A Mirepoix, le Sautadou, qu’ès aquò ?

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Ci-dessus : plan 1 du compoix mirapicien du compoix du XVIIIe siècle.

Le plan 1 du compoix mirapicien de 1766 intéresse le « Moulon du cimetière al Sautadou et quartier du faubourg d’Amont ». J’ai déjà détaillé ce plan dans l’article intitulé A Mirepoix – Moulon du cimetière al Sautadou et quartier du faubourg d’Amont 1Cf. aussi le dossier Moulons de Mirepoix.. Je reviens ici à l’ancien toponyme « Sautadou », qui a longtemps donné son nom au quartier et à la rue homonymes. L’ancienne rue du Sautadou se trouve aujourd’hui renommée rue Carnot.

Dérivé de « sautar », sauter 2Cf. Louis Albert, Dictionnaire occitan-français, p. 628, Institut d’Estudis occitans, Toulouse, 1966., le mot « sautadou » désigne, de façon transparente, l’endroit où il faut sauter, d’où la passerelle, ou le gué. Mais pourquoi une passerelle, ou un gué, dans la bastide d’antan ? Et où exactement cette passerelle se situait-elle ?

J’ai trouvé la réponse à ces deux questions sur Marmion.info – Histoire grande ou petite de nos familles, l’excellent site d’Alain Marmion. Outre une table des contribuables et des lots enregistrés dans le compoix mirapicien du XVIIe siècle, Alain Marmion propose sur ce site, réalisé par ses soins, un plan correspondant à ce compoix plus ancien, lequel ne s’en trouvait pas pourvu, comme on sait. L’examen de ce plan montre pourquoi il fallait une passerelle dans la rue du Sautadou et où se situait la passerelle en question.

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Ci-dessus : extrait du plan du Mirepoix intra muros du XVIIe siècle. Réalisation Alain Marmion. J’ai ajouté la localisation du « sautadou », ou du gué, qui donne son nom à la rue du Sautadou et au quartier correspondant.

1. Pourquoi fallait-il une passerelle rue du Sautadou ?

Le plan réalisé par Alain Marmion montre que les fossés qui longeaient les escoussières 3Escoussières : chemin de ronde qui court au pied des remparts. à partir de la porte de la Roque (aujourd’hui cours du Docteur Chabaud) et à partir de la porte d’Amont et qui se rejoignaient au carrefour des deux escoussières, faisaient suite à une sorte de canal d’amenée qui leur délivrait une partie de l’eau du ruisseau Countirou, dévié à cet effet au bout de la rue du Cimetière (aujourd’hui avenue Victor Hugo). L’ensemble des fossés déversaient ensuite de l’autre côté de la ville, de façon à ce qu’elles retournent finalement à l’Hers, les eaux sales qu’on avait au XVIIe siècle l’habitude d’y jeter en même temps que des immondices.

Pour plus de commodité, Alain Marmion a donné une forme rectangulaire à l’espace compris entre la rue des Capitouls, le fossé de Mossun, la rue du Cimetière, et la rue du Sautadou. L’angle supérieur droit de cet espace n’était pas alors bâti, comme on peut le voir encore sur le plan du compoix du XVIIIe siècle. Qui le « Mossun », Monsieur, du fossé de Mossun désignait-il ? Sans doute Roger-Bernard II, alors seigneur de Mirepoix, qui a bien voulu approuver l’aménagement de ce fossé. « En 1417, dit l’archiviste Félix Pasquier, on redouta une reprise des hostilités menées par les routiers, et, pour se mettre à l’abri des incursions dont on avait eu trop a souffrir depuis plus d’un demi-siècle, on résolut de réparer les remparts et de détourner dans les fossés le ruisseau du Countirou et d’y établir des viviers » 4Félix Pasquier, Cartulaire de Mirepoix, tome 1, p. 141.. Par la suite, les viviers se perdent, et les fossés se muent progressivement en cloaque. En 1680, soucieux de mettre fin au confinement qui fait obstacle au développement de la commune, les consuls signent le décret nécessaire à la démolition des remparts et au comblement des fossés. Cette démolition et ce comblement, qui se feront lentement, dureront presque un siècle.

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Ci-dessus : tracé du fossé de Mossun et emplacement du Sautadou au XVIIe siècle, reportés sur le plan du compoix du XVIIIe siècle.

2. Où le gué du Sautadou se situait-il ?

On ne construira rien à l’angle supérieur droit de l’espace compris entre la rue des Capitouls, le fossé de Mossun, la rue du Cimetière, et la rue du Sautadou avant les dernières années de l’Ancien Régime. François Laffont, compagnon de biture de Guillaume Sibra dit Jean Dabail, dira en vendémiaire an III (octobre 1794) loger à cet endroit nouvellement bâti, dans la « maison neuve » du boulanger Gauderic Laffont, son père 5Cf. Christine Belcikowski, Les chemins de Jean d’Abail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française ch. 8 : La bande à Dabail, L’Harmattan, 2014.. Profitant au XVIIe siècle de cet espace resté encore totalement non bâti, le fossé de Mossun pouvait donc observer là au XVIIe siècle un tracé oblique pour rejoindre un peu plus loin, en passant devant la rue du Sautadou, le système de fossés aménagé autour des remparts.

On ne sait pas exactement à quelle date le fossé de Mossun a été comblé, d’où le pountet du Sautadou rendu inutile. Aucun fossé en tout cas ne figure plus sur le plan de 1766. Mais la rue du Sautadou (aujourd’hui rue Carnot) a conservé son nom longtemps encore.

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Ci-dessus : figurée dans le paysage actuel, départ de la dérivation du fossé de Mossun au XVIIe siècle.

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Ci-dessus : débouché de la rue Carnot (autrefois rue du Sautadou) sur l’avenue Victor Hugo (autrefois rue du Cimetière), d’où emplacement virtuel de l’ancien pountet.

References   [ + ]

1. Cf. aussi le dossier Moulons de Mirepoix.
2. Cf. Louis Albert, Dictionnaire occitan-français, p. 628, Institut d’Estudis occitans, Toulouse, 1966.
3. Escoussières : chemin de ronde qui court au pied des remparts.
4. Félix Pasquier, Cartulaire de Mirepoix, tome 1, p. 141.
5. Cf. Christine Belcikowski, Les chemins de Jean d’Abail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française ch. 8 : La bande à Dabail, L’Harmattan, 2014.

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  • Robert Geuljans at 15 h 28 min

    Cela fait toujours plaisir quand tu retournes au Compoix. J’ai petit doute sur le sens « gué » du mot sautadou, qui vient en effet du saltare. Alibert donne « rétrécissement de rivière », ce qui n’est pas nécessairement un « gué », mais il ne fournit pas de localisation. Le FEW me signale « tramail pour la pêche des mulets et des bars » de Martigues jusqu’à Sète et « sortie, issue » à Ussel {Corrèze). Pourrait-il s’agir d’une sortie de la ville? ou la sortie du ruisseau ?