A propos de Coussa. 4. Le compoix de 1754

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Archives dép. de l’Ariège. Coussa. Compoix de 1754.

Etabli le 3 février 1751 par le le Sieur Jean Astruc, arpenteur de la maîtrise de Foix, résidant à Belpech, avec l’aide des Sieurs Mans, baile de Coussa, et Jean Leugé, baile du Merviel, le compoix contrôlé le 21 janvier 1754 par le Sieur Vidalat de Mirepoix, fournit, autrement que le registre paroissial, mais de façon tout aussi parlante, une image vive du Coussa du XVIIIe siècle. Il comprend un répertoire, bien utile à la consultation (Vues 6 à 8).

1. Les figures de référence du village

Guillaume Sicre Lasbaysses (1686-1770)], bourgeois, dit ici Monsieur Lasbaiches, vient en tête de ce compoix (vues 12 à 14), suivi des Héritiers de Laurent Sicre, puis de Jean Mans, baillif. Il s’agit là, semble-t-il, de figures de référence du village, particulièrement impliquées dans la vie de ce dernier.

1.1. Monsieur Lasbaysses

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 12.

Monsieur Lasbaysses tient à Coussa « maison, basse cour, patu 1Patu : cour couverte. , tour et jardin joignant au cap de la ville ; confronte de levant, midi et aquilon rues, couchant Monsieur de Soubiac ; contient la maison soixante cannes, la cour et patu quatre vingt deux cannes, le jardin un boisseau sept huitièmes ; alivré dix-huit sols un denier trois quarts. » (Lot 1.)

« Plus tient à la rue de l’église vieilles masures et sol 2Sol : aire. à la censive 3Censive : 1. Impôt en argent, cens ; 2. Par extension, zone urbanisée du village, assujettie à la censive.  ; confronte de levant midi et aquilon rues ; couchant M. de Soubiac ; trois boisseaux un cinquième ; alivré deux sols. » (Lot 2.)

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On voit à la tour mentionnée ci-dessus qu’il s’agit là de l’édifice connu à Coussa aujourd’hui encore pour avoir été « le château ». Guillaume Sicre Lasbaysses qui est, en 1754, propriétaire de ce château, le tient, via Magdeleine de Traversier, son aïeule, de Noble de Manaud de Traversier, mort en 1646, lequel le tenait lui-même de ses ancêtres, dont le tombeau s’élevait alors au cimetière 4Cf. Acte de décès de Noble Manaud de Traversier. Archives dép. de l’Ariège. Coussa. Document 1NUM/192EDT/GG1 (1630-An III). Vue 15. , et dont malheureusement nous ne savons rien.

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Ci-dessus : en face du château.

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Ci-dessus : à l’entrée de la rue du Château.

En face du château, on voit aujourd’hui quelques restes probables de communs, et alentour dudit château, intégrés dans les clôtures des jardins ou encore dans les murs des maisons, les reliefs d’une ancienne enceinte, qui semble avoir été flanquée de fossés, ou, comme on disait jadis, de « caves ».

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 13.

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Monsieur Lasbaysses tient aussi « une métairie appelée la Monge, à l’agrier 5Agrier : 1.Droit féodal imposant le prélèvement en nature d’une partie de la récolte ; 2. Par extension, zone agricole, assujettie à l’agrier. , consistant en maison, sol, jardin, ferratjat 6Ferratjat : terrain planté en fourrage. , pré, terre labourable, bois, garrosses 7Garrosse : endroit pierreux. et herm 8Herm : friche, lande. On parle ainsi de terres hermes. . Confronte levant la juridiction des Pujols, ruisseau de Payroulié entre lui même, Hers du Sieur Laurent Sicre [frère de Monsieur Lasbaysses 9Cf. Christine Belcikowski. A propos de Coussa. 3. De la famille Traversier à la famille Sicre Lasbaysses, puis à la famille Lasbaysses de Traversier. .] et Jean Barrau par indivis et le chemin qui traverse le bloc ; couchant ledit Barrau, les Hers de Sicre, Hers de Jean Baptiste Delpla, Raymond Delpla et Pierre Jérôme Mathieu ; midi Guillaume Carol, ruisseau entre Jean Lacoume et ledit Mathieu ; aquilon Guillaume et Dominique Joffre, Jean Petit Meric, les Hers de Sicre et ledit Barrau et la juridiction des Pujols, ru de Sardi entre ; contient la maison 28 cannes quatre pans, tout le reste en bloc 115 seterées une mesure un boisseau infirme ; le tout alivré 39 livres 5 sols quatre deniers. »

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Ci-dessus : La Monge aujourd’hui.

Outre le château en question et la métairie appelée la Monge, Monsieur Lasbaysses tient 22 autres lots encore, dont un hautain 10Hautain : vigne à longues tiges attachées à un arbre fruitier ou à un échalas de 1,50 m à 2 m. au chemin de l’église ; un pré et jardin à la Cave, i.e. à l’endroit de l’ancien fossé ; deux autres prés ; deux terres en vigne ; douze pièces de terre labourables, situées pour partie près de la limite du consulat de Verniolle, et pour autre partie à la limite du consulat des Pujols ; deux brougues 11Brougue : lieu planté de bruyère.  ; cinq herms ; quatre bois, dont un bois taillis ; des garennes. Total de l’alivrement : 69 livres 19 sols 5 deniers 3/4. Cet alivrement est le plus élevé du village. Il fait apparaître M. Lasbaysses comme le plus riche propriétaire de Coussa.

