A Mirepoix – Le quartier de Lilo – 3. De la rue du Coin de Loubet à la rue Coin de la rue de Paraulettes

 

Ci-dessus, autrefois, aujourd’hui, noms des rues : rue du Coin de Loubet : rue Bayle ; rue Paraulettes et Saint Amans : rue Frédéric Soulié ; rue Coin de la rue de Paraulettes : rue Astronome Vidal ; la promenade du Rumat : cours du Rumat.

Le moulon ici n’est bâti que sur son front est, i. e. au bord du cours du Rumat. L’angle du cours et de la rue du Coin de Loubet et celui du cours et de la rue Coin de la rue de Paraulettes demeurent toutefois libres de constructions, puisque l’un est occupé par le jardin (n°66) de Bertrand Laporte, dit Capitaine, brassier, et l’autre par l’aire (n°51) des frères Sutra, marchands tanneurs. Les trois autres côtés du moulon demeurent eux aussi libres de constructions.

Le front bâti comporte en son milieu un étroit passage qui a fonction de traverse, puisqu’il permet de gagner la rue de Paraulettes et Saint Amans en circulant entre les jardins.

Voici la liste des propriétaires des parcelles :

51. Alexandre et François Sutra frères, marchands tanneurs ; aire à la rue de Paraulettes et Saint Amans
52. Andrieu Joui, brassier ; rue de Paraulettes
53. Jeanne Marie Senié, veuve de Jean Amouroux, tisserand ; hôpital de Mirepoix : jardin à la rue de Paraulettes
54. Germain Giret, ancien porteur de la ville ; jardin à la rue de Paraulettes
55. Jeanne Gouze, veuve de Jacques Carrière ; maison et jardin
56. Marie Savary, veuve de Jean Gayer ; maison et jardin
57. Maurice Bailhade, dit Jean de Jeanne, brassier ; maison
58. Joseph Vidal, brassier ; maison
59. Louise Vidal, veuve de Simon Vidal
60. Alexandre et François Sutra frères, marchands tanneurs ; maison
61. François Amouroux, tisserand de razet ; maison
62. Etienne Gailhard, voiturier ; jardin à la rue de Paraulettes
63. Marie Manent, veuve de Pierre Amouroux, tisserand ; maison et jardin rue de Paraulettes
64. Jeanne Saurel, femme de Pierre Taillefer dit Pierre Couzy, et veuve de François Arnaud ; jardin à la rue de Paraulettes
65. Jean Saint-Félix, brassier ; rue de Paraulettes
66. Bertrand Laporte, dit Capitaine, brassier ; maison et jardin.

Types de propriétaires : 6 veuves ; 5 brassiers ; 2 marchands tanneurs ; 1 ancien porteur de la ville ; 1 tisserand de razet ; hôpital de Mirepoix.

Le moulon accueille une majorité de brassiers, qui voisinent ici avec une partie de la riche propriété d’Alexandre et François Sutra frères, marchands tanneurs, sachant que celle-ci comprend de l’autre côté du cours du Rumat plus de la moitié de la presqu’île formée par la dérivation du Countirou en aval du pont de Limoux.

La présence d’Etienne Gailhard, voiturier, concurrent d’autres voituriers installés dans les moulons avoisinants, témoigne ici encore des besoins que les activités du Rumat suscitaient jadis en matière de transport.

Parmi les 5 veuves, qui vivent probablement de la production de leur jardin, Jeanne Marie Senié, veuve de Jean Amouroux, tisserand, se distingue par l’indivision, sans doute charitable, qu’elle conserve avec l’hôpital de Mirepoix. Ce type d’indivision suggère un possible engagement confrériste, comme on voit aussi en 1766 dans le moulon voisin du Saint-Sacrement ((Cf. A Mirepoix – Le moulon du Saint-Sacrement)).

Le moulon concentre ici, avec Jeanne Marie Senié, veuve de Jean Amouroux, tisserand ; François Amouroux, tisserand de razet ; Marie Manent, veuve de Pierre Amouroux, tisserand, les partenaires et agents d’une activité familiale, dont le savoir-faire perpétué ici et sans doute enrichi par François, dit « tisserand de razet » ((Razet ou rase : étoffe croisée et unie à poils ras)), requérait pour s’exercer de façon optimale d’importantes ressources en eau. D’où l’installation à proximité du canal du moulin (aujourd’hui le Béal) et du ruisseau Countirou.

