A Mirepoix, l’ancienne maison de l’Abbé Pierre Soulié, prêtre constitutionnel, l’un des (grands-) oncles de Frédéric Soulié

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Ci-dessus : détail du compoix de Mirepoix en 1766, plan 2 n° 143. Midy : la rue de la porte del Rumat (aujourd’hui rue des Pénitents blancs) ; cers (ouest) : rue du Grand Faubourg Saint Jammes (aujourd’hui rue Victor Hugo) ; d’aquilon (nord) : rue du Coin de Loubet (aujourd’hui rue Bayle) ; d’aouta (est) : rue Paraulettes (aujourd’hui rue Frédéric Soulié).

Le compoix mirapicien de 1766 indique que la parcelle n° 143 du plan 2, sise à la rue du Coin de Loubet (aujourd’hui rue Bayle), appartient à cette date à Louis Pons, bastier. A gauche de la parcelle n° 143 (Louis Pons), la parcelle n° 138 appartient à François Février, meunier ; elle jouxte elle-même, à gauche, le jardin de la chapelle des Pénitents blancs (n° 137). A droite de la parcelle n° 143 (Louis Pons), la parcelle n° 144 appartient à Guillaume Bar, maître chapelier ; elle fait coin avec la rue du Grand Faubourg Saint Jammes (aujourd’hui rue Victor Hugo) 1Cf. La dormeuse blogue 2 : Mirepoix – Le moulon des Pénitents blancs..

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Ci-dessus : compoix de Mirepoix en 1766, volume 1, p. 182. Louis Pons tient « vingt cinq cannes maison, trois cannes un quart patu 2Patu : espace ouvert servant de cour, généralement assorti d’un appentis., et trente cannes jardin, à la rue du Coin de Loubet ».

En 1793, l’ancienne parcelle n° 143 du plan 2 a pour partie changé de main.

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Ci-dessus : extrait du rôle de la contribution foncière de 1793 concernant la section C. Attention ! Les numéros d’ordre qui figurent en regard des noms des propriétaires, ne correspondent pas aux numéros des parcelles.

Le rôle de la contribution foncière de 1793 indique en effet que la maison et le jardin sis sur l’ancienne parcelle n° 143 du plan 2 du compoix de 1766, ou sur la parcelle n° 63 de la section C « nouveau style », appartiennent désormais à « Soulié, prêtre », tandis que le patu, qui fait maintenant fonction de grange et d’écurie, reste à Maurice Pons, apothicaire, probablement héritier de Louis Pons.

Né le 26 août 1731 à Lavelanet, Pierre Soulié est le deuxième fils de Jean Pierre Soulié, maître tailleur, plus tard consul de Lavelanet, et de Magdeleine Vidal 3Cf. Christine Belcikowski, Pour une généalogie de Frédéric Soulié.; par là le frère cadet de Jean Soulié, futur maitre des pensions et maître de latinité à Mirepoix, puis régent du collège, puis avocat, puis avocat et professeur de Belles-Lettres, puis procureur-syndic de la commune en 1790, puis juge au tribunal criminel de Foix en 1793, puis juge au tribunal civil à partir de l’an VI 4Cf. Christine Belcikowski, A Mirepoix, l’ancienne maison de Jean Soulié, l’un des oncles de l’écrivain Frédéric Soulié.. Devenu prêtre, Pierre Soulié exerce son ministère, en tant que vicaire, jusqu’en 1769 à Lavelanet.

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Ci-dessus : registre paroissial de la cathédrale Saint-Maurice à Mirepoix ; cote 1NUM/3E125/3, vue 39.

(1768-1778) vue 39

Après le 1er juin 1769, date à laquelle il se trouve à Mirepoix signataire du baptême de Rose Gallinat, Pierre Soulié exerce désormais son ministère dans cette commune. Pauline Soulié, sa soeur, l’accompagne, qui lui servira jusqu’à sa mort de gouvernante. Il signe d’abord « prêtre prébendier », puis « prêtre prébendier et vicaire ». Il exerce également jusqu’à la Révolution la fonction de maître de latinité chez les Frères de la doctrine chrétienne, en association avec son frère Jean Soulié. Il bénéficie probablement jusque là d’une sorte de logement de fonction – peut-être chez les Frères -, dont on ne sait rien.

