A Mirepoix, la santé du petit homme historique

 

Le but du jeu, lorsque nous allons boire un verre sur la place, c’est de viser, au couchant de la dite place, la table installée à l’aplomb du petit homme historique. L’historicité revêt ici un visage amusant, en son naturel simple et ordinaire.

Attention, le jeu ne va pas sans risques : installée à l’aplomb du petit homme historique, la table l’est aussi à l’aplomb des pigeons qui hantent le bord du toit, au-dessus de la maison des têtes. Une fiente est vite arrivée, en étoile sur la table ou sur le col d’une veste toute moderne ! Mais, le risque fait partie du jeu. Le rire de la nature, aussi.

A propos de rire, la santé du petit homme historique ici fait plaisir à voir. Certes le bois a souffert du passage des siècles, mais les colhones demeurent, bien visibles en leur verte jeunesse. Je songeais par effet de comparaison au sort de ce malheureux dont, après qu’il l’eut secourue sur une plage, où elle gisait à demi morte, seule rescapée d’un naufrage, la Vieille recueille le récit, dans le Candide de Voltaire :

Je suis né à Naples, me dit-il ; on y chaponne deux ou trois mille enfants tous les ans ; les uns en meurent, les autres acquièrent une voix plus belle que celle des femmes, les autres vont gouverner des états. On me fit cette opération avec un très grand succès, et j’ai été musicien de la chapelle de madame la princesse de Palestrine.

Il me conta aussi ses aventures, et m’apprit comment il avait été envoyé chez le roi de Maroc par une puissance chrétienne, pour conclure avec ce monarque un traité par lequel on lui fournirait de la poudre, des canons, et des vaisseaux, pour l’aider à exterminer le commerce des autres chrétiens. Ma mission est faite, dit cet honnête eunuque; je vais m’embarquer à Ceuta, et je vous ramènerai en Italie. – Ma che sciagura d’essere senza coglioni ! ((Voltaire, Candide, XII))

Rendez-vous à la gare de Pamiers

 

J’allais hier, en bus, autant dire « en dormeuse » comme au temps de Frédéric Soulié ((Cf. La dormeuse blogue : Quand Frédéric Soulié retourne en Ariège – 1. Je fus appelé par quelques affaires de famille dans le Midi de la France)), attendre l’un des miens à la gare de Pamiers. Alors que le bus arrivait à la hauteur de l’aérodrome des Pujols, j’ai vu les premières neiges, tombées cette semaine sur le massif du Saint-Barthélémy. Neige en novembre… Bien sûr, la neige a son moment, commandé par l’horloge des saisons. Il n’empêche que la surprise d’un tel moment chaque année reste entière. L’émotion de la première neige demeure ainsi, comme la fée des légendes, éternellement jeune.

 

A Pamiers, avant d’entrer dans la gare, je me retourne pour jeter un coup d’oeil mélancolique à ce qui reste de l’hôtel Baurès, « A vendre – depuis 1912 », comme indiqué sur l’écriteau apposé au dessus du bar, fermé depuis des mois, qui déshonore le pied de cet édifice de style Art Nouveau, rare dans la région.

 

Je me promène, pour passer le temps. Voici les quais, ourlés de feuilles mortes, les caténaires, les machines, les grands silos blancs, les nuages dans le ciel.

 

Voici la montagne, là tout près, derrière la gare.

 

Voici la voûte, le ciel de fer, sous lequel s’accomplit, ici comme ailleurs, le destin de l’arrivée et celui du départ. Au loin, la montagne veille.

 

Derrière la gare Saint-Lazare, chez Monnet, il y a la ville. Derrière la gare de Pamiers, il y a le Saint-Bartélémy, il y a la neige.

 

Dans nos montagnes des Pyrénées, observait Frédéric Soulié, la vie doit être forte… ((Frédéric Soulié, Deux séjours – Province, Paris))

 

« Penser comme une montagne », dit Aldo Leopold. Si tu ne vas pas à la montagne, la montagne viendra-t-à toi !

A Mirepoix – Belles ombres, blues d’automne

 

 

Telles sont les ombres que l’on voit, cours Maréchal de Mirepoix, sur les portes des vieilles remises. Alors qu’arrivant du Foulon, j’allais sous les platanes vers la Porte d’Amont, je songeais qu’ici j’eus foulé jadis au pied du rempart la poussière du chemin de ronde, qu’on nommait alors escossière…

Tardives sont les ombres que le soleil aiguise sur les portes des vieilles remises.