Les fils de chaîne, en particulier dans le cas du chanvre, devant être maintenus dans une ambiance humide, le tisserand de jadis s’appliquait à compenser par une émission continue de vapeur la sécheresse excessive de l’air. Il pouvait éventuellement par la suite se charger aussi de la parure et du foulage ((Cf. Histoire locale : Le tisserand : « La parure consistait à laver le tissu plusieurs fois en le tirant avec un chardon entre chaque bain pour retirer les petits nœuds et le faire feutrer. Le foulage consistait à battre le tissu dans un bain d’eau avec soit un peu de sable, soit un peu de lie de vin ».)), toutes activités requérant, elles aussi, la disponibilité d’importantes quantités d’eau.

La lecture des archives relatives à la période révolutionnaire montre qu’une trentaine d’années plus tard l’activité de François Amouroux, tisserand de razet, se perpétue dans sa maison sous l’égide de son fils, Antoine Amouroux, dit Credo. En 1797, celui-ci a pour voisin et éphémère « apprentif »… un certain Guillaume Sibra, dit Jean Dabail. La maison Amouroux, qui correspond à la parcelle n°61 sur le plan de 1766, porte désormais le n°188 de la section C. La famille de Guillaume Sibra habite au n°187 de la même section la maison qui correspond à la parcelle n°60 sur le plan de 1766, laquelle parcelle était en 1766 propriété d’Alexandre et François Sutra frères, marchands tanneurs.

Voisins d’Antoine Amouroux, Guillaume et sa soeur Marie, enfants de pauvre, ont probablement bénéficié de la bienveillance, du soutien, ou de la charité de celui-ci et de son épouse. On sait, en 1776, l’engagement de Jeanne Marie Senié, veuve de Jean Amouroux, auprès de l’hôpital de Mirepoix. François Amouroux, dit Credo, perpétue à sa façon l’oeuvre de sa tante. Il engage en la personne de Guillaume Sibra un « apprentif » incertain, par ailleurs dangereusement livré à lui-même. Le surnom de Credo suggère que François Amouroux fait montre d’une conduite instruite par des valeurs ou des principes déclarés. En avril 1800, dans la chapelle des Trinitaires, où un prêtre insermenté célèbre une messe clandestine tandis qu’une battue générale se prépare à fin d’arrestation de Guillaume Sibra, alors évadé de la prison de Foix, condamné contumax à 25 ans de fer, l’épouse de François Amouroux se trouve présente aux côtés de Marie Sibra et elle la précède sans doute dans la prière pour la vie de son frère Guillaume. François Amouroux, lui, demeure absent de la chapelle. Il est en revanche identifié dans l’émeute qui aboutit le soir du 22 pluviôse an V (10 février 1797) au sac de la maison Clauzel. Franc catholique ou maçon, il élève ici la protestation du petit artisan contre Gabriel Clauzel, ancien maire jacobin de Mirepoix, complice en son temps de la politique de l’assignat, mais aussi contre Gabriel Clauzel, marchand de drap, qui a usé de sa position pour monopoliser le marché de l’étoffe et qui a par là ruiné les chances de tout un corps de métier. Débordant ce soir-là les consignes de son maître, l’apprentif Guillaume amorce à la faveur de l’émeute la carrière dissidente que l’on sait ((Cf. Dossier Jean Dabail.)).

La topographie particulière du moulon a servi sans doute le jeune homme dans ses allées et venues obscures. Le passage qui circule à l’intérieur du moulon et qui permet de passer sans être vu du cours du Rumat à la rue de Paraulettes et Saint Amans, ou vice versa, appartient en 1776 à Marie Manent, veuve de Pierre Amouroux. Il reste propriété d’Antoine Amouroux en 1797. Guillaume Sibra peut en user librement. Il dispose ainsi d’un espace à double entrée. La suite de l’histoire montre qu’il en a profité. La perquisition, puis la prise de corps ordonnées en 1798 par le tribunal de Pamiers ((Cf. Dossier Guillaume Sibra dit Jean D’Abail – 2. Chemins de traverse.)) ne donneront rien : l’oiseau, s’il était là, avait fui par le passage.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue du moulon, côté rue Bayle, avec au fond le cours du Rumat – aucune des maisons actuelles n’existait en 1766 – ; vue du moulon, côté rue Frédéric Soulié -aucune des bâtisses actuelles n’existait, là non plus, en 1766. Le vieux mur de taille inférieure à celle des bâtisses abrite le jardin (n*63 sur le plan de 1766) qui fut jadis, rue de Paraulettes et Saint Amans, celui de Marie Manent, veuve de Pierre Amouroux, tisserand.

