Ciel noir, ultimes rousseurs

Mais, lainages, caoutchoucs, pharmacie, rêve,
Rideaux écartés du haut des balcons des grèves
Devant l’océan de toitures des faubourgs,
Lampes, estampes, thé, petits-fours,
Serez-vous pas mes seules amours !…
[…]
Non, non ! C’est la saison et la planète falote !
Que l’autan, que l’autan
Effiloche les savates que le Temps se tricote !
C’est la saison, oh déchiffrements ! c’est la saison !
Tous les ans, tous les ans,
J’essaierai en choeur d’en donner la note.

 
Jules Laforgue (1860-1887), L’hiver qui vient, in Derniers vers

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3 réponses à Ciel noir, ultimes rousseurs

  1. Martine Rouche dit :

    Quel joli mot,  » rousseurs  » ! C’est aussi le mot qu’utilisent les bouquinistes et les bibliophiles pour parler des traces du temps sur le papier des vieux livres … En anglais,  » foxing  » …

  2. Martine Rouche dit :

     » Mercredi 11 novembre 1914.
    La pluie, le froid qui nous serre autour de la cheminée. Il reste encore quelques arbres blonds et précieux qui sortent du brouillard comme des bijoux d’un écrin couleur de perle.
    Toujours les mêmes nouvelles de la guerre.  »

    Marie Louise Escholier, Les saisons du vent, page 75

  3. Martine Rouche dit :

     » Vendredi 6 novembre 1914.
    Les jours passent et la guerre ne se termine pas. Chaque semaine, des réservistes partent pour le champ de bataille et malheureusement beaucoup n’en reviendront pas. Henri m’a écrit deux fois. Sa première lettre était datée du 30 août et la seconde du 7 octobre. Pauvre cher, il me dit qu’il ne peut m’écrire longuement, mais que sa pensée ne me quitte pas ; et moi, croit-il donc que je l’oublie ? Ma pensée est tout le temps là-bas en Allemagne : je me demande sans cesse s’il ne souffre pas, du froid, de la faim ; ah que je serais heureuse si je pouvais partager mes repas avec lui. Je voudrais pouvoir lui dire tout ce qui me trotte dans la tête ; mais non, impossible. Aujourd’hui, je commence un cache-nez, dès qu’il sera terminé, je le lui enverrai avec quelques petites choses qui là-bas seront les bienvenues. Si seulement je pouvais aller les porter moi-même.  »

    Rose Cardaillac, Journal (1911-1916), manuscrit.

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