Ces 24 lots confrontent en de nombreux endroits ceux des Héritiers de Laurent Sicre, ceux de M. Flouret (bourgeois de Pamiers, beau-père de Monsieur Lasbaysses), ceux de Monsieur de Saubiac, et ceux de Monsieur de Saint-Julien. Ensemble, Monsieur Lasbaysses, Hers de Laurent Sicre, Antoine Sicre Lasbaysses aîné, Antoine Sicre [Lasbaysses] jeune, Monsieur Flouret, Monsieur de Soubiac, Monsieur de Saint-Julien, tiennent une large partie des terres de Coussa.

1.2. Héritiers de Laurent Sicre

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 14. Les Héritiers de Laurent Sicre « tiennent à la rue de l’Oratoire une maison à la censive ; confronte de levant Jean Duran et la rue ; couchant Hers de Guillaume Mans ; midi la place ; aquilon Jacques Saint-Pastou et indivis de Jean Faure et Barthélémy Marty ; contient vingt-et-une cannes six pans ; alivré trois sols sept deniers deux quarts. »

Le compoix mentionne plus loin les lots qui appartiennent respectivement à Antoine Sicre aîné (frère de Monsieur [Guillaume] Lasbaysses et à Antoine Sicre jeune (fils de Monsieur [Guillaume] Lasbaysses). Il s’agit là de lots plus modestes — une maison de treize cannes, un jardin, treize pièces de terre labourable, deux vignes, deux garrosses, chez Antoine Sicre aîné (vue 104), alivrement total : 3 livres 4 deniers 1/4  ; une maison de 23 cannes, un jardin, cinq pièces de terre labourable, trois vignes, trois herms chez Antoine Sicre jeune (vue 36), alivrement total : 2 livres 12 sols 2 deniers 2/4  — lots qui, dans le cas d’Antoine Sicre aîné n’ont pas été augmentés par un mariage villageois, et qui, dans le cas d’Antoine Sicre jeune attendent de l’être, à cette date, par un mariage plus urbain et par la succession paternelle.

Les Hériters de Laurent Sicre (s’agit-il de l’épouse, des enfants, ou des frères et soeurs de Laurent Sicre, on ne sait pas), possèdent, eux aussi, une maison, sise rue de l’Oratoire (s’agit-il de l’actuelle rue de l’Eglise, ou de la rue du Presbytère, qui aboutissent toutes deux à la place ?) dans le village de Coussa, un petit sol qui confronte au couchant la place, et 26 autres lots, dont jardin, prés, vignes, dix-sept pièces de terre labourables, bois taillis et herms, pour un alivrement total de 12 livres 13 sols 3 deniers 3/4.

1.3. Jean Mans, baillif

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 17.

Jean Mans, baillif du lieu de Coussa, qui vient en troisième position dans le compoix, « tient à Cazamia (nom d’un quartier du village) une maison et jardin à la censive ; confronte de levant et midi rues ; couchant Jean Mailhol ; aquilon Jean Faure ; contient la maison trente-six cannes deux pans, le jardin trois-quarts de boisseau ; alivré six sols six deniers. »

Le même Jean Mans tient encore 32 autres lots (vues 17 à 19), dont un sol et un ferratjat qui confrontent au levant le jardin de l’église ; un jardin qui confronte de levant midi et aquilon les rues du village ; un ferratjat ; un autre ferratjat qui confronte de levant Antoine Sicre et le Sieur Darolles, couchant M. de Soubiac, midi et aquilon le Sieur Darolles ; 25 terres labourables ou autres, 4 vignes, 9 herms, un pré, une garrosse. Alivrement total : 7 livres 16 sols 2 deniers 2/4.

La situation de deux des vignes mentionnées ci-dessus fait l’objet de précisions intéressantes. L’une de ces vignes « confronte la vigne de l’église ». L’autre vigne se tient « derrière et dessous le clocher de l’église ». Elle « confronte de levant le cimetière à la dite église et le jardin presbytéral, la rue » ; couchant M. Lasbaysses et M. de Soubiac ; midi la rue de l’église et le jardin presbytéral ; aquilon la vigne de l’église ». Toutes les autres vignes du village se trouvent implantées en ce même endroit. Celui-ci se nomme en conséquence le Vigné.

2. Autres personnages notables

2.1. Noble Jean Dufaur, seigneur de Saubiac

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 81. « Noble Jean Dufaur, seigneur de Saubiac et autres lieux, tient al cap de la ville une maison et sol à la censive ; confronte de levant le sieur Lasbaysses, couchant midi et aquilon les rues ; contient la maison vingt-six cannes, le sol deux boisseaux sept huitièmes ; alivré six sols un denier, deux quarts. 2. « Une autre maison audit lieu, patu et jardin, à la censive ; confronte de levant le Sieur Lasbaysses, couchant Jean Seigneurix et Jean Lacoume, midi la rue et le dit Seigneurix, aquilon autre rue ; contient la maison six cannes, le patu quinze cannes, et le jardin deux boisseaux deux tiers ; alivré 5 sols 7 deniers. »

Noble Jean Léobin Dufaur de Saubiac, seigneur du Fossat, d’Unzent, Loubens et Cazaux 12Cf. Chaix d’Est-Ange. Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle. Tome 17, p. 174. Imprimerie Charles Hérissey. Evreux. 1921. « Armes de la famille Du Faur : D’azur au lion d’or, au chef d’argent chargé de 3 étoiles de gueules. » , dit « Noble Jean Dufaur, seigneur de Soubiac et autres lieux » dans le compoix, tient à Coussa deux maisons et 25 autres lots, dont terres labourables, un pré, une vigne, et une brougue (vues 78-79). Alivrement total : 25 livres 5 sols 1 denier.

