Petit aboniment sur le blog

 

Bonjorn, Amics ! Déguisée en geekette, j’ai apporté un petit remudatge à l’organisation de ce blog.

Afin de faciliter la recherche des articles classés dans la catégorie « Moulons de Mirepoix », j’ai créé une page Moulons de Mirepoix, sur laquelle tous les articles se trouvent listés et rendus directement accessibles par un lien dynamique. Cliquez sur le label « Moulons de Mirepoix » dans la top bar ((Cf. La dormeuse blogue 2 : Petit lexique du blogging.)).

 

Toujours dans la top bar, j’ai supprimé les labels « S’abonner » et « Contact ». Scrollez jusqu’au bas de la sidebar ((Cf. Ibidem.)), où vous les retrouverez, immédiatement après la météo « Lézard ou grenouille ? ».

Je procèderai dans les jours prochains à l’aboniment des dossiers Abraham Louis, Frédéric Soulié, Jean Dabail et Gérard de Nerval. A lèu !

Posted in La dormeuse | 2 Comments

A Pamiers – Intersections – Une exposition d’Elodie Lefebvre et d’Alexandre Montourcy

 

Elodie Lefebvre et Alexandre Montourcy exposent à Pamiers, salle Espalioux, sous l’égide de l’association Mille Tiroirs, un ensemble d’oeuvres réunies sous le titre Intersections. L’exposition dure jusqu’au jeudi 17 octobre 203.

Il y a intersections ici dans deux façons nouvelles d’aborder la sculpture, à partir de deux matériaux empruntés au domaine de la plasturgie contemporaine : à partir aussi d’un parti-pris de couleur, le bleu fluo chez Elodie Lefebreve, le noir de l’encre de chine chez Alexandre Montourcy ; à partir enfin de réminiscences classiques, secrètement détournées ou conjurées.

 

Ci-dessus : détail d’un Cropped d’Elodie Lefebvre sur fond de rideaux de douche signés Alexandre Montourcy.

 

Elodie Lefebvre réalise sous le titre de Cropped des moulages de corps réalisés en élastomère. Elle a bénéficié pour ce travail d’une bourse d’Aide Individuelle à la Création de la DRAC Midi Pyrénées ainsi que d’une bourse du Mécénat Blue Star Silicone.

 

Les moulages exposés ici sont ceux du corps de l’artiste ou de deux modèles amis, homme et femme. Ils procèdent d’une expérience éprouvante, nécessitant l’enveloppement du corps tout entier par une matière liquide qui, bien qu’à prise rapide, requiert en raison de son imperméabilité le maintien de trous de respiration. Proche en quelque façon de la pratique des masques mortuaires, l’art se veut ici bien plutôt, mais non sans malaise, empreinte du vivant. J’ai songé au rire selon Bergson, qualifié par le philosophe de « mécanique plaqué sur du vivant ». Il y a une sorte de rire, ainsi défini, un rire bleu, où le bleu frise le noir, dans les Croppeds d’Elodie Lefebvre.

Fine, translucide, semblable à la peau, la matière invite au toucher. Le toucher, hélas, demeure interdit. Trop fragile, le plastique risque de se rompre. Le tabou sommeille dans ce noli me tangere.

 

Ce qui s’expose ici est, de façon paradoxale, le secret du corps, qui est aussi le secret de l’intime.

 

Ci-dessus : Giorgio Barbarelli ou Zorzi da Vedelago ou da Castelfranco, dit Giorgione, Vénus endormie, circa 1510.

 

 

Ci-dessus : Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin ou Cavaliere Bernini, Transverbération de Sainte Thérèse, chapelle Cornaro de Santa Maria Della Vittoria à Rome, entre 1647 et 1652.

 

 

Le Précipité de cet inconnu ne se laisse pas voir, malgré le baroquisme de la posture, sans éveiller le souvenir des corps idéaux de la sculpture antique. Ainsi vidée de sa substance, la forme, devenue transparente, ne donne plus à voir que ce qui fait, sous le couvert de sa mollesse présente, sa cause essentielle, ou, comme disent les Grecs, sa συμμετρία (summetria, commune mesure).

 

 

Ci-dessus : détail d’une copie romaine de l’Apollon dit de Cassel, attribué à Phidias (circa 490-430 avant J.C.

