentions relatives aux qualités et aux bons services de Fabre d'Églantine :

« J'ai présenté à la Convention nationale, Fabre, comme un homme adroit. J'ai annoncé Fabre, comme l'auteur du Philinte (13), et réunissant des talents. »

« J'ai laissé à Fabre la disposition de toutes les sommes dont un secrétaire a besoin pour déployer toute son âme, et en cela je n'ai rien fait que de licite. »

« Je crois encore Fabre bon citoyen. Il n'est pas à ma connaissance que Fabre préchât le fédéralisme. »

« On me reproche encore d'avoir eu des entretiens particuliers avec Dumouriez, de lui avoir juré une amitié éternelle, et ce, au moment de ses trahisons ? À ces faits ma réponse est facile : Dumouriez avait la vanité de se faire passer pour général ; lors de la victoire de Sainte-Ménehould, je n'étais pas d'avis qu'il repassàt la Marne, et c'est à ce sujet que je lui envoyai Fabre en ambassade, avec recommandation expresse de caresser l'amour-propre de cet orgueilleux. Je dis donc à Fabre de persuader à Dumouriez qu'il serait généralissime, et à Kellermann qu'il serait nommé maréchal de France. » (14)

4 avril 1794. Au Tribunal criminel révolutionnaire

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Paris, 20 janvier 1794, enregistrement de la carte de sûreté de Lulier Louis Marie, agent national, né à Paris, domicilié rue de la Grande-Truanderie n° 20, précédent domicile rue du Petit-Lion. Archives nationales F-7-4787.

Le 4 avril 1794, la séance commence avec l'interrogatoire de Louis Marie Lulier, accusé de complicité dans l'affaire Delaunay et consorts. D'après le Bulletin révolutionnaire, « Lulier, interpellé par le président sur ses relations avec le baron de Batz et Delaunay d'Angers, ainsi que sur leurs opérations en matière de finance, proteste de la pureté de sa conduite et de son dévouement à la Révolution. Il assure n'avoir eu de liaisons ni avec de Batz, ni avec Benoît d'Angers, ni avec Delaunay ; puis, sur les affirmations contradictoires de celui-ci, il répond d'une manière évasive et embarrassée ». (15)

Quant à l'accusation d'avoir donné rendez-vous à la femme Chemineau pour lui faciliter la preuve de sa résidence en France et détruire ainsi les préventions d'émigration existant contre elle (16), Lulier se trouve accablé par Hérault de Séchelles, qui nie, quant à lui, avoir jamais rien su de la femme Chemineau ni du rendez-vous en question. Lulier, une fois encore, semble gravement compromis dans l'affaire.

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Arthur Dillon, comte de Dillon (Bray Wick, Irlande, 1750-13 avril 1794, Paris, guillotiné), entré dans la carrière militaire à l'âge de 15 ans, il fait d'abord carrière en Amérique, dans le cadre de la guerre d’indépendance des colonies britanniques. Le 25 avril 1782, après avoir brillamment participé à la conquête de la Grenade et au siège de Savannah, il est nommé gouverneur de Tobago. Élu en 1789 député de la Martinique, il défend surtout aux États généraux les intérêts des colonies. Nommé lieutenant général le 13 janvier 1792, il commande l'aile gauche de l'armée du Nord. Après le 10 août 1792, il est inquiété pour avoir fait prêter à ses troupes le serment de fidélité à la loi et au roi. Placé ensuite sous les ordres de Dumouriez, il dirige l’avant-garde de l'armée du Centre et contribue à la défaite des Prussiens en Champagne. Mais il se trouve dénoncé par l'espion Alexandre Laflotte (17) pour avoir écrit au prince de Hesse-Cassel afin de l'engager à regagner l'Allemagne. Le 23 janvier 1793, il propose à la Convention un plan d'invasion de l'Angleterre par l'Irlande. Mais il se trouve dénoncé cette fois-ci à l'instigation de l'espion anglais Charles Marien Somers, et au prétexte que le nom de Dillon — au vrai, celui d'un abbé homonyme — figure dans une lettre, dite « Lettre anglaise », découverte dans un portefeuille perdu à Lille par un agent de l'Angleterre. Ami d'Arthur Dillon, Camille Desmoulins invite la Convention à lui faire justice. Mais, sur ordre de Bertrand Barère, alors rapporteur du Comité de salut public et chargé du suivi des affaires diplomatiques, Arthur Dillon est arrêté et enfermé à la prison du Luxembourg...

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Jacques Guillaume Thouret (1746-22 avril 1794, guillotiné), député de Rouen aux États généraux et à l'Assemblée constituante.

Le même 4 avril 1794, un administrateur du département de police, annonce que, d'après une dénonciation faite par ledit Alexandre Laflotte, détenu à la prison du Luxembourg depuis six jours, une conspiration se serait préparée dans ladite prison. Des confidences obtenues par Laflotte auprès du général Dillon, détenu lui aussi au Luxembourg, il ressortirait que 1° Arthur Dillon, Philibert Simond (18), Jacques Guillaume Thouret (19), et autres détenus, projetaient de « rétablir la liberté qu'ils disaient perdue » ; que 2° Dillon était porteur d'une lettre pour la femme de Camille Desmoulins ; que 3° comme révélé par la lecture de ladite lettre, Lucile Desmoulins mettait à la disposition de Dillon mille écus, « à l'effet de pouvoir envoyer du monde autour du Tribunal révolutionnaire... »

Dans l'après-midi du 4 avril, sur ordre des membres du Comité de salut public et du Comité de sûreté générale, la citoyenne Anne Lucile Philippe Duplessis, épouse de Benoît Camille Desmoulins, est arrêtée et incarcérée à la prison Sainte-Pélagie.

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Lucile Desmoulins, Horace Camille Desmoulins et Camille Desmoulins en 1792 ; portrait de famille attribué à Jacques Louis David, Château de Versailles.

Le soir du même 4 avril, à la tribune de la Convention, Saint-Just profère un discours fulminant contre Danton, Fabre d'Églantine et consorts, qui s'obstinent à réclamer de pouvoir produire leurs propres témoins ainsi que d'être jugés sur des preuves tangibles, et qui tombent par là sous le coup d'un nouveau chef d'accusation, à savoir celui de « rébellion contre le Tribunal ».

Saint-Just, au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale

« L'Accusateur public du Tribunal révolutionnaire nous a mandé que la révolte des coupables avait fait suspendre les débats de la justice jusqu'à ce que la Convention ait pris des mesures. Vous avez échappé au danger le plus grand qui jamais ait menacé la liberté : maintenant tous les complices sont découverts, et la révolte des criminels aux pieds de la justice même, intimidés par la loi, explique le secret de leur conscience ; leur désespoir, leur fureur, tout annonce que la bonhomie qu'ils faisaient paraître, était le piège le plus hypocrite qui ait été tendu à la Révolution.

Quel innocent s'est jamais révolté devant la loi ? Il ne faut plus d'autres preuves de leurs attentats que leur audace.

Quoi ! ceux que nous avons accusés d'avoir été les complices de Dumouriez et de d'Orléans, ceux qui n'ont fait une révolution qu'en faveur d'une dynastie nouvelle ; ceux-là qui ont conspiré pour le malheur et l'esclavage du peuple mettent le comble à leur infamie !

S'il est ici des hommes véritablement amis de la liberté, si l'énergie qui convient à ceux qui ont entrepris d'affranchir leur pays est dans leur cœur, vous verrez qu'il n'y a plus de conspirateurs cachés à punir, mais des conspirateurs à front découvert, qui, comptant sur l'aristocratie avec laquelle ils ont marché depuis plusieurs années, appellent sur le peuple la vengeance du crime.

Non, la liberté ne reculera pas devant ses ennemis; leur coalition est découverte. Dillon, qui ordonna à son armée de marcher sur Paris, a déclaré que la femme de Desmoulins avait touché de l'argent pour exciter un mouvement pour assassiner les patriotes et le Tribunal révolutionnaire. Nous vous remercions de nous avoir placé au poste de l'honneur ; comme vous, nous couvrirons la patrie de nos corps.

Mourir n'est rien, pourvu que la Révolution triomphe ; voilà le jour de gloire ; voilà le jour où le Sénat romain lutta contre Catilina ; voilà le jour de consolider pour jamais la liberté publique. Vos comités vous répondent d'une surveillance héroïque. Qui peut vous refuser sa vénération dans ce moment terrible où vous combattez pour la dernière fois contre la faction qui fut indulgente pour vos ennemis, et qui aujourd'hui retrouve sa fureur pour combattre la liberté ?

Vos comités estiment peu la vie ; ils font cas de l'honneur. Peuple, tu triompheras ; mais puisse cette expérience te faire aimer la Révolution par les périls auxquels elle expose tes amis.

Il était sans exemple que la justice eut été insultée ; et si elle le fut, ce n'a jamais été que par des émigrés insensés, prophétisant la tyrannie. Eh bien, les nouveaux conspirateurs ont récusé la conscience publique. Que faut-il de plus pour achever de nous convaincre de leurs attentats ? Les malheureux ! ils avouent leur crime, en résistant aux lois. Il n'y a que les criminels que l'équité terrible épouvante. Combien étaient-ils dangereux tous ceux qui, sous des formes simples, cachaient leurs complots et leur audace ! En ce moment, on conspire dans les prisons en leur faveur, en ce moment l'aristocratie se remue.

Est-ce par privilège que les accusés se montrent insolents ? Qu'on rappelle donc le tyran, Custine et Brissot du tombeau ; car ils n'ont point joui du privilège épouvantable d'insulter leurs juges.

Dans le péril de la patrie, dans le degré de majesté où vous a placés le peuple, marquez la distance qui vous sépare des coupables ; c'est dans ces vues que vos comités vous proposent le décret suivant :

La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités de Salut public et de Sûreté générale, décrète que le Tribunal révolutionnaire continuera l'instruction relative à la conjuration de Lacroix, Danton, Chabot et autres ; et que le président emploiera tous les moyens que la loi lui donne pour faire respecter son autorité et celle du Tribunal révolutionnaire, et pour réprimer toute tentative de la part des accusés pour troubler la tranquillité publique, et entraver la marche de la justice ;

Décrète que tout prévenu de conspiration, qui résistera ou insultera à la justice nationale, sera mis hors des débats sur le champ. (20)

La Convention adopte à l'unanimité le décret proposé par Saint-Just.

5 avril 1794. Au Tribunal criminel révolutionnaire

Dans la matinée du 5 avril 1794, au Tribunal criminel révolutionnaire, l'accusateur public rend compte des « tentatives faites dans les prisons par le général Dillon, pour mettre les détenus en insurrection, ainsi que des sommes répandues dans le public pour sauver les accusés ». Lorsqu'il entend prononcer le nom de Lucile, Camille Desmoulins s'écrie : « Les scélérats ! non contents de m'assassiner, ils veulent encore assassiner ma femme !... »

L'accusateur public invite le greffier à donner lecture du décret rendu la veille par la Convention, et qui met hors des débats tout accusé qui ne respecterait pas la justice. Suite à une ultime protestation de Danton, il déclare aux prévenus qu'il a une foule de témoins à produire contre eux, et qui tous tendent à les confondre, mais qu'en se conformant aux ordres de l'Assemblée, il s'abstient de faire entendre tous ces témoins, et qu'eux, accusés, ne doivent point compter faire entendre les leurs...

Après avoir interrogé pour la forme Junius et Emmanuel Frey, les deux beaux-frères de François Chabot, le président donne lecture du décret du 7 brumaire an II, qui autorise le Tribunal à demander au jury s'il est suffisamment éclairé, quand une affaire a duré plus de trois jours, et il invite les jurés à faire leur déclaration à cet égard. Ceux-ci se retirent pour délibérer, et rentrent, après un temps assez long, pour déclarer qu'ils sont suffisamment instruits et en état de rendre leur verdict.
— Les jurés étant satisfaits, les débats sont clos, dit le président.

Le président soumet alors aux jurés les deux questions suivantes :
— Il a existé une conspiration tendant à rétablir la monarchie, à détruire la représentation nationale et le gouvernement républicain ; Lacroix, Danton, Desmoulins, Philippeaux, Hérault de Séchelles et Westermann sont-ils convaincus d'avoir trempé dans cette conspiration ?
– Il a existé une conspiration tendant à diffamer et à avilir la représentation nationale ; Fabre d'Eglantine, Delaunay d'Angers, Chabot, Basire, d'Espagnac, Gusman, Lullier, Junius Frey, Emmanuel Frey, et Diederichsen sont-ils convaincus d'avoir trempé dans cette conspiration ?

Le jury se retire pour délibérer, et, après être rentré dans la salle d'audience, il fait sa déclaration à haute voix et individuellement. Sa réponse est affirmative, et il rend un verdict de culpabilité pour tous les accusés, à l'exception de Louis Marie Lullier.