2.2. Monsieur de Saint-Julien

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 84.

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Monsieur de Saint-Julien tient « un moulin à l’eau farinier sur la rivière du Crieu, consistant en maison, jardin et terre labourable tout joignant ; confronte levant le chemin et besal, couchant le Crieu ou gravier ; midi autre chemin et le Crieu ; aquilon Antoine Boisson et le besal du moulin ; contient la maison vingt-deux cannes, le reste en bon deux seterées six mesures trois boisseaux quatre mesures bon le reste moyen ; alivré savoir le moulin [à eau] en particulier trois livres un sol, la terre à la censive deux livres six sols dix deniers deux quarts. »

Monsieur Desguilhots de Saint-Julien 13Cf. Alphonse Brémond. Armorial Toulousain: armorial général des familles nobles du Pays Toulousain. L. Hébrail, Durand et C*, Imprimeurs-Libraires. Toulouse. 1869. « Armes : « Parti : au premier de gueules, à une demi-fleur de lys d’or ; au deuxième d’azur, à une étoile d’argent. » , dit « Monsieur de Saint-Julien » dans le compoix, tient 21 lots à Coussa (vues 83-84), dont principalement le moulin farinier décrit ci-dessus. Plus un hautain qui confronte « de levant les Héritiers du Sieur Laurent Sicre, couchant la rue, midi Jean Coume, aquilon Antoine Sicre et Raymond Gourmand » ; terres labourables, breils, salisses 14Salisse : lieu planté de saules ; oseraie. , alentour du moulin à eau ou au bord du Crieu, à la baychère et au pont ; autres terres labourables alentour du moulin à vent ; autres terres labourables encore devant le cimetière, devant l’église et « derrière l’église ou Lagarde » ; pré ; herm. Alivrement total : 11 livres 14 sols 5 deniers 3/4.

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Le moulin à vent qui se trouve mentionné dans le lot 10 de M. de Saint-Julien, ne fait l’objet d’aucun alivrement. Il semble donc ruiné, ou abandonné.

2.3. Monsieur de Lascazes

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 80. Monsieur de Lascaze tient « une métairie appelée la Fajolle, consistant en maison; sol, jardin, ferratjat, terre labourable, parc, bois et garrosse et herm, tout joignant à l’agrier et censive. Confronte du levant Jean Faure, Jean Lacoume, Jacques Catala, Jean Lagrange et Etienne Faure, et terres hermes ; couchant le Sieur Flouret, Jacques Fourcade, ledit Lagrange, Jean Mans et la juridiction de Saint-Félix, chemin entre ; midi la juridiction de Segura, chemin entre ledit Sieur Jean Faure  ; aquilon ledit Sieur Flouret et Pierre Carbonnel par deux endroits, Jacques Fourcade, Jean Baptiste, Pierre Forcade et ledit Cathala ; contient la maison trente-huit cannes, le reste en bloc vingt huit seterées une mesure deux boisseaux… »

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Ci-dessus : vue de la Fajolle aujourd’hui.

Monsieur de Lascazes, syndic général du pays de Foix, tient à Coussa six lots (vues 80-81), constitués de terres labourables et situés pour l’essentiel autour de sa métairie de la Fajolle. Alivrement total : 20 livres 15 sols 4 deniers 2/4.

2.4. Monsieur de Fiches

Monsieur [Fauré] de Fiches, un voisin, puisque le château de Fiches se situe à moins de trois kilomètres de Coussa, tient « un pré à la Prade, à la censive ». Celui-ci « confronte de levant Jean et autre Jean Mailhol ; couchant et aquilon Monsieur de Saubiac ; midi aussi, et le sieur Flouret ; contient une seterée quatre mesures un boisseau, estimé six mesures un boisseau bon, le reste moyen ». Alivrement : 1 livre 3 sols 1 denier 2/4. » (Vue 82).

2.5. Monsieur Acoquat de Fonvives

M. Acoquat de Fonvives [Jean Baptiste Loup Acoquat de Fonvives, époux d’une Demoiselle de Salles, héritière de la seigneurie de Fonvives] tient à la place de Fonvives 8 lots, dont un « blot » (bloc) de terres labourables, ainsi que « mijane » 15Mijano, mejano, mijane ou méjane : île située au milieu d’une rivière, zone de terre située entre deux cours d’eau, ou entre les bras d’une rivière. , gravier, herms, et une vigne, pour un alivrement total de 21 livres 9 sols 1 denier 1/4.