 

Ci-dessus : Michel-Ange, David, entre 1501 et 1504.

 

 

 

 

Ci-dessus : Elodie Lefebvre, peintures réalisées à partir des sculptures souples.

 

Ci-dessus : Alexandre Montourcy, dessins et cages-sculptures.

 

 

 

Ci-dessus : Jérôme Bosch, détail de L’Enfer, volet de droite du triptyque du Jardin des Délices, 1503-1504.

Alexandre Montourcy use d’une mousse de polystyrène expansé, peinte à l’encre de chine, pour remplir ses cages d’une sorte de « bile noire ». L’effet obtenu est puissamment dérangeant. Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l’Espérance, comme une chauve-souris, S’en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris ; Quand la pluie étalant ses immenses traînées D’une vaste prison imite les barreaux, Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux, … l’Angoisse atroce, despotique… ((Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, LXXVIII, Spleen, 1857.)) Point d’accommodements avec la melancholia, l’artiste veut qu’à nous aussi, la bête à chagrin nous crève les yeux.

 

Ci-dessus : Alexandre Montourcy, dessin à la cage.

 

Ci-dessus : Alexandre Montourcy, rideau de douche rouge, aux aveugles.

Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux ! Pareils aux mannequins; vaguement ridicules ; Terribles, singuliers comme les somnambules ; Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux… O cité ! Pendant qu’autour de nous tu chantes, ris et beugles, Eprise du plaisir jusqu’à l’atrocité… ((Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, XCII, Les Aveugles.))

 

Ci-dessus : Pieter II Bruegel, dit d’Enfer, La parabole des aveugles, circa 1630.

 

Ci-dessus : Elodie Lefebvre, détail de l’intérieur du moule de la grande Précipitée présentée debout dans une structure de plexiglas montée sur un socle de béton. L’association Mille Tiroirs a participé au financement de l’oeuvre.

 

Ci-dessus : même visage, avers du même moule.

 

Ci-dessus : Michel-Ange, détail de la Notte, chapelle des Médicis à Florence, 1526-1531.

 

Ci-dessus : Elodie Lefebvre, massive, point jeune, lointaine soeur de la Nuit de Michel-Ange, la grande Précipitée.

Les travaux d’Elodie Lefebvre et d’Alexandre Montourcy sont à voir, dans le cadre de l’exposition Intersections, à Pamiers, salle Espalioux, rue Jules Amouroux, jusqu’au 17 octobre, le mardi, mercredi, vendredi, de 14h à 18h, ou autres jours sur demande.

A lire aussi : A propos d’Elodie Lefebvre
http://www.lesabattoirs.org/art-contemporain-midi-pyrenees/artistes/259/elodie-lefebvre

A voir aussi : Aperçu du travail de Alexandre Montourcy par Jean-Luc Damblé

Posted in art, Midi-Pyrénées | Tagged , | 1 Comment

A Mirepoix, le 22 septembre 2013, jour de la Saint Maurice

 

Ci-dessus : bannière de l’ancienne Oeuvre du secours mutuel de Saint Maurice, probable descendante de la confrérie des teinturiers, qui avait Saint Maurice pour patron ; naguère visible encore dans la chapelle Sainte-Marie du palais épiscopal attenant à la cathédrale, il s’agit d’une pièce d’étoffe richement brodée, datée de 1834. Saint Maurice se trouve figuré ici en homme blanc, contrairement à la tradition d’Ancien Régime qui voulait chez les teinturiers que Saint Maurice fût représenté en homme noir. A noter que l’activité des teinturiers faisait jadis, au moins au regard de l’Eglise, l’objet d’une réprobation certaine. Assumée par les teinturiers, cette réprobation explique, par effet de glissement métaphorique, l’identification à l’homme noir.

A Mirepoix, le 22 septembre 2013, en l’église cathédrale Saint Maurice et en présence de Monseigneur Mousset, évêque de Pamiers, la figure du dit Saint Maurice a fait l’objet d’une conférence savante, assortie de la présentation de trois pièces rares, dédiées à ce Saint patron. Après avoir évoqué les questions qui subsistent concernant le statut historique ou légendaire du Saint en question, Martine Rouche, auteur de la conférence, a développé une belle étude de l’iconographie de Saint Maurice, telle qu’illustrée par l’ensemble des oeuvres, meubles et décor, présentes ce jour dans la cathédrale.