 

Ci-dessus : vues du mur de l’ancien jardin de Marie Manent, veuve de Pierre Amouroux, tisserand, côté rue Frédéric Soulié, autrefois rue de Paraulettes et Saint Amans. La petite porte verte correspond à la sortie du passage qui permettait jadis de traverser directement le moulon à partir du cours du Rumat.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue du moulon, côté rue Astronome Vidal – aucune des bâtisses actuelles n’existait, là encore, en 1766 – ; jardin vague, qui constitue une partie relique de l’ancienne aire de Alexandre et François Sutra frères, marchands tanneurs.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue du moulon depuis le cours du Rumat, dans sa section rue de Lille ((Cf. A Mirepoix – Le quartier de Lilo – Description globale.)) ; en 1766, la parcelle actuellement occupée par l’immeuble à colonnes à l’angle du cours du Rumat et de la rue Bayle n’était pas bâtie. Seules les deux maisons à encorbellement demeurent depuis 1766 peu ou prou inchangées. Le passage qui s’ouvre en leur milieu est celui qui permettait jadis de traverser directement l’intérieur du moulon pour sortir rue de Paraulettes et Saint Amans, aujourd’hui rue Frédéric Soulié.

 

Ci-dessus : l’entrée du passage, cours du Rumat. La suite du passage se trouve condamnée à la hauteur d’un puits, postérieur à 1766 puisqu’il ne figure pas sur le plan correspondant. La parcelle n°60, qui était en 1766 la propriété d’Alexandre et François Sutra frères, marchands tanneurs, et qui fut acquise en 1793 par Louis Sibra, père de Guillaumme Sibra, sans doute au titre de la vente des biens nationaux, se trouve à droite, au fond du passage. Le rôle des portes et des fenêtres indique que la maison acquise par la famille Sibra comportait alors une porte et une fenêtre.

 

Ci-dessus : l’ancienne maison de la famille Sibra : une seule pièce. C’est là qu’a vécu, avant de devenir casseur, puis voleur, puis déserteur, puis bandit, puis fantôme, l’apprentif tisserand nommé Guillaume Sibra, dit Jean Dabail.

A suivre… Prochainement : A Mirepoix – Le quartier de Lilo – 4. De la rue Coin de la rue de Paraulettes à la rue Coin de Caramaing et de Paraulettes

A lire aussi : Moulons de Mirepoix

A Mirepoix – Le quartier de Lilo – 2. Entre la rue del Bascou et la rue du Coin de Loubet

 

Ci-dessus, en 1766 et en 2011 : rue del Bascou : rue des Pénitents Blancs ; rue Paraulettes : rue Frédéric Soulié ; rue du Coin de Loubet : rue Bayle ; la promenade du Rumat : cours du Rumat.

Le moulon n’est bâti que sur son flanc sud, sud-est, où il présente un front de bâtiments édifiés de façon strictement parallèle, pour une fois sans imbrications. Le reste du moulon, ici comme ailleurs, demeure dédié aux jardins. La surface vide visible sur la parcelle 67 correspond sans doute à une aire.

Voici les noms des propriétaires des parcelles :

67. Pierre Boudouresques, ménager de La Bastide de Bousignac ; indivision avec Toinette Dubois, veuve de Jacques Rivel
68. Pierre Verger, dit Lalem, laboureur
69. Marc Tornier, dit Marquit, meunier au moulin de Besset
70. Raymond Rives, maréchal à forge
71. Jean Taillefer, voiturier ; maison et jardin à la rue del Bascou
72. Bernard Maris, maréchal à forge ; maison et jardin rue porte del Rumat.