3. Bourgeois, marchands, de Pamiers, Varilhes, etc.

3.1. Le Sieur Guillaume Flouret, de Pamiers

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 87. « Le Sieur Guillaume Flouret tient une métairie appelée las Bousigues, avec maison, sol, jardin, ferratjat, terre labourable, vigne, garrosse et herm à l’agrier et censive. Confronte de levant Jean Carol, Jean Seigneurix et Jean Mans ; couchant le passage des vignes del Vigné, ledit Mans, le Sieur Lasbaysses, les Pères Jacobins et Jean Lacoume ; midi le chemin, M. de Saubiac, le Sieur Lasbaysses et ledit Seigneurix ; aquilon un chemin de service, Jean Lacoume, le Sieur Joulet et le Sieur Darolles, M. de Saubiac, Hers de Guillaume Mans, Jean Baptiste Cabanié et Hers du Sieur Laurent Sicre, ruisseau du Vigné entre, et le dit Mans. Contient la maison trente-neuf cannes, tout le reste en bloc trente trois seterées sept mesures trois boisseaux deux quarts, dont quatre seterées à l’agrier canne faible, alivré une livre ; le reste à la censive, savoir terre labourable quinze seterées, estimé deux seterées bon, cinq seterées moyen et trente seterées faible ; garrosse quatre seterées, estimé moyen et faible ; vigne cinq mesures estimé faible ; herm dix seterées deux mesures trois boisseaux deux quarts, estimé deux seterées moyen, trois seterées faible, le reste infirme ; alivré 10 livres 11 sols 6 deniers ». Alivrement global de la métairie : 11 livres 11 sols 6 deniers.

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Ci-dessus : vue de las Bousigues aujourd’hui.

Le Sieur Guillaume Flouret, bourgeois de Pamiers, beau-père de Monsieur [Guillaume] Lasbaysses, tient 7 lots à Coussa, dont la métairie de Las Bousigues, ainsi que diverses pièces de terre labourables, herms et vignes, pour un alivrement total de 15 livres 2 sols 8 deniers 2/4.

3.2. Le sieur Jean Flouret, de Pamiers

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 85. « Le Sieur Jean Flouret tient aux faubourgs des Mathalis [quartier du village] maison et jardin à la censive. Confronte de levant le rue, couchant Jacques Joffre et passage entre, et Bertrand Fourcade ; midi un passage de service ; aquilon Bernard Roubichou Contient la maison trente-huit cannes, le jardin deux quarts de boisseau ; alivré sept sols dix deniers deux quarts. »

Le Sieur Jean Flouret, bourgeois de Pamiers, frère ou fils de Guillaume Flouret, tient à Coussa 19 lots, dont une maison, ainsi que ferratjat, prés, quinze pièces de terre labourable, breil ou mijane, autre breil, herm. Alivrement total : 14 livres 6 sols 6 deniers.

3.3. Pierre et Jérome Mathieu, maîtres couteliers de Pamiers

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 91. « Pierre et Jérôme Mathieu, Maîtres Couteliers de Pamiers, tiennent une métairie appelée Floc, consistant en bâtiment, sol, jardin, pré, bois taillis ou garrosses, terres labourables et herm à l’agrier et censive. Confrontent de levant le Sieur Lasbaysses, Jean Fourcade, Raymond Delpla et le chemin ; couchant Jean Mailhol, Jean Fourcade, Hers de Jean Baptiste Delpla, Raymond Gourmand, le Sieur Roubichou et autre Jean Mailhol ; midy le chemin public, ledit Jean Mailhol, Barthélémy Mary, Jean Barrau et Jean Mans ; aquilon Jacques Mary, François Delèle, Jean Faure Roumengoux, Arnaud Combes, les Hers de Delpla et Jean Fourcade, et vaquant ? ruisseau entre, le dit Barrau ; contient la maison trente-deux cannes, le reste en bloc soixante-et-onze seterées six mesures, dont dix-sept seterées à l’agrier, estimé une seterée bon, six seterées moyen et dix seterées faible, alivré six livres dix sols ; le reste à la censive, estimé deux seterées bon, dix-neuf seterées moyen, vingt seterées faible et treize seterées six mesures infirme ; alivré dix-huit livres quatre sols deux quarts de denier. »

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Ci-dessus : vue de Floc aujourd’hui.

Pierre et Jérome Mathieu, maîtres couteliers de Pamiers, tiennent deux lots à Coussa, dont, outre une pièce de terre labourable et un herm, l’importante métairie de Floc. Alivrement total : 29 livres 34 sols 5 deniers.

3.4. Le Sieur Joulet, de Varilhes

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 99. « Le Sieur Joulet tient maison et sol joignant à la censive ; confronte relevant Jean Fourcade, couchant aussi midi et aquilon rues ; contient la maison trente-huit cannes un quart, le sol deux boisseaux deux quarts ; alivré sept sols onze deniers un quart. »

Le Sieur Joulet, de Varilhes, tient à Coussa 34 lots, dont maison et sol, ferratjat, vingt-huit pièces de terre labourable, mijane et gravier, pré, brougue, terre en herm. Alivrement total : 22 livres 13 sols 6 deniers 3/4.

3.5. Le Sieur Pons Darolles, de Pamiers

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 88. « Le Sieur Pons Darolles tient une maison, patu et jardin à la censive. Confronte de levant la rue, couchant Antoine Sicre et François Malvezy, midi Baptiste Cabanié, Jean Mailhol, Jean Carbonnel et Antoine Sicre, aquilon chemin de service. Contient la maison quarante-six cannes, le patu quatorze cannes et le jardin deux boisseaux ; alivré dix sols trois deniers. »

Le Sieur Pons Darolles, de Pamiers, tient à Coussa 37 lots, dont maison et sol, deux jardins, ferratjat, verger, pré, garrosse, et vingt-huit pièces de terre labourable. Alivrement total : 18 livres 14 sols 7 sols 3/4.

