En passant à Ajac, dans l’Aude, nous avons aperçu le château de Lévis Ajac

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Roulant de Saint-Polycarpe vers Mirepoix, nous sommes montés au château d’Ajac. J’en ai photographié la façade à travers la grille du portail. Hormis le nom de Lévis, on ne sait quoi lire sur le linteau de la porte principale. L’inscription a été retouchée. Par son mariage avec Catherine de Ferrouil, baronne d’Ajac, Salomon de Lévis († 1683), fils de Gabriel de Lévis Léran et de Catherine de Lévis, devient en 1640 baron d’Ajac et fonde ainsi la maison de Lévis Ajac. Jean de Lévis Ajac († 1720), son fils, lieutenant des galères, lui succède. Puis Pierre de Lévis Ajac (circa 1718-1785), fils du précédent, également officier des galères.

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Ci-dessus : photo du château d’Ajac dans les années 1900.

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Ci-dessus : Ci-dessus : portrait de François Gaston de Lévis Ajac, auteur anonyme, XVIIIe siècle, musée d’Art et d’Archéologie de Senlis.

Cet homme vêtu d’une robe de chambre à ramages, une robe à la mode du temps, de celles dont Diderot disait dans ses Regrets sur ma vieille robe de chambre : « Elle moulait tous les plis de mon corps sans le gêner ; j’étais pittoresque et beau » 1Denis Diderot, Regrets sur ma vieille robe de chambre, 1776., c’est François de Lévis Ajac, né en 1719 au château d’Ajac, fils de Jean de Lévis, seigneur de Salettes, baron d’Ajac, et de Jeanne Marie de Maguelonne, d’où frère de Pierre de Lévis, baron d’Ajac.

François de Lévis Ajac entre à seize ans dans la carrière des armes et guerroie pendant dix ans sur le Rhin, en Saxe et en Provence. Fait chevalier de Saint-Louis en 1748, il s’illustre de 1756 à 1760 dans la bataille de la Nouvelle France. Nommé ensuite gouverneur général de l’Artois en 1766, puis gouverneur d’Arras en 1780, il est fait maréchal de France en 1783, et duc en 1784. Il meurt en 1787 à Arras, alors qu’il s’apprêtait à présider l’ouverture des États d’Artois.

François de Lévis Ajac est par ailleurs le cousin de Gaston Pierre Louis Charles de Lévis Lomagne (1699-1757), marquis, puis duc de Mirepoix, comte de Terride, vicomte de Gimois. Epoux d’Anne Marguerite Gabrielle de Beauvau-Craon, plus communément appelée la « Maréchale de Mirepoix » 2Cf. La dormeuse blogue 3 : La maréchale de Mirepoix versant du thé à madame de Vierville. Sans enfants, le couple aimait à s’entourer de chats. « Elle était fort attachée à ses chats », note Pierre Marc Gaston de Lévis, dans ses Souvenirs et portraits : « il est vrai qu’ils étoient les plus jolis du monde ; c’était une race célèbre d’angoras gris, tellement sociables qu’ils s’établissaient au milieu de la grande table de loto, poussant de la patte, avec leur grâce ordinaire, les jetons qui passaient à leur portée »., Gaston Pierre Louis Charles de Lévis Lomagne a mené une carrière militaire et diplomatique. Successivement ambassadeur et ministre plénipotentiaire de la France à Vienne, gouverneur de Brouage, ambassadeur extraordinaire à Londres, lieutenant-général et gouverneur des Pays de Vivarais et Velay, du diocèse d’Uzès et de la province du Languedoc, il est fait duc en 1751 et maréchal de France en 1757. Le portrait de Gaston Pierre de Lévis Lomagne trône dans la salle d’honneur de la mairie de Mirepoix.

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Ci-dessus : portrait de Gaston Pierre Louis Charles de Lévis Lomagne, conservé à la mairie de Mirepoix.