Le moulon accueille, comme on voit, des gens de métier, dont l’activité se trouve liée à celle du Rumat, i. e. à celle de la barrière du pont et à celle du foirail et de l’affachoir ((Affachoir, ou corchoir : abattoir.)). Le Rumat de 1776 est en effet un carrefour de circulation et un centre d’affaires de première importance, avec l’arrivée des routes de Limoux, de Carcassonne, et de Villefranche de Lauragais ; avec l’arrivage des bêtes sur pied et le transport de la paille et du fourrage nécessaires à l’accueil de ces dernières ; avec le traitement des affaires relatives aux divers secteurs du négoce correspondant.

On sait qu’à la même date, le commerce des céréales se tenait au pied de la cathédrale, à l’emplacement de l’actuelle halle. Frédéric Soulié mentionne cet emplacement dans ses souvenirs d’Ariège : Sur l’un des côtés de cette place [du marché] s’élève un petit amphithéâtre, et sur cet amphithéâtre, de vastes setiers en pierre, où se mesurent le blé et les grains qui se vendent dans le marché ((Frédéric Soulié, Deux séjours – Province, Paris, p. 279 (272), 1835)).

La présence au Rumat de Pierre Boudouresques, ménager ((Ménager : petit propriétaire qui dispose de 20 à 30 hectares.)) de La Bastide de Bousignac, de Pierre Verger, dit Lalem, laboureur ((Laboureur : propriétaire d’un terrain de labour et d’une centaine d’hectares, souvent fermier d’hectares supplémentaires, souvent aussi fermier des dîmes. Cf. Définition des métiers anciens – Métiers disparus.)), indique que ménager et laboureur travaillent plutôt le bétail, ou bien qu’ils fournissent fourrage et paille à destination de ce dernier, ou bien encore qu’ils alimentent en fruits et légumes les auberges avoisinantes. La présence de Marc Tornier, dit Marquit, meunier au moulin de Besset, indique quant à elle que le meunier a besoin des voituriers et autres rouliers pour le transport des grains et pour la livraison des farines.

Aujourd’hui, même si foirail, affachoir, et auberges avoisinantes ont disparu, il y a toujours une forte circulation au Rumat. Chargés de marchandises en transit, les poids lourds ont remplacé les charrettes des anciens voituriers et rouliers. Les habitants du quartier apprécient les doubles vitrages.

 

Ci-dessus : vue du moulon sur son flanc sud depuis l’angle de la rue Frédéric Soulié et de la rue des Pénitents Blancs. Les maisons actuelles, furent en 1766, de gauche à droite sur l’image, celles de Bernard Maris, maréchal à forge ; de Jean Taillefer, voiturier ; de Pierre Boudouresques, ménager, en indivision avec Toinette Dubois, veuve de Jacques Rivel ; Raymond Rives, maréchal à forge. L’emplacement occupé par l’immeuble vert qui jouxte aujourd’hui l’ancienne maison de Raymond Rives, demeurait en 1766 vierge de construction, car planté de trois rangées d’ormeaux comme l’ensemble des bords de la promenade du Jeu du Mail (aujourd’hui cours du Jeu du Mail).

 

Ci-dessus : rue Frédéric Soulié, vues du flanc nord de l’ancienne maison de Bernard Maris, maréchal à forge. Contrairement à la façade principale, qui ouvre sur la rue des Pénitents Blancs, ce côté de la maison est demeuré depuis 1766 à peu près intouché.

 

Ci-dessus : vues du moulon depuis l’angle de la rue des Pénitents Blancs et de la rue Frédéric Soulié. Après l’ancienne maison de Bernard Maris, la présence du mur plus bas qui court au bord d’un jardin jusqu’aux maisons plus modernes de l’angle de la rue Frédéric Soulié et de la rue Bayle, rappelle qu’ici, comme indiqué sur le plan de 1766, le bord du moulon jadis n’était pas bâti.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue du moulon depuis l’angle de le rue Frédéric Soulié et de la rue Bayle, avec en fond le cours du Rumat ; vue du front du moulon depuis le cours du Rumat. Aucune des maisons visibles sur le côté droit de la rue Bayle n’existait en 1766. Seuls le toit et les trois façades distinctes que celui-ci abrite aujourd’hui immédiatement à gauche de l’immeuble vert, ont pu exister sur le front du Rumat à la date susdite. Auquel ils correspondraient aux maisons qui furent jadis respectivement la propriété de Marc Tornier, dit Marquit, meunier au moulin de Besset (n°69), et celle de Pierre Verger, dit Lalem, laboureur.

