A Mirepoix. La fontaine des Trinitaires

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Ci-dessus : extrait du plan 4 du compoix de Mirepoix en 1766. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix. Le moulon où sont la maison de M. Simorre, la Trinité et les Houstalets ; Quelques éléments d’histoire relatifs aux Trinitaires français, et plus particulièrement aux Trinitaires de Mirepoix.

J’ai revisité dernièrement la fontaine des Trinitaires, qui subsiste aujourd’hui encore, quoique dans un état de délabrement inquiétant, sur l’ancien site du couvent, à l’endroit signalé sur le plan ci-dessus. Il s’agit là d’une oeuvre rare, ornée de figures étranges, caractéristiques de l’inspiration baroque. Je suis scandalisée de l’abandon dont elle souffre. J’ai cherché à savoir s’il existe dans le patrimoine artistique des Trinitaires d’autres fontaines comparables. Je n’en ai trouvé aucune jusqu’ici.

La fontaine occupe dans la symbolique des Trinitaires une place importante. Le R. P. Calixte de Provence rapporte dans sa Vie de de Saint Jean de Matha, fondateur de l’ordre de la très Sainte Trinité 1R. P. Calixte de Provence, religieux trinitaire. Vie de de Saint Jean de Matha, fondateur de l’ordre de la très Sainte Trinité, page 85. F. Wattelier, Editeur. Paris.1867. qu’alors retirés dans une grotte de la forêt de Cerfroid (Aisne) où ils menaient une vie d’anachorètes, « Jean de Matha et l’ermite Félix de Valois voyaient souvent un cerf, d’un éclatante blancheur, venir se désaltérer dans la fontaine d’eau vive qui leur fournissait à eux-mêmes leur unique boisson. Un jour, comme ils étaient à discourir des choses de Dieu, sur les bords de cette fontaine, ils virent venir à eux le cerf qui, cette fois, portait dans son bois une croix rouge et bleue, semblable à celle que Jean de Matha avait vue sur la poitrine d’un ange pendant sa première messe. Ce signe miraculeux, qui se renouvelait presque autant de fois qu’ils venaient à la fontaine, alluma un nouveau feu dans leur âme. Et comme, d’ailleurs, le Seigneur agissait directement sur leur esprit, par de célestes inspirations qu’il leur communiquait dans le silence des nuits, ils eurent bientôt acquis la plus complète persuasion que la volonté du ciel était qu’ils ne missent plus aucun retard dans l’exécution du projet que la Providence leur avait inspiré pour la délivrance de leurs frères captifs. »

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Ci-dessus : plan du couvent des Trinitaires déchaux de Rome et de l’église Saint Charles des Quatre Fontaines bâtie par Francesco Borromini.

Le couvent romain des Trinitaire déchaux, pour lequel le grand architecte baroque Francesco Borromini a bâti entre 1638 et 1667 l’église Saint Charles des Quatre Fontaines, comprenait une fontaine dans le jardin du cloître. On dispose du plan de cet aménagement. Celui du couvent de Mirepoix, avec la fontaine au centre du jardin, se révèle identique.

Voici maintenant une série de photos de la fontaine des Trinitaires de Mirepoix. Je me suis attachée à photographier chacune des figures, inquiétantes ou funèbres, qui ornent les flancs de cette fontaine.

J’ai d’abord songé à parler ici de « mascarons ». Mais Wikipedia donne du mascaron la définition suivante : « En architecture, un mascaron est un ornement représentant généralement une figure humaine, parfois effrayante, dont la fonction apotropaïque était, à l’origine, d’éloigner les mauvais esprits afin qu’ils ne pénètrent pas dans la demeure ». Les figures qui ornent la fontaine des Trinitaires hésitent entre l’animal et l’humain. Il s’agit donc plutôt de « chimères », du nom donné en architecture à des figures fantastiques, mythiques ou grotesques, en tout cas de type hybride.

A quelle fonction les chimères de la fontaine des Trinitaires de Mirepoix répondaient-elles ? Faute de documents témoins, nous n’en savons rien. Situées au centre d’un jardin bordée d’un cloître, elles fournissaient sans doute matière à méditation. Le motif de draperie qui les relie et qui couvre chaque fois leur tête s’apparente au linceul. On supposera donc que les Trinitaires s’adonnaient ici à la méditation de la mort ainsi que des affres de cette dernière, dont les âmes pieuses, seules, peuvent s’affranchir. L’art des Trinitaires relèverait donc ici du Mémento mori.

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References   [ + ]

1. R. P. Calixte de Provence, religieux trinitaire. Vie de de Saint Jean de Matha, fondateur de l’ordre de la très Sainte Trinité, page 85. F. Wattelier, Editeur. Paris.1867.

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  • Gironce at 21 h 33 min

    Le quadrilobe est symbole d’éternité. Il faudrait inscrire la fontaine à l’Inventaire. j’en parlerai avec le CAOA.