Il a existé une conspiration tendante à diffâmer et à avilir la représentation nationale, et à détruire, par la corruption, le gouvernement républicain...
« Philippe François Nazaire Fabre d'Églantine, homme de lettres, député à la Convention nationale, est convaincu d'avoir trafiqué de son opinion, comme représentant du peuple. »
« Louis Marie Lullier, homme de loi, agent national prés le département de Paris, n'est pas convaincu d'avoir trempé dans cette conspiration. »

À la fin de la matinée, l'accusateur public présente ses conclusions sur l'application de la peine ; le président rend l'ordonnance d'acquittement de Lullier, et, en l'absence des autres accusés, après que le Tribunal a opiné à haute voix, il prononce la sentence qui les condamne tous à la peine de mort, et ordonne que le jugement leur soit notifié entre les deux guichets de la prison.

L'arrêt est exécuté sur le champ. Des voitures attendent dans la cour de la Conciergerie, avec une force armée considérable, depuis longtemps apostée. Les accusés passent de la salle d'audience dans celle des condamnés, où le greffier leur lit le jugement, pendant que les aides-bourreaux les préparent au supplice. On rapporte que « Fabre d'Églantine, défaillant, soutenu par deux guichetiers, s'écria : "Ce n'est pas assez de m'assassiner, il faut dépouiller celui qu'on égorge". Et il ajouta : "Je proteste publiquement contre l'infâmie des scélérats du Comité qui m'ont volé une comédie étrangère à mon procès et qui la retiennent". Il s'agissait de la pièce intitulée L'Orange de Malte ». (21)

Les condamnés sont alors emmenés et guillotinés. Louis Pierre Dufourny se trouvait dans la foule qui a assisté à l'exécution.

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Danton et Camille Desmoulins, cheveux coupés, à l'échafaud. On ne trouve pas de représentation de la mort de Fabre d'Églantine, qu'on a dû porter à l'échafaud.

On ne sait rien des raisons qui ont motivé l'acquittement de Louis Marie Lulier. Les pièces relatives cet acquittement et les procès-verbaux relatifs à différents séquestres de biens d'émigrés, papiers que Lulier avait conservés et qui avaient saisis chez lui après son arrestation, ont opportunément disparu.

5 avril 1794. Au club des Jacobins

Le soir du même 5 avril 1794, au club des Jacobins, alors qu'on vient de guillotiner sur la place de la Révolution [ancienne place Louis XV, aujourd'hui place de la Concorde] Pierre François Nazaire Fabre d'Eglantine ; Joseph Delaunay d'Angers ; François Chabot ; Benoît Camille Desmoulins ; Jean François Delacroix ; Pierre Nicolas Philippeaux ; Claude Basire ; Marie Jean Hérault de Séchelles ; Georges Jacques Danton ; René d'Espagnac ; André Marie Gusmann ; Emmanuel Frez [sic ; au vrai David Dobruška, alias Immanuel Nepomuk von Schönfeld, alias Emmanuel Frey], beau-frère de François Chabot ; Junius Eschine Portoek [sic ; au vrai Moses Dobruška, alias Franz Thomas von Schönfeld, alias Junius Frey], beau-frère de François Chabot ; Jean Frédéric Chietrick [sic ; au vrai, Jean Frédéric Diederichsen], avocat, agent du Danemark, secrétaire des frères Frey (22) ; ce même 5 avril donc, au club des Jacobins, Louis Pierre Dufourny se trouve dénoncé par Vadier, puis par Robespierre lui-même.

VADIER. — Je demande la parole pour faire connaître un fait relatif à un individu qui avait paru jusqu'ici patriote. M'étant trouvé dernièrement dans l'anti-salle du Tribunal révolutionnaire, j'y vis Dufourny, avec lequel je m'entretins sur l'affaire de Danton et des conjurés ; il me dit qu'il n'y avait aucune preuve à alléguer contre la conduite passée de Danton. J'ai été étrangement surpris de voir Dufourny douter des crimes de Danton, après son fameux voyage à Londres (23), après tous les faits consignés dans le rapport de Saint-Just. Je déclare que depuis longtemps j'observais Dufourny, et que je ne savais que penser de son assiduité opiniâtre au Comité de sûreté générale.

DUFOURNY. — Ayant été chargé d'une mission pour arrêter les gens suspects, j'étais obligé d'aller très souvent au Comité de sûreté générale pour lui faire part des découvertes que j'avais faites. Étant à la poursuite de Proli et des Frey, je ne pouvais pas m'exempter d'avoir des relations avec ceux qui les fréquentaient, et c'est pour cette raison que je parlai à Fabre d'Églantine, qui me parut un intrigant souple et adroit. Si je l'ai fréquenté, c'est parce que je cherchais à découvrir quelques indices de la conspiration de Proli et autres.

Vadier affirme qu'il n'y a pas deux mois que Dufourny était attaché très assidûment au Comité de sûreté générale. Il présente quelques observations sur les indices que Dufourny dit avoir donnés au Comité et rappelle que l'une de ces pièces était un écrit de Phillippeaux, qui ne servit à rien.

Dufourny répond qu'il était obligé de donner toutes les pièces, même celles qui venaient de la part de Philippeaux.

Un membre annonce que Dufourny a dit au Tribunal qu'il n'y avait aucun fait plausible contre Danton, tandis qu'il était constant que Barère, membre du Comité de salut public, avait été du Club des Feuillants.

Une citoyenne des tribunes rapporte que Dufourny lui a dit au Tribunal, en parlant du rapport de Saint-Just : « De quoi se mêle Saint-Just ? Il ne lui appartient pas de juger personne. »

Un citoyen des tribunes rapporte que, s'étant trouvé sur la place de la Révolution, lorsque l'on venait de guillotiner quatre individus, plusieurs citoyens dirent entre eux : « Voilà quatre scélérats de moins ! » Et qu'alors Dufourny répliqua : « Qu'en savez-vous ? Il est si facile de perdre un homme ! »

Dufourny nie formellement ce dernier fait. II répond à la citoyenne qui l'a dénoncé que, n'ayant pas assisté aux délibérations du Tribunal, il ne savait pas quelles preuves on citait pour constater les crimes des accusés, et que, dans cette idée, il demandait que l'on daignât attendre les éclaircissements nécessaires pour pouvoir prononcer sur leur compte. Il prétend avoir dit à la citoyenne que le rapport du Comité de salut public n'était pas suffisant pour juger, que la Convention ne voulait pas, en décrétant d'accusation un individu, faire naître contre lui un préjugé défavorable, et qu'il fallait attendre la décision du Tribunal.

Quant au reproche qui lui est fait relativement à Barère, il répond qu'il a pu dire que Barère avait été du Club des Feuillants, puisque le fait est vrai.

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M.M.J. Roberspierre [sic], « chef du Comité de salut public », par Jean Urbain Guérin (1760-1836), dessinateur, et Johann Joseph Neidl (1776-1832), graveur, Augsbourg, 1794.

ROBESPIERRE. — « Je suis loin de vouloir faire un crime de l'opinion que l'on peut avoir sur un individu. Je ne veux pas douter de la probité d'un homme, quand elle est aussi bien attestée que celle de Dufourny est attestée par lui-même. Je laisse de côté toutes ces choses pour ne vous parler que de l'ensemble de la conduite de Dufourny. Il fréquentait, il n'y a pas longtemps, le Comité de sûreté générale ; jadis c'était le Comité de salut public. Il assistait à toutes les délibérations, il ne pouvait pas manquer à une séance ; c'est une preuve de son zèle excessif pour le bien public ! Il avait pour prétexte sa qualité de président au département de Paris. Il y avait une telle affectation dans ses assiduités que je lui dis : "Vous assistez trop régulièrement à nos délibérations ; il me semble que votre premier devoir serait de faire mettre en arrestation tous les aristocrates qui nous entourent". Il n'y avait pas alors d'autorité qui pût les arrêter autre que le département de Paris. Toujours ils furent tranquilles ; toujours Paris fut cerné par eux ; ils affluaient dans tous les lieux voisins de cette commune. Le président du Département, malgré son patriotisme et sa probité, a donc alors oublié le premier de ses devoirs, celui de dissiper les rassemblements.

Fabre d'Églantine jouait une comédie auprès des Comités. Le métier de cet habile fourbe était de faire de petites dénonciations contre de petits conspirateurs, avec lesquels il s'entendait, mais qu'il dénonçait our faire ignorer ses sentiments. Il trouvait ensuite par ses fourberies le moyen d'embrouiller les faits de manière que la dénonciation était nulle. Je suis fâché qu'un homme probe comme Dufourny ait été le second d'un pareil intrigant.

Le jour où je dénonçai ici Fabre d'Églantine, où je traçai ici l'esquisse de son caractère odieux, Dufourny ne put pas s'empêcher de dire que j'avais été engagé par quelque intrigant à faire cette dénonciation ; cependant il était reconnu dès lors que Fabre d'Églantine était un fripon. Le même esprit qui portait Dufourny à repousser les premiers traits de lumière jetés sur Fabre d'Églantine lui dicta la conduite qu'il a tenue quand cet intrigant a été conduit au Tribunal ; je ne dirai pas que ce fut ce même esprit qui engagea Dufourny à mendier la faculté de déposer dans celte affaire ; je ne dirai pas que c'était cet esprit qui le rendait si assidu aux séances du Tribunal, et qui provoquait de sa part des mouvements en faveur des prévenus ; je ne rappellerai pas qu'au Club électoral il dirigea des calomnies obliques contre les Jacobins et contre la Convention elle-même.

Croit-il nous donner le change en disant que la Convention ne veut pas que ceux qu'elle envoie au Tribunal ne puissent pas se faire reconnaître innocents ? N'est-ce pas assez d'avoir dit au milieu du peuple, en parlant des prévenus : "Il faut des preuves ?" C'est-à-dire que c'est sans preuves que la Convention envoie des hommes au Tribunal révolutionnaire !

Dufourny interrompt par quelques paroles.

ROBESPIERRE. — Rappelle-toi que Chabot, que Ronsin furent impudents comme toi, et que l'impudence est le caractère hideux que l'on voit imprimé sur le front du crime.

Et le calme ! répond Dufourny.

— Le calme, continue Robespierre, n'est pas dans ton âme. Je prendrai toutes tes paroles pour le dévoiler aux yeux du peuple ; je lui ferai voir que chacune d'elle est dite à contresens, et que par conséquent elles ne peuvent pas venir d'une âme pure. Le calme ! les conjurés ne font que l'invoquer ; ils voudraient jeter dans nos coeurs un calme et un assoupissement profonds, mais ils n'obtiendront pas ce calme qu'ils désirent ; ils ne parviendront pas non plus à troubler la paix de nos âmes. Quoi ! tandis que le peuple demande justice de ses ennemis et de ses assassins, quand les représentants ont la consolation de le sauver du péril, un homme ose prendre leur défense !

Quand les crimes des conspirateurs sont écrits avec le sang du peuple ; quand la Belgique, encore fumante de carnage, atteste la trahison ; quand les coeurs indignés sont convaincus de tant de scélératesses, dont les stupides seuls peuvent douter, un homme ose demander où sont les preuves ! C'est-à-dire que les républicains ne savent pas rendre justice, que la Convention et le Tribunal révolutionnaire égorgent des innocents ! Tu crois nous donner le change par un lieu commun, perfide ! Tu oses nous observer que la Convention n'accuse pas pour interdire à l'accusé la faculté de se justifier. Tous les ennemis de la liberté ont fait ces observations ; je crois que tout le monde est convaincu de tes intentions en les faisant. Tu as été l'ami de Fabre d'Églantine ; tu t'es agité pour le sauver, pour égarer les citoyens qui devaient le juger, pour diviser l'opinion publique sur le compte de cet intrigant. Tu as fait souvent des motions malignes ; tu as brigué toutes les places, et il était impossible de t'en arracher aucune ; et quand celle de président te fut enlevée, tu te déclaras l'ennemi des Comités. Tu as cru imposer en te donnant un air d'opiniâtreté ; tu as défendu ton opinion avec indécence, et tu croyais être assez excusé par cette même opiniâtreté. Tu t'es supposé une maladie, afin d'excuser tes démarches nocturnes. Fabre d'Églantine et Danton faisaient de même ; tous deux ils croyaient nous fermer les yeux en parlant de leur mauvais tempérament. Il n'est pas un homme malintentionné qui ne se soit prêté quelque défaut physique ou moral pour servir d'excuse contre ses torts ; voilà ton portrait.

