Frédéric Soulié à propos de l’ancienne salle de bal de la préfecture de l’Ariège, à Foix

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Ci-dessus : vue de l’ancienne salle de bal de la préfecture de l’Ariège aujourd’hui.

Je suis allée à Foix cet après-midi afin de visiter le bâtiment de la Préfecture, dont je n’avais encore jamais vu l’intérieur. J’ai admiré à cette occasion l’ancienne salle de bal.

Je me suis souvenue, ce jour, d’un passage de La Chambrière de Frédéric Soulié. L’écrivain relate ici comment M. Brisard, alias Pierre François Brun, nommé en 1800 premier préfet de l’Ariège, entreprend de doter d’un parquet afin d’y donner un bal protocolaire, une salle de l’ancien couvent Saint Volusien, qu’il a trouvé en ruine et qui se trouve maintenant assigné au statut de préfecture :

« Dans cette honorable ville les rez‑de‑chaussée des meilleures maisons étaient dallés en pierre, et les autres étages carrelés. L’hôtel de la sous‑préfecture en était là, quoiqu’il eût été autrefois la résidence d’un évêque. Soit que M. Brisard fût frileux des pieds, soit qu’il voulût introduire par l’exemple un peu de confortable dans l’existence misérable de ce pays, il imagina de faire substituer un parquet au carrelage de son salon ; non point un parquet en marqueterie, ni en feuilles, ni même à point de Hongrie, pas même un parquet en chêne, mais un véritable plancher en bois de sapin, une vingtaine de planches juxtaposées, avec rainures et languettes, voilà tout. On ne sut pas plutôt cette prétention, que ce fut une explosion universelle de cris, de surprise et d’indignation.
— Quoi ! disaient les dévotes, il lui faut un parquet à cet athée ? l’hôtel où tous les saints évêques de notre ville ont habité avant la révolution, quand notre ville avait le bonheur de posséder des évêques, cet hôtel n’est pas assez bon pour un vieux endurci qui n’a pas communié une fois depuis qu’il est dans le pays ! C’est un scandale comme on n’en voit que de ce temps‑ci !
— Un parquet ! s’écriaient les libéraux ; voilà où passe l’argent des contribuables (je vous prie de remarquer que le sous‑préfet payait le parquet de ses propres deniers). Un parquet ! répétaient‑ils, voilà à quoi servent les sinécures qu’un pouvoir corrupteur prodigue à ses séides.
— Un parquet ! s’écriait la noblesse ; mais je n’ai pas de parquet, moi, baron, vicomte, ou marquis. Un parquet à un fils de boucher, à qui son père a sans doute laissé une fortune colossale achetée en assignats ! Un parquet ! mais c’est d’une impudence à le faire jeter par les fenêtres de son hôtel ! » 1Frédéric Soulié, La Chambrière, pp. 4-5. A. Jamar, Libraire-Editeur, Bruxelles, 1839.

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Ci-dessus : autre vue de l’ancienne salle de bal de la préfecture de l’Ariège aujourd’hui.

References   [ + ]

1. Frédéric Soulié, La Chambrière, pp. 4-5. A. Jamar, Libraire-Editeur, Bruxelles, 1839.

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  • Martine Rouche at 20 h 23 min

    J’adore toujours autant comme écrit notre cher Melchior Frédéric Soulié …