3.6. Autres bourgeois ou marchands, de Pamiers, Varilhes, etc.

Parmi les bourgeois ou marchands propriétaires à Coussa, on trouve encore, pour des alivrements plus faibles, le Sieur Bertrand Roubichou, marchand de Varilhes (vue 98) ; Monsieur Remaury, de Pamiers (vue 87) ; le Sieur Peres, de Pamiers (vue 91) ; etc.

4. Cas particuliers de quelques Coussatois de type petit-moyen propriétaire, ou assimilé

La lecture du compoix de Coussa montre que les descendants de Noble Manaud de Traversier ainsi que divers bourgeois et marchands domiciliés à Pamiers, Varilhes ou Verniolle, détiennent en 1754 la plus grande partie des terres du village. Composée pour l’essentiel de brassiers, la population coussatoise se partage, elle, le restant des terres en question, lesquelles se trouvent par suite émiettées en une myriade de petit lots peu rentables, d’où assujettis à un alivrement minimal, chiffré en sols ou en deniers seulement.

Dans ce contexte de pauvreté collective, deux cultivateurs coussatois, qui n’entretiennent, semble-t-il, aucun lien avec la famille Sicre Lasbaysses Traversier, se distinguent par un alivrement plus élevé, indice d’un statut de propriétaires mieux-tenants. Il s’agit de Jean Lacoume (vue 19) et de Jean Faure Baldac (vue 23).

4.1. Jean Lacoume

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vues 19-20. « Jean Lacoume tient 1. A la rue des Contes (sic) [rue des Comtes ? S’agit-il ici des descendants de Noble Manaud de Traversier ?] une maison et jardin. Confronte de levant Etienne Faure Couchalet, Jacques Roubichou ; midi et aquilon rues. Contient la maison vingt-neuf cannes, le jardin trois quarts de boisseau. Alivré cinq sols quatre deniers. 2. Plus il possède audit lieu autre maison et patu à la censive. Confronte de levant et midi rues ; couchant Etienne Faure ; aquilon Jean Mailhol, Jacques Cathala et Michel Lacoume, égout entre. Contient la maison quarante huit cannes. Alivré huit sols six deniers. 3. Autre maison et patu à la rue des « Contes » à la censive. Confronte du levant Jacques Roubichou ; couchant Jacques Mary ; midi la rue ; aquilon ledit Roubichou. Contient la maison neuf cannes quatre pans ; le patu quatre cannes quatre pans. Alivré un sol dix deniers deux quarts. »

Jean Lacoume, Coussatois de type petit-moyen propriétaire, tient 39 lots, dont trois maisons, deux patus, jardin à la rue de l’Eglise, deux jardins à la Cave (au Fossé), trois ferratjats, vingt pièces de terre labourable, neuf vignes, trois pièces de terre ferme, plus pré, bois et garrosse. Alivrement total : 14 livres 7 sols 6 deniers 1/4.

4.2. Jean Faure [dit] Baldac

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 23. « Jean Faure Baldac tient 1. A l’Oratoire une maison et jardin à la censive. Confronte de levant et aquilon rues ; couchant lui-même par un indivis avec Barthélémy Mary ; midi Jan Duran. Contient la maison seize cannes ; le jardin un quart de boisseau. Alivré deux sols six deniers. 2. Une autre maison et sol à Fourcade à la censive. Confronte de levant Pierre Fourcade et Jacques Roubichou ; couchant la place ; midi ledit Fourcade ; aquilon ledit Roubichou. Contient la maison vingt-six cannes ; le sol seize cannes. Alivré quatre sols huit deniers. »

Jean Faure Baldac, autre Coussatois de type petit-moyen propriétaire, tient 32 lots, dont deux maisons, deux jardins, un ferratjat, vingt pièces de terre labourable, trois vignes, huit pièces de terre hermes, plus brougues, bois, garrosse, et peichieu 16Peichieu : terre en pâturage. . Alivrement total : 11 livres 17 sols 8 deniers 3/4.

4.3. François Marandel

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 92. « François Marandel tient une métairie avec son bâtiment, sol, jardin et ferratjat, terres labourables et herm à l’agrier et censive. Confronte de levant la juridiction d’Arvigna, ruisseau entre, et Jean Cathala ; couchant ledit Cathala et Marthe Cathala ; midi aussi, et Joseph Vaquier ; aquilon le chemin public, laquelle pièce est traversée d’un chemin tendant des Pujols à Malléon. Contient la maison trente-cinq cannes. Le reste huit seterées, dont six seterées à l’agrier, estimé trois seterées moyen et trois seterées faible, alivré deux livres cinq sols ; deux seterées à la censive, estimé quatre mesures bon, quatre mesures moyen, le reste faible et infirme, alivré dix-huit sols neuf deniers. »

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Ci-dessus : Guilhamot aujourd’hui.

François Marandel, Coussatois de type petit-propriétaire, possède à ce titre, pour un alivrement de 4 livres 3 sols 5 deniers, deux lots, dont une petite métairie au Roc de Gailhard, ainsi qu’une terre labourable et herm à la Piche. Joseph Vaquier tient à Guilhamot, pour un alivrement de 7 livres 3 sols 6 deniers, quelques pièces de terre labourable, vignes, et terres hermes, voisines de la métairie de François Marandel. Il semble que les deux propriétés ont été par la suite réunies. On connaît aujourd’hui l’ancienne métairie de François Marandel sous le nom de Guilhamot.

