A Foix, l’ensemble Organicanto et le Jeune Choeur Polyphonique de l’Ariège chantent Noël

 

Après avoir gagné Foix, en ce dimanche de l’an de grâce 2010, nous nous rendons à l’église Saint Volusien où l’ensemble Organicanto et le Jeune Choeur Polyphonique de l’Ariège donnent concert, dans l’esprit et dans l’attente de Noël.

Cette année, il ne neige pas, du moins pas encore. Le froid de l’hiver cependant est arrivé. Dans les vieilles rues de Foix, la pierre est sombre, le sol claque sec. L’arbre souffre de rhumatismes au coin de l’abbatiale.

A l’intérieur de l’abbatiale, les grandes lampes chauffantes flottent sous la voûte comme d’étranges ombelles ou des noctiluques, surgis dans le sillage du navire Noël.

Eblouie le jour par la clarté qui tombe des vitraux, la Pêche miraculeuse de Clovis Roques retrouve la nuit sa couleur initiale, son eau grouillante.

La nef, sous le tableau de Clovis Roques, grouille, dirait-on, elle aussi, de poissons. Le concert de Noël d’Organicanto et du Jeune Choeur Polyphonique de l’Ariège fait abbatiale comble.

Aux grandes orgues, là-haut, Christiane Van Gorp ouvre le concert avec une Toccata de Léon Boëllmann (1862-1897), puis l’Ave Maris Stella de Flor Peeters (1903-1989).

Ave maris stella, Dei mater alma… Familier de cette prière, le poète Germain Nouveau l’a reprise, dans les mots qui lui sont propres :

À genoux sous ma voile,
   Je te salue, Étoile.
   Étoile de la mer,
Garde-nous d’abîmer.
1)Germain Nouveau, Ave Maris Stella, 1912

L’orgue flue doucement, comme la prière.

Christiane Van Gorp joue aussi, un peu plus tard, un amusant Joseph est bien marié de Claude Balbastre (1727-1799), suite de variations sur un thème populaire mis en chanson au XVIe siècle, laquelle chanson, si l’on se rapporte aux paroles, ne manque ni du sens du miracle ni de réalisme.

La qualité du réglage et de la restauration des grandes orgues fait qu’ici, contrairement à ce qui se passe ailleurs, l’on n’entend aucun bruit mécanique, ni même la respiration du soufflet.

Sorties de l’ombre sous les grandes orgues, deux silhouettes s’avancent dans la nef. Muriel Batbie Castell, soprano, et Nicolas Desroziers, ténor, cheminent en chantant parmi la foule dense. Sereines, empreintes d’une sorte de grâce retenue, leurs deux voix les précèdent à la façon de l’étoile qui inspire depuis deux mille ans le voyage des rois mages.

Les deux chanteurs font ensuite station devant l’orgue de choeur où les a rejoints l’organiste. Ils donnent là, soutenus par cet orgue plus léger, l’Ave Maria de Franz Schubert, dans le texte allemand qui est d’origine. Leurs deux voix, discrètement ambrées, s’équilibrent admirablement. Fuyant l’effet coruscant, elles se déploient de façon subtile dans le registre de l’émotion voilée, retenue comme une larme avant qu’elle ne perle. L’interprétation ainsi gagne en transparence. L’impression est celle d’une profonde intériorité.

 

Puis les deux chanteurs gagnent le maître autel, et lorsqu’ils chantent tour à tour a capella, le public retient son souffle tant le pur miracle de la voix humaine étonne et vous prend au coeur sous des voûtes si hautes, figures de la profondeur des siècles.

Muriel Batbie Castell chante ainsi, d’une voix merveilleusement pure, El Cant dels Ocells, un Noël traditionnel catalan, dont la parfaite simplicité nous rappelle au vrai sens de la fête qui vient.

Et lorsque Nicolas Desroziers chante le Priez pour la paix de Francis Poulenc, l’ombre du tragique passe dans les modulations de la quête d’espérance.

L’une des surprises de ce concert, c’est l’interprétation d’un Regina Caeli, puis d’un Ave Maria de Mel Bonis (1858-1937), femme compositeur, contemporaine de Debussy, dont l’oeuvre demeure à ce jour injustement ignorée. Je découvrais, en tout cas. Les deux pièces interprétées ici ont, dans leur luminosité mélodieuse, des beautés de vitrail. Quel beau moment de découverte ! Je l’ai reçu comme un présent de Noël.

Après avoir chanté des Noëls provençaux traditionnels, dont un air inspiré de Magali, Muriel Batbie Castell et Nicolas Desroziers font place aux enfants du Jeune Choeur Polyphonique de l’Ariège, dirigé par Dominique Grétillat.

Les enfants chantent des airs empruntés au répertoire des Petits chanteurs de Saint-Marc, à celui d’Yves Duteil, d’Alain Souchon, ou encore au film Le magicien d’Oz.

Mêlant leurs voix à celles des enfants, Muriel Batbie Castell et Nicolas Deroziers chantent pour finir, d’un bel ensemble, Les Anges dans nos campagnes. Une aile passe. C’est, pour chacun de nous, le moment de se laisser reconduire au souvenir de sa propre enfance. Noël, Noël…

A lire aussi :
15 décembre 2009 : A Foix – Concert de Noël à l’église Saint Volusien avec l’ensemble Organicanto
7 juin 2009 : Hommage à Haendel – Orgue en Pays d’Olmes

Notes   [ + ]

1. Germain Nouveau, Ave Maris Stella, 1912
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2 réponses à A Foix, l’ensemble Organicanto et le Jeune Choeur Polyphonique de l’Ariège chantent Noël

  1. Martine Rouche dit :

    Merci aux musiciens pour ce qu’ils nous ont offert en concert de Noël, en particulier les deux morceaux de Mél(anie) Bonis : les concerts auxquels nous assistons nous permettent souvent de découvrir des compositrices ignorées (le premier mot semble, hélas, induire le suivant … ) à travers des oeuvres tout à fait belles et intéressantes.
    Merci à toi pour ta belle écriture et tes photos sensibles.
    Ex imo corde.

  2. autissier dit :

    Marie-lou Michaud chante souvent Mel Bonis – c’est vrai que c’est une excellente compositrice. Et la petite-fille de Mel Bonis a été quelques années l’accompagnatrice pianistique de Marie-lou – Merci pour le commentaire il est superbe!

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