Dans les premiers mois de l’année 1792, Pierre Soulié prête serment à la Constitution civile du clergé. A ce titre, il tente d’exercer ensuite à l’ancienne église cathédrale de Mirepoix sa fonction de prêtre constitutionnel. La pratique du culte de la Raison et de l’Etre Suprême, de l’automne 1793 à l’été 1794, met provisoirement fin à cet exercice.

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Ci-dessus : extrait de l’Etat de la population de Mirepoix en 1793.

De façon qui requiert l’attention, le nom de « Soulié, prêtre » ne figure pas dans l’Etat de la population de la même année 1793. Il se peut que cette année-là – le tristement célèbre an II, marqué par l’intronisation du culte de la Raison et la mise en oeuvre de la grande Terreur – Pierre Soulié, bien que signataire de la Constitution civile du clergé, ait jugé utile de disparaître quelque temps. On notera qu’il en va probablement de même pour Fidencis, prêtre, son voisin immédiat. Difficile de savoir qui occupe pendant ce temps la maison n° 63 de la section C « nouveau style », car non plus que celle des autres sections, la liste des habitants de la section C, quoique établie dans l’ordre de succession des numéros d’adresse, ne mentionne pas les dits numéros. De la comparaison entre le rôle de la contribution foncière et de celui de population, on retire l’impression qu’il pourrait s’agir de la famille Pardemain – une fratrie inconnue jusqu’ici à Mirepoix, composée d’une jeune fille de 15 ans et de trois garçons dont les âges vont de 11 ans à 22 ans.

On sait par le registre municipal de Mirepoix que le dimanche 24 vendémiaire an VI (15 octobre 1797), jour de réintégration du culte à la cathédrale, invité par la commune à célébrer la messe en alternance avec Sébastien Arnaud, prêtre insermenté, Pierre Soulié fait l’objet des huées de la bande à Dabail, ainsi que d’une foule de femmes et d’enfants rameutés à cette occasion.

On retrouve le nom de Soulié prêtre dans le rôle des contributions de fructidor an VII (août-septembre 1799) relatif à la section C. Alentour de la maison de Pierre Soulié, on remarque cette année-là, assorti sur le rôle de la mention « néant », un grand nombre de maisons vides :

n° 57 : Marie Rouzaud
n° 58 : néant
n° 59 : Marie Germa
n° 60 : néant
n° 61 : Anne Canife
n° 62 : néant
n° 63 : Soulié, prêtre
n° 64 : Arnaud Chateau, roulier
n° 65 : néant
n° 66 : néant
n° 67 : néant
n° 68 : Raimond Lasserre.

Le nom de « Soulié, prêtre », figure également dans l’état de la population du 1er vendémiaire an VIII (23 septembre 1799) relatif à la section C. Les adresses se trouvent ici mentionnées en regard des noms. Le quartier a commencé de se repeupler. Pierre Soulié héberge alors dans sa maison, outre sa soeur Pauline qui lui sert de gouvernante, la fratrie Bascouil, composée d’une jeune fille de 15 ans et de deux garçons, respectivement âgés de 25 et 30 ans.

n° 57 : Jean Bibent Charly
n° 57 id. : Jean Rouzaud fils
n° 58 : néant
n° 59 : Marie Germa
n° 60 : néant
n° 61 : Claude Marssan, chapelier, gendre d’Anne Genis, Veuve Rouan, cordonnier
n° 62 : néant.

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Ci-dessus : extrait de l’Etat de la population de Mirepoix le 1er vendémiaire an VIII (lundi 23 septembre 1799).

n° 63 : Pierre Soulié, prêtre
n° 64 : Gabriel Valette
n° 65 : Jean Serviou, tisserand
n° 65 id. : Jean Rigail, potier
n° 66 : Marie Robert, femme Amiel, dit Cautou, chapelier
n° 67 : Raimond Lasserre, maçon.

On trouve une dernière occurrence du nom de Pierre Soulié dans l’état de la population de Mirepoix en 1804.

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Ci-dessus : extrait de l’Etat de la population de Mirepoix en fructidor an XII (août-septembre 1804).

