Légendes urbaines – Le Montségur

 

Chaque fois que je passe devant cet hôtel, fermé depuis des années, je me dis que j’aimerais y tourner un film. Il y a là un décor à la Modiano. Les caractères gothiques de l’enseigne évoquent immanquablement les années 1940 ; le nom de Montségur, ainsi calligraphié, ravive le souvenir des élucubrations d’Otto Rahn à partir d’Antonin Gadal et de Napoléon Peyrat, et celui de la dangereuse liaison que le catharisme entretient alors avec le nazisme. Il ne manque plus que le duc de Lévis, maire par substitution de Mirepoix de 1942 à 1944, qui passerait en silhouette dans mon film. J’y songe sans esprit de parti, seulement par goût de l’histoire, des lieux, des gens, de l’incertitude du sens surtout.

 

Ci-dessus : détail du plan 2 du compoix de 1766. Les Campagne sont alors propriétaires des n°21, 22 et 23 (Cf. points rouges.). Ils le sont toujours à l’époque de la Révolution.

Chaque fois que je passe devant cet hôtel, je me souvient aussi qu’en 1766, Campagne Frères, aubergistes, tenaient là deux boutiques, bien placées à l’arrivée de la route de Carcassonne, et qu’Abraham Louis, alors fraîchement arrivé à Mirepoix, a exercé en 1794, dans l’une de ces boutiques, son commerce de mercier 1Cf. La dormeuse blogue 3 : Les adresses d’Abraham Louis., puisque le 1 vendémiaire an III (22 septembre 1794), il y est victime d’un vol, rapporté de façon circonstanciée dans le registre du conseil municipal 2Cf. La dormeuse blogue 3 : Hypothèses sur la vie et l’histoire d’Abraham Louis, marchand colporteur, membre du Comité de surveillance du canton de Mirepoix de 1793 à 1795 – Deuxième partie..

Je marche ainsi dans Mirepoix parmi les fantômes d’une histoire qui ne passe pas puisque je m’en souviens, pour autant du moins que je la recherche, et dont je prétends qu’elle est nourricière, que dis-je, vitale, dans notre rapport à la ville, et plus encore dans notre façon d’y bouger nos corps, d’y respirer, d’y sentir, d’y penser, d’y vivre le présent.

Notes   [ + ]

Ce contenu a été publié dans Abraham Louis, Légendes urbaines, Midi-Pyrénées, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.