Jean François Vidalat, né à Mirepoix. Un électron libre des années révolutionnaires

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Ci-dessus : 16 février 1752, acte de baptême de Jean François Vidalat ; source : document 1NUM5/5MI664. Mirepoix. Paroisse. 1691-1789.

Le 29 novembre 2009, « la singulière existence de Jean-François Vidalat » faisait l’objet d’un article dans la rubrique « Histoire locale » de La Dépêche. Cet article m’a plus tard intéressée, car je voyais en la personne de Jean François Vidalat l’un des modèles possibles des personnages de M. Canotte, »marguillier de la paroisse et chef de la fabrique », et de son fils Dominique Canotte, « jeune dadais à habit chocolat », dans le roman de Frédéric Soulié intitulé La Chambrière. Je reviendrai sur cette hypothèse dans le livre que je prépare à propos de Frédéric Soulié, Ariégeois mal-aimé, Ariégeois quand même. Il se trouve par ailleurs que j’ai travaillé sur la famille Vidalat dans le but de préciser l’histoire des maisons que les membres de la dite famille ont tenues dans le Mirepoix du XVIIIe siècle. J’ai rendu compte d’une partie de ce travail, en 2014, dans l’article intitulé A Mirepoix – L’ancienne demeure de Demoiselle Tornier rue du Faubourg d’Amont.

Je viens ici, aujourd’hui, partager les quelques informations que j’ai pu réunir concernant « la singulière existence » de Jean François Vidalat. Conservé aux Archives nationales, l’inventaire après décès du dit Jean François Vidalat 1Cf. Archives nationales. Minutes du notaire Abraham Silly (étude IX). Cote : MC/ET/IX/866. Inventaire après décès de Jean-François Vidalat. 29 nivôse an X – 19 janvier 1802. m’a fourni un éclairage décisif sur la destinée de ce dernier.

1. Situation de Jean François Vidalat dans la gens du même nom

La famille Vidalat a fourni à Mirepoix, de père en fils, une dynastie de notaires, dont successivement :

  • Guillaume Vidalat, de 1636 à 1665
  • Jean Vidalat I 2Initiant ici le mariage, plus tard renouvelé, de la famille Vidalat et de la famille Tornier, ou Tournier, Jean Vidalat I épouse en 1693 Anne Thérèse Tornier., de 1666 à 1705
  • Jean Antoine Vidalat I, de 1706 à 1729
  • Jean Vidalat II, de 1741 à 1786

Le 1er juillet 1704 Jean Antoine Vidalat I, docteur ès droit, bientôt avocat en parlement, puis notaire royal, épouse Demoiselle Magdeleine Cairol. Le couple aura huit enfants :

  • 17 mars 1705 : Magdeleine Vidalat.
  • 17 février 1706 : Anne Vidalat († 20 mars 1706).
  • 29 avril 1707 : Anne Thérèse Vidalat († 9 mai 1708).
  • 27 avril 1708 : Raymond Vidalat.
  • 6 avril 1712 : Jeanne Vidalat.
  • 27 avril 1714 : Magdeleine Vidalat († 5 septembre 1760, inhumée à la cathédrale, dans la chapelle Sainte Marguerite).
  • 20 avril 1715 : Jean Vidalat.
  • 26 mai 1719 : Jean Antoine Vidalat II.

26 février 1755 : mort du sieur Jean Antoine Vidalat, trésorier du chapitre, inhumé à la cathédrale, dans la chapelle Sainte Marguerite.

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Ci-dessus : aujourd’hui, à l’angle de la rue du Gouverneur Laprade (autrefois rue du Coin de Cambajou) et de la rue Victor Hugo (autrefois rue du Grand Faubourg d’Amont), ancienne maison de Jean Vidalat II, puis de Jean Bonaventure Vidalat.

Le 8 janvier 1746, Jean Vidalat II, avocat en parlement et notaire royal, épouse Demoiselle Françoise Amat. Le couple aura, lui, neuf enfants :

  • 5 mars 1746 : Louise Vidalat († le 2 septembre 1746).
  • 29 juin 1747 : Jean Pierre Paul Vidalat.
  • 7 juin 1748 : Madeleine Vidalat († le 20 septembre 1751).
  • 20 septembre 1749 : Marie Anne Vidalat (mariée à Jacques Gaspard Bonans, ancien mousquetaire du roi, le 19 janvier 1780).
  • 22 février 1751 : Alexandre Vidalat (marié à Françoise Brustier le 12 pluviôse an V).
  • 1er avril 1752 : Anne Vidalat (mariée à Pierre Cairol, moyennant une dispense de parenté, le 19 janvier 1780).
  • 1er août 1753 : Jean Guillaume Marie Joseph Vidalat.
  • 6 août 1755 : Dominique Raymond Vidalat.
  • 14 juillet 1758 : Jean Bonaventure Vidalat (marié le 26 août 1793 à Marie Rivel, fille de Jacques Rivel, maître teinturier, dit le Romain ; † le 20 juin 1823).

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Ci-dessus : ancienne maison de Jean Vidalat I, notaire (1666), puis de Jean Antoine Vidalat II, bourgeois, puis de Marie Tornier, veuve de Jean Antoine Vidalat II, rue Victor Hugo (autrefois rue du Grand Faubourg Saint Jammes.

Le 29 juillet 1749, Jean Antoine Vidalat II, bourgeois, épouse Demoiselle Marie Tornier, née le 11 janvier 1729, fille de Jean François Tornier 3Jean François Tornier descendait par son arrière-grand-mère des Labalme, puisque Jean Tornier, son arrière-grand-père avait épousé Françoise de Labalme, soeur d’Isabeau de Labalme, épouse de Jean François de Montfaucon, soeur aussi de Louis de Labalme, contrôleur du roi et receveur des tailles et décimes ès diocèses de Mirepoix et de Pamiers, lequel était de son côté l’époux d’Anne d’Escala, bienfaitrice des enfants de Mirepoix, instigatrice de l’édification de l’église de l’Immaculée Conception de Notre Dame et de Saint Michel. A propos d’Anne d’Escala, cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Histoire et archéologie de l’église de l’Immaculée Conception de Notre Dame et de Saint Michel., avocat en parlement, et de Demoiselle Marguerite de Poulhairiès. Le couple aura, quant à lui, quatre enfants :

  • 8 octobre 1750 : Jean Jacques Vidalat († le 4 octobre 1842).
  • 15 février 1752 : Jean François Vidalat. Parrain : Maître Jean François Tornier, avocat en parlement, son grand-père maternel.
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    Source : Archives dép. de l’Aude, document 100NUM/5E184/2, vue 18/114.

  • 18 novembre 1753 : Guillaume Vidalat. Parrain : Maître Guillaume Tornier, licencié ès droit, son oncle maternel. Marié le 30 fructidor an X (17 septembre 1802) à Anne Marie Charlotte de Gouzens de Fontaines, devenu ingénieur du Languedoc, autorisé à adjoindre à son nom celui de Tornier, Guillaume Vidalat-Tornier mourra le 28 septembre 1820.
  • 6 février 1755 : Nicolas Vidalat († le 7 juin 1758). Parrain : le sieur Jean Tornier, oncle maternel.

A propos des liens que les Vidalat entretiennent avec l’institution ecclésiastique, l’abbé Ferran dans son étude sur le Chapitre cathédral de Mirepoix, note qu’ils ont été, « pendant plus de deux cents ans, notaires royaux et apostoliques et secrétaires du Chapitre ; en même temps, et presque sans interruption, deux ou trois ecclésiastiques de leur famille étaient bénéficiers du Chapitre. On peut en dire autant des Amat, des Manent, des Monfaucon et des Guillots… » 4Abbé Ferran, Le Chapitre cathédral de Mirepoix, in Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, p. 242, 1901, vol. 8, n° 1 -1902, vol. 8, n° 6.