Quelle est cette correspondance dont tu as fait part à la Société ? Qu'on se rappelle que tu voulais lui faire adopter une opinion contre-révolutionnaire, une opinion qui tendait à exclure du sein de la Société les fonctionnaires publics et membres des Sociétés affiliées. Il était évident que, les Sociétés étant isolées, elles devenaient impuissantes, et que celle-ci était paralysée. Il n'y avait plus alors de barrière contre le fédéralisme. Il résultait aussi de cetle opinion que les fonctionnaires publics perdaient le droit le plus cher aux citoyens, celui de contribuer de leurs lumières au salut de la patrie, et qu'un patriote délicat n'aurait jamais voulu recevoir une fonction publique pour ne pas perdre le droit de citoyen ; voilà tes principes. Autant tu fus indulgent envers les ennemis de la liberté, autant tu fus actif à calomnier ses amis.

La journée du 31 mai a sans contredit sauvé la patrie ; c'est pour cela que Danton voulut se venger d'Hanriot, qui avait écarté les dangers qui environnaient la Convention ; c'est pour cela que Danton, Hérault de Séchelles, Delacroix voulurent le faire arrêter, afin de faire tourner l'insurrection contre le peuple. Toi, tu as fait la même chose. À la réunion du 10 août, époque critique à laquelle nous étions environnés d'ennemis, il était question de rallier tous les départements autour de la Convention. Le commandant de Paris [François Hanriot] donnait alors des repas fraternels à nos frères qui étaient venus, de toutes les parties de la République, pour resserrer les liens d'amitié qui unissent les bons Français ; dans la maison qui avait été donnée à Hanriot pour faire ce repas il se trouva quelques bouteilles de vin appartenant à des émigrés, et les fédérés en burent. Dufourny voulut flétrir cette époque de la Révolution et faire de cette action un chef d'accusation contre le commandant, afin de faire dire aux aristocrates qu'Hanriot était un voleur (24). Au 31 mai, Dufourny s'était introduit dans le Comité d'insurrection ; quand il vit que le mouvement populaire réussissait, il se retira du Comité et chercha les moyens de le rendre impuissant. Dufourny a été le colporteur et l'avocat des calomnies de nos ennemis ; on l'a vu assiéger le Tribunal révolutionnaire et demander à être entendu, afin de donner à la conjuration une tournure favorable. Je demande que la Sociélé prenne une mesure à l'égard de cet individu.

De nombreux applaudissements se font entendre.

Un membre fait la motion de chasser Dufourny et de le traduire au Comité de sûreté générale. Cette proposition est adoptée.

Séance levée à dix heures.

Le même 5 avril 1794, après que la séance du club des Jacobins a été levée à dix heures, Dufourny est arrêté chez lui par deux commissaires de la section de l’Arsenal, en vertu d'un ordre émanant du Comité de salut public et du Comité de sûreté générale, et portant les signatures de Billaud-Varenne, Élie Lacoste, Voulland, Lebas, Prieur, Vadier, Jogot, Carnot, Barère, Robespierre, Collot d'Herbois, Amar, Bayle, Louis du Bas-Rhin et Saint-Just. Les commissaires de la section de l'Arsenal font observer à Dufourny que « dans ses papiers ils ont trouvé « différents mémoires, lettres, notes et autres relatifs à différents justiciés et autres […] dont ils ont dressé le procès-verbal » et qu’ils les ont mis sous scellés. (25)

Dans le dossier d’arrestation de Dufourny en tant que prévenu de complicité avec Danton, on trouve une lettre d’un certain Delcloud, assigné lors du procès de Danton en tant que témoin à charge contre François Chabot, et qui se souvient d'avoir rencontré Dufourny à cette occasion.

Dufourny a dit à Delcloud « être assigné dans cette affaire, mais avoir à déposer à la fois à charge et à décharge ». À la question de Delcloud qui lui demandait « s’il se rappelait lorsqu’il passa au scrutin épuratoire des Jacobins, qu’il lui avait dit qu’il fut présenté par Danton et qu’il s’en glorifiait ». Dufourny a répondu « que c’était la vérité et qu’il s’en reconnaissait encore et que sa déposition dans cette affaire donnerait de grandes lumières ». Une fois la séance commencée, Dufourny est venu s’asseoir à côté de Delcloud. Comme Delcloud s'étonnait de ce que les accusés soient entrés dans la salle « d’un air insolent ». Dufourny lui a répondu « que l’homme Danton avait constamment montré du caractère ». Dufourny s'est trouvé demandé à la troisième séance par les accusés, notamment par Chabot. Mais le tribunal décide alors qu’aucun témoin ne sera entendu, « attendu leur ardeur continuelle dans les débats ». Dufourny entre ensuite dans le tribunal « en parlant assez fort » pour dire « qu’il ne conçoit pas comment on [Fouquier-Tinville, accusateur public] peut faire un rapport aux Comités de la Convention pour faire rendre des décrets de ? [mot illisible] concernant les accusés » [allusion à la journée du 4 avril 1794, durant laquelle Fouquier-Tinville demande à Saint-Just de faire décréter par la Convention la « mise hors des débats » des accusés du procès des Dantonistes et consorts]. Dufourny aurait dit aussi : « J’ai encore un grand espoir dans les jurés car il faut en convenir, ils peuvent sauver la France en sauvant trois hommes, Danton, Camille et Philipeaux ». « Tu ne tarderas pas à venir et ton tour viendra sans doute », aurait auguré Delacroix à l'intention de Dufourny. « L’on m’a dit, ajoute Delcloud, que […] Dufourny est allé parler à Lulier, lui a remis quelques papiers en lui recommandant d’en prendre soin et a ajouté "Vous me verrez bientôt ici si cela continue”. » (26)

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À la prison des Carmes, vue de l'escalier des massacres de Septembre.

Transféré de la prison Sainte-Pélagie à la prison des Carmes, Louis Pierre Dufourny y côtoie, entre autres, Louis Grégoire Deschamps-Destournelles (1744-1795), qui a été ministre des Finances du 13 juin 1793 au 20 avril 1794, accusé de « modérantisme » ; Pierre François Réal, juriste, accusateur du Tribunal extraordinaire à partir du 17 août 1792, puis second substitut du procureur général [Pierre Gaspard Chaumette] de la Commune de Paris de décembre 1792 à mars 1794, accusé de « brissotisme » ; Jean Charles Laveaux, journaliste, rédacteur en chef du Journal de la Montagne, arrêté par « mesure de sûreté générale ».

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De gauche à droite : Pierre François Réal (1757-1834) ; Jean Charles Laveaux (1749-1827).

12 avril 1794

Anne Lucile Philippe Duplessis, épouse de Benoît Camille Desmoulins, est guillotinée le 13 avril 1794, en même temps qu'Arthur Dillon ; Françoise Hébert, veuve de Jacques René Hébert, guillotiné le 24 mars précédent ; et Philibert Simon.

15 avril 1794

Le 15 avril 1794, Jean Baptiste Sambat épouse Marie Félicité Legeste, alias Madame Violette, un temps maîtresse de Fabre d'Églantine, divorcée du peintre miniaturiste Pierre Noël Violet depuis le 12 mars 1794. Ainsi finit la guerre que « cette nouvelle Hélène » - dixit Albert Mathiez — avait allumé en 1793 dans la petite société du café Corazza. Cf. Christine Belcikowski, Fabre d'Églantine, Louis Pierre Dufourny et Jean Baptiste Sambat au café Corazza.

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Jean Baptiste Sambat, Portrait de femme daté de 1791. D'après Henri Bouchot, in La miniature française. 1750-1825, Paris, Émile-Paul, 1910, p. 107, il pourrait s'agir de « l'épouse » du peintre, donc de ladite Madame Violette, qui vivait déjà avec Jean Baptiste Sambat avant de l'épouser, et qui lui avait donné une première fille, Marie Sambat, née le 15 mai 1791 (Paris Archives. 5Mi1 81. Vue 18).

5 mai 1794

Après son acquittement, Louis Marie Lulier demeure enfermé à la prison Sainte-Pélagie. Le 5 mai 1794, on le découvre suicidé dans sa cellule. « Il s'est ouvert les quatre veines avec un rasoir. » (27). Son nom se trouve mentionné une fois encore dans le dossier d'instruction du procès des chemises rouges, procès à l'issue duquel, le 17 juin 1794, cinquante-quatre personnes sont jugées, condamnées à mort par le Tribunal révolutionnaire, et exécutées, revêtues des chemises rouges distinctives des assassins, sans que leur culpabilité ait été formellement établie.

Le 5 juillet 1803, le préfet du département de la Seine demande à Claude Ambroise Régnier, alors ministre de la Justice, communication des papiers du citoyen Lulier, papiers qu'il suppose conservés aux archives des Comités de gouvernement de l'an II :

« Je suis informé que, pendant l'exercice du citoyen Lulier, ci-devant procureur syndic du Département de Paris, une quantité considérable de pouvoirs ont été donnés par lui à des commissaires de son choix, à l'effet d'apposer les séquestres chez différents particuliers. Ces commissaires étaient dans l'usage de faire leur rapports et de déposer leurs procès-verbaux ès mains du citoyen Lulier. ce dernier s'est suicidé. Tous les papiers qui avaient été en sa possession ont été transportés dans le Comité de sûreté générale, et il n'en reste aucune trace dans nos bureaux. Cependant, ces papiers pourraient me fournir des renseignements précieux... présume qu'il sera facile à votre excellence de faire suite à ma demande. etc. »

Réponse du Ministre :

« Le dossier de Lulier qui est aux archives n'est composé que de treize pièces qui sont ses pétitions pour obtenir sa liberté ; deux arrêtés du Comité de sûreté générale, dont l'un ordonne la remise de ses papiers et autres objets qui lui ont été enlevés ; et le procès-verbal qui constate qu'il s'est suicidé dans la prison de Sainte-Pélagie ; mais rien de relatif aux séquestres par ses ordres. » (28)

25 mai 1794

Le 25 mai 1794, Jean Baptiste Sambat, peintre miniaturiste, contrôleur des impositions, juré au Tribunal révolutionnaire, ami de Fabre d'Églantine et de Louis Pierre Dufourny, est incarcéré à la prison du Luxembourg, puis à l'ancien collège du Plessis, où il s'occupe à faire le portrait de ses co-détenus, dont celui du général Turreau et celui de Philippe Buonarroti. On ne connaît pas le motif exact de cette arrestation, sans douté relative aux liens que Jean Baptiste Sambat entretenait avec Fabre d'Églantine et Pierre Louis Dufourny. On ne trouve pas non plus la date de libération de Jean Baptiste Sambat. Celle-ci est probablement advenue après Thermidor.

31 juillet 1794

Dès le 31 juillet 1794, soit trois jours après la mort de Robespierre, au club des Jacobins, un membre déclare que deux bons patriotes ont été tout à la fois expulsés de la Société et mis en état d'arrestation. L'un est Dufourny, connu par son républicanisme ; l'autre est Laveaux, « qui a eu le malheur de faire un journal dans lequel il décelait par ses judicieuses réflexions plus de talents que Maximilien, et de monter une imprimerie trop voisine de celle du nommé Nicolas, autre sbire et valet du despote ». L'orateur demande des défenseurs officieux pour les deux opprimés.

Léonard Bourdon soutient que cette mesure ne suffit point, et que le soleil de demain ne doit pas éclairer la captivité de ces deux citoyens. Il propose de nommer des commissaires pour se rendre sur l'heure au Comité de salut public, à l'effet de lui demander l'élargissement de Dufourny et de Laveaux. Sa motion est adoptée.

5 août 1794

Le 5 août 1794, toujours au club des Jacobins, un membre prend la parole à l'effet d'inviter les commissaires, nommés pour presser l'élargissement de Dufourny et de Laveaux, de hâter leurs pas et leurs démarches à ce sujet, vu que ces deux citoyens ont des détails importants à communiquer sur la conspiration de Robespierre, et particulièrement Dufourny.

8 août 1794

Le 8 août 1794, désormais libéré et réintégré au club des Jacobins en même temps que Réal et Laveaux, le citoyen Dufourny, ainsi que les citoyens Lemarrans, Massieu, Tallien, Legendre (de Paris), Jaume, Boissel, Mittié et Devèze, avec les membres déjà nommés dans l'une des séances précédentes, sont admis pour former la commission épuratoire.

15 août 1794

Le 15 août 1794 au club des Jacobins, après que Pierre François Réal a longuement décrit le régime de la prison du Luxembourg, Louis Pierre Dufourny évoque à son tour le régime de la prison des Carmes.

Après avoir fait observer que le féroce Robespierre avait manqué à ses principes politiques en ne l'envoyant pas sur le champ au supplice, parce qu'il devenait chaque jour plus difficile de tenir les yeux du peuple fermés sur l'égorgement des patriotes, Dufourny ajoute que son entrée dans la prison fut un sujet de réjouissance pour les aristocrates et de désespoir pour les patriotes, les uns et les autres s'imaginant que la contre-révolution était une affaire terminée.

