Ciné Tirésias

Tirésias ne voit pas,
mais il entend,
il entend la rumeur
qui court dans les fils électriques
comme fait le vent du soir
dans les barbes du maïs,
et il frissonne,
il frissonne au passage
des ondes gravitationnelles.

Tirésias se souvient,
il se souvient d’avoir été
étoile de mer, poisson,
serpent, oiseau,
bélier, brebis,
taureau, génisse,
il se souvient encore d’avoir été femme
oui, femme ! tant et tant de fois !
et d’avoir ainsi connu dans sa chair
neuf fois plus de plaisir qu’aujourd’hui.
Horreur et volupté des palingénésies !

Ulysse, assis parmi les ombres
à la terrasse mal chauffée
d’un café où l’on fume,
questionne Tirésias
sur le destin,
la vie, la mort,
les sorts,
en buvant un vin noir.

— Entends, dit Tirésias,
là-haut,
comme le radiateur grésille !
— Je n’entends rien,
la brume étouffe le bruit.
— Retourne-toi,
Regarde l’écran qui s’allume !
Que vois-tu ?
— C’est un film.
Le générique d’un film.

— C’est ton film.
Celui que les dieux ont écrit pour toi.
Ils ont joué le scénario aux dés.
C’est comme pour le Christ,
enfin, à peu près.
Le Fils a rempli le rôle écrit par le Père.
Pilate, Caïphe et les centurions romains
ont joué les détails aux dés.

— Mais moi ?
— Je te laisse.
Regarde le film jusqu’au bout.

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