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Ci-dessus : ancienne maison de Guillaume Tornier, puis de Guillaume Vidalat-Tornier sous le Grand Couvert.

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Ci-dessus: extrait de l’Etat de la population de Mirepoix en 1804.

Le 18 novembre 1814, Guillaume Vidalat, alors membre du collège électoral du département de l’Aude, obtient, en vertu d’un décret de l’ex-empereur, ses lettres de noblesse, et, le 20 janvier 1815, par une ordonnance du roi, le droit d’ajouter à son nom celui de Tornier. Jean Jacques Vidalat, son frère aîné, portera désormais, lui aussi, le nom de Vidalat-Tornier. Ordonné prêtre à Toulouse le 31 mars 1781, curé de Ribouisse avant la Révolution, Jean Jacques Vidalat refusera de prêter serment à la constitution civile du clergé et se réfugiera quelque temps en Espagne. Rentré à Mirepoix circa 1800, il y retrouve l’astronome Jacques Vidal, vieil ami avec qui il entretient une collaboration de longue date. Il loge d’abord section A n° 90, i. e. dans la maison de son frère Guillaume sous le Grand Couvert, maison héritée de Guillaume Tornier, leur oncle maternel. Puis il s’installe dans la maison qui avait été auparavant, rue des Pénitents bleus (anciennement rue Courlanel ; aujourd’hui rue Maréchal Clauzel), celle de Jean Baptiste Tornier, autre oncle maternel. Il y deviendra le pionnier de l’histoire locale connu des spécialistes sous le nom d’Abbé Vidalat-Tornier. Membre de la Société archéologique du Midi de la France, il retrouvera et fera connaître quelques-unes des miniatures arrachées aux antiphonaires de Philippe de Lévis, ainsi que le fameux astrolabe d’Abou-Bakhr Ibn Youssouf 5l’astrolabe d’Abou-Bakhr Ibn Youssouf se trouve aujourd’hui conservé et exposé à Toulouse, au musée Dupuy., daté de l’an 613 de l’hégire, que Jacques Vidal avait précédemment en sa possession.

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Ci-dessus : détail du plan 3 du compoix de 1766 ; n° 203 : maison de Jean Baptiste Tornier.

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Ci-dessus : extrait du compoix de 1766.

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Ci-dessus : à Mirepoix, ancienne maison de Jean Baptiste Tornier, bourgeois ; plus tard, maison de l’Abbé Vidalat-Tornier.

Né le 14 juillet 1758, marié à Marie Rivel le 26 août 1793, élu au conseil municipal de Mirepoix le 2 brumaire an III (23 octobre 1794), Jean Bonaventure Vidalat incarne dans la famille Vidalat la figure du bon citoyen, du bon père, et finalement… du bon bourgeois. Il est, avec Marie Rivel, père de huit filles et de trois garçons :

  • 20 août 1789 : Françoise Clotilde, reconnue par Jean Bonaventure Vidalat et Marie Rivel le 3 vendémiaire an VI (24 septembre 1797) ; † 13 prairial an XII (2 juin 1804).
  • 7 septembre 1790 : Jean Cloud Vidalat.
  • 11 janvier 1793 : Marie Vidalat.
  • 14 frimaire an V (4 décembre 1796) : Bonne Marie Aglaé Vidalat.
  • 19 nivôse an VI (8 janvier 1798) : Marie Julienne Vidalat († 29 nivôse an VI, 18 janvier 1798).
  • 26 frimaire an VII (16 décembre 1798) : Marie Iphigénie Vidalat.
  • 4 brumaire an IX (26 octobre 1800) : Marie Eulalie Clotilde Vidalat.
  • 30 prairial an X (19 juin 1802) : Jean Jacques François Fortuné Camille Vidalat ; † 9 février 1807..
  • 27 brumaire an 12 (19 novembre 1803) : Marie Charlotte Désirée Hermine Vidalat.
  • 5 brumaire an 13 (6 novembre 1804) : Jean Jacques Théodore André Vidalat-Tornier.
  • 15 juillet 1809 : Louise Henriette Mathilde Vidalat-Tornier († 13 avril 1840).

Bon citoyen, Jean Bonaventure Vidalat jouit de la confiance des édiles qui, en 1794, lui octroient le statut d’officier municipal, comme mentionné dans le registre municipal de Mirepoix en date du 2 brumaire (23 octobre 1794) :

« Pour remplir avec dignité les fonctions publiques dans le gouvernement révolutionnaire, il serait à désirer de trouver communément des personnages qui joindraient à un caractère énergique cet amour pur de la patrie qui se manifeste par le désintéressement, et qui montre cette droiture et cette modestie qui n’ambitionnent ni ne cabalent. La fonction d’agent national, qui est obligé de tenir une correspondance active avec le comité révolutionnaire du district et qui est tenu d’assister et conclure à deux tribunaux de paix, demande un substitut dans une commune dont la population est de 3300 individus — Nous désignons les citoyens Gabriel Clauzel, Jean Joseph Marie Vigarozy et Jean Bonaventure Vidalat.
Signé Alibert, officier municipal, et Fontes, maire. »

A propos de la famille Vidalat, et à l’occasion de la publication des bans 6Le mariage sera célébré le 22 mars 1820. relatifs au mariage de Anne Joseph Charles Téodore Desserres de Pontaut d’une part, lieutenant de cavalerie au régiment des chasseurs des Pyrénées, fils de feu Charles François Bernard Desserres de Pontaut, lieutenant colonel de cavalerie, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, et de Dame Françoise Zoé de Villemur Pailhès ; et de Marie Charlotte Désirée Hermine Vidalat d’autre part, fille de Jean Bonaventure Vidalat et de Marie Rivel ; le chevalier Jean Baptiste Louis de Chalvet Gaujouse formule le 13 février 1820, dans la correspondance qu’il entretient à Toulouse avec son ami Clément Daignan, l’observation suivante :

« Théodore épouse Mademoiselle Vidalat, de Mirepoix, d’une famille de bonne bourgeoisie, pensant bien et à qui le Roi a donné des lettres de noblesse. Ils habitent Pamiers. On dit qu’il y a 600.000 francs dans la famille. La marotte des bourgeoises est d’épouser des nobles… » 7Jean Barada. Toulouse et la vie toulousaine de 1786 à 1822 d’après des correspondances contemporaines, in Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 44, n°174, 1932. pp. 163-203.Correspondance du chevalier de Chalvet-Gaujouse avec Clément Daignan (1801-1821).