« Ainsi que Réal au Luxembourg, j'ai trouvé aux Carmes, dit Dufourny, de lâches coquins, de vils scélérats qui faisaient l'infâme métier d'espions. Je vous citerai un de ces abominables individus, qui nous fut expédié du Luxembourg même ; c'est le nommé Benoît. Il s'accrocha d'abord à Destournelles et à plusieurs autres patriotes qui frayaient avec lui ; mais ils reçurent ce monstre comme il le méritait. Cependant il parvint à former une vaste conspiration d'un projet fort ordinaire mis en avant par quelques détenus pour s'évader de la prison, et soudain une liste de quatre-vingts victimes fut dressée. L'administration de police divisa cette liste en deux parties, qui devaient, chacune à leur tour occuper le tribunal, et elle délibéra gravement si je serais, oui ou non, compris dans la première de ces listes. Malgré le vœu bien prononcé d'un nommé Farrau, administrateur, il fut décidé que je ne serais placé que dans la seconde. Heureuse décision, sans doute, puisque c'est à elle seule que je dois la vie, la révolution étant survenue dans l'intervalle du temps qui s'est écoulé entre le jugement des personnes comprises dans la première liste et le jugement qui devait intervenir sur celles porlées dans la seconde.

Mon plus grand bonheur est que Robespierre n'a pas signé cette dernière ; il n'en eut pas le temps ; le pressentiment de la chute de sa longue tyrannie et des événements terribles pour lui, qui de vaient en être la suite, l'avait déjà glacé de frayeur; il n'avait plus la faculté de se livrer à des objets particuliers. C'est ainsi qu'un concours de hasards fortunés m'a sauvé.

Parmi ceux qui se trouvaient portés sur la première liste, je comptai plusieurs scélérats qui avaient formé le complot de me dénoncer au Tribunal et de m'entraîner avec eux à la mort : je vous nommerai, deux de ces individus, Boucher d'Argis, et un abbé Debruges. Beauharnais eut connaissance de ce complot, mais en homme d'honneur, il les menaça fortement de découvrir leur turpitude et leur infâmie aux juges et aux jurés : cette menace n'empêcha pas Debruges de demander la parole contre moi ; mais, par une suite du despotisme très familier au président, celui-ci la lui refusa, refus qui certes n'aurait pas eu lieu, s'il eût su que c'était une dénonciation que l'on voulait faire contre moi. »

Pierre Louis Fufourny observe encore qu'il y avait aussi aux Carmes un geôlier très humain, très compatissant, mais qu'à l'instar de celui du Luxembourg, il fut la victime de sa probité, de sa sensibilité pour les malheureux ; à peine fut-il chassé qu'on le remplaça par un barbare, un exécrable bourreau.

Au surplus, dit Dufourny en finissant, j'ai communiqué au Comité de salut public beaucoup de faits relatifs à cet objet, et il m'est impossible de rien ajouter aux détails circonstanciés que vous a donnés Réal sur l'affreux régime des prisons du temps de la tyrannie. »

16 août 1794

Réal, par motion d'ordre, observe que le régime qui vient d'être anéanti a rempli les prisons d'une multitude de citoyens qui méritent de jouir de leur liberté. Il attire l'attention de la Société sur les Commissions populaires, et annonce que cette institution a été viciée par Robespierre, qui s'était réservé le droit d'en nommer tous les membres et les agents. Il fait sentir la nécessité de ramener cette institution à son véritable principe, en disant que la prison est une punition trop douce pour les coupables, et beaucoup trop affreuse pour les innocents. Il demande que ce grand objet soit soumis à la discussion.

Dufourny fait observer à Réal que les prisonniers doivent être divisés en trois classes : les coupables, les innocents et les gens suspects ; et que la prison n'étant pas destinée à être le séjour continuel des innocents et des coupables, est celui des gens suspects jusqu'à la paix.

18 août 1794

Le 18 août 1794, on débat au club des Jacobins du rétablissement - opportun ou inopportun — du droit à la liberté de la presse, ainsi que des moyens de garantir l'exercice d'un tel droit.

Dufourny fait observer que « le véritable objet de la discussion est de prouver que la liberté dont on parle est conciliable avec le gouvernement révolutionnaire ; ce qui ne peut faire, selon lui, la matière d'un doute raisonnable, puisque ce gouvernement a l'instruction pour base, au lieu que, toute autre espèce de gouvernement n'étant point fondé sur l'instruction, il s'ensuit qu'il est nécessairement arbitraire et tyrannique. »

20 août 1794

Le 20 août 1794, au club des Jacobins, on continue à débattre du droit à la liberté de la presse.

LAUGIER (29). — Si quelqu'un nous dit que la République a des lois suffisantes en faveur du droit qui est l'objet de la discussion, nous pourrons lui répondre que, si la liberté de la presse a existé jusqu'ici, ce n'est que dans la Déclaration des droits de l'homme. Mais que m'importe, à moi, que l'on ait mis en avant les grands principes, si un citoyen ne peut prendre la parole pour dire la vérité sans se voir exposé à monter sur l'échafaud ? Robespierre en mourant nous a-t-il laissé l'assurance qu'il n'y aurait plus après lui aucun tyran ? Ce ne sont pas les tyrans détruits que nous avons à combattre, mais ceux qui se présenteraient pour régner à leur place. [...].

Je pense qu'on ne doit pas laisser aux gouvernants le pouvoir de marchander les écrivains et d'acheter leurs écrits. Je demande que l'on exerce la plus sévère surveillance, et que tout auteur qui abusera de la liberté pour attaquer la Révolution, pour publier, par exemple, un plan de campagne, soit puni comme un consjurateur. Quant à tout ce qui regarde les actions et la conduite des membres du gouvernement, je demande pour les écrivains le règne de la liberté la plus indéfinie.

Dufourny relève une expression qui a échappé à Laugier ; il l'invite à ne jamais se servir du mot gouvernant, parce que les agents transitoires du gouvernement pourraient s'en servir comme d'un prétexte pour prolonger la durée de leurs .

23 août 1794

Le 23 août 1794, au club des Jacobins, Jean Baptiste Sambat, peintre miniaturiste, juré au Tribunal révolutionnaire, ami de Louis Pierre Dufourny (30), se plaint de ce que les aristocrates cherchent à faire apparaître le nouveau Tribunal révolutionnaire, sous la plume de certains journalistes, comme suspect de modérantisme, parce que ledit Tribunal, ne voulant plus, comme l'ancien, conduire à la mort de malheureuses victimes par charretées, juge désormais sur la question de fait, et non plus sur celle de l'intention.

Comme plusieurs membres du club déclarent que la rédaction des compte-rendus des jugements prononcés par le Tribunal ne ne les concerne pas, et qu'il appartient au Tribunal, seul, de s'en préoccuper, Dufourny intervient :

DUFOURNY. — « Sambat a agi comme un véritable Jacobin, qui a le droit de dénoncer ce qui intéresse la chose publique ; or, il importe essentiellement à la chose publique de savoir ce que nos ennemis disent du nouveau Tribunal révolutionnaire. Il est bon que l'on sache que ceux qui regrettent le tribunal de sang qui a été détruit, dirigent leurs calomnies et leur haine contre le nouveau, qui veut avoir le courage de sauver la patrie en punissant les conspirateurs et de défendre en même temps l'innocence. »

Dufourny revient ensuite sur la question de la liberté de la presse. Il s'étonne de ce que, dans la Convention, une discussion s'est élevée, non pour demander l'exercice de celte faculté, mais pour proposer des peines contre ceux qui la violeraient par des inculpations sourdes, et de ce qu'il n'est résulté de la discussion qu'un renvoi au Comité de législation pour présenter un projet de décret contre la calomnie.

Il déclare que ce n'est pas là le véritable état de la question, et qu'il s'agit de s'occuper de donner une garantie sûre à la liberté de la presse, au lieu de penser à établir des moyens de vengeance pour des injures personnelles. Il demande que les membres qui sont députés à la Convention prennent cet objet en considération pour faire tourner la discussion vers son véritable but, lorsqu'elle sera de nouveau entamée.

À l'optimisme de la volonté propre Louis Pierre Dufourny, Edmond Louis Alexis Dubois-Crancé oppose ici le pessimisme de la raison :

DUBOIS-CRANCÉ. — Je pense que l'on a voulu écarter la question plus que l'approfondir, et que, dès qu'il y aura une loi contre ceux qui calomnieraient le gouvernement, les tribunaux et les fonctionnaires publics, la liberté de la presse ne sera plus que le droit de flagorner les hommes en place. Je ne suis pas peu surpris de voir que l'on veut la restreindre au droit d'émettre son opinion sur des vérités purement philosophiques et ne pas laisser le pouvoir de parler sur la politique, sans l'assurance qu'on ne sera pas regardé comme contre-révolutionnaire pour avoir parlé contre le gouvernement.

Dans la Déclaration des Droits, la liberté est définie par le pouvoir de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui et qui ne contredit pas les lois. De même la liberté de la presse est, selon moi, le droit de s'exprimer sur ce qui ne nuit pas à l'ordre social ; or, exprimer sa pensée sur un gouvernement, sur les administrations et sur les fonctionnaires publics, ce n'est pas troubler l'ordre social ; c'est au contraire éviter les abus et prévenir les malheurs ; mais je regarde comme coupable un écrivain qui prêcherait le rétablissement de la royauté, de l'aristocratie et du fanatisme, parce que ces principes monstrueux, que là force du peuple a détruits, ne permettent pas d'établir une société dans laquelle on puisse trouver le bonheur.

Ce cas excepté, je déclare que le peuple a le pouvoir de se réserver le droit de juger ceux qu'il a nommés pour le gouverner.

Pierre François Réal renchérit sur le propos d'Edmond Louis Alexis Dubois-Crancé.

RÉAL. — M'étant trouvé à la Convention lors de la discussion sur la liberté de la presse et des opinions, ayant entendu là proposition faite d'établir une peine contre les calomniateurs, j'ai réfléchi que l'on ne semble considérer les Français que comme des hommes enchaînés, et auxquels on ne voulait pas rompre les chaînes sans se prémunir contre le mal qu'ils pourraient faire dès qu'ils seraient déchaînés. Il me paraît étrange qu'on ne s'occupe que des abus, et non des avantages très nombreux de la liberté de la presse. Je demande que la discussion s'établisse sur les moyens de donner une garantie solide à cette liberté, afin que, si l'énergie de la Convention venait à être tyrannisée, les écrivains eussent une ressource contre l'oppression. Toute limite ou restriction qui lui serait donnée conduit nécessairement à une tyrannie pareille à celle dont la France vient de sortir ; et si elle n'existe pas dans toute son étendue, j'aimerais mieux être à Constantinople qu'en France avec le gouvernement révolutionnaire. Si la liberté de la presse était en quelque circonstance incompatible avec le gouvernement révolutionnaire, il faudrait retrancher du gouvernement ce qui serait la cause de cette incompatibilité, pour laisser la liberté de la presse entière, parce que sans elle il n'y aura jamais de liberté.

26 août 1794

Le 26 août 1794, au club des Jacobins, Louis Pierre Dufourny s'inquiète de ce que l'actuelle proposition de faire nommer les membres des Comités révolutionnaires par le peuple ne favorise les menées du pouvoir thermidorien, qui entend, via l'entrisme et l'intrigue, retourner en sa faveur un peuple exténué, désorienté. La vraie question selon Dufourny, celle qui s'impose de la façon la plus urgente, c'est celle du rétablissement du peuple dans « le droit d'élire » directement ses représentants à la Convention nationale.

DUFOURNY — Je demande que l'on s'occupe des périls dont nous sommes menacés pour demain, et que je vais vous faire connaître.

Vous savez, continue Dufourny, que, tandis qu'un petit nombre d'hommes, effrayés de la Révolution qui s'est opérée, cherchent à faire renaître les mesures exagérées qui ont été employées par la tyrannie, et qui tenaient à ce qu'il y a de plus atroce, d'autres cherchent à diminuer et à affaiblir cette même Révolution en attirant le reproche de modérantisme sur les patriotes qui veulent la faire tourner à l'avantage de la liberté ; d'autres enfin pratiquent des manœuvres pour en faire perdre le fruit ; des propositions dangereuses ont été faites à la Société de l'Évêché (31), et demain l'on doit délibérer sur cette question : rétablira-t-on le peuple dans le droit d'élire ?

Ce n'était pas une proposition isolée que celle qui fut faite par Châles (32) à la Convention, de faire nommer les Comités révolutionnaires par le peuple. Des hommes ont tramé pour que, dans les départements et dans les Sociétés populaires, elle fût présentée à la même époque. Demain elle se fera dans les sections de Paris ; il est important que les bons citoyens qui sont ici en soient instruits, pour qu'ils puissent s'opposer à une pareille insurrection et la faire manquer.