4.4. Guillaume Carol Turret et Jean Carol Lardit, titulaires de deux métairies en location perpétuelle

4.4.1. Guillaume Carol Turret

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 76. « Guillaume Carol dit Turret tient une métairie en locaterie perpétuelle appelée Enbarbe, consistant en maison, sol, jardin, terres labourables, pré, bois taillis, garrosses et herm, de levant le chemin, à l’agrier et censive, tout joignant. Confronte de levant le chemin, les Pères, et le Sieur Marandel ; couchant Jean Carol, Michel Dupla et ledit François Marandel ; midi ledit Marandel et ledit Dupla, le Sieur Pérès et le chemin ; aquilon le Sieur Lasbaysses, Jean Lacoume, roc entre, et ledit Carol. Contient la maison quarante cinq cannes quatre pans ; tout le reste cinquante deux seterées bon, deux seterées moyen et le reste faible, alivré quatre livres. Le reste à la censive estimé cinq seterées bon, douze seterées moyen, dix-sept seterées faible, et sept seterées cinq mesures infirme, alivré six livres quatre sols. »

Guillaume Carol tient « en locaterie perpétuelle » une métairie appelée Enbarbe, plus pièce de terre labourable et herm à proximité de cette métairie, et un jardin à la censive. Alivrement total : 22 livres 4 sols 9 deniers 1/4.

L’emplacement de cette métairie d’Enbarbe ne figure pas sur les cartes, mais le surnom de Guillaume Carol indique assez que ladite métairie se tient au Turret.

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Ci-dessus : le Turret aujourd’hui.

4.4.2. Jean Carol Lardit

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 75. Jean Carol Ladit tient « une métairie en locaterie perpétuelle appelée la Bourdasse, consistant en maison, sol, jardin, ferratjat, patu, pré, et terre labourable, bois, garrosse et herm, tout joignant à l’agrier et censive. Confronte de levant Guillaume Carol et Michel Dupla ; couchant le Sieur Flouret, Jean Manses Jacques Cathala ; midi le chemin et ledit Dupla ; aquilon ledit Mans, Hers d’Antoine Denjean, Raymond Delpla, ru entre, Jacques Cathala et ledit Sieur Flouret. Contient le bâtiment vingt-quatre cannes, le patu seize cannes, tout le reste trente cinq seterées cinq mesures deux boisseaux, dont treize seterées cinq mesures des boisseaux, je dis seulement treize seterées à l’agrier, estimé une seterée bon, deux seterées moyen, le reste faible, alivré quatre livres dix sols; le reste à la censive, estimé deux seterées bon, douze seterées moyen, quatre seterées faible et autre seterées cinq mesures deux boisseaux infirme, alivré neuf livres onze sols sept deniers deux quarts. »

Jean Carol Lardit tient la métairie de la Bourdasse, lui aussi « en locaterie perpétuelle ». L’emplacement de cette métairie de la Bourdasse ne figure pas non plus sur les cartes. Mais les indications topographiques fournies par le compoix donnent à penser que cette métairie se situe elle aussi au Turret, à proximité de la métairie d’Ebarbe. Jean Carol Ladit possède en outre une autre terre labourable et un pré alentour, ainsi que jardin et masure au village. Alivrement total : 15 livres 4 sols 10 deniers 2/4.

Faute d’indication nominative relativement au bailleur, on suppose qu’en 1754, Guillaume et Jean Carol tiennent leur locaterie perpétuelle de la seigneurie de Mirepoix.

Qu’est-ce que la locaterie perpétuelle ? Les Archives parlementaires consignent en date du 30 novemebre 1790 ce propos de M. de Broglie, qui dispute ici de la différence entre baux à rente et locaterie perpétuelle :