Jeanne Montaud, fille de service, 24 ans, qui figure dans la liste ci-dessus, sert également la famille Baillé, au n° 35 de la rue Courlanel (aujourd’hui rue Maréchal Clauzel). A ce titre, elle a bien connu le petit Frédéric Soulié, fils de Jeanne Marie Baillé, avant que celui-ci, à l’automne 1804, ne soit emmené ailleurs par François Melchior Soulié, son père. Mais qui est ce Prosper Soulié, 14 ans, neveu de l’Abbé et de sa soeur Pauline ? Il s’agit de Pierre Auguste Prosper Soulié, né le 11 septembre 1790, second fils d’Abdon Soulié, devenu maître boulanger à Belpech, frère de Pierre Soulié et de Pauline Soulié 5Cf. Christine Belcikowski. Abdon Soulié, un autre (grand-) oncle de Frédéric Soulié..

Les registres de Mirepoix indiquent que « Pauline Soulié, 60 ans, fille de feux Jean Pierre Soulié et Magdeleine Vidal », soeur de Pierre Soulié et de Jean Soulié, est morte le 18 mars 1807 dans la maison, toujours la même, sise à Mirepoix, rue du Coin de Loubet, au n° 63 de la section C. Pierre Soulié, quant à lui, meurt à Tourtrol, le 5 octobre 1809 6Christine Belcikowski. A Tourtrol, la fin de Pierre Soulié, l’un des (grands)-oncles de Frédéric Soulié..

Que reste-t-il aujourd’hui de la maison de l’Abbé Soulié ?

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Ci-dessus : emplacement du n° 63 de la section C reporté sur le plan 2 du compoix de 1766.

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Ci-dessus : rue Bayle aujourd’hui.

A l’endroit où s’élevait jadis la maison de l’Abbé Pierre Soulié, on trouve aujourd’hui deux maisons, construites après la mort de ce dernier. De vieilles pierres ont été remployées dans l’ornementation de la petite maison à la façade plus blanche, qui vient occuper l’espace jadis laissé libre du patu de 1766.

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On ne sait pas si la maison que Louis Pons tenait en 1766 a été remaniée après cette date. On ne sait donc pas davantage si le linteau marqué « Rovan, ou Rovani, (1770) fecit » constitue un reste de l’ancienne maison de l’Abbé Soulié, ou bien si, remployé plus tard, ce linteau provient d’ailleurs.

References   [ + ]

1. Cf. La dormeuse blogue 2 : Mirepoix – Le moulon des Pénitents blancs.
2. Patu : espace ouvert servant de cour, généralement assorti d’un appentis.
3. Cf. Christine Belcikowski, Pour une généalogie de Frédéric Soulié.
4. Cf. Christine Belcikowski, A Mirepoix, l’ancienne maison de Jean Soulié, l’un des oncles de l’écrivain Frédéric Soulié.
5. Cf. Christine Belcikowski. Abdon Soulié, un autre (grand-) oncle de Frédéric Soulié.
6. Christine Belcikowski. A Tourtrol, la fin de Pierre Soulié, l’un des (grands)-oncles de Frédéric Soulié.

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  • Martine Rouche at 16 h 37 min

    Sais – tu chez qui était Pierre Soulié, prêtre bénéficier du Chapitre cathédrale de Mirepoix, le 1er juillet 1785 ? … En compagnie de Maurice Pons, ménager ? …

  • La dormeuse at 16 h 48 min

    On s’embarque dans une immense recherche sur la (les) famille(s) Pons ?
    ?

  • Martine Rouche at 18 h 23 min

    ? Non, rassure – toi ! Ils étaient chez le notaire pour l’achat de la maison dont tu parles. Sur l’acte, Maurice Pons est marqué « ménager « . Sais – tu le nom du notaire ? … Je suis certaine que tu vas deviner ! ?

  • Martine Rouche at 19 h 26 min

    Maître VIDALAT. !!! ?

    • La dormeuse at 19 h 45 min

      Help ! ces Vidalat me poursuivent.

  • Martine Rouche at 19 h 51 min

    Dans mon cas, c’est moi qui poursuis (vainement … ) un autre Vidalat … ???

    • La dormeuse at 19 h 53 min

      Tu vas trouver ! La ténacité finit toujours par payer.

  • christophe at 4 h 31 min

    Merci pour les informations, il y a une grange derriere cette maison blanche que j’aimerais restaurer – le sol est fait de vieilles pierres, comme celles de l’Eglise, et tout petit (années 70) on me disait qu’il y avait un sous-terrain qui allait jusqu’au chateau de Terride …