Nous savons combien les hommes qui affectent d'avoir à la bouche les grands mots d'intérêt du peuple ont le désir d'aller petit à petit : depuis la nomination des Comités révolutionnaires par le peuple jusqu'au renouvellement de la Convention.

Nous savons à quel point ce système flatte surtout les scélérats, qui, après avoir couvé longtemps leur vengeance, n'attendent que le moment de la faire éclater contre les patriotes. Peut-être est-ce le propre de la nation française que les révolutions qui s'opèrent dans son sein ne puissent se terminer qu'après beaucoup d'oscillations et de mouvements contraires.

Lorsqu'on est tombé dans un excès, on est disposé à remonter aussitôt vers l'excès opposé. C'est à la prudence à diriger notre mobilité ; c'est à notre sagesse à nous empêcher aussi de nous précipiter d'un excès dans un autre. Nous devons considérer que, si la Convention a été faible, c'est notre faute ; gardons-nous de lui reprocher son long sommeil, puisqu'alors les Jacobins étaient eux-mêmes plongés dans une profonde léthargie. Considérons aussi l'état dans lequel se trouve la Société, et qui n'est autre chose qu'un extrait de la situation de Paris. Sous le tyran, la terreur s'était emparée de tout le monde, et certes il nous est impossible de dire en ce moment que cet état d'inertie et de compression soit tout à fait passé. Ceux qui sont encore saisis d'effroi pourront bien n'avoir pas demain l'énergie suffisante pour combattre dans les sections la proposition insidieuse qui leur sera présentée. Je demande qu'elle soit soumise aujourd'hui à la discussion. »

Réal prend la parole pour démontrer le danger d'une pareille mesure. Il prouve qu'elle ramène au despotisme, et qu'insensiblement l'aristocratie voudra en venir bientôt jusqu'à demander la convocation des assemblées primaires. Il déclare que les départements voudront avoir autant de droits que Paris, et que, comme il n'y aura plus qu'un Comité révolutionnaire par district, il faudra convoquer les assemblées primaires, pour que tout le peuple participe à l'élection. Après avoir combattu les brigands qui se montrent toujours quand une révolution vient de s'opérer, Réal fait lecture du projet d'adresse que la section du Muséum doit proposer aux autres sections pour la présenter à la Convention. Il termine en invitant les Jacobins à se réunir demain dans les sections, pour y professer les véritables principes et combattre l'adresse liberticide qui sera proposée.

Dubois-Crancé fait observer que la section du Muséum est celle de David (33) et de Fleuriot-Lescot (34) ; il annonce qu'il a déjà dénoncé ce projet d'adresse de la section du Museum [proposé aux autres sections avant présentation à la Convention], qui existe depuis un mois.

Maure (35) prend la parole sur le même objet, et déclare que la proposition de faire élire les Comités révolutionnaires par le peuple convoqué en Assemblées décadaires tend à jeter une grande défaveur sur les patriotes.

Il rappelle que, quand les aristocrates virent qu'ils ne pouvaient pas combattre avec avantage les principes de Marat, ils lui mirent un masque sur la figure et sur celle des patriotes, ses amis.

Il déclare que les aristocrates veulent renouveler ce système de perfidie, et qu'ils cherchent à calomnier le patriotisme, à jeter la discorde dans la Convention et parmi les Jacobins. Il se plaint de la réception qui a été faite à la Société dans le sein de la Convention, de la réponse qui a été faite à son adresse.

Quelques membres ayant manifesté une opinion contraire à la liberté indéfinie de la presse pendant le gouvernement révolutionnaire, Dufourny s'engage à prouver, dans la prochaine séance, qu'il n'y a que les ignorants et les coupables qui puissent la redouter.

3 septembre 1794

Le 3 septembre 1794, au club des Jacobins, Jean Pierre Lacombe-Saint-Michel (36) demande, par motion d'ordre, que la discussion s'élève sur la liberté de la presse, et que la Société éclaire le peuple sur le danger de cette liberté indéfinie. Il pense que cette question a été mise en avant par l'intrigue, et qu'elle est destructive du gouvernement révolutionnaire. [...].

Boissel (37) observe qu'il ne s'agit pas de la liberté indéfinie de la presse, parce que le mot indéfini ne signifie rien, mais de la liberté d'écrire contre les abus et contre les fonctionnaires qui trahissent leurs devoirs.

LACOMBE. — Je vais dire sincèrement ce que je pense sur ceux qui demandent la liberté indéfinie de la presse. II y a ici quatre intrigants qui avaient été chassés, et qui. depuis la destruction de la tyrannie se sont coalisés pour demander cette liberté indéfinie. Quand j'appris que Dufourny avait été expulsé des Jacobins, j'en fus affligé, parce que je le croyais patriote ; j'ai vu depuis avec indignation qu'il se coalisait avec des conspirateurs qui voulaient perdre la liberté. Quand il a été question de la radiation des individus, j'ai vu Dufourny au bureau, narguant les orateurs qui parlaient contre la faction que nous voulions abattre ; il tournait en dérision tout ce qu'on disait. Il pe voyait pas clair dans cette conspiration, comme il ne voyait pas clair dans certaines conspirations qui ont existé avant cette dernière.

Le second de ceux que je vous dénonce est Laveaux, qui, parce qu'il a été victime de Robespierre, se croit en droit de demander la liberté indéfinie d'écrire ; je place ensuite Boissel dans celte coalition.

Le quatrième est Réal, qui m'a traité de mauvais citoyen parce que je ne pensais pas comme lui. Je proteste que je voterais sur le champ la liberté indéfinie de la presse, si je savais qu'elle dût anéantir tous les ennemis de la Révolution ; mais je ne crois pas être mauvais citoyen en la combattant, car je crois qu'elle est en ce moment contraire au bien public.

Les Annales patriotiques (38) rapportent qu'à la sortie de cette séance, comme certains se plaignent de ce que l'on pérore dans le couloir, Dufourny élève la voix et a dit « qu'il n'y a que les malveillants et les làches qui attaquent les amis de la liberté, tout en feignant de les caresser. »

7 septembre 1794

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À Paris, rue du Roi de Sicile, entrée de la prison de la Grande Force. Dessin de Potémont père, greffier de la Force.

Arrêté le 7 décembre à six heures du matin, puis conduit à la prison de la Force le même soir, Louis Pierre Dufourny s'y trouve soumis à un long interrogatoire, au motif que « la voix publique le désigne pour être l’un des agitateurs du peuple, se trouvant partout où il se trouve des rassemblements ». Cette fois-ci, dès l'annonce de l'arrestation de Dufourny, la plupart des Jacobins se mobilisent pour le défendre : « On savait que Dufourny était un vieil ami du peuple, et le système de la Terreur ne veut plus d’amis du peuple ; il ne veut que des patriotes à la mode de Robespierre, des chevaliers de la guillotine ». Dufourny est alors relâché, et, les 16 et 21 septembre 1794, il publie deux libelles.

16 et 21 septembre 1794

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Égalité, liberté, action révolutionnaire, justice, sévérité, vélocité. L.-P. Dufourny à ses concitoyen, Paris, Imprimerie de Ballard, 16 septembre 1794.

Il ne faut pas imaginer que Louis Pierre Dufourny, dénonciateur « des complots de Robespierre et des crimes de sa coalition », a cessé pour autant de se réclamer de l'idéal jacobin et de défendre, par suite, la fonction utile et nécessaire du Tribunal révolutionnaire. Il plaide certes pour la mise en œuvre d'un Tribunal amendé, désormais soucieux de respecter les droits des prévenus, mais il délègue à ce Tribunal le soin d'arrêter « les méchants », de les mettre sans pitié sous la main de la justice, et aussi sans barbarie » - allusion au drame des massacres de Septembre — « sous la sauvegarde de tous les citoyens », et par là d'assurer, en même temps que la sûreté nationale, la pleine expression de « la République démocratique ».

Il édicte à cette intention les règles suivantes :

1° Faire une liste générale des détenus de chaque département, qui présentera leurs noms anciens et modernes, leur origine et naissance, leur âge, leur état antérieur la révolution et leur état actuel, leurs demeures depuis six ans, leur fortune, et le grief qui leur est imputé.
2. Donner à cette liste la plus grande publicité par l'impression, l'affiche et l'envoi, et par une correspondance centrale pour toute la République.
3° Soumettre tous les détenus à garder réclusion quinze jours au moins, pour que les renseignements sur chacun d'eux aient le temps de parvenir.
4° Inviter par les mêmes placards tous les citoyens à révéler tout ce qu'ils savent contre le détenu, en leur observant que leur devoir est d'opérer la punition de tous ceux qui veulent détruire la République.
Instituer, pour prononcer sur la relaxation, et n'y prononcer que sur rapport et en public, des Autorités, autres que celles qui auront fait arrêter, et qui ne puissent s'écarter de la définition d'hommes suspects, portée dans le décret.
6° Afficher enfin la liste des détenus, qui, passés à ce creuset épuratoire, auront été trouvés absolument sans reproche.

Patriotes à principes, intrépides mais éclairés révolutionnaires, adoptez, je vous en conjure, cette menace régulatrice ; aucun d'entre vous ne pourra être persécuté ; aucun scélérat ne pouvant rester caché, n'échappera à cette active surveillance que vous inspire le seul amour de la Liberté ; et si quelqu'un d'entre les bons citoyens avait été persécuté par erreur ou par la passion, il sortirait triomphant, après avoir réduit la calomnie au silence : loin d'humilier l'infortuné, vous honoreriez sans doute son infortune, comme vous honorez les cicatrices de vos défenseurs.

C'est ainsi que vous prouverez que vous n'êtes révolutionnaires que pour fonder la liberté...

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Égalité, liberté, action révolutionnaire, justice, sévérité, vélocité. L.-P. Dufourny à ses concitoyen, Paris, Imprimerie de Ballard, 16 septembre 1794.

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Signature originale de Louis Pierre Dufourny.

Le 21 septembre 1794, dans Persécuté de nouveau. Opinion publique, venge toi ! égalité, liberté, action révolutionnaire, justice, sévérité, vélocité, Dufourny dénonce « une conspiration contre la liberté de la presse, la Justice, et les Jacobins », et appelle l’opinion publique à le suivre dans sa lutte pour l'avénement de la démocratie initiée le 31 mai 1793.

Novembre 1794

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« Paris ! sentinelle de la liberté, toi qui veilles sans cesse pour conserver l'unité, l'indivisibilité de la République... ». Louis Pierre Dufourny, Imprimerie de Ballard, 1794.

En novembre 1794, Dufourny publie encore Justice, Sévérité, Vélocité. Sentinelle prends garde à toi, libelle dans lequel il dénonce le projet de libération des 73 Girondins emprisonnés depuis 1793, survivants dont le retour aux affaires entraînerait, selon lui, la ruine des acquis de l'insurrection du 31 mai 1793, et en particulier l'abandon de la Constitution de l'an I ainsi que l'invalidation du droit à l'insurrection. Le 12 novembre 1794, envahi par une bande de muscadins, le club des Jacobins est fermé par ordre de la Convention. La salle sera détruite en 1795 et remplacée par un marché, dit « du 9 Thermidor ». Le 8 décembre 1794, la Convention vote la réintégration des 73 députés Girondins.

16 mars 1795

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De gauche à droite : Jean Baptiste Pierre Antoine de Monet, chevalier de La Marck, dit Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829), naturaliste ; Jean Nicolas Buache, dit aussi Buache de La Neuville (1741-1825), géographe ; Jean Honoré Nicolas Fragonard (1732-1806), peintre ; Jean Baptiste Pierre Le Brun ou Lebrun (1748-181, peintre, collectionneur et marchand d'art, petit-neveu du peintre Charles Le Brun (1619-1690).

Alors membre de la Commission temporaire des arts comme Jean Baptiste de Lamarck, Jean Nicolas Buache, Jean Honoré Fragonard, Jean Baptiste Pierre Lebrun, Julien David Leroy, architecte, tous chargés du rapport sur l’organisation des représentants de la commission dans les départements, « pour visiter tout ce que la république possède de richesses qui peuvent servir à la propagation des Lumières », Louis Pierre Dufourny, initialement architecte et ami de Jacques Louis David, s'attache d'autant plus à l'exercice d'une telle fonction qu'il est de longue date membre du Jury des Arts, peintre à ses heures et collectionneur avisé, à l'instar de Jean Baptiste Pierre Lebrun. Or, le 16 mars 1795, le comité d’Instruction publique charge les citoyens Daunou, Villar et Thibaudeau d’examiner la question de savoir s’il sera demandé à la Convention de suspendre la nomination du citoyen Dufourny comme membre de la Commission temporaire des arts, parce qu’il aurait été l'un de ceux qui ont préparé à l’Évêché le mouvement du 31 mai 1793 [exclusion et arrestation des députés Girondins de la Convention nationale].