2. Les aventures de Jean François Vidalat

Jean François Vidalat dévie largement de la ligne socialement et idéologiquement correcte incarnée par Guillaume Vidalat-Tornier, son frère, et par Jean Bonaventure Vidalat, son cousin. Les registres officiels concernant les citoyens emprisonnés comme suspects en vertu de mandats d’arrêt décernés par le Comité de surveillance du district de Toulouse fournissent de Jean François Vidalat, alors incarcéré aux Carmélites, le portrait suivant :

« I. Jean-François Vidalat, domicilié à Toulouse, 15e section, âgé de 42 ans, célibataire ; arrêté pour cause de fédéralisme 8Le 2 juin 1793, sous la pression des sans-culottes parisiens, la Convention vote l’arrestation de 29 députés girondins. Ceux d’entre eux qui ont pu fuir tentent de soulever les provinces. On nomme fédéralistes les partisans de ce soulèvement. depuis le 18 septembre 1793.
II. Avant la Révolution cultivant les belles-lettres, ensuite secrétaire de l’évêque constitutionel de Toulouse 9Antoine Paschal Hyacinthe Sermet (1732-1808), ancien carme déchaussé, ancien prédicateur ordinaire du roi, évêque constitutionnel de la Haute-Garonne, très apprécié du peuple pour ses discours patoisants, signataire de la protestaion des évêques, le 3 décembre 1797, contre le transfert du dimanche au décadi. Cf. Louis Ariste, Histoire populaire de Toulouse depuis les origines jusqu’à ce jour, chapitre XXVIII, p. 306 sqq., édition Aux bureaux du Midi républicain, 1898 ; Christine Belcikowski, A propos d’Antoine Paschal Hyacinthe Sermet, évêque constitutionnel de la Haute-Garonne., vivant de son industrie.
III. Avec les aristocrates.
IV. Patriote de circonstance, se tournant toujours du parti le plus fort, fédéraliste des plus prononcés, d’un caractère pétillant, signataire d’une pétition liberticide et dangereux par ses talents. »

Le Baron R. de Bouglon, qui reproduit ce portrait dans Les reclus de Toulouse sous la terreur: Registres officiels concernant les citoyens emprisonnés comme suspects 10Cf. Baron R. de Bouglon, Les reclus de Toulouse sous la terreur: Registres officiels concernant les citoyens emprisonnés comme suspects, deuxième fascicule, p. 79, Imprimerie de Librairie Edouard Privat, Toulouse, 1895., ajoute les précisions suivantes :

« J.-F. Vidalat, fut surtout arrêté comme ami de Roussillon 11Roussillon : commissaire de la Convention, agent de la Commission d’approvisionnement du district de Toulouse., de Sol 12Sol : émissaire de Saverdun, acquéreur d’une partie de l’abbaye de Boubonne, fournisseur de blé., de Barrau 13Barrau : agent national du district de Rieux. et de Girard 14Girard : commissaire du Comité de subsistance de Bordeaux., c’est-à-dire de ceux qui, à Toulouse, avaient essayé de la résistance légale vis-à-vis du despotisme montagnard. Enfermé à la Visitation, puis transféré avec d’autres compagnons de captivité, notamment des fédéralistes, à la maison des Carmélites, Vidalat sentit qu’il ne parviendrait à obtenir son élargissement qu’en faisant agir auprès du Comité de sûreté de la Convention où dominait depuis le 9 thermidor un sentiment plus large d’équité envers les partisans de la Gironde. Un arrêté de ce Comité le mit en liberté le 5 vendémiaire an III (26 septembre 1794). » 15Ibidem.

Registre officiel : « Le Comité observe que c’est par erreur de nom qu’il a été compris dans le nombre des signataires. Elargi par le Comité de sûreté. »

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Ci-dessus : détruit au sortir de la Révoltion, le couvent des Carmélites, qui a servi de prison pendant la Révolution, a été détruit au sortir de cette dernière. La chapelle, seule, entièrement ornée de peintures de Jean-Pierre Rivalz, de son fils Antoine pour les trompe-l’oeil baroques réalisés à la fin du XVIIe siècle, et de son successeur Jean-Baptiste Despax au XVIIIe siècle, a été conservée. A l’emplacement de l’ancien couvent et de l’ancienne prison, la ville a fait construire dans les années 1930 la Bibliothèque d’Etude et du Patrimoine, oeuvre de l’architecte Jean Montariol.

Du portrait de Jean François Vidalat fourni par les registres officiels, il ressort qu’il s’agit là d’un fils de famille rendu suspect aux yeux des autorités révolutionnaires par son statut de célibataire sans projet, sa pratique des belles-lettres, et la plume qu’il met indifféremment au service de l’évêque constitutionnel et des pétitions fédéralistes ; bref d’une sorte d’électron libre dont il convient de craindre le « caractère pétillant », sachant que les dites autorités usent du qualificatif « pétillant » pour désigner chaque fois une personnalité subversive, socialement et politiquement dangereuse, car incontrôlable.

Après son élargissement du 5 vendémiaire an III (26 septembre 1794), Jean François Vidalat se signale à Mirepoix, le 2 brumaire an III (23 octobre 1794) par une soumission de 352 livres 16AD09, dossier 1Q648 (vente des biens nationaux, biens ecclésiastiques) ; signalé à mon attention par Martine Rouche., faite au titre de la vente des biens nationaux pour l’achat de l’ancien jardin de l’oeuvre du Saint Sacrement appelé jardin de Notre Dame, « situé hors les arrière-faubourgs de Mirepoix, et confrontant d’auta le bezal (canal) du moulin, cers le nommé Masquenque, midi la rue, aquilon ledit bezal » 17Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon du Saint-Sacrement..

En 1794, prévenu de complicité dans les mouvements séditieux excités dans la commune de Mirepoix, les 28, 29 et et 30 août 1792, Jean François Vidalat fait partie de la dizaine de Mirapiciens, flanquée de divers Appaméens, que Marc Guillaume Alexis Vadier fait envoyer en charrette au tribunal révolutionnaire et qui ne devront leur salut qu’au retard opportun de la charrette, laquelle n’arrive à Paris que le 3 fructidor an II (20 août 1794), peu après la chute de Robespierre 18Cf. Christine Belcikowski, 4 thermidor an II. Les citoyens de Mirepoix envoyés au tribunal révolutionnaire se trouvent retenus à Cahors.. Blanchis alors par le tribunal, les prévenus feront le voyage de retour à pied. Ils seront à Mirepoix pour la Noël de la même année.

Deux ans plus tard, en vertu sans doute de son « patriotisme de circonstance » et de ses « dangereux talents », Jean François Vidalat devient accusateur public près le tribunal criminel de l’Ariège. Il exercera cette fonction jusqu’au 19 fructidor an V (5 septembre 1797).

Le 25 germinal an V (14 avril 1797) par ailleurs, Jean François Vidalat est élu député de l’Ariège au Conseil des Cinq-Cents 19Cf. Auguste Kuscinski, Les députés au corps législatif : conseil des cinq-cents, conseil des anciens de l’an IV à l’an VII ; listes, tableaux et lois, p. 154, Société de l’histoire de la Révolution française, Paris, 1903.. Le Conseil des Cinq-Cents est chargé d’établir les propositions de lois, de voter les résolutions qui sont soumises ensuite à l’approbation du Conseil des Anciens, auquel il présente également la liste des candidats pour l’élection des cinq directeurs. Mais le même Jean François Vidalat verra son élection annulée cinq mois plus tard, suite au coup d’état du coup d’État 18 fructidor an V (4 septembre 1797), qui voit le retour des anciens jacobins aux affaires.

On sait par un rapport du ministre de l’intérieur au Directoire exécutif daté justement du 18 fructidor an V que les anciens jacobins nouvellement réélus soupçonnaient Jean François de menées royalistes :

« Citoyens Directeurs,
Par vos lettres du 1er complémentaire an V et du 2 vendémiaire du présent mois (fructidor), vous avez demandé communication de tous les renseignements que le ministre de l’intérieur pourrait avoir et qui seraient propres à établir cette vérité, que le complot des conjurés royaux était sur le point d’éclater au moment même que le Directoire les frappa, le 18 fructidor. […].

