A Mirepoix – Moulon de la rue Cambajou, porte del Rumat, rue Paraulettes, rue Caramaing, rue St Amans, le Bascou et partie du faubourg d’Amont

 

Ci-dessus : rue du Coin de Cambajou : rue du Gouverneur Laprade ; rue del Bascou et rue de la Porte del Rumat : rue des Pénitents Blancs ; rue Cambajou : rue Frédéric Soulié ; rue du Faubourg d’Amont : rue Victor Hugo.
Source : compoix de 1766, plan 2 : « Moulon de la rue Cambajou, porte del Rumat, rue Paraulettes, rue Caramaing, rue St Amans, le Bascou et partie du faubourg d’Amont ».

Je continue à étudier le compoix mirapicien de 1766 et les plans correspondants afin de savoir à qui appartenaient les maisons de Mirepoix à la fin de l’Ancien Régime. Je m’intéresse actuellement aux deux moulons situés de part et d’autre de la rue du Gouverneur Laprade (anciennement rue du Coin de Cambajou), entre la rue Victor Hugo (anciennement rue du Faubourg d’Amont) et la rue Frédéric Soulié (anciennement rue Cambajou).

J’ai déjà présenté le premier de ces deux moulons dans Maison, décharge, jardin, rue du Coin de Cambajou. Le compoix montre qu’à la date de 1766, la maison et le jardin qui occupent la presque totalité de ce moulon appartenaient à Maître Rouvairollis, avocat au parlement, juge de la ville de Mirepoix.

Après avoir localisé la maison de François Rouvairollis, je me suis intéressée à la maison, imposante elle aussi, située en face, dans la même rue. C’était, dit le compoix, la maison de Maître Vidalat, avocat au parlement, juge des villes et du marquisat de Mirepoix et de Léran.

 

 

Ci-dessus, de gauche à droite : la maison de Jean Vidalat vue depuis l’intersection de la rue du Gouverneur Laprade et de la rue Victor Hugo ; la maison de Jean Vidalat vue depuis la rue du Gouverneur Laprade.

Ainsi, non loin de la Porte del Rumat, qui, à l’est de Mirepoix, constitue pour les voyageurs venus de Carcassonne ou de Limoux un passage obligé, deux avocats et juges ménageaient-ils jadis en face à face, aux deux coins de la même rue, une porte seconde, ouvrant au-delà sur une sorte de boulevard du droit. A partir du Rumat en effet, la rue du Coin de Cambajou (aujourd’hui rue du Gouverneur Laprade) donne sans solution de continuité sur la rue Courlanel (aujourd’hui rue du Maréchal Clauzel), laquelle était au XVIIIe siècle, largement peuplée par « l’engeance » notariale et judiciaire 1)Le mot est de Frédéric Soulié..

Curieuse de mieux appréhender cet effet de porte, j’ai entrepris d’inventorier à l’aide du compoix les noms et les métiers ou conditions des propriétaires des maisons et/ou des jardins sis dans chacun des deux moulons considérés. J’ai obtenu ainsi une carte sommaire de la population de ces deux moulons ainsi que des activités correspondantes.

 

Plan 1
5. Anne Pouytes
6. François Rouvairollis, avocat au parlement, juge de paix

Plan 2
155 : Elizabeth Terrisse
156 : François Goudou, dit Petré
157 : Jean Gaston de Saint-Georges, seigneur de Sibra ; fenière 2)Fenière : grenier à serrer le foin.
158 : Jean Mounareu, dit Marsalit, laboureur de Seigner, paroisse de Roumengoux ; maison et patu 3)Patu : en occitan, terrain vague ou, comme ici, cour ouverte. derrière la maison de François Goudou
159 : Marianne Coulzoune, servante chez Antoine Savy
160 : Jean Gaubert ; fenière
161 : Charles Benard serrurier
162 : Marie Courtier, fille de Bernard Courtier
163 : Marsal Aimar, maçon
164 : Marie Fabré, veuve et héritière de François Bauzil ; décharge 4)Décharge : lieu d’une maison, maison ou terrain où l’on serre ce qui n’est pas d’un usage ordinaire.
165 : Jean Pierre Sicré, dit Larideu, tailleur pour hommes ; décharge
166 : Catherine Aymounié
167 : Marsal Aimar, maçon
168 : Françoise Olive, veuve de Pons Virelizier
169 : pièce de jardin appartenant au docteur Gibelot
170 : Pons Virelizier, brassier
171 : Bernard Raynaud, brassier
172 : Paul Sibra brassier, avec son épouse Marie Virelizier
173 : Paul Sibra ; cave, jardin et dessus de la maison d’Anne Mir ; moitié du passage ; usage de l’escalier
174 : Anne Mir, veuve de julien Léheau ; l’autre moitié est à Françoise Olive
175 : Anne Mir
176 : Bertrand Coulzoune, valet de ville ; maison ; dessus du fournil de Laurent Arcizet
177 : Jean Baptiste et François Rouquette, héritiers d’Etienne Rouquette
178 : Séminaire du diocèse
179 : Barthélémy Clauzel et Jacques Clauzel, prêtre ; au rez-de-chaussée, boutique tenue par Joseph Allard
180 : Joseph Allard
181 : Jacques Gaubert, hôte
182 : Marie Tornier, veuve d’Antoine Vidalat, belle-soeur de Jean Vidalat
183 : Jean Vidalat, avocat au parlement, juge des villes et du marquisat de Mirepoix et de Léran