23 mars 1795

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« ... le baume de la fraternité et non pas le fiel de la vengeance... » Louis Pierre Dufourny, Imprimerie du Lycée des Arts.

À la fin de l'hiver très rigoureux de 1794-1795, sur fond de crise des subsistances plus aiguë que jamais, Louis Pierre Dufourny publie le 23 mars 1795 Allégeance ! Justice ! Vengeance ! Vengeance !! Vengeance !!! Vengeance !!!!, Vengeance !!!!!, libelle dans lequel il dénonce le déchaînement de fureur vengeresse auquel les « Démocrates ! Seuls hommes libres ! Seuls Français ! Seuls Républicains ! » se trouvent maintenant exposés, du fait de la réaction thermidorienne, menée tout à la fois par les royalistes, la jeunesse dorée, les marchands et autres agioteurs qui échangent des assignats contre des marchandises, les agents de la nouvelle administration, etc. Il enjoint toutefois les « Républicains » de cultiver « le baume de la fraternité et non pas le fiel de la vengeance », et à « faire triompher ainsi la démocratie ». Il prône à cette fin, non pas l'insurrection violente, mais « la seule insurrection morale, la plus sainte et la plus puissante des insurrections », celle qui fait appel à la médiation de la représentation nationale.

31 mars et 1er avril 1795

Le 31 mars 1795, les porte-parole de plusieurs sections de Paris envoient à la Convention thermidorienne une pétition exigeant le rétablissement du Maximum, la réactivation de la municipalité de Paris, la réouverture des sociétés populaires, la mise en œuvre de la Constitution de 1793, la condamnation ou la libération des détenus qui s'entassent dans les prisons. Le lendemain, 1er avril, une foule de sans-culottes issus pour la plupart des faubourgs Saint-Antoine, Saint-Marceau, Saint-Jacques et des sections des Thermes, Halle-au-Blé, Cité et Poissonnière, envahit la Convention et réclame bis repetita du pain, la libération des patriotes incarcérés, l'application de la Constitution de l'an I, et la condamnation des agitateurs qui fondent dans la rue sur les patriotes à grands coups de leur bâton, dit « pouvoir exécutif ». L'émeute s'entretient trois jours durant.

Sur ordre du Comité de sûreté générale, le général Pichegru, assisté de Barras et de Merlin de Thionville, intervient pour rétablir l'ordre. « Après trois jours d’insurrection, 149 manifestants sont arrêtés, 36 condamnés à mort, 12 à la déportation, 7 aux fers. Les ateliers de filature, les seuls ateliers de secours qui survivaient, sont fermés le 29 prairial an III, par un décret qui condamne « la médiocre qualité de leur production » et la « charge onéreuse » qu’ils imposent à l’État. Un rapport les accuse de favoriser « l’improbité, la paresse, la débauche » ainsi que leur "esprit d’insurrection" ». À la barre de la Convention, Tallien, Dumont, Thibaudeau, Bourdon de l'Oise, Barras fustigent les Montagnards, accusés d'avoir fomenté ou soutenu l'émeute. Ils décrètent la déportation immédiate de Vadier, Barère de Vieuzac, Collot d'Herbois, Billaud-Varenne, ainsi que l'incarcération au fort de Ham de Pierre Jacques Michel Chasles, Léonard Bourdon, Jean Pierre André Amar, Laurent Lecointre, Moyse Bayle, Jacques Alexis Thuriot, etc.

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Le 2 avril 1795, alors que Bertrand Barère, Jacques Nicolas Billaud-Varenne et Jean Marie Collot d'Herbois se trouvent conduits en fiacre vers leur lieu d'envoi en déportation, la foule tente de les libérer.

Dénoncé pour avoir été vu à plusieurs reprises, le 11 avil dit-on, parmi des manifestants qui se plaignaient des différences de prix et de sortes de pain, Louis Pierre Dufourny est arrêté le 12 avril et incarcéré le 15 à la prison des Orties (39). Il comparaît le 17 avril devant le Comité de sûreté générale. À la question, « s’il s’est trouvé dans quelque groupe ou rassemblement qui ont eu lieu le 11 avril au Carré et à la porte Saint Martin » à l'instigation des partisans de Gracchus Babeuf et de Jean François Varlet, alors emprisonnés tous deux depuis septembre 1793, il répond qu’il s’y est trouvé, non pas le 11 avril, mais huit jours auparavant, i.e. le 3 avril, troisième jour de l'émeute. Voyant un rassemblement assez considérable, « en bon citoyen, il s’est approché pour connaître s’il y avait des malintentionnés qui cherchassent à corrompre l’esprit public » ; mais il n’avait « reconnu que de bonnes dispositions, n’avait entendu que des gémissements ; et avait observé comme c’est son usage le silence le plus absolu » (40). Il est libéré le 22 avril 1795, sur intervention du député Louis Legendre, ancien Cordelier et ancien Jacobin comme lui.

27 mai-20 octobre 1795

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Vue de Villiers-le-Bel circa 1900.

Le 27 mai 1795, après avoir prononcé l'exclusion définitive de Louis Pierre Dufourny de la Commission temporaire des Arts, le Comité de sûreté générale décrète son arrestation. Mais Dufourny a pris les devants. On ne le retrouve que le 2 juillet 1795, dans sa maison natale de Villiers-le-Bel, où, prétextant de sa mission de la Commission des Arts au château d’Ecouen, et aussi de raisons de santé, il a déménagé provisoirement. Il est enfermé alors à la prison du Plessis, dont il ressortira le 20 octobre 1795, en vertu du décret du 13 octobre 1795 qui met fin aux poursuites contre les Montagnards.

La nouvelle Constitution a été adoptée le 22 août 1795 et proclamée le 23 septembre, au grand dam de Louis Pierre Dufourny, détenu pendant ce temps à la prison du Plessis. L’article 1 des Constitutions de 1789 et 1793, « les hommes naissent libres et égaux en droits », ne figure plus dans la Constitution de 1795. Les électeurs doivent être âgés de 25 ans et propriétaires d’un revenu égal à la valeur de deux cents journées de travail. Les assemblées de section, à partir du 9 octobre, se trouvent désormais interdites. Les gens du « Quatrième Ordre », autrement dit les pauvres sans-culottes, n'ont plus nulle part aucune voix au chapitre de la République nouvelle.

20 janvier 1796

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« OPINION des Hommes Libres, sors enfin de ta léthargie ! » in Il n’est plus de fête des Rois, libelle publié par Louis Pierre Dufourny chez René François Lebois (41), ancien imprimeur de Marat, membre fondateur du club du Panthéon (42) le 6 novembre 1795.

Le 20 janvier 1796, veille de la date à laquelle on fête désormais l'exécution de Louis XVI, Louis Pierre Dufourny publie encore Il n’est plus de fête des Rois, voici le jour de la justice des peuples, voici le grand jour de l’égalité, LA FÊTE DES RÉPUBLICAINS, Criez donc Parisiens, criez : Exécration au royalisme ! Exécration au fanatisme ! Vive l’Égalité ! Vive la République ! Il broche dans ce texte une pensée de l'urgence historique, travaillée, sans qu'il le dise encore, par le pressentiment de sa mort prochaine. Il souffre en effet de phtisie depuis au moins l'année précédente, année durant laquelle il s'est réfugié quelques semaines dans sa maison de Villiers-le-Bel.

Michèle Grenot, dans Le souci des plus pauvres : Dufourny, la Révolution française et la démocratie, met en lumière la proximité que Louis Pierre Dufourny entretient alors avec les idées du club du Panthéon et aussi avec celles de Gracchus Babeuf et de Philippe Buonarroti (43), qui, sans être membres du club en question, viennent y défendre leur propre programme :

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Le Tribun du Peuple ou le Défenseur des Droits de l'Homme par Gracchus Babeuf, 15 brumaire an IV (6 novembre 1795), n° 34, publié au sortir d'un xième séjour en prison. Babeuf poursuivra la publication de son journal jusqu’au n° 43 (24 avril 1796), mais dans la clandestinité dès le n° 38. Arrêté de nouveau le 10 mai 1796, il est traduit devant la Haute Cour de justice avec ses complices de la Conjuration des Égaux et guillotiné le 27 mai 1797.

« En ce mois de janvier 1796, les organes politiques tel que les sections, étant interdits, les réunions dans les clubs ou cafés réactivent la sociabilité politique. Après l’amnistie des Montagnards en octobre 1795, les Jacobins sortis des prisons, comme Dufourny, et les autres démocrates, cherchant à endiguer le flot de la réaction, se sont regroupés pour fonder une société patriotique, le club du Panthéon, qui siège sur la montagne Sainte-Geneviève, dans l’ancien couvent des Génovéfains [aujourd'hui lycée Henri IV]. Leur programme consiste alors à rassembler les Républicains sans troubler l’ordre public, sous couvert de la constitution de 1795. Ce club est donc autorisé par le Directoire. [...]. Un peu plus tard, une minorité se détache du groupe, dont l’idéal dépasse celui des Jacobins, avec Babeuf et ses amis Buonarroti et Darthé (44) surnommés « les Égaux », dont les idées sont exposées dans le Manifeste des Égaux, publié le 26 janvier 1796. Mis en arrestation tout de suite, Babeuf réussit à échapper à la police. Le Directoire ne tolère pas que le club du Panthéon ait laissé ce dernier intervenir en son sein et ordonne sa fermeture, le 28 février 1796.

Dufourny est-il alors babouviste ? Il se situe, en réalité, dans la défense de l’égalité civile et politique plutôt que dans la défense d’une société sans propriété, avec communauté des biens » (45) comme celle que défend Babeuf dans son journal LeTribun du Peuple.

En floréal an IV, entre le 10 et le 19 mai 1796

Après le 10 mai 1796, date de l'arrestation de Babeuf et de ses proches, le Directoire profite des papiers saisis chez Babeuf pour lancer dans toute la France 245 mandats d’arrêt qui visent la mouvance babouviste, et aussi un certain nombre de néo-jacobins. « Jean Baptiste Sambat, peintre, rue Taitbout, abonné au Tribun du peuple », est à nouveau arrêté « en floréal an IV ». (46)

17 mai 1796

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25 Floréal An IV (14 mai 1796). Entrée de Masséna et de ses troupes à Milan. Estampe de Carle Vernet, dessinateur, Jean Duplessis-Bertaux et Louis Joseph Masquelier l'aîné graveurs, 1799. Musée Carnavalet.

Le 17 mai 1796, alors que Masséna et ses troupes viennent d'entrer à Milan et de signer un traité de paix avec le roi de Piémont-Sardaigne, Louis Pierre Dufourny publie une sorte de texte-testament, intitulé Projet de proclamations à faire dans toute l’Italie, en présence des Armées libératrices.

Après avoir demandé, en vain, de rencontrer Bonaparte, qui est parti en Italie dès le 27 mars 1796, il réclame du Directoire que celui-ci fasse respecter en Italie les Droits de l'Homme, « la liberté des opinions religieuses », « les droits et la vertu des femmes », « les propriétés et les chefs d’œuvre des Arts et des Sciences ». Pendant ce temps, fustige Dufourny, le Directoire a envoyé en Italie un commissaire « spoliateur » chargé de « recueillir pour des agioteurs les trésors de la République universelle des Arts » ! Quoi qu'il en soit, il exhorte les Italiens à proclamer « le principe de l’égalité, comme base unique de toutes société », car « les malheurs des hommes viennent de ce que le puissant écrase le faible, de ce que le riche exténue le pauvre, de ce qu’enfin cette perverse minorité a toujours fait les lois ». Il exhorte également les Italiens à « fonder la liberté sur l’instruction publique, la liberté infinie de la pensée sur l’inviolabilité de la presse, sur la liberté religieuse, sur les mœurs et le travail. Allez et souvenez vous que les peuples sont les seuls souverains, et que vous êtes ses mandataires ! » Il signe son texte, comme toujours, « l'Homme libre, L. P. DUFOURNY ».

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Frontispice du Projet de proclamations à faire dans toute l’Italie, en présence des Armées libératrices par l'Homme libre, L. P. DUFOURNY.

Louis Pierre Dufourny, âgé alors de 57 ans, meurt à Paris le 12 juin 1796. Des habitués du café Corazza en 1793 — Jean François Varlet, François Desfieux, Andrés de Guzmán, Pierre Jean Berthold de Proli, François Chabot, Jean Marie Collot d'Herbois, Philippe François Nazaire Fabre, dit Fabre d'Églantine, Louis Pierre Dufourny, Jean Baptiste Sambat, Madame Violette — il ne reste plus que Jean François Varlet, l'Enragé, ainsi que Jean Baptiste Sambat et Marie Félicité Legeste, dite Madame Violette, devenue son épouse. Les autres ont été guillotinés, sauf Pierre Louis Dufourny, mort de phtisie, et Jean Marie Collot d'Herbois qui, déporté le 26 mai 1795 à Cayenne - c'est la « guillotine sèche » —, y est mort de la fièvre jaune le 8 juin 1796.

