Jocaste, dans l’air du matin

Pendue à son écharpe,
Jocaste
nage dans l’air du matin,
comme nagent les statues antiques
qu’on remonte à grand charroi
de la vase
du port d’Alexandrie.

Corps en suspens
que mon rêve anime
quand j’entre dans le noir
du sommeil
et que dans les plis et replis
de la nuit,
ce corps bouge,
se forme et se déforme
comme le mien.

Je me souviens
d’avoir vu un jour
à l’espace EDF Electra
une étrange installation de Bill Viola.
Tu entres dans une pièce obscure.
Tu bouges dans le noir.
Tu avances dans le noir.
Une lueur se fait,
une vitre s’éclaire.
Tu recules,
dans le noir.
No signal.
Tu avances,
la vitre s’éclaire.
Tu avances encore.
Derrière la vitre,
un corps en suspens.
Dans l’eau de la vitre,
il flotte,
il nage,
il se forme et déforme.
C’est une femme.
Ton pas
la forme et déforme.
Ton pas
la désarticule.
Il te suffit d’un pas
en arrière
pour la rendre,
et toi avec elle,
— no signal —
au néant
dont elle est
issue.

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