A Toulouse, au musée des Augustins – Les sculptures des Récollets

 

Ci-dessus : Annonciation des Récollets, avant 1512.

Je me suis rendue jeudi dernier au musée des Augustins à Toulouse. J’y ai visité la très belle exposition Une histoire toulousaine vers 1500. Les sculptures des Récollets. L’exposition, comme indiqué par son titre, réunit un ensemble de sculptures originaires de l’église des Récollets. L’église des Récollets a été abandonnée à partir de la Révolution. Les sculptures qu’elle abritait ont été transférées en 1834 au musée des Augustins. La restauration spectaculaire de l’une d’entre elles constitue l’événement autour duquel a été conçue l’exposition d’aujourd’hui.

 

Ci-dessus : l’ange Gabriel, détail de l’Annonciation des Récollets.

 

Ci-dessus, de gauche à droite, détails de l’Annonciation des Récollets : l’ange Gabriel ; la Vierge.

 

Ci-dessus : La Vierge de Pitié avec saint Jean et sainte Marie-Madeleine, dite Pietà des Récollets, circa 1510.

C’est la la Pietà reproduite ci-dessus qui a fait l’objet de la restauration annoncée ici. Très altérée, noircie par les ans, l’oeuvre vient d’être rendue à sa polychromie initiale. Un film, diffusé dans le cadre de l’exposition, donne la mesure du travail hautement spécialisé qui a été réalisé à cette occasion. Il montre par ailleurs de quels moyens les artistes de la Renaissance ont usé pour obtenir le vérisme sanguinolent des plaies du Christ, la subtile transparence des larmes, et l’éclat sourd du motif qui chamarre le manteau rouge de la Vierge.

 

Ci-dessus, de gauche à droite, détails de la Pietà des Récollets : Saint Jean ; la Vierge ; Marie Madeleine.

 

Ci-dessus, détail de la Pietà des Récollets : la Vierge et Marie Madeleine.

 

Ci-dessus, détail de la Pietà des Récollets : les plaies du Christ.

 

Ci-dessus, détail de la Pietà des Récollets : la chaussure de la Vierge.

Bien visible sous le beau manteau chamarré, la chaussure de la Vierge étonne. Traitée de façon solidement réaliste, elle a tout d’une chaussure moderne. Sous son beau manteau de sainteté, la Vierge irait ainsi en croquenots – idée grande et forte – depuis les chemins de la fuite en Egypte jusqu’à ceux de la Passion.

 

Ci-dessus : Annonciation, église Sainte Radegonde à Inières, circa 1480-1490.

Présentées en regard de l’Annonciation et de la Pietà des Récollets, deux Annonciations empruntées respectivement à l’église Sainte Radegonde à Inières et au musée de Rodez, ainsi qu’une Pietà venue de l’église paroissiale de Rodelle, témoignent du jeu d’influences qui s’exerce dans la sculpture méridionale au début du XVIe siècle, alentour de l’atelier rouergat du Maître de Biron.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : la Vierge, détail de l’Annonciation de l’église Sainte Radegonde à Inières ; la Vierge de l’Annonciation, Rodez, circa 1520.

 

Ci-dessus : détail de l’Annonciation de Rodez.

 

Ci-dessus : Vierge de Pitié de l’église paroissiale de Rodelle, circa 1500.

Ci-dessus : Christ de l’église des Recollets, détail, circa 1500.

Loin des chantournures flamboyantes de la chevelure de l’ange Gabriel ou des grâces boudeuses du visage de Marie Madeleine, le visage du Christ en croix des Récollets a ici – autre surprise – la découpe typique de celui de son pays albigeois, gascon, ou béarnais, bref. à peu près la découpe du visage bien connu d’Henri IV. Il ne manque plus ici que le béret !

Très ramassée, à la fois simple et richement documentée, l’exposition est superbe. Elle se termine le 26 juin. Précipitez-vous. Il est encore temps.

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Corsi è ricorsi de l’Histoire – Le ricorso selon Vico

Giambattista Vico, dans ses Principi di scienza nuova (1725-1744), postule que l’Histoire (ou la temporalisation de la Providence) est cyclique, qu’elle advient sur le mode du corso et du ricorso, et qu’elle connaît dans ce déploiement trois âges, qui, à partir de la barbarie, conduisent à la civilisation, puis reconduisent à la barbarie : l’âge des dieux ; l’âge des héros ; l’âge des hommes. L’âge des hommes est bifrons : cependant qu’il fait venir le corso à son aboutissement, il amorce déjà le ricorso ; dès l’instant que les hommes ont tiré de leur soulèvement l’égalité à quoi ils prétendent, par ricorso delle cose umane la société se divise et progressivement se défait…
 
Telle est du moins la leçon de Vico, vu par certains comme le philosophe des « Anti-Lumières », qui a inspiré nombre d’écrivains de l’époque romantique, et, parmi les historiens du XIXe siècle, le grand Michelet.
 
Voici le tableau que Giambattista Vico brosse de notre ricorso :

Quand les peuples sont devenus esclaves de leurs passions effrénées, du luxe, de la mollesse, de l’envie, de l’orgueil et du faste, quand ils sont restés longtemps livrés à l’anarchie […], la Providence applique un remède extrême.

Ces hommes se sont accoutumés à ne penser qu’à l’intérêt privé ; au milieu de la plus grande foule, ils vivent dans une profonde solitude d’âme et de volonté. Semblables aux bêtes sauvages, on peut à peine en trouver deux qui s’accordent, chacun suivant son plaisir ou son caprice. C’est pourquoi les factions les plus obstinées, les guerres civiles les plus acharnées changeront les cités en forêts et les forêts en repaires d’hommes, et les siècles couvriront de la rouille de la barbarie leur ingénieuse malice et leur subtilité perverse. En effet ils sont devenus plus féroces par la barbarie réfléchie, qu’ils ne l’avaient été par celle de la nature. La seconde montrait une férocité généreuse dont on pouvait se défendre ou par la force ou par la fuite ; l’autre barbarie est jointe à une lâche férocité, qui au milieu des caresses et des embrassements en veut aux biens et à la vie de l’ami le plus cher. Guéris par un si terrible remède, les peuples deviennent comme engourdis et stupides, ne connaissent plus les raffinements, les plaisirs ni le faste, mais seulement les choses les plus nécessaires à la vie. Le petit nombre d’hommes qui restent à la fin, se trouvant dans l’abondance des choses nécessaires, redeviennent naturellement sociables ; l’antique simplicité des premiers âges reparaissant parmi eux, ils connaissent de nouveau la religion, la véracité, la bonne foi, qui sont les bases naturelles de la justice, et qui font la beauté, la grâce éternelle de l’ordre établi par la Providence. ((Giambattista Vico, Principes de la philosophie de l’histoire, traduits de la Scienza nuova et précédés d’un Discours sur le système et la vie de l’auteur, par Jules Michelet ; pp. 382-383, J. Renouard Editeur, 1827.))

Ci-dessus : Francesco Sesone, Vicus hic est : potuit vultum depingere pictor (« il y a lieu ici pour le peintre de dépeindre le visage »). Portrait de Giambattista Vico. 1744.

Analogies – Couleur Tapiès

 

Chose vue la nuit, en juin 2011, au flanc de la médiathèque de Mirepoix, i. e. au flanc de l’ancienne chapelle des Trinitaires.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : Antoni Tapiès, Ocre, marron et blanc aux quatre, 1972 ; L’esprit catalan, 1971.