Si l’on examine attentivement la législation depuis prairial, il est évident qu’elle tendait à désorganiser le pouvoir exécutif ou à le paralyser. Les atteintes portées à ses attributions, particulièrement l’état des finances que des hommes pervers cherchaient depuis vingt mois à anéantir, prouvent à l’évidence un dessein formé et très médité de renverser le gouvernement. Le point où l’on avait conduit les choses au moment du 18 fructidor était tel que la République ne pouvait pas se soutenir sans une commotion épuratoire et régénératrice. Cette vérité, qui rentre dans celle qu’il n’y avait pas un instant à perdre pour frapper au moment du 18 fructidor, est facile à démontrer par une simple analyse des opérations dirigées par les factieux du Corps législatif. […].

Le signal de ces agitations presque générales partait du Corps législatif. C’est de là que des représentants, indignes de ce caractère auguste, répandaient les inquiétudes dans l’àme des bons citoyens ; c’est de là qu’ils accusaient le gouvernement pour le renverser ; c’est de là que, s’efforçant de paraître mus par une inspiration prophétique, ils écrivaient à leurs affidés que bientôt les choses changeraient de face. C’est ainsi que, d’après une lettre, n° 6, écrite de Rimont,le 26 fructidor dernier, par le représentant Bordes, en congé, à son collègue Estoque, le citoyen Vidalat est accusé d’avoir [écrit] naguère à un nommé Dupla-Goueytes, de Saurat, que dans peu les trois membres du Directoire, Barras, Reubell et La Révellière-Lépeaux seraient traduits à la Haute-Cour de justice. » 20François Alphonse Aulard (1849-1928), Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire : recueil de documents pour l’histoire de l’esprit public à Paris ; tome IV, Du 21 ventôse an V au 2 thermidor an VI (11 mars 1797-20 juillet 1798) ; L. Cerf, Paris, 1900.. Toujours d’après le représentant Bordes, Jean François Vidalat est en l’an V membre du club de Clichy 21Cf. Archives nationales. AF/III/30,AF/III/32-AF/III/44. Dossier 159. Pièces 7 à 60. Rapport de Letourneux, ministre de l’Intérieur, au Directoire, daté de vendémiaire an VI, transmettant les pièces suivantes existant dans son ministère sur la conspiration royaliste. Ce club regroupe, dans un local situé au bas de la rue de Clichy, les députés nouvellement nommés qui sont partisans du retour à la monarchie. Le coup d’état du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) entraînera sa disparition rapide, d’autant que certains de ses membres seront déportés en Guyane.

Jean François Vidalat toutefois, avant l’invalidation de son élection, aura eu le temps de voter, au cours des cinq mois de son mandat, la loi du 30 floréal an V, concernant la vérification des pouvoirs des nouveaux élus et l’attribution des treize places qui restent vacantes, dont deux pour les ex-conventionnels. Cette vérification commence le jour même de l’ouverture de la nouvelle session, c’est-à-dire le 1er prairial an V (20 mai 1797).

Le 11 messidor qn V (29 juin 1797), Jean François Vidalat aura eu le temps également de dénoncer l’anticléricalisme du ministre de la police, Cochon, qui s’oppose à la remise en liberté des prêtres et qui, constatant qu’ils rentrent de toutes parts, les accuse de « tout mettre en oeuvre pour corrompre l’opinion publique ».

« Après la lecture de la lettre de Cochon et du message », rapporte l’abbé de Salamon, chargé des affaires du Saint-Siège à Paris, pendant la Révolution 22Cf. Correspondance secrète de l’abbé de Salamon, chargé des affaires du Saint-Siège pendant la Révolution, avec le Cardinal de Zelada. Paris, E. Pion, Nourrit et Cie, 1898., dans une lettre adressée au Cardinal de Zelada, Secrétaire d’Etat du Pape Pie VI, « un député, nommé Vidalat, s’est écrié : C’est un grand scandale et une véritable calamité publique qu’un ministre et des administrations aient l’audace de retenir des malheureux prêtres dans les cachots, malgré la loi rendue en leur faveur. Il veut que ces agents prévaricateurs .soient poursuivis suivant toute la rigueur des lois. »

Le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), Jean François Vidalat, désinvesti de son mandat, se retrouve livré à lui-même, sans activité définie, sans revenu qu’on connaisse. Trois ans plus tard, le 13 août 1800, en vertu de la loi du 28 pluviôse an VIII, Pierre François Brun, premier préfet de l’Ariège, nomme les conseillers municipaux chargé d’assister Pierre Avignon, le nouveau maire de Mirepoix. Jean Bonaventure Vidalat fait partie de ces nouveaux élus ; point Jean François Vidalat.

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Ci-dessus : lette datée du 24 frimaire an VI (jeudi 14 décembre 1797), in registre municipal de Mirepoix, nivôse an VI.

Nous ne saurions rien de ce qu’il est advenu de Jean François Vidalat après le coup d’État 18 fructidor an V (4 septembre 1797), si nous ne disposions pas de l’inventaire après décès du dit Jean François Vidalat, établi « le 26 nivôse an X (16 janvier 1802) à la requête d’Antoine Marie Crespy, homme de loi demeurant à Paris, rue Culture Sainte Catherine n° 644, au nom et comme curateur à la succession de Jean François Vidalat, vacante au moyen de la renonciation qui a été faite par Jean Jacques Vidalat et Guillaume Vidalat, tous deux habiles à se dire et porter héritiers dudit Jean François Vidalat leur frère. Cette renonciation se trouve contenue en un acte passé en présence de témoins devant Pons notaire à Mirepoix, département de l’Ariège, le quatrième jour complémentaire de l’an IX (21 Sept 1801), dont une expédition dûment légalisée faisant mention de l’enregistrement de sa minute et insinuée à Paris le dix-neuf frimaire an X (10 décembre 1801) représentée par le dit C. Crespy… ».

Cet inventaire indique qu’en l’an V (1797), Jean François a élu domicile à Paris, qu’il y a loué au Citoyen Lachapelle « un appartement au quatrième étage d’une maison sise boulevard Montmartre n° 27 », et qu’il y est mort peu avant le quatrième jour complémentaire de l’an IX (21 Sept 1801), sans qu’on sache exactement quel jour, puisque le rédacteur de l’inventaire après décès laisse en blanc la date de ce décès.

Le 27 du boulevard Montmartre se trouve situé dans le quartier Vivienne (IIe arrondissement), au flanc de l’ancien hôtel de Lecoulteux de Nolay. Charles Philippe Ronsin (1751-1794) y a logé, avant Jean François Vidalat. Fils d’un simple tonnelier, Charles Philippe Ronsin s’engage en 1768 dans le régiment d’Aunis, où il atteint le grade de caporal. En 1772, Il quitte ce régiment pour devenir précepteur. En 1789, alors capitaine de la garde bourgeoise du district de Saint-Roch, il se lie d’amitié avec le peintre Jacques Louis David. Entre 1790 et 1792, il se distingue en tant qu’auteur de pièces patriotiques. Nommé en 1793 général en chef de l’armée révolutionnaire de Paris en 1793, mais bientôt soupçonné de préparer le renversement du gouvernement révolutionnaire par une dictature militaire, il est guillotiné avec les Hébertistes le 24 mars 1794. Parmi les Hébertistes, dits aussi Exgérés, guillotinés le 24 mars 1794, outre Jacques René Hébert lui-même, fils de famille tombé d’abord dans la bohème littéraire, puis célèbre rédacteur du journal Le Père Duchesne, on trouve, entre autres, Antoine-François Momoro, membre de la section du Théâtre-Français, imprimeur-libraire, proche des Enragés ; François Nicolas Vincent, fils d’un concierge de prison, clerc de procureur, puis secrétaire-greffier du club des Cordeliers ; et quatre étrangers ou assimilés (!) : Jean Conrad de Koch, né en Hollande, banquier, complice de Dumouriez en 1793, lié au premier ministre britannique William Pitt le Jeune, par ailleurs partisan des Enragés ; Jean Baptiste de Cloots, dit Anacharsis Cloots, sujet prussien, député de l’Oise à la Convention, président du club des Jacobins en 1793, belliciste et athéiste militant ; Pierre-Jean Berthold de Proli, sujet belge, fondateur de la Compagnie de commerce de la mer rouge, spéculateur sur les actions de la Nouvelle Compagnie des Indes)) ; Jacob Pereira, juif bordelais d’origine portugaise, bijoutier, puis marchand de tabac et spéculateur, partisan des Enragés.