Déja parents de Marie Sambat, née le 15 mars 1791 à Paris avant leur mariage, Jean Baptiste Sambat et Marie Félicité Lesgeste, son épouse, le sont encore d'une seconde fille, Agiatis Sambat, née le 14 avril 1798 à Paris.

« Ce qui est intéressant dans l'histoire de Marie Sambat, c'est que, bien que vraisemblablement envoyée à "la campagne" pour y être élevée, elle semble avoir gardé trace de ses parents naturels. On la retrouve au moment de son mariage. Âgée alors de 29 ans, cuisinière de son métier, domiciliée chez M. Huet-Bertrand, négociant à La Fère, Aisne, Marie Sambat épouse le 23 octobre 1820 Joseph Nicolas Hocq, tailleur [AD02. La Fère. Naissances, mariages, décès. 1820. 5Mi0277. Vue 88]. Sur l'acte de mariage, sa filiation est bien indiquée, et elle présente, malgré son âge, un acte de consentement de son père, passé le 26 septembre 1820 chez Me Clairet, notaire parisien. Elle mourra le 10 novembre 1860. Son acte de décès indique qu'elle a eu un fils, nommé Léon Paul Amable Hocq. (47)

Agiatis Sambat, sœur puînée de Marie Sambat, deviendra peintre miniaturiste à son tour, épousera le 6 novembre 1830 à Toulon Jules Louis Théodore Vincent Fabre d'Églantine, fils de Philippe François Nazaire Fabre, dit Fabre d'Églantine, et mourra le 25 septembre 1834 à Paris. Elle laisse alors pour héritière Hélène Hostie Nazaire Fabre d’Églantine, sa fille, née le 23 février 1833, Paris 10ème. Celle-ci épousera le 27 novembre 1852 à Versailles, Yvelines, Frédéric Antoine Fouquerolle, né le 7 août 1824 à Old Hall Green Warc Comté de Hert, Angleterre, pharmacien.

Janvier 1801, après l'attentat de la rue Saint-Nicaise (24 décembre 1800)

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Rue Nicaise, 3 nivôse an IX, attentat contre la vie du Premier Consul, aquarelle anonyme.

Le 3 nivôse an IX (24 décembre 1800), Bonaparte se rend à l’Opéra pour assister à la première représentation en France de l’oratorio Die Schöpfung (La Création) de Joseph Haydn. Lorsqu'à vingt heures, son carrosse passe rue Saint-Nicaise, rue détruite en 1853 lors du prolongement de la rue de Rivoli et de l'aménagement de la cour Napoléon du Louvre, une bombe explose. Bonaparte est sauf, mais l'explosion fait 22 morts, une centaine de blessés, et souffle 46 maisons.

L’enquête s’oriente d'abord vers les Néo-Jacobins, qui ont conservé une grande influence dans le faubourg Saint-Antoine. Elle montrera par la suite que l'attentat est l'œuvre des Chouans. Mais Bonaparte, « au nom du salut public », entend profiter de l'occasion pour purger la France de l’opposition jacobine. Le 4 janvier 1801, il fait décréter par le Sénat la déportation sans procès ni appel de 130 Jacobins.

François Jean Baptiste Topino-Lebrun, peintre, ancien juré du Tribunal révolutionnaire, lecteur du journal de Babeuf, déjà compromis dans la Conspiration des poignards (10 octobre 1800, projet d'attentat contre Bonaparte au Théâtre des Arts), Jean Baptiste Sambat, peintre, ancien juré du Tribunal révolutionnaire, lecteur du journal de Babeuf, ainsi que Marie Félicité Legeste, sa femme, se trouvent dénoncés par Fouché comme anciens « terroristes » (48). Il semble au demeurant que Jean Baptiste Sambat et sa femme aient donné quelque temps asile à François Jean Baptiste Topino-Lebrun, après la découverte de la Conspiration des poignards.

« Convaincu d'avoir pris part au complot qui a existé le 18 vendémiaire dernier (10 octobre 1800) au Théâtre des Arts, tendant au meurtre du premier consul, et de l'avoir fait dans l'intention d'en faciliter l'exécution ; que ce complot tendait à troubler la République par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres, et contre l'exercice de l'autorité légitime » (49), François Jean Baptiste Topino-Lebrun est guillotiné le 31 janvier 1801.

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Jean François Topino-Lebrun, Mort de Caius Gracchus (1792-1798). Après avoir fait sécession contre les patriciens romains, le tribun de la plèbe Caïus Sempronius Gracchus, né en 154 av. J.-C., est en 121 av. J.-C. victime d'un senatus-consulte qui autorise son élimination par tous les moyens.

Après la mort de son ami François Jean Baptiste Topino-Lebrun et l'avénement du régime impérial, on ne trouve plus trace de Jean Baptiste Sambat dans les archives policières ni dans la chronique politique. On sait toutefois qu'il continuera à user du calendrier révolutionnaire toute sa vie durant.

Les historiens de l'art répertorient nombre de miniatures signées J. B. Sambat après 1801, dont des portraits de Joseph Fouché et des siens, d'Alessandro Manzoni et de sa femme Enrichetta Blondel, de l'empereur Napoléon en buste, de ses proches et amis, des généraux Desaix, Exelmans, Murat, Victor, Soult, Kléber et Ney, etc.

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Jean Baptiste Sambat, Portrait en miniature de Joseph Fouché, sans date.

Entrée dans l'atelier du peintre François Gérard (1770-1837), Agiatis Sambat, qui vit dans la maison de ses parents, 21, rue des Trois-Frères, jusqu'à son mariage, prend peu à peu la relève de son père, lorsque celui-ci vieillit.

Jean Baptiste Sambat meurt dans sa maison familiale, à l'âge de 72 ans, le 29 janvier 1827 à Paris, 21, rue des Trois-Frères, dans le 2e arrondissement.

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29 janvier 1827. Décès de Jean Baptiste Sambat. Paris Archives. 5Mi1 1219. Vue 48.

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Vue actuelle du 21 rue des Trois-Frères.

Marie Félicité Legeste, veuve de Jean Baptiste Sambat, meurt le 23 octobre 1831, dans le 14e arrondissement. Ainsi finit l'histoire de celle qui fut, sous le nom de Madame Violette, « cette nouvelle Hélène » d'où procéda, loin du café Corazza, la mort de Pierre Jean Berthold de Proli, son calomniateur, celle de Fabre d'Églantine, son ancien amant, et, par effet de réaction en chaîne, celle de Danton et consorts.

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23 octobre 1831. Sépulture de Marie Félicité Legeste. Paris Archives. Cimetière du Montparnasse. 1831 1831 MTP_RJ18311832_01. Vue 21.

Agiatis Sambat, épouse de Jules Louis Théodore Vincent Fabre d'Églantine, « officier supérieur du génie maritime », meurt le 25 septembre 1834 à Paris, 26, rue de Verneuil, dans le 10e arrondissement. Elle a cessé de peindre après son mariage, car, sur son acte de décès, elle se trouve dite « sans profession ».

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25 septembre 1834. Décès d'Agiatis Sambat. Paris Archives. 5Mi1 1253. Vue 41.

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1. Toutes les données relatives aux séances du club des Jacobins sont empruntées ici passim à François Alphonse Aulard, in La Société des Jacobins : recueil de documents pour l'histoire du club des Jacobins de Paris, volume 6, Paris, Librairie Cerf, 1897.

2. Extrait de la déposition de Dufourny au procès de Fouquier-Tinville, in Philippe Joseph Benjamin Buchez (1796-1865) et Pierre Célestin Roux-Lavergne (1802-1874), Histoire parlementaire de la Révolution française, ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815, tome XXXV, Paris, Paulin, libraire, 1837, p. 93.

3. Jean François Robinet, Le procès des Dantonistes: d'après les documents, Paris, Ernest Leroux, 1879, p. 129.

4. Cf. Christine Belcikowski, Fabre d'Églantine, Louis Pierre Dufourny et Jean Baptiste Sambat au café Corazza, VI. Chute de Fabre d'Églantine ; Loin du café Corazza. Fabre d'Églantine à la prison du Luxembourg, III. Fabre d'Églantine prépare sa défense.

5. Discours de Louis Antoine Léon de Saint-Just, le 31 mars 1794, texte intégral.

6. Fils de François Mathieu du Port (1718-1794), baron d'Anglure, conseiller au Parlement de Paris, Adrien Jean François du Port, dit Duport (Paris, 1759-1798, Gais, Appenzell, Suisse) est jusqu'en 1790 conseiller à la 3e Chambre des enquêtes du même Parlement. En 1788, il fonde la Société des Trente — La Fayette, Honoré Gabriel Riqueti de Mirabeau, Emmanuel Joseph Sieyès, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, François Xavier Marc Antoine de Montesquiou-Fézensac, Pierre Samuel du Pont de Nemours, Louis Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, les frères Théodore et Alexandre de Lameth, Pierre Louis Roederer, ainsi que le banquier suisse Étienne Clavière, etc. — qui, dans la perspective des États généraux, appelle à la fusion des Trois Ordres. Élu le 13 mai 1789, élu député de la noblesse de Paris aux États généraux, il rejoint le tiers état le 25 juin, avec Louis-Philippe d'Orléans et Alexandre de Lameth. Il salue ensuite la prise de la Bastille, contribue le 6 août à l'abolition de la dîme, de la noblesse et de ses privilèges, collabore à la rédaction de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen et au décret d'émancipation des Juifs de France, soutient la confiscation des biens de l'Église, préconise la création de l'assignat, participe à la création du club des Jacobins, et constitue, avec Antoine Barnave et Alexandre de Lameth, un groupe d'influence, surnommé alors « le Triumvirat ». Fondateur et membre du Comité de jurisprudence criminelle, il se prononce le 31 mai 1791 pour l'abolition de la peine de mort. Après la mort de Mirabeau (2 avril 1791), craignant les excès d'une Révolution qui s'accélère, Adrien Duport et ses amis adoptent une attitude conservatrice et rompent avec les Jacobins. Devenu alors chef des Feuillants, Adrien Duport tente de s'opposer au vote des décrets contre les émigrés et les prêtres réfractaires, et conseille à Louis XVI d'utiliser son veto. Après la déclaration de guerre à l'Autriche, il envisage avec Lafayette un mouvement contre Paris et les Jacobins en cas de nouvelle insurrection, et entame en même temps des négociations secètes avec l'Autriche dans le but d'obtenir une paix rapide. Après la journée du 20 juin 1792 [invasion des Tuileries et déchéance de Louis XVI], il est arrêté sur ordre de la Commune de Paris. Sauvé des massacres de Septembre grâce à l'intervention de Danton, il émigre alors à Londres, puis en Suisse.

7. Alexandre Théodore Victor, comte de Lameth, dit Alexandre de Lameth (1760-1829), ancien garde du corps du roi, ancien colonel au 2e Royal-Lorraine, député de la noblesse de Péronne (Somme) aux États généraux de 1789, rallié au Tiers État, élu à l'Assemblée constituante, membre du Triumvirat créé par Adrien Duport, membre du club des Jacobins, bientôt discrédité dans le débat sur la question de l'esclavage par le soutien qu'il apporte aux assemblées coloniales blanches contre les droits des mulâtres. Lors de la déclaration de guerre à l'Autriche le 20 avril 1792, il est promu maréchal de camp le 7 mai 1792 à l'armée du Nord. Le 10 août 1792, il passe à l'ennemi avec Lafayette. Il est fait prisonnier avec lui et enfermé dans les mêmes prisons. Délivré au bout de trois ans, il émigre à Londres, puis à Hambourg...
Charles Malo de Lameth, militaire, élu en 1789 député de la noblesse aux États généraux par la province d'Artois, poursuit une carrière politique analogue à celle d'Alexandre de Lameth, son frère. En 1790, il s'illustre par un duel avec le duc de Castries. Cf. Christine Belcikowski, Robespierre contre Anacharsis Cloots. V. 1793-1794. Actes d'un réquisitoire implacable, Anacharsis Cloots se défend de toute complicité avec le banquier Jean Baptiste Vandenyver. Après le 10 août 1792, Charles Malo de Lameth émigre à Hambourg...

8. À propos de Jean Baptiste Loys (1757-1795), cf. Christine Belcikowski, Loin du café Corazza. Louis Pierre Dufourny au club des Jacobins, 14 mars 1794 ; et note 11.