 

 

Ci-dessus : vues de la rue V!ctor Hugo depuis le coin de la rue du Gouverneur Laprade.

Entre la Porte del Rumat et la rue du Faubourg d’Amont (aujourd’hui rue Victor Hugo), on voit où et comment se partagent le Mirepoix d’amont et le Mirepoix d’aval, avec, amont, une mosaïque de petites maisons, greniers à foin, petits jardins, espaces vagues, imbriqués les uns dans les autres, et aval et midi, un front de grandes maisons, grands jardins, qui forment ceinture autour du coeur de la bastide.

Lorsque, laissant derrière lui le séminaire, le voyageur qui descend la rue du Coin de Cambajou (aujourd’hui rue du Gouverneur Laprade), passe entre la maison de Maître Rouvairollis et celle de Maître Vidalat, il franchit un seuil symbolique : il entre dans l’espace de la cité, i. e. dans le champ d’une rection qui s’exerce traditionnellement sous l’auspice de la religion et du droit, ou de la foi et de la loi.

A noter que l’adage initial du royaume de France dit « une foi, une loi, un roi ».
Or on ne trouve rien dans la topographique de la rue du Coin de Cambajou qui symboliserait possiblement la figure du roi. Mirepoix est une bastide, administrée depuis sa création par des consuls élus. Le roi demeure un personnage géographiquement et politiquement lointain. Les seigneurs de Mirepoix, quant à eux, vivent depuis le XVIe siècle hors de Mirepoix, dans leur château de Lagarde. Mirepoix, de la sorte, se passe d’ores et déjà de tout roi.

La Révolution viendra bientôt rayer le séminaire de la carte, par là substituer à la symbolique de la foi et de la loi, celle de la seule loi. La topographie de la rue du Coin de Cambajou, qui donne à voir la disposition en face à face de la maison de François Rouvairollis et de celle de Jean Vidalat, en aval du séminaire, comme la figure d’une porte seconde, susceptible de signifier à tout passant qu’ici commence le règne de la loi, la dite topographie, donc, augure quant à la ville le principe directeur du temps qui vient. Elle rend par ailleurs évident le caractère puissamment politique du statut auquel prétend dans la cité, à la fin de l’Ancien Régime, une « bourgeoisie essentiellement composée de professionnels du droit » 5)Cf. Laurent Coste, Mille avocats du Grand Siècle. Le barreau de Bordeaux de 1589 à 1715, Bordeaux, Société Archéologique et Historique du canton de Créon, 2003..

A lire aussi : Maison, décharge, jardin, rue du Coin de Cambajou

Notes   [ + ]

1. Le mot est de Frédéric Soulié.
2. Fenière : grenier à serrer le foin.
3. Patu : en occitan, terrain vague ou, comme ici, cour ouverte.
4. Décharge : lieu d’une maison, maison ou terrain où l’on serre ce qui n’est pas d’un usage ordinaire.
5. Cf. Laurent Coste, Mille avocats du Grand Siècle. Le barreau de Bordeaux de 1589 à 1715, Bordeaux, Société Archéologique et Historique du canton de Créon, 2003.
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Une réponse à A Mirepoix – Moulon de la rue Cambajou, porte del Rumat, rue Paraulettes, rue Caramaing, rue St Amans, le Bascou et partie du faubourg d’Amont

  1. Gironce Jacques dit :

    Magnifique étude sur le moulon du séminaire.

    Ravi d’apprendre que mon jardin et ma maison ont fait partie du séminaire diocésain.Le 30 rue Gouverneur Laprade était donc le côté sud de l’établissement.
    Mais les choses ont dû changer,car anciennes fenêtres et porte,aujourd’hui obturées sont observables sur la muraille est de l’écurie de maître Vidalat,et donnent dans mon jardin…
    Reste à préciser la durée d’exitence du séminaire ,par rapport à celui de Mazères…Tout un programme!

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