Festival international de la Marionnette – dimanche 8 août 2010

 

Le plus beau, le plus important des spectacles proposés lors du Festival de la Marionnette 2010, c’est à mon avis celui que nous sommes allés voir cet après-midi au Foyer rural de Moulin Neuf : The Seed Carriers, Les Porteurs de graines de Stephen Mottram.

Pour nous rendre à Moulin Neuf, nous avons emprunté la navette. La station se trouve derrière la halle, au pied du grand pilier métallique fabriqué par les Ateliers Méridionaux de Montpellier. Comme nous étions en avance au rendez-vous de la navette, je me suis assise sur la pierre, à côté du pilier. La pierre était brûlante. J’ai eu le temps de la rafraîchir à 37°. Puis nous sommes montés dans la navette. C’est très amusant de partir ainsi, comme des écoliers !

 

Nous voici débarqués dans la cour du Foyer rural. Une délicieuse fraîcheur monte de l’Hers, qui coule derrière nous, sous les arbres.

 

Nous nous asseyons un moment sur un banc.

 

La salle est noire. Je ne distingue d’abord qu’une ombre étrange au plafond.

 

Le noir ensuite s’éclaire à peine. Dans un coin, quelque chose, en tas. Dans l’ombre, un entrebaîllement… Cette atmosphère fuligineuse est celle du spectacle tout entier.

Une araignée passe. Elle a un corps humain. L’articulé d’un corps humain. C’est un humain. Petit. D’autres humains passent. Petits. L’un porte une carapace sur son dos et un entonnoir sur la tête. D’autres, rien. Ils marchent. Petits. Ils ploient les genoux. Ils courbent le dos. Ils vont. Ils passent. Ils repassent. Sur leur chemin, il y a un piège à loup…

Dans l’ombre, on voit le pantalon et la chaussure d’un géant. De temps à autre, d’un coup de filet à papillons, il capture l’un des petits êtres qui passent. Puis il les jette, disloqués, dans un coin.

Plus tard, un nouveau personnage ouvre la porte d’un cabinet, façon docteur Caligari. Les corps disloqués des petits être qu’on a vus tout à l’heure, sont là, entassés dans une bassine. Le nouveau personnage les désosse, jette les têtes, les bras, les jambes, et fait craquer le torse pour en extraire des graines, des perles, des cheveux, du sang. Après avoir pesé les matières ainsi extraites, il les range sur des étagères.

Plus tard encore, un vase noir est placé devant une grande porte, tout aussi noire. On jette dans le vase, un à un, les têtes, les bras, les jambes qui restent. Puis on ouvre dans la grande porte un petit volet. Il donne sur le four… L’ombre d’une fenêtre gothique se pose sur la scène.

Plus tard encore…

Je n’en dis pas plus. Il faut assister au spectacle pour prendre la mesure de la puissance qu’il atteint. La beauté plastique va de pair ici avec le sentiment du Terrible. On ne le supporterait pas, si ce n’était qu’il s’agit ici de marionnettes, et d’êtres qui hésitent entre l’humain et l’insecte. Le spectacle se déroule entièrement sans paroles. Mais le son, omniprésent, puissant, cruel, est d’une expressivité saisissante.

A propos de ce spectacle, on évoque dans la presse Kafka et La colonie pénitentiaire, Becket et L’innommable, et Jérôme Bosch. Pourquoi pas ? Mais le spectacle se passe de références. D’autant que l’histoire du XXe siècle lui en fournit une qui suffit. Je ne vois que le Maus d’Art Spiegelman qui lui soit comparable en matière de puissance dérangeante.

Pas de photos, bien sûr, durant un spectacle aussi hors-là. J’ai seulement photographié l’artiste au moment du salut final. Il est anglais, grand, l’air bon et doux. Les photos, je ne sais comment, rendent encore l’ impression du hors-là.

 

 

Pour en savoir plus :

Stephen Mottram’s Animata, Performance|Physical/visual theatre|Puppetry
Stephen Mottram / Oxford – Grande Bretagne

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