 

L’histoire de Saint Maurice nous est connue par Eucher, évêque de Lyon, qui la rapporte au Ve siècle dans un texte à visée apologétique, intitulé Passio Acaunensium martyrum, La Passion des martyrs d’Agaune. Elle se déroule en l’an 302 sous le règne conjoint de Dioclétien, tétraque d’Occident, et de Maximien, tétrarque d’Orient. Maurice, primicier ((Le primicier est, dans la titulaire byzantine, le plus élevé des officiers subalternes du magister militum.)), et ses compagnons, soldats chrétiens d’origine copte, membres d’une légion venue de Thèbes, se rebellent à Agaune (aujourd’hui Saint-Maurice en Valais) : sans rompre avec leur statut de soldats, ils refusent d’user de leurs armes contre d’autres chrétiens. Les membres de cette légion sont d’abord éliminés par voie de décimations successives, puis massacrés jusqu’au dernier, entre 600 et 6000, sur ordre de Maximien. La tradition veut que le martyre de Maurice, d’Exupère, de Candide, d’Innocent, de Vitalis, et de Victor, proches compagnons de Maurice, ait été perpétré à la date du 22 septembre 302. Victor, dit encore la tradition, n’était pas soldat ; alors de passage à Agaune, il embrasse volontairement la cause, partant, le martyre de Maurice et des siens.

L’idée de transcrire l’histoire des six martyrs de la légion thébaine, histoire ancrée dès le IVe siècle dans la mémoire collective de la région valaisanne, a été inspirée à Eucher par une vision. Eucher met en oeuvre, sous le couvert d’une telle vision, un projet apologétique, bien fait pour illustrer, sur le mode de l’exemplum, les vertus nécessaires à l’homme chrétien. Soldats, mais hommes de paix, en tout cas objecteurs de conscience avant la lettre, Maurice, Exupère ((Exupère, du latin exuperare : celui qui surpasse, ou qui se surpasse.)),, Candide, Innocent, Vitalis, et Victor incarnent à eux six, comme indiqué par la symbolique des prénoms, le Chrétien accompli, celui qui marche vers la sainteté.

Plus tard, Saint Maurice et ses compagnons incarneront aux yeux des Croisés les vertus du parfait chevalier, qui part, laissant tout derrière lui, afin d’aller défendre les Lieux Saints. La figure de Maurice perd en l’occurrence de son éclat initial. Elle devient noire par la suite, en vertu de l’assimilation de l’homme copte, i. e. originaire d’Egypte, avec le Maure, l’homme issu d’une civilisation qui est largement restée étrangère au message de la Révélation.

 

Le Saint Maurice du martyre de 302 figure sur l’un des vitraux de Victor Gesta, créés pour la cathédrale à la fin du XIXe siècle en remplacement des vitraux médiévaux disparus. Conformément à la tradition première, il est vêtu en légionnaire romain, avec la cape rouge, la tunique, la lorica (cuirasse segmentée), le balteus (protection du bas-ventre, dont les ornements en métal faisaient du bruit pendant la marche pour intimider les ennemis), les caligae (sandales cloutées) ; mais il tient, fichée en terre, en lieu et place du pilum (la lance), l’épée des chevaliers médiévaux. Le nimbe qui ceint sa tête indique qu’il s’agit d’un Saint.

D’autres représentations de Saint Maurice lui prêtent ailleurs le pilum, assimilé quelquefois à la lance du centurion Longin, dite « lance du destin ». Après avoir percé de cette lance le flanc droit du Christ en croix, puis s’être écrié « Vraiment, cet homme était le fils de Dieu !, Longin se convertit et mourut en martyr à Jérusalem.