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Ci-dessus : Supplice des Hébertistes, gravure de P.G. Berthault d’après J.Duplessis-Bertaux, détail.

Homme atypique, lorsqu’il s’installe au n° 27 du boulevard Montmartre, Jean François vient perpétuer là, dirait-on, le souvenir de Charles Philippe Ronsin et autres atypiques, issus, quant à eux, de la bohème littéraire ou de la jungle des affaires.

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Ci-dessus : détail du Plan de la ville de Paris, dédié et présenté au Roi en 1816 / par Nicolas Maire, ingénieur géographe ordinaire du Roi ; Pélicier scrip. ; gravé par Perrier et Gallet. Notez, sur le plan, l’emplacement du Passage des Panoramas, et celui du Théâtre National (Théâtre de l’Opéra Comique en 1816).

Enclin lui aussi à la bohème littéraire, libre désormais de son temps, Jean François Vidalat trouve à cultiver boulevard Montmartre des plaisirs nouveaux, bien faits pour plaire à son oisiveté et à son dilettantisme natif.

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Ci-dessus : Philibert Louis Debucourt (1755-1832), Frascati en 1807.

Il loge à 50 mètres de la maison Frascati, fréquentée alors par les Incroyables et les Merveilleuses.

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Ci-dessus : Anne Martin-Fugier, La Vie élégante ou la formation du Tout-Paris (1815-1848), Librairie Arthème Fayard, 1990.
Sur la terrasse et dans les jardins, Garchi avait fait installer des verres de couleur, afin d’y ménager le soir des effets d’éclairage surprenants. Il y faisait tirer des feux d’artifice également.

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Ci-dessus : rotondes des panoramas boulevard Montmartre en 1807. La construction du Théâtre des Variétés, situé à gauche des rotondes sur l’image, date de cette année-là. Les rotondes seront détruites en 1830.

Jean François Vidalat loge aussi, boulevard Montmartre, à 150 mètres des deux rotondes jumelles qui abritent sur le site de l’ancien hôtel de Montmorency-Luxembourg les premiers « panoramas » : peintes par Pierre Prévost, Jean Mouchet, Constant Bourgeois et Denis Fontaine, une vue de Paris et de ses environs depuis le haut du palais des Tuileries, et une vue de l’évacuation de Toulon par les Anglais en 1793. La foule se presse pour voir ces panoramas.

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Ci-dessus : plan de l’architecte Victor Louis pour le Théâtre National.

Jean François Vidalat loge en outre à 300 mètres du Théâtre National, ou Théâtre des Patriotes. Celui-ci a été construit en 1792-1793 par l’architecte Victor Louis, à la demande de Mademoiselle Montansier. Suite à l’incendie du théâtre de la Porte Saint-Martin, ce théâtre abrite deouis 1793 l’Académie royale de musique, autrement dit la troupe de l’Opéra. Jean François Vidalat a pu sans doute assister ainsi à la représentation de l’Épicure de Demoustier, Méhul, et Cherubini, le 14 mars 1800, ainsi qu’à la création française de la Flûte enchantée, donnée le 20 août 1801, dans une adaptation très libre, sous le titre des Mystères d’Isis. Le 14 décembre 1800, Bonaparte, alors premier consul, échappe de peu à une machine infernale, rue Saint-Nicaise, en se rendant à la première audition de la Création de Joseph Haydn. Louis XVIII ordonnera la destruction de la salle après l’assassinat du duc de Berry, le 13 février 1820, au sortir d’un spectacle composé du Rossignol, des Noces de Gamache et du Carnaval de Venise.

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Ci-dessus : frontispice des Nuits de Paris, ou le Spectateur nocturne, auteur non identifié, volume 1, 1788-1789.

Il y a tout lieu de penser que, dans un quartier si riche de sollicitations diverses, Jean François Vidalat s’est adonné à la passion de sortir, et que, adepte des « nuits de Paris », comme Restif de la Bretonne 23Nicolas Edme Restif de la Bretonne (1734-1806) a laissé, entre autres, une oeuvre en huit volumes intitulé Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne (1788-1794). il s’est complu dans la situation de « spectateur nocturne ». L’inventaire après décès indique qu’il possédait trois pistolets et deux poires à poudre, équipement rendu sans doute nécessaire par la dangerosité des rues de l’an V, surtout la nuit, au retour des tables de jeu.

L’appartement loué par Jean François Vidalat au Citoyen Lachapelle comprend alors deux pièces éclairées et deux pièces borgnes. Une première pièce, qui donne sur le boulevard par une croisée, sert de salon ou de cabinet. Les trois autres pièces ont leur entrée dans la précédente. Il s’agit d’une chambre à coucher, qui donne également sur le boulevard, ainsi que d’un second cabinet et d’une cuisine, tous deux borgnes.

On sait que Jean François Vidalat ne prenait pas ses repas chez lui, car l’inventaire après décès mentionne dans sa cuisine « deux chaises de paille, deux tables à écrire, une boîte à poudre en fer blanc, et douze pièces de poterie » seulement. Outre une table de nuit avec son vase, une couchette à dossier en bois de citron, trois couvertures, dont un couvre-pied piqué en satin, deux paires de draps, deux paires de rideaux, dont une en toile peinte, à franges noires, une malle de voyage dans la chambre à coucher ; six fauteuils couverts de velours d’Utrecht, une bergère, une bibliothèque à rotonde d’équerre et garnie de vitrages qui appartient au Citoyen Lachapelle, un secrétaire à cylindre, et une table de jeu dans le salon, l’appartement n’abrite qu’un petit bric-à-brac de marginal de la politique et de célibataire dilettante – deux chandeliers de cuivre argenté, une écritoire en maroquin vert, deux cachets en cuivre, un compas, une plume, un porte-crayon en ivoire, une boussole, deux lunettes à longue vue, une lunette acromatique, deux boîtes et deux bouteilles à tabac, un pèse-liqueur, un trébuchet 24Trébuchet : petite balance de précision dont la moindre augmentation de poids faisait trébucher, pencher le plateau chargé, et qui servait à vérifier le poids des pièces de monnaie. en bois de noyer garni, un bidet de campagne garni, un cuir à rasoir, une brosse à barbe en ivoire, deux tire-bottes en fer poli, deux crochets de montre, un cadenas.