Comme tous les Mirapiciens, je connais le portrait de Gaston Pierre Louis Charles de Lévis Lomagne pour l’avoir vu exposé au premier étage de la mairie. J’ai découvert plus tard sur la base Joconde du ministère de la Culture le portrait de François de Lévis Ajac, et j’ai eu un coup de coeur pour ce portrait-là, qui ne relève sans doute pas d’un grand peintre, mais qui rend bien, loin du métal de l’homme de guerre, la bonhommie de l’homme privé. Pierre Marc Gaston de Lévis, second duc de Lévis, pair de France, académicien, rapporte dans Souvenirs et portraits quelques anecdotes réjouissantes concernant la campagne canadienne de François Gaston de Lévis Ajac, son père :

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« Ses troupes venoient de s’emparer de deux navires marchands ; ils étoient malheureuxement chargés de rum et d’eau de vie, et le soldat qui venoit de faire une marche forcée de plusieurs jours, ne put être contenu ; les tonneaux furent défoncés, et en moins d’une heure cette petite armée étoit ivre, mais ivre morte ; elle étoit perdue, si l’ennemi eût su cet accident. Le général français, dans cette terrible position, fait prendre les armes à tous les officiers, leur ordonne de faire des patrouilles autour du camp pour empêcher les communications ; il écrit en même temps au gouverneur de Québec, que, se voyant découvert, il va se retirer ; mais qu’il recommande à son humanité deux cents malades qu’il ne peut emmener, et qu’il laisse à l’hôpital que les Anglais avoient établi hors de la ville et dont il s’étoit emparé. Le gouverneur, croyant le chavalier de Lévis sur ses gardes, ne songe point à l’attaquer, et les Français dégrisés se retirent sans perte, grâces aux sages précautions de leur général. » 3Pierre Marc Gaston de Lévis, Souvenirs et portraits, pp. 71-72, François Buisson, Libraire, Paris, 1813.

Rendant hommage à l’homme « toujours juste, toujours affable » que fut son père, Pierre Marc Gaston de Lévis observe que, « dans la société, il [François de Lévis Ajac] plaisoit par cette gaieté languedocienne à la fois naïve et piquante, et qui donne aux moindres choses de la grâce et de l’originalité. A la guerre, sa bravoure froide contrastoit avec sa vivacité ordinaire ; mais le trait distinctif de son caractère étoit la bonté ; il y joignoit l’activité sans laquelle cette qualité est presque inutile. Il suffisoit d’avoir avec lui les relations les plus éloignées, pour acquérir des droits sur son coeur. Ainsi, tout ce qui étoit languedocienn, canadien, artésien, tous ceux qui avoient servi sous ses ordres, depuis le tambour jusqu’au colonel, pouvoient s’adresser à lui avec confiance. » 4Ibidem, pp. 73-74

J’ai plaisir à citer cet éloge d’un homme de bien qui, natif d’Ajac près de Limoux, a fait partout exemple de sa « gaieté languedocienne ». Je suis un peu Audoise moi aussi, native de Carcassonne…

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A château, château et demi ! La marche du temps veut qu’aujourd’hui l’antique château d’Ajac se trouve surplombé par un moderne château d’eau.

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Un peu plus tard, alors que nous flânions dans la circulade d’Ajac, nous avons entrevu, derrière une fenêtre une tête d’antique. La relation de l’Autrefois avec le Maintenant est dialectique », dit Walter Benjamin (1892-1940) : « elle n’est pas de nature temporelle, mais de nature figurative. » 5Walter Benjamin. Livre des Passages.

A noter, dans un autre registre : La commune d’Ajac se trouvait naguère reliée à celle de Mimizan-Plage par la route nationale 626 ou RN 626.

References   [ + ]

1. Denis Diderot, Regrets sur ma vieille robe de chambre, 1776.
2. Cf. La dormeuse blogue 3 : La maréchale de Mirepoix versant du thé à madame de Vierville. Sans enfants, le couple aimait à s’entourer de chats. « Elle était fort attachée à ses chats », note Pierre Marc Gaston de Lévis, dans ses Souvenirs et portraits : « il est vrai qu’ils étoient les plus jolis du monde ; c’était une race célèbre d’angoras gris, tellement sociables qu’ils s’établissaient au milieu de la grande table de loto, poussant de la patte, avec leur grâce ordinaire, les jetons qui passaient à leur portée ».
3. Pierre Marc Gaston de Lévis, Souvenirs et portraits, pp. 71-72, François Buisson, Libraire, Paris, 1813.
4. Ibidem, pp. 73-74
5. Walter Benjamin. Livre des Passages.

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