Analogies – Icônes

 

Quand la lumière fait visage… Quand une forme entre en présence… Chose vue à Mirepoix, dans un grenier attenant à la salle des archives municipales.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : Kasimir Malevich, Carré blanc sur fond blanc (1915) ; Carré noir sur fond blanc (1913 ou 1915).

L’icône n’est pas à proprement parler une image, mais plutôt la manifestation d’une présence constante, quoique la plupart du temps invue. Cette présence, c’est, à la façon d’un visage, ici le propre de la lumière et des formes, ailleurs le propre du Christ, de la Vierge et des Saints.

Analogies – Tour, cabane, boîte

 

 

Ci-dessus, de gauche à droite : Giorgo Chirico, La tour rouge, détail, circa 1913 ; cabanat installé au bord du Béal, à Mirepoix ; Giorgio Chirico, L’angoisse du départ, détail, circa 1913.

Comme j’avais rencontré maintes fois ces derniers temps, dans le compoix du XVIIIe siècle, le mot cabanat, je n’ai pas manqué de photographier aujourd’hui, au bord du Béal, cette version moderne du dit cabanat.

La syllable finale en -nat sonne comme un tour de verrou, ou un tour de clé.

C’est ce tour de clé syllabique qui, par effet de correspondance entre un son et une forme, m’a représenté pourquoi je trouvais à ce banal cabanat installé au bord du Béal un air de famille avec la tour rouge ou les caisses et autres boîtes qui peuplent les toiles de Chirico.

Face à la montagne, l’enfant demande : – Qu’est-ce qu’il y a derrière ? Face à un volume clos, une caisse, une boîte, l’enfant s’interroge : – Qu’est-ce qu’il y a dedans ?

Je suis comme l’enfant – sûrement pas seule de mon espèce. Je ne puis considérer la clôture sans que, ακολουθος, immédiatement et à la suite, ne me vienne le désir d’ouvrir. Il y a tout le parfum du secret dans ce moment de la curiosité suspendue.

Le byzantinisme du graffiti apposé sur le dit cabanat renforce ici, en la répliquant, l’obscurité de la promesse dont la clôture de l’édifice constitue, à elle seule, la forme causative. L’auteur du graffiti ne l’a peut-être pas fait exprès. Le hasard est un grand magicien…

A Mirepoix – Le Béal gèle

 

Ce matin, en ce beau jour d’hiver de l’an de grâce 2011, je suis allée me promener du côté du moulin d’embas, et j’ai vu le Béal gelé en surface !

Une drôle de pensée m’est venue : je serais à Versailles anno 1709, celle du Grand Hiver, où l’on enregistrait à Paris une température de -30°, et je me trouverais ici au bord du Grand Canal, pris par les glaces, …

 

… ou encore devant le bassin d’Apollon vitrifié par le grand gel.

 

– Mirepoix n’a rien de Versailles ! me direz-vous.
Mutatis mutandis, si, si, un peu… C’est là ce qui est drôle.

 

Hiver au bord du bassin d’Apollon, hiver au bord du moulin d’embas, c’est toujours l’Hiver.

Ci-dessus de haut en bas : 1. Vue prise à Mirepoix, au bord du Béal, le 23 janvier 2011 ; 2. Le Char d’Apollon, photographié par Gérard Blot pendant l’hiver 1897- 1898 lors d’une campagne de restauration de la statuaire des façades et des jardins de Versailles et de Trianon ; 3. Vue de la façade et de la machine hydraulique du moulin d’embas ; 4. L’Hiver, estampe préparatoire à la réalisation de la statue de marbre décorant le pourtour du parterre du Nord dans les jardins de Versailles ; estampe et statue réalisées en 1680 par François Girardon ; 5. Vue de l’une des deux passerelles sur le Béal.

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