« … locaterie perpétuelle. L’alliance de ces deux expressions fait assez pressentir la difficulté qui s’élève sur ce genre de contrat. Le terme locaterie semble n’indiquer qu’une cession de fruits, tandis que l’expression perpétuelle semble désigner une véritable aliénation du fonds, et assimiler le contrat au véritable bail à rente perpétuelle. Cependant plusieurs auteurs du pays de droit écrit prétendent mettre une différence essentielle entre ces deux espèces de contrats, suivant eux, ce contrat n’est point véritablement translatif de propriété ; ce n’est proprement qu’un cisaillement de la propriété en deux parties, dont l’une demeure à titre de propriété à celui qui donne le fonds, et l’autre passe à titre d’usufruit sur la tête du locataire… ; le bailleur se réserve la propriété et la possession civile, il ne baille que la possession naturelle au preneur. Pour soutenir cette définition, on observe que le preneur dans la locaterie perpétuelle est spécialement obligé à l’amélioration ; que toute dégradation, même la coupe des bois de haute futaie, lui est interdite ; que le titre lui interdit toute division ; qu’à défaut de paiement de la rente le bailleur peut, sans forme ue procès, et sur une sinple assignation en désistat, évincer le locataire lorsqu’il ne paie pas dans le cours du délai que la justice lui prescrit. On convient que l’usage le plus ordinaire est que le locataire acquitte les charges réelles, comme taille et autres impositions ; mais on ajoute que quelquefois cependant le locateur s’en réserve expressément l’acquittement, et qu’à défaut de paiement, dans l’un et l’autre cas, c’est contre le locateur que le fisc dirige son action. On appuie encore la définition de la locaterie perpétuelle sur la jurisprudence du parlement de Toulouse : on en cite plusieurs arrêts qui ont autorisé le locateur à rentrer dans la chose, faute de paiement pendant trois ans, en vertu d’une simple ordonnance de justice et sans décret, comme on est obligé de le faire dans le cas du bail à cens ou à rente foncière. On cite encore un autre arrêt qui a jugé qu’un seigneur de fief, qui n’avait concédé une partie de son domaine qu’à titre de locaterie perpétuelle, ne pouvait pas, outre la rente disputée, exiger le cens ordinaire, attendu que le contrat n’emportait point aliènation de propriété. | Enfin on observe qu’il est de la plus grande importance de maintenir le contrat dans les pays où il est en usage, et surtout dans les montagnes des Cévennes. Le numéraire y est rare ; le plus grand nombre des habitants ne pourraient acheter la plus petite propriété. Cent agricoles se présentent sur l’ordre d’une locaterie perpétuelle ; les fonds cédés à ce titre reçoivent promptement des améliorations considérables. La population s’augmente. Les propriétaires des fonds susceptibles de ce genre de location les garderaient, et la population décroîtrait journellement. Au contraire, l’agriculture et la population seront favorisées par l’usage de ces contrats, qui sont regardés dans le pays comme un patrimoine très précieux. Ce genre de contrat y est préféré à cause de la solidité de l’engagement et de la facilité de pouvoir rentrer dans le fonds. Tels sont les motifs sur lesquels on vous proose d’excepter de la loi du 4 août les contrats à locaterie perpétuelle. Mais il paraît difficile d’admettre cette proposition. Les principes particuliers que l’on suppose avoir été adoptés par le parlement de Toulouse ne paraissent pas l’avoir été pour celui de Provence. Duperrier atteste que dans ce parlement on regarde la locaterie perpétuelle comme emportant une mutation de propriété, et comme donnant en conséquence ouverture aux lods et aux retraits. Il faut convenir, en effet, que les raisons sur lesquelles on fonde la différence que l’on veut metre entre ce genre de contrat et celui du bail à rente, paraissent plus subtiles que solides. Une locaterie n’annonce à la vérité qu’une cession de la jouissance des fruits. Mais un droit perpétuel de jouissance est incompatible avec 1’idée d’un simple bail à loyer. Un usufruit perpétuel est une idée sauvage et peu conciliable avec les notions communes. Il en est de même de l’idée que ce contrat est un cisaillement de la ropriété en deux parties, lequel réserve à l’un la propriété et à l’autre une jouissance perpétuelle. Cette idée ne signifie rien ou ne signifie autre chose que ce genre de propriété purement fictive, que l’on suppose également réservée au bailleur dans le bail à rente ordinaire. La stipulation, qui assujettit le preneur à des améliorations, et celle qui lui interdit toute dégradation sont communes au bail à rente ordinaire. Ce sont des conditions qui ont pour objet la sûreté du service de la rente. La défense de couper les bois de haute futaie n’est qu’une réserve d’une partie de la propriété, qui n’empêche point que le surplus n’ait pu être aliéné. Cette reserve n’est pas une chose particulière aux baux à locaterie perpétuelle, elle se trouve quelquefois dans les baux à rente ; et tout ce qu’elle peut produire, c’est d’obliger le preneur, lors du remboursenent de la rente, à part la valeur des bois réservés. La prohibition de diviser et aliéner avait autrefois lieu dans les inféodations et les accensements, ce qui n’empêchait pas que les actes n’emportassent aliénation de la propriété ; et cette prohibition est encore une condition qui a pour objet la sûreté et la facilité du service de la rente. Si le locateur peut rentrer sans décret dans son fonds, c’est une sinple facilité dérivante de la convention, ou attachée par la jurisprudence à ce contrat. Les baux à rente peuvent être résiliés faute de payement d’un certain nombre d’arrérages. La différence, introduite par la jurisprudence de Toulouse, ne consiste que dans le mode de la procédure suivie pour la rentrée dans le fonds. Ce ne peut être que comme propriétaire que le locataire acquitte, sans diminution sur sa redevance, les charges réelles et publiques.La garantie que lé fisc exerce contre le locateur, n’est qu’une extension abusive de ses privilèges, extension qui pouvait d’ailleurs avoir un prétexte, si le locateur ne payait point d’imposition à raison de la rente. Enfin, dans les pays où ce genre de contrat est en usage, on ne conteste pas que le fonds est hypothéqué aux dettes du locataire, et qu’au contraire il ne peut être affecté aux dettes du locateur : circonstance qui seule décide la question et prouve que ce contrat emporte une véritable aliénation de la propriété. Quant aux considérations que l’on fait valoir, et que l’on tire des avantages que ce genre de contrat procure à l’agriculture ét à la population, on pourrait les appliquer également aux baux à rente. » 17Archives parlementaires. Série I. 1787-1799. Volume 21, p. 157 sqq. Klaus Reprint. Paris. 1885.

5. Les biens du clergé et assimilés

Les Révérends Frères Prêcheurs de Pamiers ou Pères Jacobins, le curé et les margulliers de l’église Saint Antoine, ainsi que le curé d’Arvigna, tiennent aux aussi à Coussa, en 1754, quelques biens.

