La maréchale de Mirepoix versant du thé à madame de Vierville

 

Ci-dessus : Michel Barthélemy Ollivier (1712-1784), détail du Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764.
De gauche à droite : Mlle Bagarotti ; la maréchale de Mirepoix versant du thé à madame de Vierville ; la maréchale de Luxembourg, protectrice de Jean-Jacques Rousseau, se retournant ; derrière elle, Mlle de Boufflers, future duchesse de Lauzun, et le prince d’Henin ; debout se servant, la comtesse d’Egmont la mère et M. de Pont de Vesle ; debout une serviette à la main, la comtesse d’Egmont la jeune, fille du maréchal duc de Richelieu ; le Président Henault assis devant le paravent.

La maréchale de Mirepoix, c’est Anne-Marguerite Gabrielle de Beauvau-Craon, épouse de Gaston Pierre-Louis Charles de Lévis Lomagne (1699-1757), marquis, puis duc de Mirepoix (1751), maréchal héréditaire de la Foi, comte de Terride, vicomte de Gimois, chevalier des Ordres du Roi (1741), mousquetaire du Roi (1715) ; colonel du régiment de Saintonge-Infanterie (1719), puis du régiment de la Marine-Infanterie (1734) ; brigadier (1734) ; ambassadeur de France à Vienne à partir de 1739, puis ministre plénipotentiaire ; maréchal de camp (1738), notamment en Bohême (1742), puis en Provence et dans le comté de Nice et en Italie (1746) ; gouverneur de Brouage (1747) ; ambassadeur extraordinaire à Londres à partir de 1749 ; lieutenant général et commandant du Vivarais, Uzès et Langedoc (1755) ; capitaine de la 4e compagnie des Gardes (1756) ; maréchal de France (1757).

Ci-dessus : Gaston Pierre-Louis Charles de Lévis Lomagne, marquis de Mirepoix ; mairie de Mirepoix.

Veuf Anne-Gabrielle Henriette Antoinette de Bernard de Rieux, morte en couches en 1736, Gaston Pierre-Louis Charles de Lévis Lomagne épouse en 1739 Anne-Marguerite Gabrielle de Beauvau-Craon, elle-même veuve de Jacques-Henri de Lorraine, prince de Lixheim.

Née en 1707, dixième des vingt enfants de Marc de Beauvau-Craon, prince de Craon, et d’Anne Marguerite de Ligniville, Anne Marguerite Gabrielle de Beauvau-Craon est veuve de Jacques-Henri de Lorraine, prince de Lixheim, lorsqu’elle épouse en 1739 Gaston Pierre-Louis Charles de Lévis Lomagne, marquis de Mirepoix, lui-même veuf de Anne-Gabrielle Henriette Antoinette de Bernard de Rieux, morte en couches en 1736. Le couple n’a pas eu d’enfants. Anne Marguerite Gabrielle de Beauvau-Craon est en 1767 dame du palais de la reine. Membre du cercle de Louis XV, elle est la confidente de madame de Pompadour, et plus tard celle de la Comtesse du Barry.

Le tableau de Michel Barthélemy Ollivier représente une réception donnée au Temple en présence du prince Louis François de Bourbon-Conti. L’aristocratie alors découvre le thé. Anne Marguerite Gabrielle de Beauvau-Craon, femme de goût, est connue pour avoir employé le cuisinier qui a inventé pour sa table la préparation à base de légumes émincés et d’épices, devenue fameuse sous le nom de « Mirepoix ».



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9 réponses à La maréchale de Mirepoix versant du thé à madame de Vierville

  1. Martine Rouche dit :

    En trrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrès grande spécialiste de l’étiquette [humour … ], je me fais le plaisir de préciser que  » thé à l’anglaise  » signifie que les serviteurs sont absents et que les beaux messieurs et belles dames doivent se servir tous seuls. Voilà pourquoi la maréchale de Mirepoix verse du thé à Madame de Vierville …

  2. charenton dit :

    Vive les comtesses d’Egmont surtout la jeune, fille du maréchal de Richelieu.
    Belle description du tableau d’Oliver.
    A quand les autres?
    ça fait très plaisir

  3. Jacques Gironce dit :

    Intéressant, le thé à l’anglaise…C’est peut-être comme  » filer à l’anglaise  » : quitter une rencontre mondaine discrètement sans saluer ses hôtes…Il paraît qu’il s’agit là d’une expression française, qui ne respecte nullement les us britanniques. Ces absences dans les deux cas, ont quelque chose de vaporeux. Vus du Midi, les Grands-Bretons ne sont qu’énigme insaisissable.