La garde-robe se trouve répartie indifféremment dans la malle de voyage sise dans la chambre à coucher et dans la bibliothèque sise dans le salon. Outre l’ordinaire des pièces de vêtement faites pour l’usage domestique, dont nombre de vieilleries bonnes à jeter, on trouve dans la malle et dans la bibliothèque les effets plus civils dont Jean François Vidalat a usé sans doute pour se rendre à Saint-Cloud, où se tenait en l’an V l’assemblée des Cinq-Cents, et, après l’invalidation de son élection, pour sortir dans Paris. Un papier retrouvé dans la dite bibliothèque témoigne, sur le mode du fait-divers, du passage de Jean François Vidalat au château de Saint-Cloud :

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Ci-dessous : détail de l’inventaire des papiers trouvés le 29 nivôse an X (19 janvier 1802), au n° 27 du boulevard Montmartre, dans l’appartement de Jean François Vidalat : « Premièrement quatre pièces, dont la première en une lettre adressée au Citoyen Vidalat par le Citoyen Lallier, maître de danse à Versailles, dans laquelle ce dernier lui annonce avoir trouvé son portefeuille à Saint-Cloud, et lui détaille les papiers qu’il contenait. »

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Vue du château de Saint-Cloud au XVIIe siècle, détail.

Retour à la garde-robe de Jean François Vidalat :

  • une houppelande bordée de velours de soie cramoisi
  • deux redingotes de drap gris, dont une à collet de velours noir
  • quinze chemises
  • vingt-et-un gilets, de velours de soie, de gourgouran 25Gourgouran : étoffe de soie travaillée en gros de Tours, et qui vient des Indes., de mousselinette 26Mousselinette : Mousseline légère., de basin 27Basin : étoffe croisée dont la chaîne est ordinairement de fil et la trame de coton., d’espagnolette 28Espagnolette : fine ratine fabriquée à l’origine en Espagne puis imitée avec succès en France., de laine à revers de taffetas bleu, de flanelle d’Angleterre, ou de coton rayé
  • dix-huit cravates blanches, dont une de soie et seize en mousseline
  • trois pièces d’estomac de flanelle
  • des bretelles
  • cinq culottes, dont trois de casimir 29Casimir : drap léger fait de laine croisée ou de coton, de dessins et de couleurs variés., noir ou gris, une de nankin 30Nankin : toile de coton à tissu serré et solide, de couleur jaune clair, fabriquée originairement à Nankin, puis aux Indes et en Europe., et une de coton ;
  • quatre pantalons, dont deux en soie grise et un en siamoise 31Siamoise : tissu de soie ou de coton imitant la mousseline dont les ambassadeurs du Siam firent présent à Louis XIV bleu et blanc.
  • vingt-huit paires de bas, dont six paires de bas de soie gris et blancs, dix-neuf paires de bas de soie et coton, et trois paires de bas de coton.
  • une paire de gants de peau jaunes
  • un parasol 32Parasol : abri portatif d’étoffe ou de toile, de même forme qu’un parapluie, utilisé pour se protéger généralement du soleil. rouge à soufflet.

Restent vingt-trois mouchoirs de poche, dont dix-neuf à carreaux rouges et blancs et quatre à carreaux rouges et bleus, une boucle, une médaille en argent, une paire de boutons de manche en pierres fausses, montées en argent.

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Ci-dessus : muscadin.

La présence de trois pièces d’estomac, dans la garde-robe de Jean François Vidalat, étonne. La pièce d’estomac est une partie de la robe à la française : il s’agit d’un triangle de tissu, habituellement très décorée, qui se plaçait, au XVIIe siècle, entre les deux bords du devant de la robe des dames pour dissimuler le corps baleiné situé sous la robe. Les pièces d’estomac que portent Jean François Vidalat sont en flanelle, mais, assorties du parasol rouge et du pantalon en siamoise, elles confèrent une sorte de féminité équivoque à un personnage qui donne sans doute dans le genre incroyable ou muscadin.

Jean François Vidalat, qui cultivait avant la Révolution les belles-lettres, laisse à sa mort, dans la bibliothèque louée par le citoyen La Chapelle, environ 30 volumes et 50 brochures « ne méritant la description », prisés 21 francs.

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Source : Archives nationales. Minutes du notaire Abraham Silly (étude IX). Cote : MC/ET/IX/866. Inventaire après décès de Jean-François Vidalat. 29 nivôse an X (19 janvier 1802.

Le total de l’inventaire se monte royalement, si l’on peut dire, à 751 francs, ce qui est très peu, et qui ne couvre probablement pas les frais d’obsèques, d’enregistrement et d’inventaire. Jean Jacques Vidalat, encore domicilié dans la commune de Ribouisse, et Guillaume Vidalat, alors domicilé à Belpech, ont renoncé auprès du notaire mirapicien Maître Pons à se porter héritiers de Jean François Vidalat, leur frère, et confié à Antoine Marie Crespy, homme de loi, demeurant à Paris, rue Culture Sainte Catherine (aujourd’hui rue de Sévigné) n° 644, le soin de se porter curateur de la dite succession, parce que Jean François Vidalat est mort ruiné.

L’examen des papiers conservés dans la bibliothèque de Jean Jacques Vidalat montre en effet que celui-ci se trouve en effet, à la veille de sa mort, à bout de ressources.

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Source : Archives nationales. Minutes du notaire Abraham Silly (étude IX). Cote : MC/ET/IX/866. Inventaire après décès de Jean-François Vidalat. 29 nivôse an X (19 janvier 1802.

Jean François « a réalisé le patrimoine paternel et maternel depuis quelques années ». Et il a vécu, à partir de son installation à Paris, d’un prêt consenti par sa mère, comme indiqué par la note relative à un « dépôt fait à la direction générale la liquidation sous le n° 3089, le cinq messidor an V (23 juin 1797), d’un contrat de constitution sur les états de Languedoc au profit de la Veuve Tornier Vidalat ».

Il a par ailleurs prêté à d’autres, comme l’attestent, dans la bibliothèque, plusieurs reconnaissances de dette en sa faveur : reconnaissance signée le 6 prairial an VIII (26 mai 1800) par le Citoyen Lagarde, employé au ministère de la Marine, pour la somme de 240 francs ; reconnaissance signée le 14 prairial an VIII (3 juin 1800) par le Citoyen Molinier pour la somme de dix louis ; reconnaissance signée sans date par lecitoyen Darmaing pour une somme de 372 francs. Le nom de Darmaing donne à penser que ces prêts ont pu relever de quelque solidarité ariégeoise politiquement marquée. On sait que, accusés par Marc Guillaume Alexis Vadier d’avoir été en mai 1790 les instigateurs du rassemblement séditieux de la Boulbonne, François Darmaing, dit Dangery, anciennement avocat, puis administrateur du département de l’Ariége, et Jean Pierre Jérôme Darmaing, son frère, anciennement avocat, puis juge au tribunal civil de Pamiers, ont été guillotinés le 23 prairial an II (11 juin 1794) et que, leurs biens ayant été été confisqués, Dominique Darmaing dit Fajouloux, fils de François Darmaing, a longuement tenté, à partir du Consulat, d’obtenir à Paris la restitution de ces derniers.

