Voyager seul

Les routes de la terre courent à perte de vue,
mais à quitter ta vieille maison,
Lambert 43.087839, 1.877812,
et à marcher seul
loin de tes fétiches,
qui ne sont pas d’Océanie ni de Guinée,
mais une Vierge de Częstochowa,
un trois-mâts qui roule sous le vent
au dos d’un jeu de cartes d’avant-guerre,
une poignée de sesterces dans un bol de faïence,
une fève rescapée de la galette de l’enfance,
et autres amulettes de la vie comme elle va,
tu te perds de vue.

Fantôme dès lors
parmi d’autres fantômes,
tu regardes la ville voisine
comme un faubourg de la planète Mars,
la tranquille banalité des choses,
les cafés, les platanes, la place,
comme un règne dont tu ne saurais rien,
et là, dans le parc,
la dame blanche t’ignore quand tu passes,
et plus loin, dans l’ombre d’une chapelle,
le Christ et ses apôtres,
tout en or,
continuent de briser le pain,
sans qu’une miette tombe
de la table divine,
sans toi.

A voyager seul
sur les routes de la terre qui courent à perte de vue,
à te perdre de vue dans les rues, les places du monde désert,
fantôme parmi les fantômes,
ce qui reste de toi est dans le cri de flûte seulement
de l’appareil photo,
et c’est dans la photo seulement
que le règne dont tu ne saurais rien
t’apparaît d’annonce première,
le tien déjà.

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