  4. Martine Rouche dit :

    Mais non, Jacques, il n’y a là aucune énigme insaisissable ! En anglais, il est vrai, on dit  » take a French leave  » …. Il y a bien d’autres exemples, qui sont parfois dans des domaines … privés … , et qui traduisent soit une forme d’incompréhension réciproque soigneusement cultivée de part et d’autre, soit un humour (côté britannique ) qui est pour moi d’un très haut niveau, non solum par la finesse, sed etiam par le goût pour l’absurde et l’auto-dérision.
    En tout cas, je vous assure, il est possible d’avoir à la fois la culture du Midi et celle de là-haut … Du moins est-ce là un espoir personnel …

  5. Martine Rouche dit :

    In nuce, la maréchale de Mirepoix, le thé, l’Angleterre par Gaston de Lévis …

     » La maréchale de Mirepoix, soeur du prince de Beauvau, était veuve du prince de Lixen, de la maison de Lorraine, lorsqu’elle épousa le duc de Lévis-Mirepoix. Sans avoir jamais passé pour une beauté régulière, elle avait eu, dans sa jeunesse, une taille charmante et le plus beau teint du monde, et elle avait conservé tant de fraîcheur dans un âge très avancé que, quand elle se cassa la jambe, chacun disait, en la voyant sur sa chaise longue, qu’elle avait plutôt l’air d’une femme en couches que d’une vieille de soixante-dix-huit ans. Cependant il y avait déjà longtemps qu’elle branlait la tête. Je me ressouviens que l’on attribuait alors cette incommodité à l’usage du thé, dont elle prenait plusieurs tasses par jour ; habitude qu’elle avait contractée en Angleterre, où son mari avait été ambassadeur, et où tout le monde, depuis les lords jusqu’aux servantes, prend du thé, sans que personne branle la tête, du moins plus qu’en France. L’on est aujourd’hui revenu de ce préjugé ; mais l’on a cru longtemps dans toute l’Europe que le thé et le café étaient des poisons lents. J’ai même entendu raconter à un médecin homme d’esprit que l’on voulut s’assurer, dans je ne sais quel pays du Nord, de la violence relative de ces deux poisons, et que l’on imagina d’en donner trois fois par jour à deux criminels, à qui l’on fit grâce de la vie pour les soumettre à cette terrible expérience. Le résultat fut que celui qui prenait le thé mourut à soixante-dix-neuf ans, et l’autre à quatre-vingts. Le conte est assez gai. Mais revenons à la maréchale de Mirepoix. Son esprit était aussi jeune que sa figure ; cependant, il était plus agréable qu’étendu. Ce qui la distinguait particulièrement, c’était une grâce infinie et un ton parfait ; aussi ses décisions en matière de goût et de convenance étaient généralement respectées.
    [ … ]  »

    Gaston de Lévis (1764- 1830), Souvenirs portraits, collection Le Temps Retrouvé, Mercure de France, 1993, réédition, pages 105, 106.
    (Parmi les portraits, figurent ceux de la maréchale de Luxembourg, qui figure aussi sur le tableau supra, de la comtesse de Boufflers, du maréchal de Richelieu, du cardinal de Loménie qui ne voulait pas être appelé  » Brienne  » … et d’autres encore. )

  6. H Rumeau dit :

    Pouvez-vous me dire si c’est sur ce tableau « le Thé à l’anglaise  » que le jeune Mozart est représenté ?

  7. Martine Rouche dit :

    Et, encore plus petite dans le coin gauche du tableau, il y a une épigramme de M. de Pont de Veyle, qui dit :
     » De la douce et vive gaieté
    Chacun donne icy l’exemple ;
    On dresse des autels au thé,
    Il meritoit d’avoir un Temple. « 

  8. Martine Rouche dit :

    Vers du chevalier de Boufflers au nom de la maréchale de Mirepoix qui envoyoit de ses cheveux blancs au duc de Nivernois :

    Les voilà, ces cheveux depuis longtemps blanchis ;
    D’une longue union qu’ils soient pour nous le gage.
    Je ne m’afflige point sur les pertes de l’âge,
    Il m’a laissé de vrais amis.
    On m’aime presque autant, j’ose aimer davantage.
    L’amitié, fruit du goût, de l’estime et du temps
    Mûrit encor dans l’hiver de nos ans ;
    On ne s’y méprend plus, on cède à son empire,
    Et l’on joint, sous les cheveux blancs,
    Au charme de s’aimer le droit de se le dire.

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