Jean François Vidalat, dans des conditions plus obscures encore puisque c’est lui qui a payé ici, a servi d’intermédiaire au citoyen Listard pour le recouvrement d’une somme de 144 francs due par ce dernier à la citoyenne Dupan ; ou encore pour le recouvrement d’une somme, non précisée, due par la Citoyenne Dharniès à la Citoyenne Blevetot. L’inventaire mentionne ici une liasse de vingt-trois pièces relatives à « des affaires dont le défunt paraît avoir été chargé. »

Le 6 messidor an IX (25 juin 1801), Jean François Vidalat, quant à lui, a payé au Citoyen Lachapelle la somme de 100 francs, montant du loyer dû à l’échéance du 15 vendémiaire an X (7 octobre 1801) ; mais il fait l’objet d’une réclamation de la préfecture du département concernant le paiement de sa contribution mobiliaire de l’an IX. Il doit 76 francs à Lombard Feydeau, depuis le 9 nivôse, sans mention d’année, pour deux coupons de raze 33Raze, ou ras : étoffe de laine ou de soie dont le poil, coupé ras, ne paraît pas., un coupon de casimir, et deux devants de gilet. Le 2 nivôse an IX, il a engagé une montre pour 30 francs auprès du bureau de prêt du Citoyen Martin, rue Saint-Honoré n° 196, à proximité du Palais-Royal. Le 21 messidor an IX, toujours auprès du même bureau, il a engagé une autre montre pour 60 francs. L’inventaire après décès mentionne donc chez lui, sans surprise, « deux crochets de montre », et point de montre. Il mentionne aussi « deux tire-bottes », mais point de bottes, et « une casquette de maroquin vert », mais point de chapeau de représentant, ni de bicorne ou de tricorne, ni de chapeau à larges bords. Concernant les effets qui manquent, Jean François Vidalat les a probablement tous engagés.

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Le rédacteur de l’inventaire précise que ce ne sont point Jean Jacques et Guillaume Vidalat qui ont réclamé la position de la succession au domicile du citoyen Jean François Vidalat, mais le Citoyen Calvet de Madaillan 34Enracinée à Foix, la famille Calvet de Madaillan a donné deux députés à l’Assemblée nationale deux députés : Marie Jean Jacques Louis Calvet de Madaillan, né à Foix en 1760, garde du corps du roi, puis professeur à l’Ecole centrale de l’Ariège avant la Révolution, élu député de l’Ariège en 1791, nommé nommé censeur au lycée de Toulouse sous le Consulat, puis conseiller de préfecture de l’Ariège sous la Restauration ; Joseph Thibaud Calvet de Madaillan, né à Foix en 1766, garde de corps du roi avant la Révolution, élu député de l’Ariège en 1809, puis questeur en 1813, créé baron d’Empire la même année, élu à nouveau député de l’Ariège en 1815, réélu en 1816 et 1819., propriétaire, demeurant ordinairement à Mirepoix, à présent logé à Paris, rue de la Loi (aujourd’hui rue de Richelieu) n°269, après que le dit Citoyen Calvet de Madaillan ait exposé le 29 nivôse an X (19 janvier 1802) « qu’il est créancier de sommes considérables de Jean François Vidalat, décédé il y trois mois à Paris ». Le même rédacteur ajoute que « les scellés ont été apposés chez le défunt à la requête du requérant », lequel « a compte à demander de diverses sommes que Jean François Vidalat avait touchées en vertu de sa procuration, et notamment du prix d’une maison, rue de la Monnaie », sachant que « la dite procuration autorisait le dit Vidalat à vendre et à en recevoir le prix ». C’est donc le Citoyen Calvet de Madaillan qui a « conclu à ce qu’il plut au tribunal de nommer un curateur à la succession vacante du dit Jean François Vidalat et de l’autoriser à faire procéder contradictoirement avec le dit curateur, et à la conservation des droits de qui il appartiendra à l’inventaire des effets, titres papiers, et autres effets » du défunt.

Le rédacteur de l’inventaire, ici et là, se montre négligent. Outre qu’il laisse en blanc la date exacte du décès de Jean François Vidalat, qu’il écrit indifféremment Madaillan ou Mardaillan, qu’il varie une fois au moins sur le numéro de l’immeuble du boulevard Montmartre où logeait Jean François Vidalat, et qu’une autre fois, il attribue à Guillaume Vidalat le prénom de Nicolas, son frère puîné, mort le 7 juin 1758 !, il ne précise pas le nom de la ville dans laquelle se trouve la « maison, rue de la Monnaie », que Jean François Vidalat, « en vertu de sa procuration », a vendue et dont il a reçu le prix. On suppose donc que la dite maison se trouve à Paris, dans la rue de la Monnaie, Ier arrondissement.

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Le même rédacteur mentionne dans l’inventaire une liasse de 57 pièces « relatives à un bail passé le 28 pluviôse an VII (16 février 1799) devant Larcher 35Probable lointain descendant de Claude Larcher, notaire connu pour avoir été actif à Mirepoix de 1632 à 1635 et pour avoir géré les affaires de Louis de Bertrandi, compagne de Jean de Lomagne. Cf. Archives dép. de l’Ariège, 5 E 3586., qui en a gardé minute, et devant son collègue notaire à Paris, bail enregistré le 8 ventôse suivant (26 février 1799) par Borie. « Ce bail fait par le défunt est fondé de pouvoir d’Anne Antoinette Barbe Clémence Daniel-Cairol-Madaillan, femme Calvet ; de Catherine Clémence Cairol-Madaillan-Saint-Hilaire ; et de Mademoiselle Victoire Cairol Matrin Defer, enfant mineure. Bail pour neuf années. Convention commune du 1er nivôse an VIII (22 décembre 1799) au Citoyen Jean Baptiste Louis Ozanne et à son épouse, moyennant deux mille francs de loyer, payés de trois mois en trois mois. Les autres pièces sont mémoire d’ouvrage fait à la dite maison, quittance de la contribution foncière, et autres pièces pouvant servir à établir le compte dû par le défunt à sa commettante. »

Souvenons-nous ici que Jean Antoine Vidalat I, docteur ès droit, avocat en parlement, notaire royal, grand-père de Jean François Vidalat, a épousé le 1er juillet 1704 Demoiselle Magdeleine Cairol.

Le bail mentionné ci-dessus intéresse-t-il, le 8 ventôse an VII (26 février 1799), la maison de la rue de la Monnaie, que Jean François Vidalat aurait ensuite vendue ? Ou intéresse-t-il une autre maison encore ? Difficile d’en juger, faute d’informations suffisantes. On se contentera d’observer ici qu’après avoir « réalisé le patrimoine paternel et maternel », puis obtenu un prêt de Marie Tornier, sa mère, Jean François Vidalat, trahissant ainsi la confiance de sa parentèle, a usé de la procuration à lui faite par cette dernière, pour vendre ou bailler, sans réussir pourtant à éviter sa ruine finale, ce qui ne lui appartenait pas. L’histoire de Jean François Vidalat, c’est celle d’un fils de famille qui a mal tourné. Tandis que Jean Jacques Vidalat, son frère aîné, devenait le célèbre abbé historien que l’on connaît, et tandis que Guillaume Vidalat, son frère puîné, menait droitement sa carrière d’ingénieur du Languedoc et épousait en la personne d’Anne Marie Charlotte de Gouzens de Fontaines une fille du seigneur de Lafage, Jean François Vidalat, monté à Paris, échouait à entrer dans la carrière politique et se perdait dans les plis sinueux d’une existence désancrée. On créditera peut-être ce marginal de la curiosité du philosophe cynique qui, tel Restif de la Bretonne dans les Nuits de Paris, se plaît à cultiver dans la société de son temps le statut de « spectateur nocturne » :

« Hibou ! combien de fois tes cris funèbres ne m’ont-ils pas fait tressaillir, dans l’ombre de la nuit ! Triste et solitaire, comme toi, j’errais seul, au milieu des ténèbres, dans cette Capitale immense : la lueur des réverbères, tranchant avec les ombres, ne les détruit pas, elle les rend plus saillantes : c’est le clair-obscur des grands Peintres ! J’errais seul, pour connaître l’Homme… Que de choses à voir, lorsque tous les yeux sont fermés ! » 36Nicolas Edme Restif de la Bretonne, Les nuits de Paris, ou Le spectateur nocturne, tome 1, p. 2, sans nom d’éditeur, Londres, 1788-1794.