 

Descendant d’une longue lignée d’iconographes russes, Micha Greschny a peint dans les années 1990 à destination de l’église cathédrale Saint Maurice de Mirepoix une icône de ce Saint Patron. L’oeuvre se trouve exposée près de la petite porte Renaissance qui donne sur le côté sud de l’édifice. Micha Greschny a voulu ici qu’en raison de son origine copte, et pour des raisons plus larges qu’on devine, Saint Maurice soit un homme noir. Conformément aux codes de l’iconographie traditionnelle, il habille le Saint de la tenue du légionnaire romain, avec, dans le style de la romanité tardive, la cuirasse à écailles typique de la fin de l’empire romain, les braies et les chaussures inspirées de l’équipement barbare, et la spatha (épée longue des cavaliers de l’empire romain tardif), rangée dans le fourreau, en signe de paix des armes. Le nimbe signale, là encore, qu’il s’agit du Saint. Reprises de la tradition byzantine, les couleurs se veulent symboliques. Tandis que le vert de la terre figure le sol de l’espérance, la promesse du renouvellement, le rouge de la cape donne à voir à la fois le sang du martyre et la promesse de la résurrection. C’est ailleurs le rouge du manteau de Saint Martin et celui du caparaçon de Saint Georges terrassant le dragon.

 

 

Sous le Saint Maurice de Micha Greschny, daté de 1995, un autre Saint Maurice de Patrick Bottelin, dans le style primitiviste du dernier Gauguin ou de l’école des années 30.

 

La cathédrale abrite encore, perdu dans l’ombre au fond de la chapelle qui se trouve sous l’orgue, un Saint Maurice de style saint-sulpicien, plutôt fade, qui n’appelle pas de commentaire particulier.

Et la cathédrale abritait encore, dit-on, avant les déprédations commises à l’époque révolutionnaire, au-dessus du portail nord, à côté des statues de Notre Dame et de Saint Gaudéric, une statue de Saint Maurice, patron de ce lieu consacré.

La querelle des honorifiques, qui opposa à partir de 1639 Louise de Roquelaure, veuve d’Alexandre de Lévis Mirepoix, régente de la seigneurie, à Louis de Nogaret de La Valette, évêque de Mirepoix de 1630 à 1655, à propos des « droits honorifiques de ladite dame et du marquis de Mirepoix, son fils, dans l’église cathédrale de Mirepoix » rebondit de manière spectaculaire, dit-on encore, un 22 septembre, jour de la fête de Saint Maurice, lorsque, bravant l’excommunication prononcée contre elle par l’évêque, Madame de Roquelaure, précédée par le tumulte de ses gens, vint requérir la place qu’elle revendiquait dans le choeur et, contraignant ainsi l’évêque à interrompre la cérémonie, obtint finalement qu’il se retirât.

 

Le profil reproduit ci-dessus est celui de l’ange qui soutient le reliquaire du XVIIe siècle récemment retrouvé dans les fonds de la cathédrale. Il s’agit d’un reliquaire offert en 1667 à la cathédrale par Louis Hercule de Lévis Ventadour, évêque de Mirepoix de 1655 à 1679, successeur de Louis de Nogaret de La Valette.

 

 

Ce reliquaire contient un os de Saint Maurice, ainsi qu’un billet, dit « l’authentique », signé de la main de Monseigneur de Lévis Ventadour. On admirera le douceur du profil de l’ange, qui contraste si fort avec, pour nous, modernes, la morbidesse de l’os ici exposé, et qui compense en quelque façon cette morbidesse par la promesse de vie éternelle qu’elle incarne.

 

Le pied du reliquaire comporte l’inscription suivante : « Reliquaire donné par Monseigneur Louis de Ventadour, évêque de Mirepoix, 1667 ». A noter que, convaincu de la fonction édifiante des reliques, soucieux par ailleurs de les acheter afin de se garder des faux (?), Monseigneur de Lévis Ventadour a également offert à la cathédrale de Mirepoix une châsse de Saint Gaudéric, aujourd’hui disparue.

 

L’église cathédrale de Mirepoix accueillait également ce 22 septembre 2013 un buste reliquaire de Saint Maurice, prêté par l’église paroissiale de Bélesta. De style typiquement baroque, l’oeuvre date du XVIIIe siècle.

 

 

Le regard habité, et comme chaviré, du Saint contraste fortement avec la superbe du casque, et, de façon plus générale, la stature du soldat. L’expressivité du personnage s’en trouve dramatiquement augmentée.

 

Voici le décor devant lequel s’est déroulée le 22 septembre 2013, à Mirepoix, en l’église cathédrale Saint Maurice, la conférence dédiée à l’iconographie du dit Saint Maurice.

 

Merci à Martine Rouche, auteur de cette superbe conférence, dont j’espère avoir rapporté à peu près ici le savant propos.

Posted in art, Midi-Pyrénées | Tagged , , | 4 Comments