Corsi è ricorsi de l’Histoire – Le ricorso selon Vico

Giambattista Vico, dans ses Principi di scienza nuova (1725-1744), postule que l’Histoire (ou la temporalisation de la Providence) est cyclique, qu’elle advient sur le mode du corso et du ricorso, et qu’elle connaît dans ce déploiement trois âges, qui, à partir de la barbarie, conduisent à la civilisation, puis reconduisent à la barbarie : l’âge des dieux ; l’âge des héros ; l’âge des hommes. L’âge des hommes est bifrons : cependant qu’il fait venir le corso à son aboutissement, il amorce déjà le ricorso ; dès l’instant que les hommes ont tiré de leur soulèvement l’égalité à quoi ils prétendent, par ricorso delle cose umane la société se divise et progressivement se défait…
 
Telle est du moins la leçon de Vico, vu par certains comme le philosophe des « Anti-Lumières », qui a inspiré nombre d’écrivains de l’époque romantique, et, parmi les historiens du XIXe siècle, le grand Michelet.
 
Voici le tableau que Giambattista Vico brosse de notre ricorso :

Quand les peuples sont devenus esclaves de leurs passions effrénées, du luxe, de la mollesse, de l’envie, de l’orgueil et du faste, quand ils sont restés longtemps livrés à l’anarchie […], la Providence applique un remède extrême.

Ces hommes se sont accoutumés à ne penser qu’à l’intérêt privé ; au milieu de la plus grande foule, ils vivent dans une profonde solitude d’âme et de volonté. Semblables aux bêtes sauvages, on peut à peine en trouver deux qui s’accordent, chacun suivant son plaisir ou son caprice. C’est pourquoi les factions les plus obstinées, les guerres civiles les plus acharnées changeront les cités en forêts et les forêts en repaires d’hommes, et les siècles couvriront de la rouille de la barbarie leur ingénieuse malice et leur subtilité perverse. En effet ils sont devenus plus féroces par la barbarie réfléchie, qu’ils ne l’avaient été par celle de la nature. La seconde montrait une férocité généreuse dont on pouvait se défendre ou par la force ou par la fuite ; l’autre barbarie est jointe à une lâche férocité, qui au milieu des caresses et des embrassements en veut aux biens et à la vie de l’ami le plus cher. Guéris par un si terrible remède, les peuples deviennent comme engourdis et stupides, ne connaissent plus les raffinements, les plaisirs ni le faste, mais seulement les choses les plus nécessaires à la vie. Le petit nombre d’hommes qui restent à la fin, se trouvant dans l’abondance des choses nécessaires, redeviennent naturellement sociables ; l’antique simplicité des premiers âges reparaissant parmi eux, ils connaissent de nouveau la religion, la véracité, la bonne foi, qui sont les bases naturelles de la justice, et qui font la beauté, la grâce éternelle de l’ordre établi par la Providence. 1)Giambattista Vico, Principes de la philosophie de l’histoire, traduits de la Scienza nuova et précédés d’un Discours sur le système et la vie de l’auteur, par Jules Michelet ; pp. 382-383, J. Renouard Editeur, 1827.

Ci-dessus : Francesco Sesone, Vicus hic est : potuit vultum depingere pictor (« il y a lieu ici pour le peintre de dépeindre le visage »). Portrait de Giambattista Vico. 1744.

Notes   [ + ]

1. Giambattista Vico, Principes de la philosophie de l’histoire, traduits de la Scienza nuova et précédés d’un Discours sur le système et la vie de l’auteur, par Jules Michelet ; pp. 382-383, J. Renouard Editeur, 1827.
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3 réponses à Corsi è ricorsi de l’Histoire – Le ricorso selon Vico

  1. Martine Rouche dit :

     » Roger stooped, picked up a stone, aimed, and threw it at Henry – threw it to miss. The stone, that token of preposterous time, bounced five yards to Henry’s right and fell in the water. Roger gathered a handful of stones and began to throw them. Yet there was a space round Henry, perhaps six yards in diameter, into which he dare not throw. Here, invisible yet strong, was the taboo of the old life. Round the squatting child was the protection of parents and school and policemen and the law. Roger’s arm was conditioned by a civilization that knew nothing of him and was in ruins.  »
    […]
     » He [Jack] began to dance and his laughter became a bloodthirsty snarling. He capered towards Bill, and the mask was a thing on its own, behind which Jack hid, liberated from shame and self-consciousness.  »

    – William Golding, Lord of the Flies, Ch. 4, pages 59, 61(Penguin Modern Classics, 1954)

  2. Rumeau H dit :

    Pas gai le thème du jour ! Et Martine Rouche qui en rajoute une louche !
    Ceci dit vous m’avez toutes les deux ouvert des portes et je vous en remercie.

  3. Geneviève dit :

    l’éternel retour ! j’espère qu’il se trompe

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