9. Didier Thirion (1763-1815), avocat, député de la Moselle, envoyé en 1793 dans l'Eure-et-Loir et la Sarthe, puis la Mayenne, pour la reprise en main politique et la levée en masse. En septembre 1793, de passage à La Flèche, il fait brûler sur la place publique le cœur d'Henri IV et celui de Marie de Médicis, conservés tous deux dans la chapelle du Collège. Rappelé à Paris après la bataille du Mans, dans laquelle on lui reproche d'avoir conservé des troupes de réserve à Dreux, il devient alors, y compris au club des Jacobins, qu'il préside en janvier-février 1794, un adversaire résolu de Robespierre.

10. À propos du Précis apologétique écrit par Fabre d'Églantine à la prison du Luxembourg, cf. Christine Belcikowski, Loin du café Corazza. Fabre d'Églantine à la prison du Luxembourg, III. Fabre d'Églantine prépare sa défense.

11. Note de Jean Baptiste Topino-Lebrun citée par Jean François Eugène Robinet, in Le procès des Dantonistes, d'après les documents, Paris, Ernest Leroux, 1879, p. 140.

12. Le 29 septembre 1793, sous la pression des Hébertistes et des Enragés, qui, en raison de la crise des subsistances, réclament à Paris en août-septembre 1793 le blocage des prix, la peine de mort pour les accapareurs et la levée d’une armée révolutionnaire pour réquisitionner le blé dans les campagnes, le gouvernement vote la loi du Maximum général, qui réglemente le prix de nombreuses subsistances de consommation courante ainsi que les salaires.

13. À propos de Fabre d'Églantine, auteur du Philinte, cf. Christine Belcikowski, Fabre d'Églantine et Jean François Collin d'Harleville.

14. Jean François Eugène Robinet, Le procès des Dantonistes, d'après les documents, pp. 149-153 passim.

15. Ibidem, p. 156.

16. Sur l'affaire de la femme Chemineau, cf. Christine Belcikowski, À propos de Mlle Coupée, alias Madame Chemineau, ou Madame de Cheminot. Quand le lieutenant de la police des mœurs a du style ; Loin du café Corazza. Louis Pierre Dufourny au club des Jacobins, 8 mars 1794 ; Robespierre contre Anacharsis Cloots. V. 1793-1794. Actes d'un réquisitoire implacable.

17. Alexis Joseph Marie Alexandre Fauvet de la Flotte (1766-?) est le fils de Michel Alexis Fauvet de La Flotte, « agent fort zélé et fort exact » détaché par le Département en 1793 auprès de Jean Baptiste Duruey, ancien receveur général des finances et administrateur de la Caisse d’escompte, banquier des Affaires Étrangères pendant la Révolution. Michel Alexis Fauvet de La Flotte, né à Strasbourg le 3 mars 1738, capitaine à la suite du régiment d'Anhalt, chevalier de Saint-Louis, était en outre chargé du travail relatif au service des fonds politiques de la Suisse et représentait à Paris les villes hanséatiques. Cf. Pierre Doyon, « Une tournée dans les bureaux des Affaires Etrangères en 1793 », Revue d'histoire diplomatique, publiée par les soins de la Société d'histoire diplomatique, p. 324.
Alexis Joseph Marie Alexandre Fauvet de la Flotte, sous-lieutenant au régiment Royal-Suédois infanterie en janvier 1782, secrétaire de l'ambassade de Venise sous le ministère de Vergennes (1785-1788), chargé d'affaires en mai 1788 à Gênes, puis chargé d'affaires en avril 1790 à Florence, est contraint de fuir Florence le 2 octobre 1793 par suite de l'adhésion du grand-duc de Toscane à la coalition européenne. Il devient ensuite indicateur de police « pour sauver sa tête ». Il fera carrière après la Révolution comme avocat, puis avoué, puis jurisconsulte, à Valenciennes.

18. Philibert Simond (1755-13 avril 1794, guillotiné), ex-prêtre, député du Bas-Rhin, très investi dans le processus du rattachement de la Savoie à la France.

19. Jacques Guillaume Thouret (1746-22 avril 1794, guillotiné), avocat, député aux États généraux de 1789, membre très actif de l'Assemblée constituante, nommé ensuite au Tribunal de cassation, dont il préside la section de cassation en 1793, Girondin.

20. La Gazette nationale, ou Le Moniteur universel, n° 196, 16 germinal an II (5 avril 1794).

21. Louis Jacob, Fabre d'Églantine, chef des « fripons », Paris, Librairie Hachette, Paris, 1946, p. 312. Concernant L'Orange de Malte, cf. aussi Christine Belcikowski, Loin du café Corazza. Fabre d'Églantine à la prison du Luxembourg, I. Conditions de vie de Fabre d'Églantine à la prison du Luxembourg.

22. Liste générale et très exacte des noms, âges, qualités et demeures de tous les conspirateurs qui ont été condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 17 août 1792, n° 3, séance du 16 germinal an II, Paris, Berthet, 1794, p. 15.

23. À la suite de la manifestation du 17 juillet 1791 au Champ de Mars, qui appelle à une nouvelle Constitution et qui se termine par une fusillade commandée par Lafayette, les organisateurs de la manifestation sont poursuivis, dont Danton. Celui-ci se réfugie en Angleterre jusqu'à l'amnistie du 13 septembre, qui lui permet de rentrer en France.

24. Réimpression de l'ancien Moniteur, Convention nationale, volume 20, Paris, Henri Plon, 1861. p. 164.

25. Archives nationales, F7 4344.

26. Archives nationales, F7 4327 n°22.

27. Archives nationales, F7 4435.

28. Archives nationales, W31 dr 1859. Propos cités par Michèle Grenot, in Le souci des plus pauvres. Dufourny, la Révolution française et la démocratie, chapitre VIII : Mobilisation Terreur et droits de l'homme, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 277-313.

29. Cf. Albert Soboul et Raymonde Monnier, Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l'an II, Fontaine-de-Grenelle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1985, p. 433 : « Balthazar Marie Laugier. Ancien commis d'intendant de maison, 32 ans, secrétaire greffier en 1790, électeur en 1791 et 1792, co-fondateur des la Société des Amis de la Loi, membre du club des Jacobins, juge de paix, membre du Comité central révolutionnaire du 31 mai 1793, commissaire révolutionnaire, agent de la Commission d'agriculture et des arts (directeur de la commission des subsistances. Dénoncé le 8 février 1795, libéré le 24 mai. Laugier aurait fait, en assemblée générale la proposition de « se défaire des riches, des rentiers et des financiers, parce qu'il les regardait comme des ennemis de la République ». Libéré le 11 septembre 1795. Membre du Cercle constitutionnel de la rue du Bac en l'an VI.

30. Cf. Christine Belcikowski, Fabre d'Églantine, Louis Pierre Dufourny et Jean Baptiste Sambat au café Corazza.

31. Cf. Christine Belcikowski, Fabre d'Églantine, Louis Pierre Dufourny et Jean Baptiste Sambat au café Corazza, note 6.

32. Pierre Jacques Michel Chasles, ou Châles (1753-1826), ex-ecclésiastique, député de l'Eure-et-Loir, envoyé en mission dans la Seine, dans l'Eure-et-Loir et à l'armée du Nord, blessé en 1793 à la tête et aux jambes lors de la bataille d'Hondschoote. Bien que devenu suspect après Thermidor, il profite du début de liberté de la presse pour se lancer dans le journalisme. Il se trouve toutefois compromis dans l'insurrection du 1er avril 1795 et emprisonné jusqu'à l'amnistie du 26 octobre 1795. Admis alors aux Invalides, il se trouve encore une fois compromis dans la conjuration babouviste de 1796. Il finit sous le Consulat titulaire d'un bureau de tabac.

33. Jacques Louis David (Paris, 1748-1825, Bruxelles, exilé), peintre, nommé le 14 septembre 1793 membre du Comité de sûreté générale et président de la section des interrogatoires, incarcéré à la prison du Luxembourg du 27 août au 10 décembre 1794, puis incarcéré une seconde fois au Collège des Quatre-Nations, sur accusation de la section du Musée, du 29 mai 1795 jusqu'à l'amnistie du 26 octobre 1795.

34. Jean Baptiste Edmond Fleuriot-Lescot, architecte et sculpteur belge, élu le 13 mars 1793 substitut de Fouquier-Tinville, accusateur public du Tribunal révolutionnaire, maire de Paris, après Jean Nicolas Pache, du 10 mai 1794 à Thermidor, guillotiné le 28 juillet 1794.

35. Nicolas Sylvestre Maure, dit Maure aîné (Auxerre, 1743-3 juin 1795, Paris, suicidé), épicier, député de l'Yonne, défenseur d'un rapprochement entre Girondins et Montagnards en 1793, envoyé en mission en Seine-et-Marne et dans le Loiret. Dénoncé le 29 mai 1795 par la ville d'Auxerre comme ancien partisan de Robespierre — « Maure a exercé dans le département de l'Yonne le despotisme le plus atroce. Par ses ordres, de nombreuses victimes ont été envoyées au tribunal de Robespierre... » —, il choisit de se donner la mort.

36. Jean Pierre Lacombe-Saint-Michel (1753-1812), chef de bataillon d'artillerie, chargé de mission en Corse et à l'armée du Nord, député du Tarn. Cf. Base de l'Assemblée nationale.

37. François Boissel (1728-1807), avocat au parlement de Paris et juge de paix, archiviste, puis vice-président du club des Jacobins, auteur d’une quinzaine d’ouvrages dont le Catéchisme du genre humain (1789) et les Entretiens du Père Gérard (1793), qui connaissent un remarquable succès. Les idées de François Boissel font de lui une sorte de précurseur de Babeuf et de Saint-Simon.

38. Les Annales patriotiques et littéraires de la France, et affaires politiques de l'Europe, 7 septembre 1794, directeurs de la publication : Louis Sébastien Mercier (1740-1814), Jean Louis Carra (1742-1793), Paris, Buisson, p. 2680.

39. Cf. Jean Jaurès, Histoire socialiste de la France contemporaine, tome V, Thermidor et Directoire. 1794-1799, Paris, Éditions BOD, 2020, p. 77 : « La prison des Orties est une maison d'arrêt assez récemment établie rue des Orties-du-Louvre, dont le sol fait aujourd'hui partie de la place du Carrousel, non loin du pavillon de Lesdiguières. »

40. Archives nationales, F7/4686.

41. René François Lebois, dit l'Ami des Sans-Culottes (ca 1769-?), imprimeur-libraire, pamphlétaire qui défend les positions les plus rigoureusement démocratiques sur le plan politique et les revendications les plus rigoureusement égalitaires sur le plan social ». Proscrit au lendemain du coup d’État du 18 brumaire (novembre 1799), il est condamné à la déportation le 4 janvier 1801, après l'attentat de la rue Saint-Nicaise. Détenu à l’île d’Oléron jusqu’en mars 1804 puis transféré à Cayenne, il disparaît. Cf. Dictionnaire Maîtron.

42. Cf. Christine Belcikowski, Le 8 thermidor an III, violente diatribe de E. B. Courtois, député de l'Aube, contre Robespierre et ses « frères panthéonistes ».

43. Cf. Christine Belcikowski, Quand Philippe Buonarroti parle de Robespierre.

44. Augustin Alexandre Joseph Darthé (1769-27 mai 1797, guillotiné), secrétaire de Joseph Le Bon, nommé ensuite juré du tribunal révolutionnaire du Pas-de-Calais le 13 février 1794, puis accusateur public le 22 avril. Arrêté après Thermidor, il est emprisonné jusqu'à la fin du mois de septembre 1795. Il participe ensuite à la création du club du Panthéon, puis à la conspiration des Égaux avec Gracchus Babeuf et Philippe Buonarroti. Il est gullotiné à Vendôme le 27 mai 1797 avec Gracchus Babeuf. D'abord condamné à la déportation, Philippe Buonarroti demeure finalement emprisonné jusqu'en 1806, date à laquelle il s'exile à Genève.

45. Michèle Grenot, Le souci des plus pauvres : Dufourny, la Révolution française et la démocratie, chapitre IX : « Le retour à l’exclusion des plus pauvres », nouvelle édition [en ligne], Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2014.

46. Albert Soboul et Raymonde Monnier, Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l'an II, « Répertoire des sans-culottes, Sambat », Paris, Publications de la Sorbonne, 1985, p. 110.

47. Renseignements et observations transmis par Claude Smirou, généalogiste, qui a bien voulu s'intéresser avec moi à l'histoire de la famille Sambat.

48. Archives nationales, F74276 p. 193 ; APP, Aa 281, p. 211.

49. Jugement rendu par le tribunal criminel du département de la Seine, séant au Palais de Justice, à Paris, qui,... condamne Dominique Demerville,... Joseph Ceracchi,... Joseph Aréna,... et François-Jean Baptiste Topino-Lebrun,... à la peine de mort, qu'ils subirent aujourd'hui 11 pluviôse an neuf [31 Janvier 1801], Paris, Imprimerie Fauvelle, 1801.

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