Lire écrire, façon de vivre une vie qui vaille qu’on meure

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Il n’est de vie qui vaille la peine d’être vécue que celle qui aura valu la peine qu’on meure, dit Hermann Hesse dans Le Loup des steppes 1Hermann Hesse. Le Loup des steppes. Traduit de l’allemand par Juliette Pary. Calmann-Lévy. 1947. Cf. également Christine Belcikowski. « Hermann Hesse et la nostalgie de la vérité », in La Vérité – Auteur par auteur. Collection Optimum. Editions Ellipses. 2014., en 1927.

D’une telle vie, observe Hermann Hesse, les poètes, les artistes et les saints nous fournissent l’exemplum. Ceux-là ne s’adonnent pas au culte du veau d’or ni au calcul des plaisirs, mais à la passion du Bien, du Beau, du Vrai, autrement dit à la passion de ce qui dure et qui vaut par suite la peine qu’on meure. « Pour l’éternité », augure Hermine, dans Le Loup des steppes, qui se gausse ici des portraits de Goethe, Mozart, Nietzsche, qu’on installe pour la montre au-dessus du divan dans son salon, « il n’y a pas de survivants, il n’y a que des contemporains. »

Lire écrire, ou plutôt lirécrire, comme j’aime à le dire, c’est selon moi l’une des façons possibles d’expérimenter « une vie qui vaille qu’on meure ».

Une façon de s’affranchir de la tyrannie de l’actualité, une façon de se soustraire au bruit et à la fureur des incessantes commémorations grand-culturelles, de celles qu’on dédie à de prétendus « survivants » qu’on ne lit pas, qu’on n’écoute pas, dont finalement on se brosse.

Lirécrire, une façon de participer, un peu, à l’éternité des « contemporains », une façon d’en attendre quelque chose… quelque chose… quoi donc ? … comment dire ? … quelque chose comme une amitié que l’éternité nous ferait, et qu’elle nous ferait par miracle dès maintenant, dans une âme et dans un corps. 2Cf. Christine Belcikowski. Walter Benjamin. Le conteur.

Lirécrire constitue selon moi, dans l’unité essentielle de cette longue tâche, une façon de marcher, sans se laisser soi-même derrière soi, au-devant d’une telle amitié ; ou, ce qui revient au même, une façon de se laisser atteindre par l’amitié même.

Lirécrire… Il s’agit là, bien sûr, d’une tâche qui appartient au libre de l’individu, et au libre de l’individu seulement. Point du tout aux injonctions si vainement haut-parlantes dont on accable aujourd’hui les masses.

« Il viendra un temps », dit Hermann Hesse dans un élan d’espérance, « où l’on s’abstiendra sagement de tous les édifices du processus universel et aussi de vouloir faire l’histoire de l’humanité, un temps où l’on ne considérera plus les masses, mais où l’on reviendra aux individus, aux individus qui forment une sorte de pont sur le sombre fleuve du devenir. » 3Hermann Hesse. Le Loup des steppes.

References   [ + ]

1. Hermann Hesse. Le Loup des steppes. Traduit de l’allemand par Juliette Pary. Calmann-Lévy. 1947. Cf. également Christine Belcikowski. « Hermann Hesse et la nostalgie de la vérité », in La Vérité – Auteur par auteur. Collection Optimum. Editions Ellipses. 2014.
2. Cf. Christine Belcikowski. Walter Benjamin. Le conteur.
3. Hermann Hesse. Le Loup des steppes.

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