A suivre… Prochainement : A Mirepoix – Le quartier de Lilo – 3. Entre la rue du Coin de Loubet et la rue Astronome Vidal

A lire aussi : Moulons de Mirepoix

A Mirepoix – Le quartier de Lilo – 1. Entre la rue du Coin de Cambajou et la rue del Bascou

 

Ci-dessus, de gauche à droite : plan actuel ; plan de 1766. Correspondance des noms de rue et de lieu, d’une vue à l’autre : rue Cambajou, et rue Paraulettes et Saint Amans : rue Frédéric Soulié ; rue du Coin de Cambajou : rue du Gouverneur Laprade ; rue del Bascou : rue des Pénitents Blancs ; rue du Coin de Loubet : rue Bayle ; Coin de la rue de Paraulettes : rue Astronome Vidal ; rue du Coin de Caramaing et de Paraulettes : rue Caraman ; promenade du Rumat et rue de l’Isle : cours du Rumat et rue de l’Ile ; canal du moulin : Béal ; rue qui vient du Countirou : rue Jacques Miquel.

 

Ci-dessus, de gauche à droite, autour du moulon : place du Rumat et promenade du Rumat ; rue du Coin de Cambajou : aujourd’hui rue du Gouverneur Laprade ; rue Cambajou : aujourd’hui rue Frédéric Soulié ; rue del Bascou et porte del Rumat : aujourd’hui rue des Pénitents Blancs.

Située au débouché de la route de Limoux, siège de l’affachoir et du foirail, la place du Rumat constitue en 1766 un lieu d’activité important. Le moulon immédiatement installé au bord de cette dernière concentre conséquemment un nombre élevé de propriétaires. Les maisons sont édifiées sur les bords du moulon. Elles s’enchevêtrent sur deux rangs tout au long de la rue del Bascou et porte del Rumat, tandis que deux maisons seulement bordent la rue du Coin de Cambajou. Comme partout ailleurs dans le Mirepoix de 1766, l’intérieur du moulon demeure réservé aux jardins. Ceux-ci s’étendent jusqu’à la place du Rumat, qu’ils ourlent ainsi d’une marche de verdure agréable, tandis qu’ils procurent un espace de respiration aux demeures imbriquées de la rue del Bascou et porte del Rumat. Ces jardins comprennent rue du Coin de Cambajou un passage conduisant à la parcelle 91.

Voici la liste des propriétaires réunis dans ce moulon en 1766 :

73. François Turi, brassier ; maison, grange ; jardin indivis avec Michel Pailhès
74. Pierre Gatimel, brassier ; maison, jardin, passage à la rue del Bascou et porte del Rumat
75. Pierre Gatimel, brassier
76. Paul Jean, dit Natet, brassier ; maison et jardin à la rue del Bascou
77. Jean Foulquié, garde de Mgr le marquis de Mirepoix ; Joseph Tornier, menuisier ; Charles Pintat tisserand ; Jean Fidency, meunier de Regat : indivision : maison et jardin à la rue del Bascou et porte del Rumat
78. Jean Laylix, tisserand de toile ; maison, à la rue del Bascou de la porte del Rumat
79. Laurent Truquet ; maison derrière celle de Jean Laylix à la porte del Rumat
80. Jean Laylix ; jardin au derrière de la maison des héritiers de Jean Truquet, avec passage
81. Marianne Habram, veuve de Jean Gouté ; maison et jardin à la rue del Bascou et porte del Rumat
82. Joseph Deleu, brassier ; maison et dessus du passage d’Anne Natet à la rue del Bascou
83. Joseph Deleu, brassier
84. Andrieu Gironce, brassier ; maison à la porte del Rumat faisant coin à la rue del Bascou et à celle de Cambajou
85. Jean Montaud, charpentier ; maison, patu, passage à la rue del Bascou
86. Jean Autier, brassier ; maison à la rue Cambajou
87. Barthélémy Gaignoulet, brassier ; maison à la rue Cambajou
88. Me Etienne Rouger, avocat au parlement, comme acheteur de Pierre Bauzil baigneur ; maison, petit déduit, patu, jardin à la rue Cambajou ; Joseph Deleu, patu et jardin à la rue de Cambajou, avec le puits et l’usage du passage dans la maison de Jean Montaud, achetés à Pierre Bauzil, baigneur ;
88 bis. [Mention relevée sur le compoix ; non expliquée ; sans correspondance sur le plan !] Pierre Bauzil baigneur ; maison à la rue Cambajou, avec le puits et l’usage du passage dans la maison de Jean Montaud
89. Paul Virelizier, jardinier ; maison et jardin à la rue Cambajou
90. Paul Virelizier ; maison à la rue Cambajou
91. Jean Pons, héritiers ; derrière la maison de Paul Jean
92. Paul Jean, dit Natet ; jardin à la rue Cambajou
93. François Izard, dit La Mort, voiturier.

