A la table du soir

La nuit est si noire !
Ils ont des mains de feuilles mortes
sous la lampe,
des gestes d’hiver,
lourds et lents,
lestés du souvenir
de la splendeur ancienne.
Les cuillères tintent au fond des assiettes.
La table fume,
et ils deviennent vapeurs,
pans de brume
suspendus un moment dans le jour électrique
qui les tient réunis,
cependant qu’alentour,
débordée de sa source
dormante,
l’ombre s’épaissit.

Un tableau sur le mur
représente, dirait-on, les pèlerins d’Emmaüs.
Mais s’agit-il du Christ des espérances anciennes,
du mince Bonaparte du souper de Beaucaire,
ou de quelque autre passant descendu de son poêle,
qui s’invite à la table du soir ?

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