5.1. Les Frères Prêcheurs de Pamiers

Les Frères Prêcheurs tiennent à Coussa dix pièces de terre labourable, trois pièces de terre en herm, et un gravier al Crieu. Alivrement total : 3 livres 17 sols 11 deniers 1/4. (Vues 82-83).

5.2. Maître Orans Seré, curé de Coussa

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 77.

Maître Orans Seré (quel beau prénom !), qui se trouve logé par la communauté dans la maison presbytérale, tient à Coussa un ferratjat, adjacent à cette maison, et un pré. Alivrement total : 4 sols 2 deniers.

5.3. Les Marguilliers de l’église Saint Antoine

Les marguilliers de ladite église tiennent un jardin à l’Oratoire, plus autre jardin et masure dans le village, et vigne derrière l’église. Alivrement total : 6 sols 24 deniers. (Vue 113).

6. La communauté de Coussa

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Archives dép. de l’Ariège. Compoix de Coussa. Vue 113. « La communauté tient une maison presbytérale aux faubourgs de la place. Confronte du levant Jean Jouanac ; couchant François Delèle ; midi la rue de la place ; aquilon Maître Deré, curé, et Jean Mailhol, égout entre. Contient vingt-et-une cannes ; alivré trois sols six deniers.
Un jardin presbytéral, joignant le cimetière et l’église dudit lieu. Confronte de levant le planol ; couchant Jean Mans ; midi ladite église et le cimetière ; aquilon ledit Mans et les vignes des marguilliers. Contient une mesure trois boisseaux un tiers, estimé bon ; alivré quatre sols quatre deniers. »

La communauté de Coussa tient neuf lots, dont la maison presbytérale, le jardin presbytéral, la place publique, le commensal, et cinq pièces de terre en herm.

Concernant la place publique et le commensal, le compoix fournit diverses indications topographiques, qui aident à la représentation du coeur de village, tel que celui-ci a été au XVIIIe siècle :

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« Une place publique avec un puits et oratoire. Confronte de levant la rue tirant à Varilhes. La rue contient en largeur quatre toises ; couchant autre rue des faubourgs des Mathalis, de la largeur de trois toises, Antoine Boisson, Hers de Géraud Baillé [de la Borio, à Varilhes], le Sieur Flouret et François Delèle ; midi le ruisseau : aquilon autre rue des faubourgs de la place, de largeur de quatre toises. Contient six mesures un boisseau, estimé bon, allivré quinze sols sept deniers deux quarts. »

« Un commensal à la Cave. Confronte du levant, midi couchant et aquilon compris, les fossés. Contient une mesure un boisseau. Les fossés sont de trois toise de largeur. Alivré trois sols un denier deux quarts. »

A noter qu’aux faubourgs de la place, les nombreuses masures signalées dans le compoix dénotent en 1754 à la fois l’ancienneté du village et le délabrement, qui va de pair avec la pauvreté.

A suivre : A propos de Coussa. 5. Un certain Pierre de Coussa…

References

↑ 1. Patu : cour couverte.
↑ 2. Sol : aire.
↑ 3. Censive : 1. Impôt en argent, cens ; 2. Par extension, zone urbanisée du village, assujettie à la censive.
↑ 4. Cf. Acte de décès de Noble Manaud de Traversier. Archives dép. de l’Ariège. Coussa. Document 1NUM/192EDT/GG1 (1630-An III). Vue 15.
↑ 5. Agrier : 1.Droit féodal imposant le prélèvement en nature d’une partie de la récolte ; 2. Par extension, zone agricole, assujettie à l’agrier.
↑ 6. Ferratjat : terrain planté en fourrage.
↑ 7. Garrosse : endroit pierreux.
↑ 8. Herm : friche, lande. On parle ainsi de terres hermes.
↑ 9. Cf. Christine Belcikowski. A propos de Coussa. 3. De la famille Traversier à la famille Sicre Lasbaysses, puis à la famille Lasbaysses de Traversier.
↑ 10. Hautain : vigne à longues tiges attachées à un arbre fruitier ou à un échalas de 1,50 m à 2 m.
↑ 11. Brougue : lieu planté de bruyère.
↑ 12. Cf. Chaix d’Est-Ange. Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle. Tome 17, p. 174. Imprimerie Charles Hérissey. Evreux. 1921. « Armes de la famille Du Faur : D’azur au lion d’or, au chef d’argent chargé de 3 étoiles de gueules. »
↑ 13. Cf. Alphonse Brémond. Armorial Toulousain: armorial général des familles nobles du Pays Toulousain. L. Hébrail, Durand et C*, Imprimeurs-Libraires. Toulouse. 1869. « Armes : « Parti : au premier de gueules, à une demi-fleur de lys d’or ; au deuxième d’azur, à une étoile d’argent. »
↑ 14. Salisse : lieu planté de saules ; oseraie.
↑ 15. Mijano, mejano, mijane ou méjane : île située au milieu d’une rivière, zone de terre située entre deux cours d’eau, ou entre les bras d’une rivière.
↑ 16. Peichieu : terre en pâturage.
↑ 17. Archives parlementaires. Série I. 1787-1799. Volume 21, p. 157 sqq. Klaus Reprint. Paris. 1885.

Une réponse sur “A propos de Coussa. 4. Le compoix de 1754”

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