Parmi les propriétaires réunis dans ce moulon, on compte 8 brassiers ; 2 tisserands ; 1 meunier ; 1 charpentier ; 1 menuisier ; 1 voiturier ; 1 baigneur ; 1 jardinier ; 1 garde du marquis de Mirepoix ; 1 avocat ; 1 veuve ; 1 héritier ; 4 autres, non précisés. Les brassiers sont en majorité. Ils ont là sans doute leur demeure, à proximité de la place où ils trouvent de l’emploi. François Izard, dit La Mort, use vraisemblablement de la parcelle 93 pour remiser, à peu de distance du cimetière, situé plus loin, au bout de la promenade du Jeu du Mail, ses corbillards. Me Rouger, avocat, demeure le seul notable représenté dans le moulon. On remarque que, comme Me Rouvairollis ((Cf. A Mirepoix – Maison, décharge, jardin, rue du Coin de Cambajou)) et Me Vidalat ((Cf. A Mirepoix – En face de la maison de François Rouvairollis, qu’est-ce qu’il y a ?)), il a pris soin d’acquérir une propriété sise à l’angle de deux rues passantes, sur le trajet des voyageurs venus de Carcassonne, de Villefranche de Lauragais, de Limoux, et à proximité des activités génératrices de contrats qui se traitent quotidiennement au Rumat. Pierre Bauzil, baigneur, ancien propriétaire de la parcelle 88, dirige un établissement de bains sous le grand couvert. Assurait-il auparavant le même service de bains au numéro 88 ici considéré ?

 

Ci-dessus : vue actuelle du moulon depuis la place du Rumat.

 

 

Ci-dessus : vues actuelles du moulon, rue du Gouverneur Laprade. La maison aux volets rouges et à la façade couverte de vigne vierge était en 1766 propriété de Me Rouger.

 

 

Ci-dessus : vues du moulon depuis l’angle de la rue du Gouverneur Laprade et de la rue Frédéric Soulié. Sur la photo de gauche, on reconnaît au premier plan l’ancienne maison de Me Rouger. Sur la photo de droite, peu avant l’angle de la rue Frédéric Soulié et de la rue des Pénitents Blancs, on voit les maisons qui appartinrent jadis à Barthélémy Gaignoulet, brassier, Jean Autier, brassier, Joseph Deleu, brassier, et Andrieu Gironce, brassier. La maison de Joseph Deleu fait l’angle de la rue Frédéric Soulié et de la rue des Pénitents Blancs. Elle est pourvue, côté rue Frédéric Soulié, d’un corbeau qu’on remarque. Au pied du mur subsiste une ancienne fontaine.

 

 

Ci-dessus : vues du moulon depuis l »angle de la rue Frédéric Soulié et de la rue des Pénitents Blancs. On reconnaît au premier plan la maison de Joseph Deleu, avec l’inclusion constituée par la propriété d’Andrieu Gironce.

 

Ci-dessus, à l’angle de la rue des Pénitents Blancs et du cours du Rumat, la grande maison blanche, aujourd’hui entièrement refaite, s’élève, dirait-on, à l’emplacement des anciennes maison et grange de François Turi, brassier. Grossièrement occulté le curieux entremis qui sépare la maison blanche de celle qui fait l’angle actuel de la rue et du cours, conserve dans le détail de sa forme la mémoire d’un encorbellement disparu.

A suivre. Prochainement : A Mirepoix – Le quartier de Lilo – 2. Entre la rue del Bascou et la rue du Coin de Loubet.

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