References   [ + ]

1. Cf. Archives nationales. Minutes du notaire Abraham Silly (étude IX). Cote : MC/ET/IX/866. Inventaire après décès de Jean-François Vidalat. 29 nivôse an X – 19 janvier 1802.
2. Initiant ici le mariage, plus tard renouvelé, de la famille Vidalat et de la famille Tornier, ou Tournier, Jean Vidalat I épouse en 1693 Anne Thérèse Tornier.
3. Jean François Tornier descendait par son arrière-grand-mère des Labalme, puisque Jean Tornier, son arrière-grand-père avait épousé Françoise de Labalme, soeur d’Isabeau de Labalme, épouse de Jean François de Montfaucon, soeur aussi de Louis de Labalme, contrôleur du roi et receveur des tailles et décimes ès diocèses de Mirepoix et de Pamiers, lequel était de son côté l’époux d’Anne d’Escala, bienfaitrice des enfants de Mirepoix, instigatrice de l’édification de l’église de l’Immaculée Conception de Notre Dame et de Saint Michel. A propos d’Anne d’Escala, cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Histoire et archéologie de l’église de l’Immaculée Conception de Notre Dame et de Saint Michel.
4. Abbé Ferran, Le Chapitre cathédral de Mirepoix, in Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, p. 242, 1901, vol. 8, n° 1 -1902, vol. 8, n° 6.
5. l’astrolabe d’Abou-Bakhr Ibn Youssouf se trouve aujourd’hui conservé et exposé à Toulouse, au musée Dupuy.
6. Le mariage sera célébré le 22 mars 1820.
7. Jean Barada. Toulouse et la vie toulousaine de 1786 à 1822 d’après des correspondances contemporaines, in Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 44, n°174, 1932. pp. 163-203.Correspondance du chevalier de Chalvet-Gaujouse avec Clément Daignan (1801-1821).
8. Le 2 juin 1793, sous la pression des sans-culottes parisiens, la Convention vote l’arrestation de 29 députés girondins. Ceux d’entre eux qui ont pu fuir tentent de soulever les provinces. On nomme fédéralistes les partisans de ce soulèvement.
9. Antoine Paschal Hyacinthe Sermet (1732-1808), ancien carme déchaussé, ancien prédicateur ordinaire du roi, évêque constitutionnel de la Haute-Garonne, très apprécié du peuple pour ses discours patoisants, signataire de la protestaion des évêques, le 3 décembre 1797, contre le transfert du dimanche au décadi. Cf. Louis Ariste, Histoire populaire de Toulouse depuis les origines jusqu’à ce jour, chapitre XXVIII, p. 306 sqq., édition Aux bureaux du Midi républicain, 1898 ; Christine Belcikowski, A propos d’Antoine Paschal Hyacinthe Sermet, évêque constitutionnel de la Haute-Garonne.
10. Cf. Baron R. de Bouglon, Les reclus de Toulouse sous la terreur: Registres officiels concernant les citoyens emprisonnés comme suspects, deuxième fascicule, p. 79, Imprimerie de Librairie Edouard Privat, Toulouse, 1895.
11. Roussillon : commissaire de la Convention, agent de la Commission d’approvisionnement du district de Toulouse.
12. Sol : émissaire de Saverdun, acquéreur d’une partie de l’abbaye de Boubonne, fournisseur de blé.
13. Barrau : agent national du district de Rieux.
14. Girard : commissaire du Comité de subsistance de Bordeaux.
15. Ibidem.
16. AD09, dossier 1Q648 (vente des biens nationaux, biens ecclésiastiques) ; signalé à mon attention par Martine Rouche.
17. Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon du Saint-Sacrement.
18. Cf. Christine Belcikowski, 4 thermidor an II. Les citoyens de Mirepoix envoyés au tribunal révolutionnaire se trouvent retenus à Cahors.
19. Cf. Auguste Kuscinski, Les députés au corps législatif : conseil des cinq-cents, conseil des anciens de l’an IV à l’an VII ; listes, tableaux et lois, p. 154, Société de l’histoire de la Révolution française, Paris, 1903.
20. François Alphonse Aulard (1849-1928), Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire : recueil de documents pour l’histoire de l’esprit public à Paris ; tome IV, Du 21 ventôse an V au 2 thermidor an VI (11 mars 1797-20 juillet 1798) ; L. Cerf, Paris, 1900.
21. Cf. Archives nationales. AF/III/30,AF/III/32-AF/III/44. Dossier 159. Pièces 7 à 60. Rapport de Letourneux, ministre de l’Intérieur, au Directoire, daté de vendémiaire an VI, transmettant les pièces suivantes existant dans son ministère sur la conspiration royaliste.
22. Cf. Correspondance secrète de l’abbé de Salamon, chargé des affaires du Saint-Siège pendant la Révolution, avec le Cardinal de Zelada. Paris, E. Pion, Nourrit et Cie, 1898.
23. Nicolas Edme Restif de la Bretonne (1734-1806) a laissé, entre autres, une oeuvre en huit volumes intitulé Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne (1788-1794).
24. Trébuchet : petite balance de précision dont la moindre augmentation de poids faisait trébucher, pencher le plateau chargé, et qui servait à vérifier le poids des pièces de monnaie.
25. Gourgouran : étoffe de soie travaillée en gros de Tours, et qui vient des Indes.
26. Mousselinette : Mousseline légère.
27. Basin : étoffe croisée dont la chaîne est ordinairement de fil et la trame de coton.
28. Espagnolette : fine ratine fabriquée à l’origine en Espagne puis imitée avec succès en France.
29. Casimir : drap léger fait de laine croisée ou de coton, de dessins et de couleurs variés.
30. Nankin : toile de coton à tissu serré et solide, de couleur jaune clair, fabriquée originairement à Nankin, puis aux Indes et en Europe.
31. Siamoise : tissu de soie ou de coton imitant la mousseline dont les ambassadeurs du Siam firent présent à Louis XIV bleu et blanc.
32. Parasol : abri portatif d’étoffe ou de toile, de même forme qu’un parapluie, utilisé pour se protéger généralement du soleil.
33. Raze, ou ras : étoffe de laine ou de soie dont le poil, coupé ras, ne paraît pas.
34. Enracinée à Foix, la famille Calvet de Madaillan a donné deux députés à l’Assemblée nationale deux députés : Marie Jean Jacques Louis Calvet de Madaillan, né à Foix en 1760, garde du corps du roi, puis professeur à l’Ecole centrale de l’Ariège avant la Révolution, élu député de l’Ariège en 1791, nommé nommé censeur au lycée de Toulouse sous le Consulat, puis conseiller de préfecture de l’Ariège sous la Restauration ; Joseph Thibaud Calvet de Madaillan, né à Foix en 1766, garde de corps du roi avant la Révolution, élu député de l’Ariège en 1809, puis questeur en 1813, créé baron d’Empire la même année, élu à nouveau député de l’Ariège en 1815, réélu en 1816 et 1819.
35. Probable lointain descendant de Claude Larcher, notaire connu pour avoir été actif à Mirepoix de 1632 à 1635 et pour avoir géré les affaires de Louis de Bertrandi, compagne de Jean de Lomagne. Cf. Archives dép. de l’Ariège, 5 E 3586.
36. Nicolas Edme Restif de la Bretonne, Les nuits de Paris, ou Le spectateur nocturne, tome 1, p. 2, sans nom d’éditeur, Londres, 1788-1794.

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