Circé, la magicienne

« Il y aura incontinent des métamorphoses merveilleuses, des sauts périlleux, des vols. Circé Magicienne qui transforme, des enfers qui paroissent… » 1Gottfried Wilhelm Leibniz, Drôle de Pensée, touchant une nouvelle sorte de représentations. 1675.

Arrivée sur le boulevard
à la hauteur du cireur de chaussures,
Circé, la magicienne, s’aperçut
qu’elle disparaissait dans l’image.
Au passage, pfft !
elle changea le tabouret du cireur de chaussures
en charrette des quatre saisons.
Passez, payez !
Puis elle entra dans la baraque
de la lanterne magique
la lanterne de peur !
et, fondue sur la plaque de verre,
elle se prit à jouer
au grand jeu de la fantasmagorie,
squelettes, fantômes et revenants,
Marat dans sa baignoire !
Robespierre, et Saint-Just,
à l’heure du gendarme Merda !
Passez, payez !
Voici qu’arrive maintenant,
plus ancien, plus tranquille,
un bonhomme en perruque,
elle l’a déjà vu souvent,
jamais sans un livre sous le bras.
Et ce drôle de sourire…
Celui-là, je l’aurai aussi !
Hardi, l’harmonica,
et les percussions chinoises !
Méduse te regarde !
Où sont tous mes amants ?
dit mon amie d’hier, la môme catch-catch.
Un troupeau de porcelets criards
s’échappe impromptu des jupes de Circé.
L’homme continue de sourire drôlement.
Car il n’y a point de pensée et, par suite, de plaisir
sans nouveauté perpétuelle et sans progrès
,
n’est-il pas ?
Puis l’homme, à son tour, disparaît de l’image.
Qui se charge d’armer
les plaques d’argent
sises dans la chambre noire
du Grand Daguerréotype ?

***

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