Années 1960 – Les parterres sont à la française.
C’était hier soir derrière la médiathèque, rue Vigarozy, dans le vieux jardin des Trinitaires. Les masques qui ornent la fontaine augurent ceux du théâtre.
Féminin/masculin : où il est question du programme de MIMA Fil en Trope pour le festival 2012 ; puis de la performance de Cyril Bourgois, qui donne ce soir des extraits de C’était mieux avant d’Emmanuel Darley.
Le décor ici, c’est le lieu, la façade, les fenêtres.
Le spectacle est interactif. Je répète comme tout le monde, à l’invite, les mots de la bêtise, ceux qui accompagnent l’irrésistible (?) ascension du petit Raoul Jambon :
C’ETAIT MIEUX AVANT
NOUS SOMMES TOUS
DERRIERE VOUS RAOUL
NOUS SOMMES PRETS
NOUS SOMMES LA.
Il y a, dans sa cuisine, les illusions du couple Jambon ; et quelque part, dans les ténèbres de l’histoire, Thanatos, ou les forces de la mort.
Le petit Raoul Jambon fait campagne. Il devient roi. Il n’en revient pas.
Ce n’est pas ici Marlon Brando, mais bien Cyril Bourgois.
Pauvre Raoul Jambon ! Pauvre petit roi ! Il était la marionnette de Thanatos.
Mima Fil En Trope annonce pour la saison 2012 un programme très riche, marqué par l’ouverture à la danse, au théâtre, à la musique, au cinéma, bref au croisement de tous les arts, dans une perspective qui est à la fois celle de la fête urbaine et du spectacle total.
Le festival commencera, sur le parterre de l’ancienne gare, par un spectacle de danse avec un engin de chantier !
Il proposera également de nombreux spectacles de théâtre d’objet, dont une variation sur les sacs poubelles, qui peuvent avoir la grâce des bulles de savon.
Et Cyril Bourgois animera sous la halle trois soirées d’enfer. Quand on voit l’animal, on se dit que la fête sera folle.
Pour plus de renseignements, tout le monde peut pousser la porte du MIMA Fil En Trope :
MIMA Fil En Trope :
6 rue Vigarozy, 09 500 Mirepoix
contact@mima-festival.com
tél : 05 61 68 20 72.
Paul Gachet (1829-1909), graveur, Cochons au repos.
Ayant été requis par la municipalité à l’effet de vérifier cinq cochons, sur le nombre de cent douze, qui ayant été reconnus malades par les personnes chargées du soin de ces animaux, effectivement nous avons reconnu que les dits cinq cochons sont dans un triste état, ne pouvant marcher, ni manger, et nous avons trouvé fort à propos qu’ils fussent tués, pour éviter en ce que venant à mourir de souffrance, ils ne porteraient à aucun profit et c’est pour ce que nous avons livré le présent à Mirepoix ce quatrième pluviôse l’an 2e de la République. Noyes.
Avertis qu’une centaine de cochons, menés par des marchands en transit, se trouvent renfermés sans autorisation dans l’affachoir du Bascou, les autorités de Mirepoix, en janvier 1794, interviennent. Malgré la pénurie générale, il faut subvenir aux besoins de l’armée engagée contre l’Espagne dans les Pyrénées Orientales. Toutes les viandes sont en conséquence réquisitionnées. Les autorités interviennent. Elles requièrent de Mesplié, boucher, seul dépositaire des clés de l’affachoir, qu’il ouvre les portes. Elles constatent la présence du troupeau non déclaré, décrètent la saisie de ce dernier, et mandent Jean François Noyès, « artiste vétérinaire » assermenté, afin qu’il produise un rapport sur l’état des bêtes. C’est le rapport en question qui se trouve reproduit ci-dessus.
La lecture du rapport de Jean François Noyès montre que, de façon à la fois sensible et pragmatique, celui-ci se soucie de la condition des bêtes autant que nous pourrions le faire aujourd’hui : « effectivement nous avons reconnu que les dits cinq cochons sont dans un triste état, ne pouvant marcher, ni manger, et nous avons trouvé fort à propos qu’ils fussent tués, pour éviter en ce que venant à mourir de souffrance, ils ne porteraient à aucun profit… » Nihil novi sub sole.
Charles Jacque (1813-1894), graveur, Les tueurs de cochons, 1844.
Après consultation des citoyens Broussard et Fraineau à Toulouse, chargés tous deux de l’approvisionnement en viande fraîche de l’armée de Pyrénées Orientales, puis accord du citoyen Rosès, inspecteur général des vivres de la dite armée, les cochons réquisitionnés à Mirepoix sont voués par un arrêté du 16 pluviôse à la salaison. Le citoyen Alibert, officier municipal, se rend de Mirepoix à Toulouse pour demander « les objets nécessaires à l’emballage de la viande ». Les autorités de Toulouse dépêchent à Mirepoix le citoyen Jammes Lavit, tonnelier, pour « égorger, saler, emballer les dits cochons ». Laquelle viande, une fois « renfermée dans des barriques et salée, on fait porter à Mont libre » [Montlouis].
Je me suis arrêtée sur cette archive à cause des mots de Jean François Noyès : « les dits cinq cochons sont dans un triste état, ne pouvant marcher, ni manger, et nous avons trouvé fort à propos qu’ils fussent tués, pour éviter en ce que venant à mourir de souffrance… » Diogène disait « Je cherche un homme ». Jean François Noyès ici est cet homme, attentif à la souffrance, quelle qu’elle soit.